Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Plans de la junte et manœuvres de la bureaucratie syndicale

· Inprecor n° 129, 28 juin 1982 · p. 28-29, 29 · 1 446 mots

Syndicalisme Stalinisme Argentine et Chili France

Alors que la guerre continue et que la population assiste impuissante manœuvres politiques de la dictature, les dirigeants syndicaux alignés sur le régime continuent à ignorer les exigences de leur base et multiplient les contorsions pour s'adapter et faire face aux périls du futur immédiat.

Comme on peut s'en souvenir, la Confédération générale des travailleurs (CGT) avait organisé une manifestation trois jours à peine avant le débarquement argentin aux Malouines et aussi bien la réponse massive des travailleurs que la réaction brutale du gouvernement avaient mis à l'ordre du jour l'imminence de la grève générale. L'autre fraction de la bureaucratie syndicale, la Confédération nationale des travailleurs (CNT-20), ouvertement collaborationniste, qui a obtenu depuis six ans les faveurs de la dictature et s'est opposée à toute initiative de lutte, s'est alors vue obligée d'annoncer « une grève générale sans date fixe » des le lendemain de la manifestation de la

Ensuite, sont venus le débarquement, les mobilisations de soutien et, finalement, la guerre. Les directions bureaucratiques, en particulier celle de la CGT, ont soutenu la reconquête des îles tout en essayant de se différencier du gouvernement. Pendant six semaines, la CNT-20 est restée prisonnière de la situation et n'est parvenue qu'avec difficulté à maintenir son identité face à la CGT.

LE « NEO-PERONISME » Le gouvernement, ou du moins un de ses secteurs, s'est lancé dans un projet que nous pourrions qualifier, d'image pour donner une idée au lecteur, de néo-péroniste. Le ministre du Travail, le général Porcile, prétendait rien de moins que de ranger derrière lui les deux fractions de la bureaucratie et parler le 1er Mai en tant que représentant des travailleurs, avec le soutien de la CGT comme de la CNT-20. En vertu de ce plan, lorsque les Anglais envahirent les fles de la Georgie du Sud, il suscita un meeting devant la maison du gouvernement, soutenu par la CNT-20 et la CGT. Le rassemblement, malgré l'appel unitaire et le climat d'euphorie, ne réunit guère plus de 5 000 personnes sur la place, la plupart d'organisations de gauche. Pire encore, le meeting se transforma en manifestation d'opposition à la événement vint s'ajouter aux querelles internes à la bureaucratie et, en raison de l'irrémédiable faiblesse politique du gouvernement, le projet du ler Mai avorta. La CGT dénonça Porcile et pré. vint la CNT-20 que la tenue d'un meeting sous les auspices de la dictature le jour de la Fête des travailleurs « constituerait une violation flagrante des principes du mouvement ouvrier. »

La CGT convoqua son propre meeting, et les données de la situation finirent de se dessiner: 1 000 personnes à peine répondirent à l'appel. L'échec de la CGT modifia l'axe du mouvement d'unification des directions bureaucratiques. La CNT-20, qui devait subir la perspective d'une unification sous l'hégémonie de la CGT, estima qu'une tactique offensive, comptant sur l'appui du gouvernement pour l'aider à exercer un contrôle absolu sur une CGT unifiée, devenait viable.

LES PLANS DE GALTIERI Le gouvernement se proposait de mettre en œuvre un plan en quatre points : l'abolition de la loi qui interdit la CGT; la levée de l'intervention militaire dans les syndicats ; la restitution des services d'assistance médicale et sanitaire aux

Get la convocation d'assemblées paritaires. Au vu de la réaction de la CGT et de sa faiblesse vérifiée le ler Mai, le ministre du Travail s'est lancé dans l'application de ce plan en accord avec les dirigeants de la CNT-20.

Le 17 mai, Porcile convoquait une assemblée plénière des secrétaires généraux des syndicats en situation légale (c'est-à-dire à l'exclusion des syndicats sous in-

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tervention) dont la majorité est regroupée dans la CGT. Le motif invoqué était l'élection d'une délégation pour se rendre à *• réunion annuelle de l'Organisation International: du travail (OIT). Mais il s'agissan cu réalité de constituer une nouvelle CGT. A ce moment, fonctionnait une Commission d'unité avec des représentants de la CGT et de la CNT-20 préparant la fusion au sommet. D'après les révélations ultérieures de Jorge Lujan, secrétaire du Syndicat des verriers, jusqu'à la veille de l'assemblée, il existait un accord entre les deux fractions pour se répartir les responsabilités dans une centrale unique. Quelques heures avant sa tenue cependant, la CGT dénonça l'assemblée.

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Deux dirigeants de la CGT (du Papier et des Assurances) s'y rendirent avec trois autres syndicats de second plan pour proposer un report afin d'éviter que l'unité n'avorte. Mais leur motion obtint le vote favorable de 16 syndicats et l'abstention de 10, contre un refus de 59 syndicats. Le chemin était alors ouvert pour la formation d'une nouvelle centrale, dirigée par le secteur le plus collaborationniste, avec la bénédiction du gouvernement et sans la participation des « péronistes orthodoxes » regroupés dans l'autre fraction.

La nouvelle organisation, qui s'appropria le nom de CGT, réclama l'ancien immeuble de la centrale ouvrière, situé rue Azopaldo, et est désormais désignée comme la CGT-Azopaldo. Trois des vingt postes de direction ont été attribués aux dissidents de la vieille CGT (aujourd'hui désignée comme CGT-Brésil, du nom de la rue où elle siège), qui assurent représenter 31 syndicats prêts à passer à la CGT-Azopaldo.

LES MOUVEMENTS DE LA

BUREAUCRATIE SYNDICALE

Le berceau où la CGT-Azopaldo a vu le jour — une assemblée convoquée par le l'étoffe de ses dirigeants. après sa formation, la nouvelle direction fut reçue par le général Galtieri, lequel a déclaré : « Depuis le 2 auril, je me sens un président nouveau » et a confessé qu'il « ne ferait pas le type de discours qu'il a prononcé quand il a assumé la présidence ». Il a promis de rencontrer a nouveau les syndicalistes après la réunion de l'OIT, pour discuter « des changements qui vont avoir lieu dans le pays sur le plan économique et social » et pour établir les responsabilités « de ce qui a été fait de bien mal ». Il est considéré comme acquis que la CGT-Azopaldo recevra en prime les quatre mesures évoquées ci-dessus. Elle pourra ainsi se présenter aux yeux des travailleurs comme la véritable

L'avocat Antonio Baldassini, secrétaire général de la Fédération des postes et télécommunications, typique représentant de la bureaucratie au service bourgeoisie, a présenté un programme intitulé « Unité ouvrière et unité nationale ». L'unification totale de la CGT y est présentée comme un pas préliminaire. Il propose « la recomposition syndicale » sur la base de « la révocation de toute la législation de la dictature contre les syndicats et l'activité syndicale », de « la réactivation urgente de l'économie », et de la fin « de la marginalisation politique de notre peuple ». Il propose une « solution politique qui prenne en compte les aspirations de tous les secteurs ». Il n'exige pas l'organisation d'élections parce que son plan consiste pour l'heure à soutenir un gouvernement de transition présidé par « le nouveau Galtieri ».

Protestation après l'assassinat d'un syndicaliste à Rosario. (DR)

La CGT-Brésil, pour sa part, a perdu l'initiative et ses forces ont fondu massivement. Inaugurant une nouvelle méthode de lutte ouvrière, elle a envoyé fin mai un télégramme au Président pour lui demander de changer de politique économique. Elle a lancé un document appelant à la tenue de meetings publies pour s'opposer «au projet gouvernemental de créer un syndicalisme complaisant et dépendant » et pour « résister à la poursuite d'une politique anti-nationale ».

En même temps, Lorenzo Miguel et Ubaldini, les principaux dirigeants de la CGT, ont déclaré que « si une situation politique spéciale, interne ou externe, le réclamait », ils seraient prêts à « signer l'unité en 72 heures: »

LES LIMITES DE LA MANOEUVRE La réalité du mouvement ouvrier argentin passe cependant par d'autres

Les fractions de la bureaucratie sont plus ou moins fortes selon que montent ou baissent les actions des secteurs bourgeois et militaires auxquels elles ont lié leur sort. Mais les deux sont au même titre coupées de la base. Elles sont même coupées des secteurs intermédiaires de la

Les directions n'ont pas clair parce que la bourgeoisie n'en a pas. Et elle ne peut pas en avoir. Elle peut bien tirer parti du manque d'organisation indépendante des travailleurs. Mais ce jeu aussi a ses limites. Le dénouement de la guerre, quel qu'il soit, ne pourra changer le cours de ce qui est essentiel dans les dernières manœuvres de la bureaucratie : le mouvement ouvrier a récupéré un énorme espace politique et il est sur le point d'obtenir la légalisation de la CGT et la reconnaissance des syndicats et de la vie syndicale. C'est là la sanction de la défaite des plans de la dictature, qui devra trouver un prolongement dans la défaite de la bureaucratie et la formation d'un

Traduit de Em Tempo numéro 151, 3 juin 1982.

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