Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Le contre-coup de la guerre des Malouines

· Inprecor n° 129, 28 juin 1982 · p. 28 · 544 mots

Daniel Jebrac était le pseudonyme de Daniel Bensaïd, dirigeant de la LCR et de la IVe Internationale.

Argentine et Chili

ARGENTINE A coni se tenten en une renie ue avec des con U bout de deux mois, l'expédition coloniale britannique

-conflit s'est transformé en une vraie guerre, avec des centaines de victimes de part et d'autre, et un coût supérieur à deux milliards de dollars du seul côté britannique.

Mais surtout, l'affrontement pour les Malouines a d'ores et déjà illustré certaines caractéristiques de la situation mondiale : les tendances bellicistes et, en premier lieu, l'agression contre les peuples coloniaux, qui sont inscrites dans la crise économique et la course impérialiste aux armements ; l'absence de direction politique incontestée dans le camp impérialiste et l'impuissance des Etats-Unis à imposer leur arbitrage ; mais aussi la détermination d'un impérialisme décadent, l'impérialisme britannique, à relever tout défi à sa domination, avec un soutien de tous ses alliés.

Ce sont les données qu'a sous-estimées la junte argentine quand elle a cru trouver dans l'expédition des Malouines le ciment de l'unité nationale au prix d'un risque limité. L'erreur de calcul va maintenant peser lourd pour l'Amérique latine en général, et pour l'Argentine en particulier.

Comme prévu, Galtieri est tombé presqu'en même temps que les Malouines. Sa chute était inévitable. terrain, mais ne résoud rien : toutes les solutions politiques envisagées au-delà de l'intérim des généraux Nicolaides et Saint-Jean semblent aussi incertaines et instables.

Un secteur de l'armée est tenté par la réédition d'un « grand accord national » entre militaires et civils. La guerre pouvait aider à le forger. Cette union sacrée aurait aujourd'hui pour fonction de faire face à la crise économique terrible et d'éponger l'humiliation de la défaite. Mais les obstacles sur cette voie sont d'une autre ampleur qu'en dre leur part du naufrage.

Elle déblaie le

1972. Il ne s'agit pas seulement de restituer les cendres d'Evita Peron et d'autoriser le retour des dirigeants péroniste bannis : les 30 000 disparus constituent une barrière autrement sanglante à la réconciliation nationale ! Enfin, les partis bourgeois d'opposition ne seront sûrement pas enthousiastes ni unanimes pour venir pren-

Un autre secteur voudrait accélérer un processus d'ouverture démocratique et de rétablissement de mécanismes électoraux, afin de permettre le retour de l'armée dans ses casernes et de la conserver comme ultime recours. Ces militaires craignent que l'exercice direct du pouvoir dans ces conditions de crise ne finisse par diviser l'armée elle-même et par affaiblir le principal garant de l'Etat. Les derniers développements n'auront pu que confirmer ces craintes. Mais la difficulté de cette entreprise réside dans l'encadrement du mouvement ouvrier. Après six ans de dictature, les coups portés aux prérogatives traditionnelles de l'appareil syndical péroniste ont créé un vide organisationnel dans le mouvement ouvrier. Personne ne peut dire quelle force serait capable de contrôler des millions de travailleurs exaspérés par la crise et de parler en leur nom.

Enfin, un nouveau durcissement du régime peut apparaître à un troisième secteur comme la seule solution immédiate. Il ne résoudrait aucune des contradictions économiques, sociales et politiques accumulées depuis deux ans, et ajouterait au bilan de la guerre des Malouines un isolement social accru de la

18 juin 1982. (Nous publions ci-dessous, pour illustrer les contradictions de la situation en Argentine, un article sur les développements de la question syndicale pendant la guerre des Malouines).

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