Des candidats du PT sur une orientation lutte de classe
→ devra débourser 26 milliards de dollars pour le service de
EPUIS 1981, le Brésil subit la récession (1). En 1982, 1l la dette : 10 milliards d'intérêts, 9 milliards d'amortissements de prêts et 7 milliards de déficit de la balance. En 1974, le revenu de l'exportation de café couvrait encore 84 % du service de la dette ; en 1982, il n'en couvrira plus que 12 %.
La récession a déjà entraîné une forte augmentation du chômage. Dans les grandes villes, près de 23 % de la population active se trouve au chômage ou dans une situation de sous-emploi (8,4 % dans le premier cas et 14,4 % dans le second). En
1981, 140 000 travailleurs de l'industrie automobile ont perdu leur emploi et, à Sao Bernardo, phare de la lutte de classe dans la banlieue de Sao Paulo, le nombre de métallurgistes est passé de 130 000 au moment de la grande grève de 1980 à 105 000 au début de l'année 1982.
Il semble maintenant assuré que la récession se poursuivra
Daniel JEBRAC
La vie peut se révéler plus nuancée scénarios, donnent que tous ces qui cependant le ton. Les états d'âme de Tancredo Neves, leader du Parti populaire
(PP), qui vient de fusionner avec le Parti du Mouvement démocratique brésilien
(PMDB) pour contourner les obstacles de la législation électorale, vont dans le même sens : « Le processus d'ouverture a connu trois phases sous le gouvernement
Figuereido. La première commence avec son serment de "faire de ce pays une démocratie".
; et va jusqu'à la mort de Petronio Portella. La seconde va de la mort de
Petronio Portella à la démission de Goldd'Etat dans le coup bery. Et la troisième, qui est sa phase d'agonie, a commencé avec la démission de Goldbery et va jusqu'à la publication du pacote ... L' "ouverture" est tombée dans le coma ... Le pacotao a démontré une fois pour toutes que le gouvernement d' "ou-
La mis fin à ses activités. Ou du moins qu'il s'est mis en congé. (2) »
Le fait est qu'en interdisant les coalitions entre partis et en imposant un vote bloqué, sur une même liste, pour les élections de sénateurs, de gouverneurs, de députés et de conseillers municipaux, le gouvernement a obligé le PP à fusionner avec le PMDB. Cette fusion, consommée en février 1982, ne fait que mettre en évidence le caractère bourgeois du nouveau
PT
AOS
TRABALHADORES
BRESIL en 1982, avec un taux de croissance de 2% dans le meilleur des cas et une inflation mensuelle de 8 % en moyenne.
C'est dans ce contexte difficile qu'auront lieu à l'automne
1982 les élections municipales, sénatoriales et législatives.
Tous les instituts de sondage s'ingénient à peser l'avenir de l'« ouverture ». Dans leurs études, la « fermeture » apparaît de loin comme l'hypothèse la plus probable : renforcement de la répression, mise en place d'un executit muscle appuye sur les forces de sécurité, réduction des importations, blocage des salaires et croissance minimum pour maîtriser l'inflation.
La poursuite de l'« ouverture », avec le renforcement du pouvoir législatif et la préparation d'élections présidentielles directes pour 1984, n'est plus envisagée qu'avec scepticisme.
Elle supposerait des concessions sociales substantielles, d'où l'accélération de l'inflation et une nouvelle détérioration de la situation économique pouvant déboucher sur un nouveau coup d'Etat.
parti unifié : les militants du Parti communiste brésilien (PCB) - qui participait au PMDB — s'y retrouvent désormais au côté des banquiers et des instigateurs directs du coup d'Etat de 1964.
L'effet en retour a évidemment été de renforcer l'image du Parti des travailleurs (PT) comme seul parti de classe réellement indépendant de la bourgeoisie.
Ainsi, des regroupements de syndicalistes connus, comme celui de la municipalité de Monlevade, qui restaient dans la mouvance du PMDB, se sont-ils décidés à
De son côté, le PT lui-même a répondu à la nouvelle situation en renforçant l'affirmation de son caractère de classe et en réfutant vigoureusement les pressions sur le thème du « vote utile » et celles pour « l'unité des oppositions » auxquelles il a été soumis.
« DONNER A DES MILLIERS DE
GENS LA CONSCIENCE QU'ILS
FORMENT UNE CLASSE »
Ainsi, le sociologue Francisco Weffort, membre de la Direction nationale du
PT, écrivait dès janvier 1982 dans une tribune pour le quotidien Folha de Sao Paulo : « Il serait temps de reconnaître qu'il y a plus d'une manière d'être contre le gouvernement ... Il serait temps de reconnaître qu'il y a deux droites dans le pays, une primitive avec le Parti démocrate-social (PDS) et une autre un peu plus moderne sous la conduite du PP et du
1. Lire A. Jos, « Brésil, l'heure des huis-
Inprecor spécial économique, numéro siers ».
94-95, du 16 février 1981 ; et A. Jos, « Brésil, le grand malade des Amériques », Inprecor spécial économique, numéro
124.
du
23 avril
1982.
2. Istoe, 16 décembre 1981.
PMDB. Et il faut reconnaître aussi qu'il y a au moins deux gauches, une avec le PMDB, qui reste attachée aux vieilles politiques de subordination de classe, et une autre qui, en construisant le PT, cherche la voie de l'indépendance politique des travailleurs. (3) »
De même, après sa désignation comme candidat gouverneur de l'Etat de Sao Paulo, Luis Inacio da Silva, « Lula », le populaire dirigeant des métallurgistes de Sao Bernardo et président du PT, déclarait dans une interview à la revue Em Tempo : « Maintenant, ce que je pense - et je l'ai dit à beaucoup de camarades - c'est que le ton de notre campagne ici, à Sao Paulo, doit exprimer la profonde et criante différence de classe qui existe dans le pays: c'est le salarié contre le patron ! Notre campagne, ça doit être cela : les humbles contre les privilégiés, les paysans contre les latifundistes, les travailleurs contre les patrons. Bref, les exploités contre les exploiteurs. Nous devons donner au peuple, aux millions et millions de gens qui sont la majorité des Brésiliens, la conscience qu'ils forment une classe sociale distincte. (4) »
Cette affirmation générale s'est concrétisée par la décision du PT de présenter ses propres candidats, indépendants des partis bourgeois, à tous les niveaux et à toutes les charges électives. Cette décision, amplement soutenue par les congrès régionaux du parti qui se sont déroulés entre janvier et mars pour préparer la Convention nationale du 28 mars, a finalement été ratifiée par cette réunion suprême du parti. Mais elle figurait déjà
La Convention nationale du PT a rassemblé, les 27 et 28 mars à Sao Paulo, environ 300 délégués venus de tout le Brésil et représentant plus de 300 000 affiliés. L'ordre du jour était des plus chargés, allant de l'élaboration de revendications particulières à l'organisation concrète de la campagne électorale, en passant par les problèmes de recrutement et de presLa dictature brésilienne n'a pas rompu avec la répression. (DR)
dans le manifeste « Pour l'unité des travailleurs ! », approuvé par la Direction nationale du parti dès le 30 janvier: « Il y a une division de la société, et ce n'est pas nous qui l'avons inventée. maître du grand propriétaire terrien n'est pas la case du journalier agricole. Le festin de l'industriel n'est pas le casse-croute de l'ouvrier. Le bénéfice du banquier n'est pas le salaire de l'employé de banque. Le quartier riche du grand commerçant n'est pas la banlieue périphérique où vit l'employé de banque. Si nous sommes séparés socialement et économiquement, comment pourrions-nous être unis politiquement? Pour nous, au PT, il ne suffit pas que quelqu'un se proclame dans l'opposition. Le banquier, le proprietaire terrien, le latifundiste, le grand commerçant, indépendamment du parti auquel ils appartiennent, exploitent le être dans l'opposition, c'est lutter pour changer de régime politique et en même temps lutter pour changer la situation sociale et économique qui opprime la majorité du peuple. Il ne suffit donc pas de remplacer une figure au gouvernement par une autre. Ce n'est pas seulement celui qui les exploite qui est contre les travailleurs, mais aussi celui qui les trompe. Du côté des travailleurs se trouvent ceux qui luttent pour la transformation de la structure politique et en même temps pour la transformation des structures sociales et économiques qui maintiennent la majorité dans une grande misère . Travailleur, vote pour un travailleur ! Gagner les élections, c'est voter PT ! (5) » UNE TENTATION REFORMISTE SOUS COUVERT D'ANTI-ELECTORALISME ... se. La question de la tactique électorale (la présentation de candidats indépendants) était largement acquise avant même l'ouverture de la Convention.
En revanche, les discussions sur la plate-forme nationale du PT pour la campagne électorale avaient été des plus animées dans les congrès régionaux. La plupart de ces congrès avaient en effet adopté un projet de plate-forme de leur cru, et la Direction nationale avait pour tâche de parvenir à une synthèse.
One s'agissait formalité. Le congrès régional de Sao Paulo, réunissant le 23 janvier quelque 1 000 délégués représentant environ adhérents, avait en effet été le théâtre d'une vive polémique.
Le document soumis par la direction régionale et qui obtint une majorité dans le congrès était en effet bâti sur une argumentation boiteuse. Sous prétexte qu'on ne peut conquérir le pouvoir par les élections, les défenseurs du texte concluaient qu'il ne fallait pas poser la question du pouvoir à l'occasion C'étaient les termes mêmes de leur projet de plate-forme : « Travailleurs, en ce moment, le renversement de la dictature qui nous opprime et garantit notre exploitation n'est pas à l'ordre du jour. Nous devons donc la laisser de côté et ne pas nous préoccuper de la lutte pour son renversement. Nous devons emprunter pour le moment un autre chemin : renforcer notre organisation à la base, présenter nos revendications à l'Etat et exercer sur lui une pression à travers nos syndicats et associations, revendiquer un contrôle populaire sur tout. En même temps, tout en laissant la dictature où elle est, nous construirons un nouveau gouvernement pas à pas, de la base au sommet. Dans l'avenir, nous lutterons pour le socialisme. » Il s'agissait done de couvrir, par une argumentation de gauche anti-électoraliste (on ne prend pas le pouvoir par les urnes ....), une campagne strictement revendicative, économiste et apolitique, ne posant méme pas la nécessité du renversement de la dictature.
De nombreux délégués soulignèrent que cette démarche était en contradiction avec les documents antérieurs du PT, et surtout que la plate-forme restait bien en deçà des résolutions adoptées en août 1981 par le Congrès national de la classe travailleuse (CONCLAT), dans une conférence préfigurant la formation d'une Centrale unique des travailleurs (CUT). Le CONCLAT avait en effet approuvé non seulement des mots d'ordre politiques, tel que « Renversement de la dictature ! » et « Convocation d'une Assemblée constituante libre et souveraine ! », mais il avait aussi défini des moyens de lutte, en lançant notamment une campagne d'agitation sur le thème de la grève générale. La plate-forme présentée par la direction au cours du congrès régional de Sao Paulo obtint cependant 60% des suffrages contre 40 % aux différentes motions d'opposition.
Ce vote majoritaire exprimait fondamentalement deux choses. D'abord, de la part de nombreux délégués syndicalistes indépendants, ce vote exprimait un soutien à la direction locale du parti face à une opposition fragmentée, apparaissant davantage comme une somme de groupes politiques constitués au sein du parti que
3. Folha de Sao Paulo, 24 janvier 1982. 4. Em Tempo, 3 mars 1982 5. Em Tempo, 11 février 1982.
comme une tendance organique au parti, née de ses structures et appuyée sur ses noyaux de base.
Ensuite, ce vote exprimait une méfiance envers les mots d'ordre politiques (en particulier la Constituante) perçus comme des préoccupations politiciennes et modérées. Cette réserve était d'autant plus vive que, parallèlement, le PMDB utilise aussi le mot d'ordre de Constituante, sans lier sa convocation au renversement de la dictature : c'est la revendication de « Constituante avec Figuereido » ... Ces mêmes délégués se sont montrés par ailleurs sensibles à la définition d'une plate. forme reprenant une somme de revendications concrètes sur le logement, les transports, la santé, les conditions de travail, qui sont leurs préoccupations quotidiennes.
Pour critiquer de manière convaincante l'« économisme » de la proposition majoritaire à ce congrès régional, l'opposition aurait done dû faire un effort particulier d'explication sur le sens des revendications démocratiques et transitoires, pour ne pas apparaitre comme un mauvais symétrique de la position majoritaire : une opposition « politiste », surtout préoccupée des institutions et des grandes questions gouvernementales.
Fait positif cependant, la plupart des délégués qui avaient exprimé des critiques convergentes de la plate-forme majoritaire se retrouvaient à la fin du congrès pour signer en commun une lettre, lue à la tribune par Gilson Menezes, dirigeant syndical (suspendu) de Sao Bernardo et président du PT de la banlieue ouvrière de Diademe. Cette lettre reprenait les principales critiques adressées à la plate-forme et condamnait en outre les modalités dépolitisantes d'organisation du débat.
DOUBLE VICTOIRE
Le déroulement des autres congrès régionaux, jusqu'à la Convention nationale elle-même, devait confirmer une fois de plus que Sao Paulo, au sein du PT, est l'exception et non la règle : ce n'est pas la première fois que la direction régionale de
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Sao Paulo se trouve à la droite de la majorité du parti.
Ainsi, le congrès du PT du Rio Grande do Sul réunissait-il, le 9 janvier à Porto Alegre, 176 délégués représentant environ 20 000 adhérents. Ce congrès approuvait sans problème la perspective d'un gouvernement des travailleurs et décidait à une large majorité, de 99 délégués contre 43, d'incorporer le mot d'ordre d'Assemblée constituante libre et souveraine à la plateforme électorale. Après avoir désigné Olivio Dutra, vice-président national du PT, comme candidat au poste de gouverneur, et Raul Pont, animateur du journal Em Tempo, comme candidat sénateur, le congrès était levé après qu'il ait adopté par acclamations une motion de solidarité avec les travailleurs polonais de Solidarnose dans leur lutte contre le coup de force militaire de la bureaucratie.
La plate-forme proposée par la direction régionale du PT du Minas Gerais introduisait sous la formule « Fin de la dictature militaire ! » les mots d'ordre de « Constituante libre et souveraine ! », de « Gouvernement des travailleurs / » et de « Grève générale nationale ! »
Enfin, le congrès régional de Rio de Janeiro rassemblait, le 6 février, 519 délégués représentant 42 000 affiliés. A la différence de la plate-forme proposée par la direction de Sao Paulo, celle proposée par la direction de Rio de Janeiro mettait l'accent sur le renversement de la dictature : « Nous luttons pour que les travailleurs soient la force motrice du renversement de la dictature et pour que soit jeté à terre, non seulement le gouvernement militaire, mais aussi ses lois et sa justice, et aussi la base économique qui le soutient. » Le congrès décidait de ne pas se prononcer sur le mot d'ordre d'Assemblée constituante, faute de discussion suffisante, et d'organiser une telle discussion.
Nous publions ci-dessous pratiquement l'intégralité de la plate-forme natio-
Dessin de soutien au PT extrait d'Em Tempo. (DR) nale finalement adoptée par la Convention nationale des 27 et 28 mars. On remarquera que cette plate-forme constitue une amélioration qualitative par rapport à la plate-forme de Sao Paulo. Toute la plate-forme est orientée, dès le premier point, par la nécessité du renversement de la dictature. C'est ce qui lui permet de lier les revendications démocratiques et économiques immédiates à des perspectives politiques d'ensemble. La plate-forme marque également un pas en avant dans la définition du PT en faveur du socialisme et dans l'affirmation de positions internationalistes.
Le refus d'intégrer un mot d'ordre tel que l'Assemblée constituante souveraine témoigne cependant d'une confusion persistante sur le rôle des mots d'ordre dé. mocratiques. Il laisse au PMDB le monopole de ce slogan et prive le PT d'une réponse concrète à la question inévitable : renverser la dictature par la grève générale, oui, mais par quoi la remplacer ? Il est vrai que le cours même de la lutte de classe peut bouleverser les termes de la question. Mais, pour l'heure, il n'existe pas de conseils ouvriers, et la seule alternative démocratique d'ensemble qui puisse être avancée est bien celle d'une Assemblée souveraine élue au suffrage universel.
Il n'en demeure pas moins, cette faiblesse mise à part, que la décision de pré. senter aux élections de cette fin d'année des candidats indépendants de la bourgeoisie, et l'adoption d'une plate-forme de lutte de classe solide, constituent deux nouvelles victoires d'envergure sur la voie de la conquête de l'indépendance de classe au Brésil, deux nouvelles victoires à l'actif du PT, trois ans à peine après ses premiers pas.
Daniel JEBRAC 27 avril 1982.
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