Des sectes religieuses américaines promettent
GUATEMALA
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PRES le fiasco des élections du 7 mars 1982 (cf. Inpre-
-mars suivant, dont il ne faisait pourtant aucun doute qu'il était largement inspiré par Washington, pouvait néanmoins donner l'impression d'une improvisation de dernière minute pour tenter de parer à la crise de la dictature.
Les premières déclarations du général Efrain Rios Montt, chef de la junte militaire alors mise en place et adepte de la secte religieuse de l'Eglise évangélique du
Vincent KERMEL
L'actuel chef de la junte, par exemple, le général Efrain Rios Montt, n'est pas seulement le candidat malheureux de la Démocratie chrétienne (DC) aux élections présidentielles de 1974. Il est aussi un ancien chef d'état-major de l'armée qui a participé en tant que tel à la direction des opérations de pacification dans l'est du pays. Quant à ses collègues de la le général Horacio Maldonado junte,
Schaad et le colonel Luis Gordillo Marti.
nez, ils ont respectivement été chef de la
Garde d'honneur, une unité où a été coordonnée la répression, et chef de la base militaire de Quezaltenango, l'un des points chauds de la lutte anti-guérilla.
Aussi, dès les premiers communiqués de la junte, sont apparus avec insistance deux axes complémentaires de la politique des putschistes du 23 mars : la proclamation de la nécessité d'une lutte contre la corruption et la réaffirmation du maintien et de l'approfondissement de la lutte contre la guérilla.
DEMAGOGIE
ANTI-CORRUPTION ...
« L'armée du Guatemala a expulsé du gouvernement une minorité corrompue et indigne qui a conduit le pays à une crise politique, économique et sociale », affirme le tout premier communiqué de la junte. Mais il est précisé d'emblée les limites qui seront mises à l'action contre ces maux. Seuls seront changés « les hommes, parce que nous continuerons à lutter avec plus de vigueur contre la subversion »:
(Inforpress, 25 mars 1982.)
La junte, qui a suspendu la Constitution et le
Parlement, a promulgué un
« statut fondamental de gouvernement » lui attribuant tous les pouvoirs. L'autonomie municipale a même été suspendue. A partir du 16 juin, les maires seront nommés directement par la junte.
Dans le domaine économique, certains projets trop ambitieux ont été annulés. Mais les propos du général Efrain Rios
Le général Rios Montt
1 milliard de dollars à la dictature superficielle. Toutefois, Verbe, pour lequel il Montt, selon lesquels l'industrie pétrolière « devrait être nationalisée », ont très rapidement été démentis par le ministre des Mines, des Hydrocarbures et de l'Energie nucléaire, le colonel Jorge Luis Monzon. Si une purge limitée a été opérée dans certains corps de répression, si les jeeps Toyota sans plaques d'immatriculation, traditionnellement utilisées par les escadrons de la mort pour les assassinats, ont disparu des centres urbains, la plupart des anciens responsables des forces répressives sont restés en place.
fonctionnaires de l'ancien gouvernement du général Romeo Lucas Garcia, comme Alonso Lima, se sont même vu attribuer des responsabilités dans le gouvernement mis en place par la junte. D'autres, comme par exemple le responsable du secteur minier, se sont vus reconduits dans leurs fonctions. Au total, seulement une trentaine de fonctionnaires intermédiaires ont été traduits en justice pour malversations.
« Aucun militaire n'a été inquiété », note le Monde du 23 avril 1982. Et, s'exprimant au sujet des corps répressifs et de la police, le général Efrain Rios Montt a déclaré : « Ceux-ci ne seront pas dissous, mais réorganisés » parce que « ce ne sont hommes qui sont fautifs, mais ceux qui les ont commandés. » (Dia Internacional, 5 avril 1982.) Ainsi, le corps des détectives de la Police nationale (police politique) a été dissous simplement parce « Hier le Nicaragua, aujourd'hui le Salvador, demain
DO
FERG
s'agissait de construire « une nation par Dieu, avec Dieu et pour Dieu », prêtaient évidemment à une telle interprétation la personnalité des auteurs du coup d'Etat, pour la plupart des jeunes officiers liés à l'une des principales organisations de l'oligarchie, le Mouvement de libération national (MLN) d'extrême droite, celle des membres de la nouvelle
• junte, et les premières mesures annoncées, ont assez rapidement éclairé les orientations de la nouvelle équipe militaire.
qu'« il n'a pas accompli les fonctions pour lesquelles il avait été créé, du fait de procédures empiriques et inadéquates ».
(Dia Internacional, 22 avril 1982.)
Dans le but de s'efforcer de mettre fin à la crise politique de direction de la bourgeoisie, la junte militaire s'est adressée au secteur privé pour l'inviter à nommer lui-même ses représentants dans le nouveau gouvernement. Ainsi, l'associatin patronale CACIF a-t-elle proposé Julio Matheu comme ministre de l'Economie et Otto Martinez comme ministre de l'Agriculture. Une démarche identique a été entreprise auprès de l'épiscopat et des représentants de l'université. Et le général
Efrain Rios Montt n'hésitait pas à proclamer : « La démocratie est notre drapeau pour que les Guatémalteques connaissent leurs devoirs leur responsabilité et leurs droits. » (La Stampa, 7 avril 1982.) Et il promettait, le 18 mai, des élections « au plus tard en décembre prochain », déclaration sur laquelle il a dû bien vite revenir -Foutefois, la junte a eu beaucoup moins de succès dans ses manœuvres en direction du mouvement ouvrier et populaire. Cela n'a cependant pas empêché le ministre du Travail de réclamer travailleurs, le ler mai, « leur coopération patriotique pour aider à sauver le Guatemala de la grave crise économique et sociale dans laquelle il se débat ». Le porte-parole de la junte militaire affirmait le Guatemala. * (DR).
à l'unisson que « le capital et le travail se complètent».
... ET POURSUITE DE LA REPRESSION Malgré ces appels à l'unité nationale, la dictature guatémaltèque reste la plus sanglante de toutes celles d'Amérique centrale. Les proclamations de la junte sont d'ailleurs destinées à couvrir les très violentes opérations militaires menées récemment contre la guérilla et les populations paysannes. Dans les « quarante derniers jours, il a été lancé une féroce campagne contre-insurrectionnelle contre les bases de la guérilla parmi la population indienne », note Latin America Weekly Report de Londres du 7 mai dernier. Ces opérations ont souvent été conduites par l'armée accompagnée de milices paysannes nouvellement mises sur pied.
Ainsi, 30 000 supplétifs auraient été enrôlés dans ces milices, et il y aurait 2 000 de ces miliciens armés dans le seul « triangle Ixil » du Quiché, la région des Indiens Ixil où l'Armée de guérilla des pauvres (EGP) est implantée.
Cette nouvelle tactique militaire combine un apaisement momentané du climat répressif dans les centres urbains et une véritable politique de génocide dans les régions rurales où la guérilla est influente. Dénonciation de la corruption et limitation des assassinats politiques les centres urbains doivent détourner l'attention de l'opinion internationale de la véritable guerre qui se mène dans certaines regions. A plus long terme, le but est, bien évidemment, de tenter de dissocier le mouvement ouvrier urbain et la petite bourgeoisie de la mobilisation armée des populations indiennes et de la guérilla.
Celle-ci a d'ailleurs déjà dénoncé cette « tactique d'extermination comparable à celle du Vietnam » (Opération Phénix). « Le gouvernement continue à massacrer la population civile, mène une politique
"terre brûlée" dans plusieurs régions du Quiché et s'efforce d'opposer les villages les uns aux autres en obligeant leurs habitants à former des patrouilles civiles », déclare l'EGP dans un récent communiqué. De son côté, l'Union révolu(URNG), qui regroupe les différentes formations de la guérilla guatémaltéque, a que 3 000 paysans avaient déjà été assassinés en un mois et demi de nouveau pouvoir. L'armée s'est livrée à des massacres dans 22 villages des départements de Baja Verapaz, Chimatenango, Solola, du Quiché et du Peten. Dans les seules localités de El Pajarito et de Pichiquil, ce sont 500 personnes qui ont été assassinées et 400 maisons brûlées. (Uno mas uno, Mexico, 7 mai 1982.)
AU SECOURS DE LA JUNTE
'est pourtant ce regime que le itorités américaines se telicitent de voi « progresser en matière de droits hul'ambassadeur US à Ciudad Guatemala ne tarit pas d'éloges sur les nouveaux maîtres de la dictature. Frédéric Chapin estime en effet que la junte représente un « premier pas de l'obscurité vers la lumière ».
Quant au sous-secrétaire adjoint aux Affaires interaméricaines, Stephen Bosworth, il estime que « le coup d'Etat militaire peut avoir mis fin à la paralysie politique qui existait dans ce pays. Depuis le coup d'Etat, la violence non directement en rapport avec l'insurrection a été virtuellement enrayée. On a exhorté toutes les forces politiques à s'unir en une réconciliation nationale ». Et il ajoute : «Nous espérons que ces progres continueront pour établir une relation plus étroite et une meilleure collaboration avec ce pays clef. » (Inforpress, 6 mai
Il est évident que ce qui détermine ce rapprochement entre l'impérialisme US et la dictature guatémaltèque est avant tout le rôle stratégique de ce pays en Amérique centrale. D'ailleurs, le secrétaire d'Dquand il déclare que le Guatemala est « stratégiquement la plus importante république centro-américaine du fait de sa taille, de sa population et de ses ressources, y compris pétrolières ». Aussi ajoute-t-il que « la guérilla guatémaltèque a des conséquences beaucoup plus importantes en terme de dangers pour les intérêts des Etats-Unis que la guerre du Salva-
C'est pour cela qu'il suffit de quelques proclamations d'un contenu encore bien moins radical que les timides « réformes » suggérées par l'administration de Jimmy Carter au Salvador en 1979 pour amener l'administration Reagan, dont des membres sont directement liés aux intérêts US au Guatemala, à réactiver l'aide militaire américaine à la diesuspendue par l'administration précédente en 1977. Ainsi, d'après l'International Herald Tribune du 26 avril, « les USA ont décidé de mettre fin à quatre ans d'embargo sur les ventes d'armes au Guatemala » ... Un envoi de pièces détachées pour hélicoptères, d'une valeur de 4 millions de dollars, est imminent, tandis que le département d'Etat va octroyer dès l'année 50 000 dollars pour un programme d'en-
Le triumuirat militaire guatémaltêque : Maldonado, Rios Montt et Gordillo. (DR) trainement militaire, aide qui sera portée à 250 000 dollars dès 1983.
Toutefois, un fonctionnaire du département d'Etat US souligne, dans le journal de la haute finance, Wall Street, mars, une contradiction toujours pesante : « Personne ne doit avoir l'illusion que le coup d'Etat fera disparaître les guérillas... Le problème est de savoir si le gouvernement pourra trouver une meilleure manière de continuer la guerre sans s'aliéner chaque fois de plus importants secteurs de la population. »
La nouvelle équipe militaire à la tête de la dictature tente de résoudre cette contradiction par une politique de génocide contre les populations rurales des régions d'implantation de la guérilla. Outre la reprise imminente de l'aide militaire atout dans la guerre qu'elle mène contre les forces populaires organisées dans la guérilla, c'est le silence qui entoure le
Comparativement au Salvador, par exemple, le Guatemala ou pourtant la guérilla a toujours été soumise à la plus terrible des répressions, est en quelque sorte la « guerre oubliée » de la région. Ainsi, des Etats bourgeois qui, comme le Mexique, soutiennent diplomatiquement le FMLN salvadorien, n'ont pas une position identique sur le Guatemala. Le président mexicain José Lopez Portillo n'a fait mention de l'URNG dans le plan général de paix en Amérique centrale qu'il a proposé aux Etats-Unis. C'est que le gouvernement mexicain, qui ferme ses frontières aux réfugiés guatémaltèques, s'inquiète de la radicalisation des processus révolutionnaires au Guatemala au moins autant que l'impérialisme américain. Certes, José Lopez Portillo a condamné le coup d'Etat du 23 mars, mais l'état-major militaire mexicain — fait exceptionnel — a approuvé le putsch qui aurait « sauvé » le Guatemala.
Ne pas laisser les proclamations démagogiques de la nouvelle junte guaté. maltèque couvrir d'un voile pudique le bruit de la mitraille qu'elle utilise contre le peuple de ce pays, constitue donc la tâche centrale que la solidarité internatio-
19 mai 1982.