Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE-USA

Questions sans réponse sur les entretiens Teng-Vance à Pékin

· Inprecor n° 13, 29 septembre 1977 · p. 11-12 · 1 823 mots

Chine URSS et Russie États-Unis

CHINE-USA à Pékin

Cet article a été publié dans Intercontinental Press, hebdo- -madaire marxiste-révolutionnaire paraissant aux Etats-Unis, le 5 septembre 1977.

. ° L'administration Carter a-t-elle gagné quelque chose au cours des conversations secrètes entre le secrétaire d'Etat Cyrus R. Vance et le vice-premier ministre Teng Hsiao-ping ? Après avoir entendu le rapport de Vance, Carter déclarait le 27 août que les entretiens "avaient été couronnés de succès" Il alla même jusqu'à dire : "Je crois que c'est un pas en avant très important vers notre but ultime qui est la normalisation des relations avec la République populaire de Chine. " Quant à Teng et au président du Parti communiste Hua Kuo-feng, Carter révéla qu'ils lui avaient envoyé un message disant que les discussions avaient été "très fructueuses de leur point de

. Cependant jusqu'à maintenant rien de concret n'a été présenté par aucune des deux parties. Donc, - à moins qu'il n'y ait eu accord secret -, le séjour de quatre jours de Vance à Pékin (du 22 au 25 août) s'est achevé sans déboucher sur rien de plus substantiel qu'une tournée de sompteux banquets. Les correspondants de presse, avides d'information, étaient réduits à si maigre pitance qu'ils racontaient comment Teng, pendant le banquet qu'il présidait fumait en mâchonnant un cigare et crachait de temps à autres dans un crachoir de porcelaine. Lors d'une conférence de presse le 30 juin, Carter avait escompté du voyage de Vance à Pékin des résultats bien meilleurs que ce qu'ils furent en réalité. Il expliquait même alors que pour parvenir à un accord avec le gouvernement de Hua, il était prêt à rompre les liens diplomatiques formels et les liens militaires avec le régime établi par Chiang Kai-shek à Formose. Quand on lui demanda s'il était possible d'établir des relations pleines et entières avec la Chine tout en poursuivant l'engagement militaire US à Taiwan, il répondit : "Il est difficile de répondre à cette question dès maintenant. J'espère que nous pourrons arriver à un arrangement avec la République populaire de Chine, et avoir des relations diplomatiques complètes avec ce pays tout en ayant l'assurance que la vie pacifique des Formosans et de la République de Chine sera préservée. "C'est là notre espoir et notre but."

Joseph HANSEN Pour instituer la "normalisation" des relations, Pékin a posé trois conditions à Washington : 1. La fin de la reconnaissance de la République de Chine de Chiang. 2. La fin du Pacte de défense mutuelle signé en 1954 avec le régime de Chiang. 3. Le retrait des bases et des troupes militaires américaines de Taiwan. (Le ministère de la Défense a fait savoir le 15 août qu'actuellement, le personnel militaire US à Taiwan est en nombre inférieur à 1165). En apparence, ces trois conditions ne sembleraient pas offrir de grandes difficultés pour l'administration Carter. Et pourtant, elles ont conduit à une division au sein des cercles dirigeants impérialistes qui pourrait faire très mal à Carter sur le plan de la politique intérieure. En fait, selon certains commentateurs, l'objectif principal du voyage de Varce était de faire connaître les problèmes politiques internes qui se posent à la Maison-Blanche et de suggérer aux nouveaux dirigeants chinois qu'ils pourraient l'aider en prenant l'engagement, même formulé diplomatiquement, de ne pas attaquer Taiwan. A cela Pékin opposa que ses relations avec Formose n'étaient pas du ressort de Washington puisque Taiwan n'est qu'une province de la Chine. Aussi la position US revenait-elle à une intervention dans les affaires intérieures chinoises. L'opposition à toute concession aux trois conditions posées par Pékin émane de figures aussi réactionnaires que Ronald Reagan et que le sénateur Goldwater qui reprend la même chanson. Ils mettent l'accent sur des problèmes tels que celui du traité de défense mutuelle de 1954 qui stipule que : "Ce traité restera en application indéfiniment. L'une ou l'autre des parties peut y mettre fin un an après notification à l'autre partie. " Si Carter donnait ce préavis d'un an, les partisans antédiluviens du traité feraient tout leur possible pour faire monter la vapeur sur cette question. Dans les hautes shères de la Maison-Blanche on a donc parlé de laisser le traité "devenir caduque" . Mais cela est impossible puisqu'il reste "indéfiniment" valable. Sous-tendant ce dilemme légaliste se trouvent des considérations plus substantielles. L'édition du 29 août du "Times Magazine" y fait allusion en ces termes : "Taiwan est aujourd'hui une mini-puissance industrielle. Bien que la population de l'île, 16,6 millions, ne représente que

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CHINE-USA 1/50ème de celle de la Chine continentale, son commerce avec les USA est 14 fois plus important que celui de son énorme voisine - près de 5 milliards de dollars l'an dernier. Le solide taux de croissance de Formose - plus de 10% pour la plupart des années depuis 1960 - a gonflé son produit national brut juste au-dessus de 17 milliards. Durant la récession mondiale de 1974/75, l'inflation a grimpé pendant un moment jusqu'à 40%, mais depuis, le régime a réussi à la ramener à moins de 3%. "Taiwan a eu soin de maintenir des relations même avec ceux de ses partenaires commerciaux qui ont coupé tout lien formel, par l'établissement de représentations commerciales et culturelles quasi officielles. Les plus importantes deces relations "officieuses" sont de loin celles qu'elle entretient avec le Japon, dont la soi-disant Association d'échange avec Taiwan est dirigée par des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères en "permission temporaire". Le Japon fait plus d'affaires avec Formose à l'heure actuelle qu'avant de briser avec Taipei et d'établir des relations avec Pékin en 1972. Alors pourquoi toute cette agitation autour d'une rupture possible avec les USA? Quelques experts maintiennent que l'abrogation par les USA du traité de défense avec Taiwan aboutirait à un scénario dans lequel, Pékin, enhardi essaierait d'effrayer les compagnies étrangères et les investisseurs pour les éloigner de l'île en la menaçant de représailles économiques ou d'une intervention militaire. 'Si certains étaient effrayés' a dit une personnalité gouvernementale au plus haut niveau, les conséquences pourraient en être désastreuses pour nous'." Ces obiections fondées sur la sauvegarde des investissements à Taiwan rejoignent un point de vue qui met la priorité sur l'usage du bâton dans les relations internationales. Si les relations avec la Chine étaient normalisées, disent les tenants de cette option, cela ne démoraliserait-il pas complètement le régime dictatorial sud-coréen aussi bien que d'autres "amis de l'Amérique" du même genre de par le monde ? Il y a un grain de vérité dans ce débat. Maintenir la reconnaissance du régime établi par Chiang Kai-shek équivaudrait à déclarer que Carter a l'intention de poursuivre un cours politique ouvertement contre-révolutionnaire envers la Chine, car cela revient à soutenir l'objectif du régime Chiang de reprendre pied sur le continent et d'écraser la révolution chinoise. Cela inspirerait indubitablement les Park, les Marcos, les Pinochet et les Vorster. Les cercles impérialistes qui se déclarent en faveur d'une "normalisation" immédiate des relations avec la Chine prennent en compte un rapport de forces beaucoup plus large que ceux qui centrent leur raisonnement sur Taiwan. Ils s'inquiètent en particulier, si les choses traînent trop en longueur, de la possibilité de voir Pékin décider • de rompre l'équilibre triangulaire qui permet aux USA et de jouer les deux grands Etats ouvriers l'un contre l'autre et chercher une détente avec le régime de Brejnev. Du point de vue de l'impérialisme américain, cela constituerait un désastre majeur. Dans un discours largement diffusé, le sénateur Edward M. Kennedy, l'un des porte-parole de ce courant argua, le 15 août à Boston, que "l'opposition irrémédiable de la Chine au pouvoir soviétique" ne pouvait être indéfiniment garantie. !! soutient que "la frustration ressentie par la Chine du fait de la position des USA sur Taiwan pourrait en fin de compte avoir raison du puissant héritage antisoviétique de feu Mao Tsé-toung et "conduires au bout d'un certain temps à une détente limitée entre la Chine et l'URSS". L'un des effets de la normalisation des relations avec la Chine, en mettant fin "à notre présence militaire dans l'île et à nos relations diplomatiques formelles avec elle", serait, pour le moins, de "stimuler la recherche par l'Union soviétique d'une amélioration de ses relations avec les Etats-

. Et Kennedy ajouta : "L' expérience historique récente montre que nos relations ont connu des hauts et des bas paral-. lèles - 1972 et 1973 furent des années de bons rapports à la fois avec Moscou et avec Pékin, cela est une conséquence non seulement du processus triangulaire-clé, mais aussi du contexte international et de nos relations bilatérales. Depuis 1974, de nouveaux problèmes ont surgi dans les relations des USA avec ces deux pays." Kennedy ne se cache pas d'avoir intérêt à la bonne santé du jeu triangulaire, c'est-à-dire à la possibilité pour la Maison-Blanche de miser l'Union soviétique et la Chine l'une contre l'autre. Bien qu'il semble prêt à placer ce processus triangulaire au-dessus de "détails" de troisième ou de quatrième ordre comme le destin de Formose, Kennedy mal à l'aise tergiverse sur un dernier problème : "Nous continuerons à assurer à Taiwan l'accès aux fournitures nécessaires à sa défense." "En retour" , dit Kennedy "on pourra attendre des Chinois qu'ils se montrent sensibles à nos intérêts et à nos préoccupations". Celasignifie, dit-il, que la Chine "ne... s'opposerait pas à des actions modérées des Estats-Unis destinées à subvenir aux besoins d'une Taiwan prospère et pacifique" . Peutêtre Kennedy a-t-il dans la tête de continuer les ventes d'armes à Taipei. Les forces armées de Taiwan se composent de 500 000 hommes; soit 350000 dans la troupe, 70000 dans la flotte et les Marines et 80 000 dans l'armée de l'air. Le budget prévoit 48,3% de dépenses militaires pour cette année. Des calculs d'ordinateurs secrets montrent que Taipei peut produire des armes nucléaires si elle le juge nécessaire. Carter se trouve donc confronté à trois dilemmes. Le premier provient de la menace sur le plan politique intérieur de l'aile droite des républicains et des démocrates. Devra-t-il ou non affronter l'opposition Reagan pour le plus grand bien des intérêts de l'Amérique impérialiste ? Le second concerne Taiwan. Peut-il risquer de mettre en danger de lucratifs investissements sur cette île dans l'espoir d'une ouverture éventuelle des portes du commerce - mais peut-être aussi beaucoup plus - avec la Chine ? Le troisième porte sur les relations avec la Chine et l'Union soviétique. Comment Carter peut-il continuer à jouer le jeu triangulaire sans quelque rapide normalisation des relations avec la Chine ? Et comment conjuguer cela avec l'accroissement de la pression sur Moscou ? Les rapports sur les entretiens entre Vance et Teng n'offrent en fait aucun élément de réponse à ces questions. Pour le moment, Carter semble avoir donné la priorité à ses problèmes politiques intérieurs. Alors, si c'est le cas, tout ce que Vance pouvait obtenir de Teng était un certain délai pour la solution de problèmes internationaux susceptibles de devenir bientôt des casse-tête de première grandeur pour le président de l'Amérique impérialiste.

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