POLOGNE-DOCUMENT
Dment, dariarmars on deste de plus cecien crandest-
EPUIS février-mars, on note de plus en plus fréquemnement en Pologne, des articles consacrés à l'analyse de la situation politique. La très grande majorité de ces textes sont non signés ou signés de pseudonymes. Certains trouvent leur place dans des bulletins syndicaux avons publié récemment dans Inprecor sous le titre « Les quatre phases de l'évolution depuis le coup militaire (1)» ; d'autres, plus volumineux, sont publiés à part, dans de petites brochu-
Trois mois après l'introduction de l'état de guerre, il est désormais possible de tenter une analyse de la dynamique de la situation politique qui nous a été imposée et que l'on peut caractériser comme étant un système autoritaire bureaucrati.
que appuyé sur l'armée. Il s'agit là d'une solution bien connue de par le monde, en particulier en Amérique latine, et qui fait l'objet d'analyses précises dans ce contexte. Il est intéressant de noter les différences entre la dynamique d'un tel systême dans un contexte de propriété privée et dans celui de étatique des moyens de production, comme c'est le
LE CONFLIT ENTRE
L'APPAREIL D'ETAT
ET CELUI DU POUP
La désintégration de la machine de la terreur est perceptible à l'œil nu. Elle se manifeste à plusieurs niveaux. La coalition qui avait pris l'initiative du coup est en train de se désintégrer. Le conflit entre le groupe de l'appareil du parti et celui de l'armée, qui a Jaruzelski à sa tête, est en train de s'aiguiser. (...) Les conceptions de
Jaruzelski et celles de l'appareil du parti diffèrent avant tout sur la question du rôle attribué au parti dans le système politique futur. Au sein du groupe de Jaruzelski, on observe de plus en plus clairement la tendance à développer un système autoritaire-bureaucratique, au sein duquel ce serait l'Etat et non le parti qui serait le centre de la prise des décisions. Et il s'agit en plus d'un Etat fondé sur l'armée. Cela signifierait bien sûr une large limitation du pouvoir de l'appareil du parti, comme c'est déjà le cas au niveau dé.
partemental et local, où les comités du parti ont déjà cessé d'être les centres de prise des décisions.
Au niveau central, où les deux groupes coexistent au sein d'une seule et même structure, cela se voit moins. On peut donc résumer le fond du conflit en affirmant que l'enjeu est de savoir si le parti sera une simple façade ou bien un organis-
Un article de Solidarité clandestine ci-dessous. •- comme celui que nous me vivant, disposant de la plénitude du conflit entre les deux groupes touche également à la politique répressive à mener. Le groupe de Jaruzelski s'imaginait qu'on pouvait répéter en Pologne une « solution à la hongroise », c'est-à-dire une forte répression au début, pour intimider la société, suivie de réformes. II préfère donc mener une répression globale, qui ne tient pas compte des origines de classe des victimes, contrairement à ce que propose le groupe de l'appareil du parti. (...)
La variante de Jaruzelski consiste en une utilisation extensive non seulement de la répression politique, mais également de la répression économique, considérée comme la méthode la plus efficace pour intimider la population. Cela est très largement critiqué par l'appareil du parti, qui a entrepris la publication d'un journal prétendument ouvrière, qui se présente comme voulant renouer avec la tradition de l'Opposition ouvrière russe des années 1920. Ce journal mène une violente attaque contre le Conseil militaire de salut natio. nal (WRON) dans ses derniers numéros. Jaruzelski en particulier a été attaqué ces tout derniers temps : il est accusé de revenir aux méthodes d'Edward Gierek dans la mesure où il divise la classe ouvrière en créant des conditions différentes pour les divers secteurs professionnels, et où il développe des ilôts de tolérance en laissant publier, par exemple, certains livres bloqués par la censure. Ses contacts avec l'Eglise catholique sont également mis en cause. (...) Le groupe de l'appareil du parti, pour sa part, voudrait un syndicat épuré de tout contact avec l'opposition. Il s'imagine qu'il suffit d'écarter l'intelligentsia des milieux ouvriers, pour qu'une partie de l'appareil du POUP vienne occuper la place laissée vacante. Il est significatif que cette fraction de l'appareil, qui reconnaît en Kociolek (2) son dirigeant, ait recours à l'idéologie. Son point de vue rappelle la version du stalinisme des années 1948-1951 : la mise en avant des inres. C'est le cas de l'article dont nous publions des extraits
Nous avons choisi de publier ce document, car il contient des éléments nouveaux par rapport à ceux contenus dans « Les quatre phases de l'évolution depuis le coup militaire », qui permettent de mieux appréhender les difficultés auxquelles se
Le heurtent les tentatives de « normalisation » de la junte.
titre, les intertitres et les notes sont de la rédaction d'Inprecor.
térêts de la classe ouvrière, de l'égalitarisme, de l'anticléricalisme, la création d'une nouvelle culture, un verbiage antibureaucratique. Pour utiliser la même comparaison, le groupe de Jaruzelski peut être comparé au stalinisme de la seconde phase, celle des années 1951-1955, c'est-à-dire du stalinisme bureaucratique. (...)
Le manque de clarté de la situation actuelle vient du fait qu'on ne sait pas lequel des groupes est en position dominante. Les deux ont des soutiens dans différents groupes du pouvoir en URSS. Il semblerait que Jaruzelski bénéficie de plus de soutien, l'accueil que lui a fait
Leonid Brejnev à Moscou en serait le té.
moignage. Mais on ne doit pas oublier qu'en URSS la lutte pour la succession de
Leonid Brejnev est ouverte et on peut craindre que la position du groupe de l'appareil chez nous ne soit renforcée si ce même groupe venait à prendre le dessus situation intérieure est également marquée par le fait que, si le groupe de l'appareil du parti est dans l'incapacité d'imposer ses vues, il peut par contre bloquer une série d'initiatives de Jaruzelski, et il ne se prive pas de le faire.
TENSIONS AU SEIN
DES FORCES REPRESSIVES
Le second aspect de la fragmentation et de la désintégration de la machine de la terreur est lié au rôle politique que et aux influences que cela exerce dans ses rangs. On peut le constater à tous les niveaux de la hiérarchie. Au sommet, la politisation et les divergences fractionnelles sont criantes. Au niveau intermédiaire, où sont recrutés les commissaires militaires, l'entrée de l'armée dans l'arène du pouvoir a été ressentie avec
1. Krzysztof Piotrowski, « Les quatre phases de l'évolution depuis le coup militaire ».
Inprecor numéro 125 du 3 mai 1982
2. Secrétaire du POUP de la région de Var-
Kociolek est un des responsables directs de la répression des grêves de décembre 1970 à
force. Cela rappelle la situation de certains régimes militaires d'Afrique, où l'armée a pénétré directement dans les usines, lorsque la bourgeoisie autochtone était trop faible pour s'y opposer.
On a pu constater le traumatisme vé. cu par les officiers, confrontés de plein fouet à la réalité : la corruption de l'administration, son incapacité, la pauvreté, etc. Nos officiers de carrière, coupés de la vie durant des années et vivant dans les casernes dans des conditions de stabilité, ont vécu le même choc. Abreuvés par la propagande lénifiante du régime, ils n'imaginaient pas l'ampleur de la crise. C'est sur les simples soldats qu'on possède le moins d'informations. Mais on peut penser que leur moral est bas, si on considère la rapidité avec laquelle les patrouilles et les gardes se laissent corrompre, cherchent des liens informels avec la population et expriment leur fatigue psychique face au rôle qui leur a été imposé. Tout cela agit de façon négative sur les capacicités opérationnelles de l'armée et fait l'objet de débats en son sein. Cela peut conduire le pouvoir à limiter autant que possible la durée de l'état de guerre, pour peu qu'il trouve une solution institutionnelle capable de faire office de substitut à l'actuelle militarisation des entreprises.
La solution trouvée est très mauvaise pour la Pologne et rend d'autant plus difficile toute solution à la crise , mais elle apaux yeux des autorités comme l'unique solution possible. L'économie a été divisée en deux secteurs, le premier devant travailler sur la base des matières premières fournies par le Conseil d'assistance économique mutuelle (COMECON) et lui restituer toute la production. Cela concerne en particulier les entreprises et branches où la capacité de production n'était pas utilisée à plein, mais également certaines entreprises qui auparavant produisaient pour les besoins du pays. Ce secteur comprend près de 60% de l'industrie légère, 40 % de l'industrie chimique, la construction navale, une partie de la sidérurgie et de la métallurgie. Ces entreprises vont devoir employer les matières premières soviétiques et exporter toute la production vers l'URSS. Pour le pays, elles ne produiront que l'inflation, car les salaires des travailleurs seront dépensés sur
Les autorités ne veulent en aucun cas reculer sur ce point, d'autant que la crise économique s'approfondit et qu'on peut s'attendre à des explosions spontanées.
Le troisième aspect de la désintégration, ce sont les tensions existant entre l'armée et le ministère de l'Intérieur. Cela était manifeste dès les premières semaines qui ont suivi l'instauration de l'état de guerre. Par exemple, le fait qu'aient été publiées des listes d'internés où se trou vaient des noms de personnes depuis longtemps à l'étranger, a constitué une tenta tive évidente de ridiculiser les militaires Le ministère de l'Intérieur aurait pu corriger ces listes, il ne l'a pas fait. Aujourd'hui, alors qu'on observe le remplace. ment de plus en plus général, sur le terrain, de l'armée par les ZOMO (3), qui comptent déjà plus de 80 000 hommes, ces tensions peuvent diminuer. (...)
LES CHOIX ECONOMIQUES
La recherche d'un équilibre entre la nécessité de maintenir la peur, les rigueurs de la loi martiale, les commissaires militaires d'une part, et la recherche d'une rationalisation l'économie de l'autre, constitue un autre problème. (...)
MILICJA
La milice en action après le 13 décembre dernier. (DR) le marché intérieur. Une partie substantielle des capacités de transport et de la production d'énergie sera mise au service de ce secteur. (...)
Le principal effet de cette solution est de créer une dépendance accrue de l'économie polonaise vis-à-vis de l'URSS, car la production de ce secteur ne doit pas simplement être exportée mais être intégrée au système soviétique de planification, dépendre de la gestion centrale soviétique et être coordonnée par elle. On peut donc parler à ce propos d'une assimilation de l'économie polonaise au système économique de l'URSS. Cela aura également des conséquences désastreuses sur les « programmes opérationnels (4) ». Car P'URSS non seulement réduit ses livraisons de matières premières d'environ 20% par rapport à l'année 1981, mais encore se réserve le droit de décider de leur utilisation. Le secteur intégré à la gestion soviétique sera approvisionné en priorité, et les autorités polonaises devront se contenter de la gestion de ce qui restera. (...)
Le second aspect de la politique économique décidée par les autorités actuelles est lié à la nécessité de résoudre le problème des crédits occidentaux. Les sanctions occidentales ont en fait suppripossibilité crédits même limités. Pour cela, vu la dépendance de l'économie polonaise vis-à-vis des importations des pays capitalistes (près de 60 % des importations pour l'industrie proviennent de ces pays, d'où l'importance du potentiel économique actuellement bloqué), l'unique passe par l'obtention d'un solde positif des échanges extérieurs. La pratique bancaire prévoit dans ce cas la possibilité d'obtenir des crédits à court terme : de six semaines à deux mois. Etant donné qu'il est impossible, dans les conditions actuelles, d'augmenter les exportations, il a été décidé de réduire à nouveau les importations de 30 %. Cela permet de trouver des crédits, mais crée une situation impossible : la limitation des importations va réduire le revenu national de 20 %. (...)
Les divergences sont manifestes enfin en ce qui concerne la politique agricole. Le groupe de l'appareil du parti prévoit le collectivisation de l'agriculture. Le groupe de Jaruzelski se prononce pour une aide aux paysans individuels, bien que la Loi martiale ouvre la porte aux réquisitions.
Pour satisfaire les besoins actuels du pays, il faut environ 3,5 millions de tonnes de grain. 1,5 million de tonnes ont été achetées à l'heure actuelle. Les données officielles concernent seulement le grain acheté aux paysans individuels ; on ne sait rien des livraisons des secteurs étatisés et coopératifs (5). Les possibilités de s'approvisionner à l'extérieur sont limitées. L'introduction des sanctions administratives à l'encontre de la vente libre du grain et l'arrêt des importations de fourrages poussent les paysans à stocker. Il est pos sible que les USA lèvent leurs sanctions en ce qui concerne les livraisons de fourrages aux paysans individuels, ce qui limitera les tensions. Mais, l'année prochaine, la situation sera aussi grave sinon pire, car les paysans ne pourront obtenir des biens de production et de consommation, ce qui ne les poussera certainement pas à vendre leur production. Cela peut conduire au rationnement du pain et à une politique plus répressive à l'encontre de la paysannerie. (...)
Varsovie, mars 1982. 3. Les ZOMO - réserves motorisées de la milice - sont les CRS polonais. Ils dépendent du ministère de l'Intérieur et non de celui de la Défense.
4. Il s'agit de priorités de production établies par la junte dés décembre 1981. La multiplication de ces priorités, au fur et à mesure des pressions de divers secteurs de la bureaucratie, a déjà conduit le gouvernement à instaurer des sortes de « super-priorités »...
5. Bien que minoritaire, le secteur collectivisé de l'agriculture occupe quand même prés de 20 % des terres cultivables. Les rendements y sont inférieurs à ceux du secteur individuel et la production du grain est essentiellement réservée à son propre usage (élevage).