Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Réponse du FSLN au commandant Zéro

· Inprecor n° 126, 17 mai 1982 · p. 15-16 · 2 474 mots

Nicaragua États-Unis

La profonde et vaste conspiration du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique contre le Nicaragua s'est encore approfondie ces mois derniers pour préparer les conditions nécessaires à une agression militaire contre notre patrie.

La dernière carte abattue par l'actuelnord-américaine constituée par les déclarations d'Eden Pastora, qui a répété les arguments et les attaques déjà lancées par le président Ronald Reagan, le secrétaire d'Etat Alexander Haig, l'ambassadrice US à l'ONU Jane Kirkpatrick et d'autres fonctionnaires de ce gouvernement.

Entre-temps, notre territoire a été attaqué par les bandes contre-révolutionnaires somozistes dès le triomphe de notre révolution; des dizaines de travailleurs, d'instituteurs, de jeunes, de miliciens et de soldats ont été victimes de brutales tortures puis assassinés par ces bandes.

Le plastiquage de ponts, les bombes posées dans des avions civils et des aéroports, les attaques navales et aériennes contre des bateaux de pêche nicaraguayens, les avions espions nord-américains qui survolent notre territoire, les navires des Etats-Unis qui violent ouvertement nos eaux territoriales et guettent au large de nos côtes, les milliers de gardes somozistes qui se regroupent dans des campements militaires hors de notre territoire et qui sont soutenus par la fourniture d'armes, de munitions, de victuailles et le paiement de soldes à partir des Etats-Unis par la CIA, les agressions économiques et financières qui imposent à notre peuple les plus grandes restrictions, ont pour objectif de mener à son paroxysme un climat de déstabilisation visant à préparer les conditions pour une guerre d'agression contre le Nicara-

Le peuple de Sandino, qui participe jour après jour à la bataille pour la reconstruction et à la défense de la patrie, comme Eden Pastora, qui contre la dietature en rejoignant le FSLN lorsque celui-ci l'invita à rejoindre ses rangs, devient aujourd'hui, par une attitude qui se qualifie d'elle-même, l'instrument aveugle de ceux qui haissent ce pouvoir populaire. Les déclarations faites le 15 avril 1982 à San José de Costa-Rica par Eden Pastora viennent s'ajouter comme un pion de plus aux plans d'agression, de déstabilisation et de menace approuvés contre notre révolution par l'actuel gouvernement nord-américain.

La Direction nationale et beaucoup militants héroïques, ceux qui sont tombés dans la lutte et ceux qui ont sur-

La réponse du FSLN

au commandant "Zero"

vécu à la guerre, ont vu de près l'impérialisme et la pseudo-opposition bourgeoise contester le FSLN dès le moment même de sa fondation, cherchant avec leur idéologie défaitiste et vendepatria (bradeur de la patrie) à nier le sandinisme en tant que véritable alternative pour les

Le sacrifice, la clandestinité, la prison, la torture et la mort des meilleurs fils du peuple devaient, le temps aidant, affirmer la seule alternative historique révolude notre peuple. L'alternative des ouvriers, des paysans, celle des exploites, qui rejetait et rejette les solutions historiques libéralo-conservatrices de la classe des exploiteurs, parce qu'elle refusait et refuse l'exploitation de l'homme par

Dans cette dure et longue lutte du FSLN, peut-être a-t-il été plus dur de combattre la tiédeur et les faiblesses idéologiques que la terreur somoziste. Ainsi,

1969, Fausto Amador, jusqu'alors militant du FSLN, quittait nos rangs en trahissant la cause du peuple. Fausto Amador, frère de sang du fondateur du FSLN Carlos Fonseca, cédant aux avances des ennemis du peuple, renia lâchement le sandinisme. A l'époque, Carlos Fonseca, interrogé par des journalistes au sujet de la désertion de son frère Fausto, répondit : « Mes seuls frères se trouvent dans le Front sandiniste ! »

Dans la longue lutte contre la dictature somoziste, ces actes de désertion ont été le propre de ceux qui, au fond, s'identifiaient aux intérêts de classe des exploiteurs ; et quand notre peuple a décuplé sa vigueur combative, au cours des dernières années de la dictature somoziste, quelques hésitants ont soutenu la lutte dirigée par le FSLN. Cela explique que, lors de la consolidation et de l'approfondissement de notre processus révolutionnaire, dans la mesure où nous confisquions les biens des somozistes et des complices du somozisme, dans la mesure où nous nationalisions la banque et le commerce d'exportation, dans la mesure où nous faisions payer des impôts aux riches, dans la mesure où nous prenions la terre aux latifundistes pour la remettre aux paysans, dans la mesure où nous remettions, avec des titres de propriété, les terres occupées aux pauvres qui y vivaient déjà, dans la mesure où nous poursuivions les spéculateurs, dans la mesure où nous limitions le montant des loyers des logements, dans la mesure nous jetions en prison les bourreaux de notre peuple et les voleurs, dans la mesure où nous apprenions à lire au peuple et lui donnions la santé et l'accès à l'éducation, dans la mesure, enfin, où nous étions conséquents avec les principes du FSLN

NICARAGUA qui exigeaient de réaliser une révolution des humbles, des pauvres, des exploités, dans cette même mesure, les hésitants et les traîtres se sont peu à peu éloignés de notre processus révolutionnaire.

Aujourd'hui, un déserteur de plus vient de rejoindre les rangs de la contre-révolution : Eden Pastora, preuve certaine qu'il s'agit ici d'une véritable révolution et qu'il n'y a guère place dans les rangs sandinistes pour ceux qui voudraient dévoyer notre processus, qui voudraient le livrer à l'impérialisme, qui défendent ceux qui ont encouru la confiscation ; et Eden Pastora a cessé d'être un sandiniste dès l'instant où il a commencé à penser comme les exploiteurs et comme l'impérialisme, devenant ainsi un symbole de ces courants de droite, antipopulaires, vendus au maitre impéria-

Lorsque l'ex-sandiniste Eden Pastora a annoncé sa décision de quitter le pays pour se joindre à la lutte du peuple guatémaltèque, il était déjà guetté, soumis à des avances et à des pressions de la part de l'ennemi impérialiste qui s'efforçait d'avoir un pion à lui dans les rangs du sandinisme. Mais la Direction nationale s'est forcée à croire aux idées exprimées par Eden Pastora dans la lettre qu'il a adressée au commandant Humberto Or-

Pendant tout ce temps, cette crédibilité et cette foi lui furent maintenues malgré les informations de plus en plus inquiétantes qui nous parvenaient sur le type de personnes, aux qualités morales douteuses, et sur les forces, ennemies des intérêts du peuple du Nicaragua et de sa révolution, dont il commençait à s'entourer de plus en plus étroitement.

De grands efforts furent faits, lors des quelques occasions que nous avons eues de communiquer avec lui, pour le dissuader d'adopter des attitudes comme celle qu'il vient de prendre et pour éviter qu'il ne tombe dans les griffes de l'ennemi et qu'il ne serve aux manœuvres obseures et néfastes qui conspirent contre notre patrie. Nous devons reconnaître que nos efforts ont échoué. Devant l'évidence,

One pouvons que constater qu'un homme, jadis reconnu par notre peuple pour sa participation à la lutte, est à présent devenu, par son manque de solidité révolutionnaire et de fermeté dans ses convictions, un pauvre instrument de répétition des calomnies, des mensonges et des poncifs les plus grossiers contre le Nicaragua et sa révolution.

L'objectif central que visent par cette manœuvre l'impérialisme et la contre-révolution, c'est d'utiliser l'image d'Eden Pastora, qui devant le peuple apparaît

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comme liée au sandinisme, pour obtenir une division au sein des rangs bien serrés de la révolution sandiniste et rendre ainsi plus facile une agression armée contre la révolution et contre toutes ses conquêtes.

Après les cuisants échecs qu'il rencontrés dans ses tentatives de calomnier et de déformer notre processus révolutionnaire, il nous faut reconnaître que, cette fois, l'impérialisme a su choisir son homme, à un moment extrêmement névralgique, pour présenter sa manœuvre. Après l'humiliation que leur a fait subir un jeune et courageux Nicaragua yen, Orlando José Tardencillas, un véritable internationaliste, lui, dans les bureaux mêmes du département d'Etat ; après le sucees remporté par le Nicaragua Conseil de sécurité des Nations Unies par l'obtention d'un soutien unanime à sa demande de respect de son intégrité nationale et de sa souveraineté ; après l'échec des élections montées par les Etats-Unis au Salvador, notre révolution, malgré toutes les menaces, a consolidé son prestige dans le monde. Et cette manœuvre est lancée en ce moment pour tenter d'entamer l'intégrité et le courage d'un peuple qui, comme le notre, résiste avec énergie et sagesse aux machinations de l'impé

Aux arguments utilisés par Eden Pastora, le Nicaragua a déjà répondu avec justesse lorsque, devant le Conseil de sécurité et dans les différentes tribunes internationales, il a répondu aux mêmes calomnies provenant de la Maison-Blanche, du département d'Etat et de la CIA, répéEden Pastora dans un hotel de San José

La prétendue influence cubano-soviétique dans le pays, la présence de soldats étrangers sur notre territoire, la course aux armements dont on nous accuse, le caractère prétendument offensif et menaçant de notre armée, les allégations sur une répression et des assassinats contre les Indiens Miskitos, les confiscations abusicritiques et les offenses faites à Thymne de notre avant-garde et l'appui mal dissimulé d'Eden Pastora au génocide au Salvador constituent l'essence de ce qui a été dit à San José du Costa-Rica.

L'impérialisme s'est acquis par là un nouveau gosier dans son concert de voix éraillées qui s'élève, cherchant à humilier un peuple pauvre et simple et à préparer l'agression militaire.

La plus grande erreur commise par l'impérialisme, aujourd'hui Eden Pastora dans son aveuglement, c'est d'avoir sous-estimé le degré de conscience du peuple héroïque de Sandino, de Rigoberto et de Carlos Fon-

C'est ce degré de conscience et de maqui permet à notre peuple reconnaître facilement ses ennemis; et, dans le cas présent, ce n'est pas par hasard des porte-parole du département d'Etat viennent d'affirmer à Washington qu'ils seront désormais plus prudents dans leurs négociations avec la Junte de gouvernement du Nicaragua après les rudes accusations lancées contre la direction sandiniste par Eden Pastora, et ils ajoutent que ces dénonciations viennent renforcer la crédibilité des griefs déjà portés nord-américain contre les dirigeants du Nicaragua, ce qui peut limiter sérieusement la portée des engagements que Washington comptait prendre vis-à-vis du régime sandiniste.

Ces porte-parole ajoutent que maintenant l'administration du président Ronald Reagan a une position incontestablement plus forte dans la négociation non seulement vis-à-vis du Nicaragua mais aussi, ce qui est encore plus important, vis-à-vis du Congrès des Etats-Unis car, poursuivent les porte-parole de Washington, nous ne sommes plus les seuls à parler, et Eden Pastora lui-même répète ce nous soutenons depuis longtemps, à savoir que le Nicaragua est en train de devenir un pion de Cuba et de l'Union soviétique, que le Nicaragua réprime la liberté et foule aux pieds les droits de l'homme ainsi que, désormais, l'initiative privée.

Le peuple du Nicaragua a déjà connu au cours de son histoire d'autres cas où, dans les moments cruciaux où le patriotisme et la décision étaient mis à l'épreuve devant les interventions yankees, ont surgi d'une part les Sandino, les Umanzor, les Estrada, les généraux du peuple, et d'autre part les José Maria Moncada, les Somoza, les généraux qui avaient eux aussi avaient pris les armes, mais qui ont tremblé à l'Espino Negro devant les interventionnistes yankees et préféré s'allier à l'ennemi agresseur, sans se soucier de la souveraineté nationale du

Eden Pastora nous menace à présent de balles et de sang, annonçant une guerre qui ne peut se faire qu'avec le soutien de l'impérialisme, avec pour combattants des mercenaires et les bandes somozistes qui, de l'autre côté de la frontière, attendent l'ordre de passer à une attaque qui sera inévitablement écrasée par notre peuple

Le FSLN, qui a conquis le pouvoir populaire après vingt années de lutte, grâce au sacrifice généreux de milliers de Nicaraguayens humbles et anonymes et grâce à l'exemple héroïque de ses meilleurs dirigeants, dont la plupart sont morts dans la lutte, qui a ensuite conduit ce peuple au cours de ces trois dernières années en accomplissant la prouesse historique triomphante contre la volonté des EtatsUnis, renouvelle son serment que les Nicaraguayens simples et travailleurs, que les hommes honnêtes de ce pays qui ont déjà vu les flibustiers et les marines yankees mordre la poussière de la défaite, sauront déjouer toutes ces manœuvres agressives et défendre avec leur sang les principes inébranlables de notre révolution populaire sandiniste.

Nous jurons de ne pas changer notre hymne, de rester solidaires des peuples opprimés en lutte, de continuer à exercer notre droit souverain de nous armer pour nous défendre, de ne pas rendre les biens confisqués, de ne pas rendre aux latifundistes les terres récupérées par nos paysans qui les travaillent aujourd'hui, de ne pas mettre un terme au châtiment des contre-révolutionnaires complices, de ne jamais rendre les banques à leurs anciens propriétaires, de poursuivre nos plans d'éducation, de santé et de logement pour le peuple travailleur ; nous jurons que cette révolution populaire sandiniste, celle des ouvriers, des paysans, des travailleurs et des pauvres, ne sera jamais trahie, et que ceux qui nous menacent et nous agressent ne passeront

La Direction nationale du FSLN tient à exprimer une fois de plus son ferme attachement aux principes qui ont inspiré ce processus révolutionnaire, principes que nous avons défendus malgré la complexité, les difficultés, les menaces, les agressions et les conspirations. Il faut souligner le fait que, dans la mesure où contre-révolution mettront en œuvre des actions agressives et déstabilisatrices, ce projet court un grave danger; mais, dans de telles circons tances, nous sommes certains que les forces politiques démocratiques d'Amérique latine et du monde sauront soutenir le droit d'un peuple pauvre, sous-développé, historiquement opprimé par l'imréaliser les changements sociaux, économiques et politiques qui lui sont nécessaires

Notre peuple, dont la sereine et responsable confiance dans la Direction nationale en tant que direction de la révolution populaire sandiniste s'est vue si souvent justifiée, doit être conscient que cet épisode n'est aucunement la passe la plus difficile parmi celles que nous avons déjà traversées ou qui nous restent encore à surmonter. La liberté ne se gagne pas avec des fleurs, et le chemin qui mène au bonheur du peuple est encore pavé de sacrifices, de douleurs et de dangers. Mais nous avançons jour après jour, d'un pas sûr parce que nous marchons avec l'histoire, la

Get la justice, et l'avant avec fermeté et décision, même parmi les dangers, même devant l'ennemi aux abois, jusqu'à cette issue qu'entrevoyait déjà notre général Sandino : celle de la construction d'une société sans exploiteurs ni exploités. Et, dans la lutte difficile pour la construction de cette société, « les hésitants, les timides, de par la tournure que prend la lutte, nous lâchent; seuls les ouvriers et les paysans iront jusqu'au bout, seule leur force organisée remportera la victoire. » Ainsi parlait notre général Sandino, père de la révolution populaire et anti-impérialiste, au

— Nous luttons pour vainere ! - Ils ne passeront pas ! - La patrie libre ou la mort ! Direction nationale du FRONT SANDINISTE

DE LIBERATION NATIONALE (FSLN)

Tomas Borge, Victor Tirado, Daniel Ortega, Humberto Ortega, Henry Ruiz, Jaime Wheelock, Bayardo Arce, Carlos Nunez, Luis Carrion. Managua, 16 avril 1982, Année de l'Unité devant l'agression.

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