Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Quelle stratégie pour Solidarité ?

· Inprecor n° 132, 13 septembre 1982 · p. 26-33 · 9 775 mots

Pologne Syndicalisme Stalinisme

Quelle s AVISO Rédaction d'« INPREKOR » polonais

Au cours du mois de mai 1982, les dirigeants clandestins de Solidarité des régions de Wroclaw dans le sud-ouest du pays et de Varsovie, suivis peu après par ceux d'autres régions, ont appelé à préparer une grève générale avec défense active des entreprises occupées. La Commission exécutive régionale de Varsovie (RKW) a par ailleurs annoncé que « les formes actuelles de manifestation de notre refus, telles que les grèves de protestation de 15 mn ou l'extinction des feux, sont suspendues dans notre région (1) ». Le samedi 26 juin, la Commission provisoire de coordination (TKK) de Solidarité a décidé de suspendre dans tout le pays les grèves et les manifestations jusqu'à la fin du mois de juillet et a annoncé que cette période « sera mise à profit par le syndicat pour développer et renforcer ses structures organisationnelles et pour se préparer à la grève générale, si les circonstances nous obligent à la faire ».

Les actions de résistance passive symboliques qui, durant les premiers mois de l'état de guerre, ont sans doute joué un rôle important dans la construction du mouvement social Solidarité, ont fini par montrer leurs limites, du moins comme forme principale de l'activité de la résistance. Les grèves de courte durée, menées dans plusieurs régions, et même la grève d'avertissement du jeudi 13 mai, menée dans tout le pays à l'initiative de la TKK, ont été jugées de manière diversifiée. Les réactions des militants syndicaux de Varsovie, recueillies après les initiatives du jeudi 13 mai, en témoignent. D'une part, elles ont renforcé la combativité et l'auto-organisation de la classe ouvrière. Mais, de l'autre, leurs résultats ont été sans commune mesure avec l'effort nécessaire à leur préparation. Pire même, le prix que les grévistes de nombreuses entreprises tratéaie ont dû payer s'est montré très lourd. La dictature militaire a licencié de nombreux travailleurs à la suite de ces grèves. Les travailleurs, explique Zbigniew Romaszewski, de la direction régionale de Varsovie et responsable de Radio Solidarnosc, « sont cependant prêts à prendre savent "que ce sera leur lutte finale"».

VERS LE DÉPASSEMENT

DE LA CRISE DE STRATÉGIE La stratégie de « guerre de position », unilatérale, mise en avant par certains militants de Solidarité, et en particulier ceux de la région de Varsovie, s'est ainsi avérée insuffisante et contraire à la dynamique du mouvement. Au lieu de se limiter à la construction de structures de la Société clandestine - en accord avec les fondements de cette stratégie —, les masses travailleuses ont commencé, à partir du samedi ler Mai, à descendre dans pour d'imposantes tions. Celles-ci ont rapidement lieu à des affrontements de rue. Bien que des éléments de « guerre de mouvement » aient accompagné les formes de « guerre de position » déjà avant - sous la forme

, à partir du ler Mai, ils ont commencé à occuper le devant de la scène. Mais cela s'est passé de facon spontanée : les affrontements de rue ont été menés sans connaissance de la tactique de cette forme de lutte et sans aucune sorte d'organisation. C'est dans de telles conditions, par exemple, qu'ont eu lieu les affrontements sur la place du marché de Cracovie, le jeudi 13 mai, quand les ZOMO (réserves motorisées de la milice — police anti-émeute) ont brutalement agressé une foule sans défense ; certains disent même qu'à cette occasion le mouvement a subi une défaite d'importance. « Dispersée à plusieurs reprises, lit-on à olidarité ?

ce sujet dans un bulletin clandestin (3), la foule peut perdre le moral, elle peut se laisser envahir par un sentiment d'impuissance, voire même céder à la panique. Les symptômes visibles de cela ont été le fait qu'après la manifestation du jeudi 13 mai, les flics en civil arrêtaient sans difficulté dans la foule les personnes repérées précé demment - et c'était cette même foule qui, quelques instants plus tôt, attaquait les canons à eau dans la rue Grodzka; après le 13, il n'y a plus eu d'autres manifestations, et les inscriptions murales ont disparu — ce qui témoigne du temps qui a été nécessaire à la société pour s'en

Ce ne sont pas les bastions naturels de la classe ouvrière, les grandes entreprises industrielles, qui ont été le théâtre de cette « guerre de mouvement ». « Les manifestations du ler et du 3 mai, qui ont le plus fortement témoigné de la force de ré sistance face à la dictature militaro-partiseulement par leur forme, mais aussi par leur composition sociale, différaient des grèves de juillet-août 1980. Bien qu'il n'ait pas manqué d'ouvriers dans les rues, c'est la jeunesse étudiante, lycéens, qui y étaient en majorité. Bien qu'ils n'aient pas avancé des mots d'ordre différents de ceux mis en avant par Solidarité ouvrière, bien qu'ils n'aient ressenti aucune différence, et que les ouvriers - à notre connaissance - n'aient pas considéré les manifestants comme des étrangers, il n'en reste pas moins que ce printemps met à la tête de la résistance

1. Tygodnik Mazowsze, numéro 16, Varsovie, 2 juillet 1982.

2. Ibid. 3. Glos wolny, wolnose ubezpieczajacy, numéro 19, 30 mai 1982.

Page 27

des milieux sociaux qui, au sein même de Solidarité, étaient en minorité. (4) »

Il ne fait pas de doute que la stratégie poursuivie par le mouvement de résistance est alors entrée en crise. Le vendredi 7 mai, Bogdan Lis, de la direction régionale de Gdansk, écrivait à Zbigniew Bujak, président de la région de Varsovie : « J'ai rendu compte de la réunion de la TKK et j'ai exposé aux représentants des grandes entreprises la position des quatre régions en ce qui concerne la stratégie et la tactique d'action. Ils ont été consternés. Tous pensaient que, s'il n'y a pas d'action décidée, si les gens n'ont pas la certitude que nous nous préparons quand même à la grève générale — en vue d'imposer une en-

(nationale) même au prix grand compromis —, nous n'aurons pas de soutien. (5) » Peu après, les travailleurs de plusieurs dizaines de grandes entreprises de la région de Varsovie ont à leur tour exigé de la Commission exécutive régionale (RKW) la préparation de la grève géné-

L'annonce de la grève générale est un - Premièrement, elle signifie que la dynamique du mouvement conduit inexorablement à lier les formes de « guerre de mouvement » avec celles de « guerre de position ». La grève générale est la plus importante forme de « guerre de mouvement » dont dispose la classe ouvrière. Même ceux des militants de Solidarité qui se prononçaient pour la « guerre de position » ont été obligés, par la dynamique même de la résistance — qui, par les affrontements de rues spontanés, a commencé à échapper au contrôle des organes de coordination du mouvement —, de reconnaître qu'on ne peut tourner le dos ni même renvoyer à un rôle tactique limité les formes de « guerre de mouvement ». Car celles-ci apparaissent de toute façon, même si elles ne sont ni planifiées ni or-

- Deuxièmement, l'annonce de la grève générale signifie que la classe ouvrière désapprouve de plus en plus aussi bien les actions symboliques de la résistance passive que les grèves limitées, coûteuses et sans perspectives. Elle tend, en revanche, et elle y est prête, à engager des actions d'ampleur stratégique, des batailles sinon finales du moins décisives, qui pourraient concentrer toute l'énergie de la classe ouvrière et d'autres groupes sociaux opprimés qu'elle unifie autour d'elle, batailles qui pourraient conduire à des acquis décisifs qui, en d'autres termes, forceraient la bureaucratie sinon à s'effacer, du moins à céder beaucoup.

- Troisièmement, l'annonce de la grève générale — c'est-à-dire la transposition de la « guerre de mouvement » sur le terrain des usines et sa large application sur ce terrain - est la confirmation du caractère fondamentalement ouvrier de la résistance face à la dictature militaire. Depuis le début, depuis l'été 1980, la révolution polonaise a eu ce caractère, non seulement à cause de son contenu social ouvrier et du rôle dirigeant que la classe ouvrière y joue, mais également parce que ses formes de lutte - la grève de masse économique ou politique - ont été la forme principale de la lutte du mouvement social dans son ensemble. La résistance maintient entièrement tous ces traits de la révolution polonaise. « La lutte décisive commencera là où avait commencé la lutte précédente : derrière les murs des usines, là où la force vitale du syndicat indépendant des travailleurs a pris sa source. Sur les arrières des manifestations de rue spectaculaires, le processus de retour de la confiance en soi que donne une grève solidaire a déjà commencé et continue à se développer. Cette fois, il s'agit de la de la force qui émane des murs des usines et des hommes qui s'y enferment. (6) »

En prenant la décision de préparer conscients qu'il s'agit là de la décision la plus importante, la plus responsable, et même de caractère historique pourrait-on dire, de la direction du mouvement social. Nous devons être conscients du caractère que revêt chaque grève générale réelle et des conditions nécessaires pour qu'une telle grève puisse être couronnée de succès. Car la grève générale obéit à certaines lois qui doivent être absolument

7004.001 1981 : le Congrès de Solidarité. (DR)

Tout d'abord, il faut être conscient que la grève générale est une grande action révolutionnaire des masses, de tout le mouvement social, et qu'elle signifie qu'on entre dans une situation ment révolutionnaire. « La grève générale, écrivait Trotsky, n'est possible que lorsque les tensions politiques sont à leur apogée et c'est pourquoi elle signifie que nous avons affaire à une situation directement révolutionnaire. (7) » Il en découle que le déclenchement d'une telle grève doit exprimer le fait que les masses sont prêtes à une action révolutionnaire et que tous les chaînons du syndicat Solidarité sont prêts à se lancer dans cette

Dans les écrits des dirigeants de Solidarité on peut actuellement discerner deux tendances qui, si elles devaient perdurer, pourraient limiter, voire même enrayer, générale.

L'une d'elles est par exemple exprimée par Zbigniew Bujak qui écrit, dans une lettre datée du vendredi 21 mai, à Bogdan Lis, en commentant l'attitude des travailleurs des grandes entreprises de Gdansk qui se prononcent pour la grève générale : «Explique-leur cependant qu'en vérité, du fait du caractère de la grève (autodéfense active), ce serait une révolution (le renversement du pouvoir). » Il a raison : il faut que toute la classe ouvrière soit consciente qu'il s'agit d'une action révolutionnaire d'une grande ampleur, et que l'on prend là le chemin qui mène au renversement du pouvoir bureaucratique. Mais, contrairement à ce qu'affirme Zbigniew Bujak, une grève générale n'aboutit pas obligatoirement à la défaite du mouvement ou bien au renversement de la bureaucratie. Comme nous allons le montrer dans la suite de cet article, on peut envisager une défaite partielle de la bureaucratie et une victoire partielle du mouvement social.

Zbigniew Bujak poursuit plus loin : « S'ils acceptent cela, explique-leur que la TKK peut se préparer à diriger une telle grève et que nous commençons de tels preparatifs mais, moi personnellement, je ne serai pas celui qui appellera à la grève. Car un tel appel équivaut à envoyer à la mort des milliers de gens, et ils ne peuvent exiger de moi que je prenne une telle responsabilité. Ce que la TKK peut faire, c'est prendre la direction d'une grève qui a déjà commencé. Qui, par exemple, a été appelée par le chantier naval "Lénine" ou par le Comité interentreprises de Gdansk, ou encore par le Réseau des grandes entreprises du pays. La prise de la direction d'une telle grève (si nous y sommes préparés) permettra de limiter les pertes grâce à une résistance coordonnée. (8) »

On ne peut être d'accord avec une telle attitude. Si la question de la grève générale se pose, la TKK ne peut prendre sa direction seulement au moment où elle éclatera à l'initiative de la base. Elle doit prendre la responsabilité de sa bonne préparation, et cela non seulement au niveau des entreprises et entre elles (la garantie d'une bonne coordination des entreprises qui passe, entre autres, par l'articulation entre elles des coordinations interentreprises existant actuellement dans diverses régions ou la mise sur pied de liaisons - notamment par radio — entre les entreprises pendant la grève, ce que propose Zbigniew Romaszewski). Elle doit assurer, et cela dès l'étape préparatoire, une direction centralisée de la grève dans chaque région comme à l'échelle nationale, ainsi que la possibilité d'une action unifiée et planifiée. Elle doit prendre la responsabilité de lancer le mot d'ordre de la grève générale et d'indiquer la date de son

4. a Le printemps polonais: dans les rues ? » (article anonyme envoyé de Pologne), Bulletin d'Information du Comité de coordination du syndicat Solidarnose en France, numé-

5. Tygodnik Mazowsze, numéro 15, 27 « Le printemps polonais: dans les 7. Léon Trotsky, « Encore une fois, où va la France ? ». Oeuures, t. V. EDI, Paris, 1979,

8. Tygodnik Mazowsze, numéro 15, op. cit.

Page 28

commencement. Comme le disait Wladys-

Frasyniuk, dirigeant régional de Wroclaw, en posant, dès le mois d'avril, la question d'une telle grève : « Il faut préparer la société, la maintenir dans un état de préparation consciente et choisir le moment le plus propice à la victoire. La société doit être préparée à saisir une telle chance. (9) » La responsabilité des dirigeants du mouvement doit être comprise comme le dit Zbigniew Romaszewski : « Mes responsabilités, je les ai prises lorsque j'ai accepté le mandat à la direction nationale et régionale. Je ne suis pas seulement responsable de telle ou telle décision, mais de l'absence de décision. Du fait que Solidarité risque d'être condamné au marasme et notre pays à une normalisation à la tchèque. Je suis responsable d'actions désorganisées qui peuvent se terminer de manière sanglante et qui ne sont d'aucune utilité. (10) » Solidarité résiste ... (DR)

Une autre tendance dangereuse est notamment exprimée notamment par Zbigniew Romaszewski. Il souligne, à juste titre, que la défaite de décembre 1981 était due notamment « à la disproportion existant entre les revendications mises en avant par le mouvement Solidarité et les moyens qu'il était prêt à utiliser ». Les moyens étaient trop limités. D'un autre côté, il commet aujourd'hui la même erreur, bien qu'inversée, en soutenant que « seule une totale détermination de la société et des revendications limitées peuvent pousser le pouvoir au compromis (11) ». La disproportion des moyens et des buts — dans les deux cas - peut conduire à la défaite. Et ce danger n'est pas moins grand lorsque les revendications avancées sont par trop limitées en comparaison avec les moyens utilisés dans la lutte pour leur réalisation. C'est une telle erreur justement qui menace Solidarité aujourd'hui.

LA GREVE GENERALE

ET LA QUESTION DU POUVOIR

Toute grande lutte révolutionnaire, et donc également une grève générale, doit être armée d'un programme d'action.

préparant la grève générale, il faut avancer un tel programme. Sa mise en forme et sa popularisation jouent un double rôle. Premièrement, seule son acceptation par les larges masses, par le mouvement social tout entier, permet de conclure qu'il est réellement prêt à la grève générale. Deuxièmement, il permet de développer la conscience et la combativité des masses, et joue donc un rôle primordial dans la préparation de la grève elle-même.

« l'organisation sondage dans les entreprises pour savoir quand elles seront prêtes à la grève et quelles formes elle doit prendre (11) » -comme le propose la Commission exécutive régionale de Varsovie (RKW) -, bien que juste et nécessaire, n'est pas en elle-même suffisante. Un tel sondage devrait également concerner le programme d'action, c'est-à-dire les buts immédiats et transitoires, dont la réalisation devrait être obtenue par la grève.

Un tel programme doit s'accorder avec la nature de la grève générale. Il devrait bien évidemment comprendre toutes les revendications les plus brûlantes du mouvement social Solidarité. Mais il faut se poser la question de savoir jusqu'où ces revendications doivent aller. On peut les partager en deux catégories : les revendications qu'on peut voir satisfaites dans les limites du régime de la dictature militaire, et celles qu'on peut voir satisfaites dans le cadre de la dictature bureaucratique en général (la dictature militaire n'é tant qu'une des formes possibles du pouvoir bureaucratique). La libération de tous les prisonniers politiques est concevable - bien que peu probable - dans le cadre de la dictature militaire. Cette dernière peut l'accepter lorsque, voyant sa fin approcher, elle cherchera à faire des concessions pour sauver son pouvoir. Par contre, les deux autres revendications actuelles du mouvement - la levée de l'état de guerre et le rétablissement des libertés syndicales — ne peuvent être réalisées que par le renversement (ou en la forçant à la démission) de la dictature militaire, bien que leur réalisation n'impose pas dans l'immédiat le renversement du pouvoir bureaucratique, mais seulement des concessions de sa part.

Toutes ces revendications doivent trouver place dans le programme d'action de Solidarité pour préparer la grève générale, car non seulement elles ne sont pas trop ambitieuses mais, au contraire, elles sont insuffisantes quand il s'agit d'une telle grève. « Au-delà de la grève générale, il n'y a plus que l'insurrection armée. Toute l'histoire du mouvement ouvrier démontre que chaque grève générale, indépendamment des mots d'ordre qui ont conduit à son déclenchement, a une tendance intrinsèque à se transformer en lutte révolutionnaire ouverte, en une lutte directe pour le pouvoir. (12) » Il s'agit là d'une sorte de « loi du mouvement » de la grève générale. « La signification essentielle de la grève générale, indépendamment des acquis partiels qu'elle permet - ou non - d'obtenir, est fondée sur le fait qu'elle pose de manière révolutionnaire la question du pouvoir, écrit encore Trotsky. Le prolétariat, en paralysant les usines, les transports et les liaisons en gé néral, les centrales électriques, ete., paralyse non seulement la production, mais également le gouvernement. Le pouvoir d'Etat est de ce fait suspendu en l'air. Il doit donc soit défaire le prolétariat par la faim ou par la force, et le forcer à remettre en marche la machine étatique de la bourgeoisie, soit lui céder la place. (13) »

Cela concerne également le pouvoir bureaucratique, bien qu'il ne faille pas oublier certaines spécificités propres à ce dernier. La bureaucratie est plus résistante face au refus généralisé du travail que ne l'est la bourgeoisie car, contrairement à cette dernière, elle n'est pas une classe intégrée dans le processus de production, mais seulement une couche parasitaire. En conséquence, la grève générale doit être longue pour briser sa résistance. Le danger de la faim est donc plus grand. Ne serait-ce que pour cette raison, il faut envisager de passer de la grève générale passive à la grève active, et cela dans un nombre d'entreprises d'autant plus important que la grève se prolonge. Trotsky, à propos de la grève active qui, en 1920, avait touché la majorité des usines d'Italie du Nord, soulignait que cette grève signifiait en réalité l'établissement du pouvoir des travailleurs : « Il fallait seulement l'organiser et en tirer toutes les conclusions qui s'imposaient. (14) » Car la grève active pose le problème du pouvoir de manière plus forte encore que la grève d'occupation passive. Antonio Gramsci, commentant cette grève active au moment même où elle se développait, se demandait : « Est-ce que toutes ces républiques prolétariennes que sont les entreprises - occu-

9. Tygodnik Mazowsze, numéro 13, 12 mai 1982.

10. Tygodnik Mazowsze, numéro 16, op. cit.

11. Ibid. 12. Léon Trotsky, op. cit., p. 177. 13. Ibid., p. 184. 14. Léon Trotsky, The Struggle against Fascism in Germany, New York, 1977, p. 189.

Page 29

existant à un moment donné entre les - guerre, et done de la dictature militaire, pées et dirigées par les travailleurs — ne seront pas obligées, par la force interne de la dialectique du développement historique, à se confédérer, à s'organiser unitairement, à opposer au pouvoir bourgeois leur propre pouvoir central ? (15) »

Quelles sont les conclusions de tout cela ? Revenons une fois encore aux réflexions de Trotsky sur la grève générale. « Les dirigeants du prolétariat devraient comprendre cette logique interne de la grève générale car, s'ils ne la comprennent pas, ils s'avéreront être non pas des dirigeants, mais des dilettantes et des aventuriers. En termes politiques, cela signifie que les dirigeants devraient poser dès maintenant la question de la prise du pouvoir par la voie révolutionnaire devant le prolétariat. Dans le cas contraire, ils ne devraient pas jouer avec le mot d'ordre de la grève générale. (16) » Cela s'impose pour vérifier si le mouvement social Solidarité est déjà mûr pour avancer (et lutter avec conséquence pour leur réalisation) les revendications qui devraient être celles de toute grève générale.

Mais tout cela ne signifie pas, cependant, que la grève générale ne serait victorieuse que dans le cas où la dictature militaire et le pouvoir bureaucratique en général seraient renversés et remplacés par le pouvoir des travailleurs des villes et des campagnes. La grève générale peut aboutir à une victoire partielle, à un compromis entre le pouvoir et la bureaucratie. Mais il faut se rendre compte de deux

- Premièrement, les intérêts de la classe ouvrière et de la très grande majorité de la société ne peuvent s'accorder avec ceux de la bureaucratie. Ils sont et resteront diamétralement opposés. C'est pourquoi il ne peut y avoir entre eux aucun « compromis historique ». Le pouvoir bureaucratique, dégénéré et isolé, ne peut être - de par sa nature — que totalitaire, et il le restera. Sous un tel pouvoir, la classe ouvrière et la société ne peuvent être autogérés. Seul un compromis de caractère tactique, et non stratégique, est possible. S'il se réalise, il sera l'expression non pas de la tendance de la bureaucratie à chercher une « entente nationale » mais seulement une concession devant la force et la détermination du mouvement social. Il sera l'expression du rapport de forces camps opposés et marqué par une relative égalité entre eux, qui empêche l'un ou l'autre de remporter une victoire totale. Ce sera un cessez-le-feu et donc, en même temps, l'annonce d'autres luttes, de luttes

Un tel compromis ne sera pas la fondation d'un « Etat d'entente nationale », dont la perspective utopique et confusionniste est avancée par les auteurs d'un texte sur le programme d'action qui cireule clandestinement en Pologne (17). « Regardons la réalité en face : on ne peut rétablir en Pologne les libertés démocratiques élémentaires, on ne peut reconstruire Solidarité sans renverser en même temps la dictature instaurée le dimanche 13 décembre. L'espoir d'une entente nationale a été ce jour-là justement détruit par le pouvoir. Et si l'idée même d'une entente a pu survivre, elle ne pourra se réaliser que contre ce pouvoir. C'est ce qui se passe. La véritable entente nationa le se crée chaque Jour au sein des organisations clandestines, dans les usines, les universités, les prisons et les camps d'internement. Des gens de diverses opinions et ayant des passés politiques différents rejoignent cette entente. Et il ne manque plus qu'une liaison entre les divers milieux et les différentes régions pour que cette entente prenne un caractère réellement national. (18) » Nous sommes d'accord avec ces phrases, tirées du bulletin du Comité ouvrier interentreprises de

- Deuxièmement, la grève générale, même si elle ne résoud pas la question du pouvoir - et il est probable qu'elle ne la résoudra pas —, la posera en tout cas avec force. Le mouvement social pourra sauvegarder la victoire partielle obtenue par la grève générale, à la seule condition qu'il utilise le compromis tactique - que la bureaucratie sera amenée à accepter le dos au mur - pour transformer le rapport de forces acquis dans la lutte, en une situation de dualité de pouvoir plus ou moins développée. Développer une situation de dualité de pouvoir, telle est justement la condition et le sens d'une victoire partielle au cours d'une grève générale. Il est nécessaire d'en tirer des conclusions qui doivent être présentes dans le programme d'action de Solidarité en vue de préparer une grève générale.

LA QUESTION DU POUVOIR La libération de tous les militants de Solidarité et d'autres organisations indépendantes condamnés après procès ou internés sans jugement dans les camps : telle est la première revendication qui doit se trouver dans le programme d'action. « Dans chaque guerre — comme le souligne à juste titre Zbigniew Romaszewski —, même dans une guerre menée contre son propre peuple, un principe s'applique : avant de parler d'accord, on parle des prisonniers. Sans cela, tout accord n'est qu'une capitulation. Une capitulation d'autant plus grave qu'elle briserait notre arme la plus importante : notre solidarité. (19) » L'abolition de l'état de doit être le second point de ce programme. Enfin, il doit inclure la revendication du rétablissement des droits syndicaux et des libertés démocratiques en général, ob-

Centre août 1980 et décembre 1982. Il s'agit en particulier du plein rétablissement de la liberté d'action du syndicat indépendant autogéré Solidarité, avec ses statuts actuels, toutes ses directions démocratiquement élues et avec ses structures organisationnelles et sa résolution programmatique du ler Congrès national de délégués, choisis par la volonté des

Mais il ne s'agit là que de revendications immédiates. A leur côté, le programme d'action de Solidarité doit comporter des revendications plus avancées qui sont des éléments d'un programme de transition. Car on ne peut séparer les revendications qui peuvent être réalisées sous la de la bureaucratie du but - la construction d'une République autogérée - que proclame la résolution politique du ler Congrès national de Solidarité. On ne peut les isoler de ce but stratégique que la classe ouvrière polonaise s'est donnée après août 1980, en entamant la lutte pour un socialisme véritable - démocratique, ouvrier et autogestionnaire -, liant la démocratie ouvrière et la démocratie républicaine avec une réelle socialisation des principaux moyens de production. La condition nécessaire à la réalisation de ce but, c'est de renverser le pouvoir de la bureaucratie. Les revendications dont la réalisation permettra d'ouvrir la voie qui conduit à ce but doivent donc figurer dans le programme d'action.

Nous pensons que les acquis partiels dans le domaine de la démocratie politique - comme la réalisation des revendications immédiates déjà mentionnées — doivent être accompagnés d'acquis au moins limités, permettant de protéger la société des dangers qui pèsent sur son existence matérielle, permettant de la protéger des effets de la crise économique et ouvrant la voie à une lutte efficace contre la crise. Le programme social (ouvrier) de lutte contre la crise, le programme de lutte contre le spectre de la famine, de la pauvreté, du chômage massif et plus généralement contre l'écroulement final de notre économie nationale, doit donc être partie intégrante du programme d'action de Solidarité.

Les priorités sociales pour aujourd'hui sont au nombre de deux : la garantie du plein emploi pour tous les travailleurs, et la garantie d'un minimum social pour tous les citoyens. C'est à ces priorités que devrait être subordonnée la planification du développement socio-économique du pays dans l'avenir le proche. Le but de la production ne doit pas être le profit individuel de l'entreprise, expression de l'économie du marché, mais au contraire la satisfaction des besoins sociaux les plus brulants, expression de la coopération des producteurs. Cela signifie qu'il faudra bien souvent maintenir la production dans telle ou telle entreprise, voire la démarrer, même si les coûts de cette production sont plus élevés que les coûts moyens dans une branche donnée. Mais cela nécessite une transparence totale des coûts de production dans toutes les entreprises : la société doit savoir combien elle « paie » et pourquoi, et en même temps la somme totale de ces

Antonio Gramsci, Ecrits politiques, t. I. p. 385.

16. Léon Trotsky, « Encore une fois ...», art. cit., p. 184.

17. W. Brzoza, S. Dobry, J. Kowalski, A. Malinowski, Août après Décembre : programme de lutte pour un Etat d'entente nationale, ronéoté, 1982.

18. CDN, numéro 2, 17 avril 1982. 19. Prise de parole de Zbigniew Romaszewski à Radio Solidarnosc, Varsovie, 30 avril 1982, reproduite en polonais dans Inprekor numéro 4, avril-mai 1982, en français dans Inprecor numéro 127, du 31 mai 1982.

Page 30

subventions ne peut dépasser le revenu global obtenu par les autres entreprises.

L'instauration du contrôle des travailleurs sur la production et la distribution (y compris sur le rationnement — un tel contrôle a été mis en place en automne 1981 par Solidarité dans la région de Lodz), du contrôle sur toutes les entreprises, tel est l'axe du programme de lutte contre la crise, et donc telle doit être la principale revendication de cette partie du programme d'action de Solidarité.

En 1932, Trotsky écrivait : « Dans l'Allemagne d'aujourd'hui, dans les conditions de la crise actuelle, le contrôle sur l'industrie signifie non seulement le contrôle sur les entreprises qui travaillent à plein rendement, mais également le contrôle sur celles qui tournent au ralenti et sur les entreprises fermées. Cela suppose également la participation à ce contrô le des prolétaires qui travaillaient dans de telles entreprises avant leur fermeture. Leur tâche consiste à remettre en marche les entreprises qui ont cessé la production, sous la direction des comités d'usine sur la base des plans économiques. (20) » Explicitons ici de quels plans il s'agit. « S'il apparaît que, dans une entreprise donnée, l'arrêt de la production est plus bénéfique à la société que sa poursuite, il faut exiger que les travailleurs intéressés puissent disposer de temps pour élaborer un plan alternatif. Pendant ce temps, les travailleurs, sous la direction de leur conseil et avec la participation du syndicat, doivent élaborer le plan d'une nouvelle production socialement utile, sur la base des machines et des matières premières disponibles, de telle sorte que l'entreprise puisse fonctionner à nouveau et pour qu'on puisse y ploi. (21) »

Il est donc nécessaire d'exiger le rétablissement des conseils ouvriers librement élus. Ces conseils devraient avoir le statut d'organes de contrôle ouvrier et, en même temps, car le compromis tactique annonce de nouvelles luttes, ils devraient être de fait des organes de lutte pour l'autogestion, préparant les travailleurs à prendre le pouvoir dans les entreprises, et la classe ouvrière dans son ensemble à établir le système d'autogestion dans toute l'industrie, dans le commerce, ete., par un développement vertical, la coordination, la coopération et donc la centralisation démocratique des organes d'autogestion.

Le contrôle ouvrier est une forme de transition vers l'autogestion. C'est d'ailainsi que l'avait compris - pour donner un précédent dans l'histoire de la Pologne —, le Parti socialiste polonais, sous l'inspiration duquel le Conseil national des ministres de l'Etat clandestin a voté, le 1er août 1944 - au moment du déclenchement de l'insurrection de Varsovie —, un décret sur les conseils d'entreprise (c'est ainsi qu'alors on appelait les conseils de travailleurs). Un militant de ce parti a pu écrire plus tard : « Le décret sur les conseils d'entreprise, expression de la volonté de socialisation des moyens de production, et en même temps sa garantie, introduisait les principes démocra-

•. manifeste ... (DR) tiques dans la vie interne des usines et des mines. Il instaurait le principe de la participation des ouvriers à la gestion des entreprises et au contrôle de la production. C'était un premier pas vers la gestion ouvrière. Ce décret, élaboré dans la clandestinité, impliquait la mise en place d'une représentation ouvrière et annonçait l'introduction du système d'économie planifiée, qui est une forme de transition au socialisme. (22) »

La mise en place d'un tel contrôle dans nos conditions actuelles signifiera l'éclosion d'une situation de dualité de pouvoir dans l'industrie et plus généralement dans le secteur étatique de l'économie dans son ensemble, car le système de contrôle ouvrier « a un caractère contradictoire, car il est une sorte d'interrègne économique (23) ».

La bureaucratie ne disposera plus totalement et de manière exclusive des principaux moyens de production et, de même, son monopole de pouvoir dans l'Etat sera touché. Trotsky écrivait : « Cela signifie que le système de dualité de pouvoir dans les entreprises correspond au système de dualité de pouvoir dans l'Etat. Il ne faut pas cependant comprendre cette dé pendance de façon mécanique, dans le sens que la dualité de pouvoir dans les entreprises et la dualité de pouvoir dans l'Etat naissent le même jour. » Dans certaines conditions - et on doit prendre en compte de telles conditions en Pologne, si la grève générale conduit à une victoire partielle de Solidarité —, « le contrôle ouvrier sur la production peut être établi bien plus tôt que ne commencera le développement d'une situation de dualité de pouvoir dans l'ensemble du pays (24) ».

La revendication du contrôle ouvrier devrait être accompagnée de celle d'un contrôle des citoyens sur les organes d'administration locale. Seuls des conseils nationaux, élus au cours d'élections libres — d'abord au moins ceux du niveau élémentaire - peuvent être des organes d'un tel contrôle (et en même temps être des organes de lutte pour l'autogestion territoriale). Une telle revendication apparaît même dans les Thèses du Conseil social du primat de Pologne (ronéoté, Varsovie, 1982), pourtant très modérées face au pouvoir bureaucratique ; elle doit donc, a fortiori, faire partie du programme d'action de Solidarité.

On ne peut prévoir quel sera le rapport de forces entre le pouvoir et la société au moment de la victoire de la grève générale. On ne peut exclure que cette grève renversera le pouvoir de la bureaucratie. On ne peut également exclure que ce rapport de forces s'exprimera dans une situation de dualité de pouvoir largement développée. Il se peut également que le pouvoir économique - à la suite de la mise en œuvre de la grève active dans un grand nombre d'entreprises - passe en grande partie aux mains de la classe ouvrière, et pourra être institutionnalisé dans le cadre d'une Chambre autogestionnaire ou Chambre socio-économique de la Diète (Sejm), bien que les principaux leviers du pouvoir politique demeurent encore, pour un temps, entre les mains de la bureaucratie. Il est enfin possible que la dualité de pouvoir ne soit, dans un premier temps, possible qu'au niveau écono mique par le développement du contrôle ouvrier et social dans ce domaine.

Cela, c'est le minimum vers lequel nous devons tendre en entreprenant la grève générale, c'est-à-dire en posant en même temps la question du pouvoir. Solidarité devrait lutter pour un tel contrôle avec la même force, la même détermination, la même assurance, que celle avec laquelle il lutte pour la libération de ses militants, pour l'abolition de l'état de guerre

20. Léon Trotsky, The Swuggle..., op 21 Zbigniew Kowalewski, « Solidarnose » et la lutte pour l'autogestion des travailleurs, Lodz, 1982. p. 24-25.

22. Z. Zaremba, La commune de Varsovie, 23. Léon Trotsky, op. cit., p. 77.

Page 31

et pour le rétablissement des libertés syndicales.

Nous insistons sur le fait qu'il s'agit là du programme avec lequel on entreprend la grève. Mais, au cours de celle-ci, si cela s'avère possible, rien ne s'opposera à ce que naissent de la grève des revendications plus avancées, par exemple ne se limitant pas à exiger le contrôle ouvrier et social sur l'économie, mais revendiquant l'instauration immédiate de l'autogestion ouvrière et territoriale.

AUTODÉFENSE - AGITATION AU

SEIN DE L'ARMEE ET DE LA MILICE - GREVE ACTIVE Voyons maintenant quelles sont - mis à part un programme d'action en accord avec les lois de la grève générale — les autres conditions de réussite d'une telle grève.

Avant tout, comme le soulignent à juste titre les dirigeants de Solidarité des régions de Varsovie, de Gdansk et d'ailleurs, pendant la grève générale, il faut assurer l'autodéfense généralisée des entreprises. Antonio Gramsei, parlant des usines touchées par la grève d'occupation, disait que « la défense de l'usine de manière militaire est le premier et le principal problème auquel sont confrontés les citoyens de l'Etat-usine ». Il observait en même temps: « Les ouvriers sont prêts à considérer l'autodéfense comme une obligation pour tous, et cela est juste, mais en même temps ils ont tendance à penser que cette obligation devrait être remplie par tous sans exception, et cela immédiatement, et cela est déjà une erreur. La défense militaire doit être organisée par des détachements spéciaux. (25) » C'est pourquoi la préparation de l'autodéfense active doit aller de pair avec la création dans les usines des groupes et détachements de la garde ouvrière du syndicat Solidarité. Ces derniers devraient être prêts non seulement à la défense des entreprises, mais également à celle des manifestations de rue (qui, comme on le prévoit, vont se dérouler pendant la grève pour obliger une partie de l'appareil de répression à se retirer de devant les usines occupées).

Durant la période préparatoire à la grève, la structure de la garde ouvrière devrait être simple, c'est ce qui découle du moins des expériences du mouvement ouvrier : des petits groupes de 3, 5 ou 10 personnes, obéissant au dirigeant de la garde au niveau de l'usine ou du quartier, et à une cellule spéciale du comité régional ou interentreprises de coordination de Solidarité. La création des détachements de la taille d'une compagnie (250 hommes) ou plus importants encore, n'est en règle générale pas possible avant la grève, si on veut leur conserver un caractère clandestin. En parlant du secret, nous pensons bien sûr seulement à la composition et aux aspects techniques de la garde ouvrière. Par contre, la campagne politique pour la création des gardes ouvrières devrait être menée ouvertement dans les journaux syndicaux, car aussi bien le mot d'ordre que les principes organisationnels et d'action de la garde ouvrière doivent être connus des plus larges masses. Pendant la grève, il sera nécessaire de créer des détachements plus importants, mais il faut avoir à l'esprit que, dans les affrontements de rue, ce sont des détachements limités — groupes de dix ou de cent (ces derniers regroupés parfois dans des bataillons de l'ordre du millier d'hommes) — qui sont les plus utiles.

« Le mot d'ordre de création de la milice ouvrière, c'est-à-dire des détachements d'autodéfense, n'a de sens dans la lutte révolutionnaire que s'il s'agit de milice armée », écrivait Trotsky (26). L'armement de la garde ouvrière peut sembler une tâche très difficile, mais cela n'est pas vrai. Si l'on développe parmi les travailleurs la conscience, la soif et la volonté farouche de se procurer des armes, alors des conditions seront mûres pour armer les gardes ouvrières. Cette tâche ne doit cependant pas retomber sur les seuls militants de cette garde. Il faut expliquer que l'armement de la garde ouvrière est une tâche pour tout le mouvement, car la garde est non seulement une partie du mouvement, mais sa constitution est un pas sur la voie de l'armement généralisé des masses. Au début, la garde ouvrière sera armée de façon artisanale, primitive même. Mais même un tel armement est un moyen permettant de se procurer de vraies armes au moment de l'affrontement avec les forces de la répression. Durant la défense active des entreprises qui s'est déroulée dans quelques mines de Silésie en décembre 1981, des haches, des epees, des piques ont ete usinees dans les forges, les travailleurs s'armaient de matraques, de pics ... Parmi les ZOMO, il y a eu des morts, car des travailleurs ont utilisé des extincteurs à très basse température ou des lances métalliques chauffées à blanc pour défendre la grève.

La création de la garde ouvrière et son armement supposent que le mouvement social est prêt à recourir à la force, si nécessaire. Mais la violence des masses ne doit pas être confondue avec le terrorisme individuel ou de petits groupes agissant en marge du mouvement des masses ou s'efforçant de s'y substituer. « La peur d'être soupçonné de tendances terroristes (et la propagande du régime fait son possible pour identifier chaque manifestation d'autodéfense au terrorisme) paralyse parfois la réflexion critique, lit-on dans un bulletin clandestin. La peur devant le spectre du terrorisme a rendu impossible, avant décembre 1981, la création d'une garde ouvrière. Si une telle garde avait été créée et organisée à temps, les autorités auraient dû réfléchir à trois fois avant d'attaquer de front le syndicat. Une attaque contre des travailleurs désarmés pouvait réussir, mais l'affaire aurait été différente si les entreprises avaient été préparées à se défendre. (27) »

Wladyslaw Frasyniuk, de la direction de Varsovie, évoquant le coup de force militaire, disait : « A ce moment, j'ai appelé à ne pas se défendre de façon active. Aujourd'hui, je pense que la situation aurait peut-être évolué différemment si la

Silésie n'avait pas été la seule à défendre les entreprises occupées. (28) »

Dans un autre bulletin on peut lire : « A la lumière de ce qui s'est passé en décembre 1981, on est en droit de penser que si la résistance avait eu un caractère plus actif et plus déterminé à l'échelle de masse, l'action des "forces de l'ordre" se serait soldée par un échec du Conseil militaire de salut national (WRON). Les grèves menees alors, surtout dans les grandes entreprises, ont eu le caractère d'une survie passive de bastions isolés, dans la plupart des cas sans aucune tentative d'autodéfense active au moment de l'attaque contre elles. Dans une telle situation, il n'était pas difficile de les briser les unes après les autres en quelques jours. L'exemple de la mine "Wujek", tout comme celui des affrontements de rue de Gdansk, témoignent que là où la résistance a été active, il n'a pas été facile de la briser ("Wujek" n'a pas été pris, mais a capitulé, isolé). Si la résistance avait été active partout, il n'y aurait pas eu assez de forces pour une action simultanée dans plusieurs endroits, et l'attitude des soldats aurait été différente également. D'après les données fragmentaires que nous avons à notre disposition, il apparaît clairement que si les soldats n'ont nulle part mis la crosse en l'air (mais au vu du développement de la situation, pouvait-on l'espérer ?), dans de nombreux cas, néanmoins, les soldats et même les officiers ont té moigne de leur gêne face a ce qui se passait, et le WRON lui-même a évité de les utiliser directement contre les travailleurs. Beaucoup de choses auraient pu se passer s'il y avait eu des affrontements réels à une échelle de masse. (29) »

Mais ne faut-il pas s'attendre à ce que l'autodéfense active des entreprises provoque l'appareil de répression ? Un bulletin clandestin apporte une bonne réponse à cette question : « Les pogromes du type du massacre des manifestants pacifiques à Cracovie témoignent du fait que les autorités n'ont aucun besoin de prétextes pour abuser de la terreur physique : si elles en ont envie, elles se créent de tels prétextes toutes seules, sans aucune aide ni invitation. Au contraire, dans les endroits où le pouvoir a rencontré une riposte déterminée (en particulier dans les grandes entreprises), la répression après les manifestations de mai 1982 a été minime, voire inexistante. Le langage de la force est le seul qui parvienne à la conscience de ce pouvoir dictatorial. (30) »

L'argument de tous ceux qui considèrent qu'il ne faut pas constituer de garde ouvrière armée, car elle ne serait pas à même, de toute façon, de s'opposer à une armée moderne, n'est qu'en apparence réaliste. Car la tâche de la garde ouvrière, ce n'est pas de vaincre l'armée, ni mê-

25. Antonio Gramsci, op. cit., p. 384-385. 26. Léon Trotsky, « La guerre et la IVe Internationale », Oeuures, t. IV, EDI, Paris, 1979, p. 78.

27. Druck, numéro 13, 10 juin 1982. 28. Tydognik Mazowsze, numéro 13. 29. Wolna Mysl, numéro 4, 1982. 30. Druck, numéro 13.

Page 32

me de repousser ses attaques contre les entreprises occupées. L'adversaire principal - comme le montre l'expérience des opérations répressives de décembre 1982 — ce sont les ZOMO. Et les ZOMO ne sont pas seulement un corps spécial destiné à lutter contre les travailleurs et spécialement éduqué dans ce sens. Leur tâche est également de séparer les soldats des travailleurs, partout où l'utilisation de l'armée devient nécessaire, afin d'empêcher la jonction des soldats et des ouvriers. La garde ouvrière, en tant que détachement avancé du mouvement social et de l'ensemble des travailleurs, doit être capable de faire face aux ZOMO, de s'équiper d'armes modernes au cours de ces luttes, et de les écarter, au cours de l'affrontement, de la voie qui mène Solidarité à la fraternisation avec l'armée. Elle doit se présenter comme une force combattante, qui peut être rejointe par les détachements de l'armée qui, d'abord, auront refusé de tirer sur les ouvriers et qui, ensuite, se rendront compte que leur refus, pour être conséquent, doit s'accompagner du soutien actif aux travailleurs en lutte. Zbigniew Romaszewski a raison quand il rappelle :

suffit qu'un bataillon refuse de tirer ... C'est ce qui s'est passé en féurier 1917, lorsqu'un petit détachement des cosaques est passé du côté des manifestants et, un mois après, il n'y avait plus

(31) » La tâche de la garde ouvrière consiste donc non pas, ou en tout cas pas prioritairement, à lutter contre l'armée, mais au contraire à lutter pour l'armée.

Une autre condition importante de la réussite de la grève générale, intimement liée à la condition décrite précédemment, est de lutter de manière prolongée pour gagner l'armée et la milice par une agitation conséquente en leur sein. Du travail politique mené par Solidarité envers les soldats et les miliciens dépend beaucoup de choses : la vitalité du ferment révoludans leurs rangs; l'amplitude des écarts entre l'obéissance à la junte militaire et le soutien au mouvement social ; la probabilité du passage de certains détachements aux côtés des masses et leur

Une telle agitation ne peut se limiter à convaincre les militaires et les miliciens de quel côté de la barricade doivent se trouver les fils du peuple travailleur. Elle doit expliquer à la masse des soldats et des miliciens les mots d'ordre, les buts et le programme d'action de Solidarité. Elle doit de plus stimuler, au sein même de l'armée et de la milice, la lutte pour la réalisation des revendications propres à ces corps, dans le but de défendre les droits, la dignité, les intérêts matériels et moraux de ceux qui y sont embrigadés. Elle doit stimuler l'apparition au sein de l'appareil répressif de revendications tendant à l'introduction de réformes progressistes dans le système de défense nationale et de la protection de l'ordre public. De telles revendications, si elles apparaissent au sein de l'armée et de la milice, doivent être énergiquement soutenues par Solidarité et être intégrées dans son programme d'action. Enfin, Solidarité devrait appeler à créer des conseils de soldats et de miliciens en tant qu'organes de lutte pour leurs droits, coordonnant l'activité mouvement démocratique au sein de ces corps. Le syndicat Solidarité devrait collaborer et coopérer avec de tels organes.

Dès aujourd'hui, en suivant l'exemple de la fabrique de tracteurs de Varsovie, « Urouvriers-soldats de Solidarité.

Solidarité devrait également appeler à créer des syndicats au sein de l'armée et de la milice. En 1981, durant quelques mois, des comités constitutifs du syndicat indépendant des fonctionnaires de la milice avaient déjà vu le jour. Mais il ne s'agit pas seulement de relancer la lutte qu'ils ont commencé. Il faut également lutter pour le droit des soldats à s'organiser dans un syndicat indépendant. Cela n'a rien d'extraordinaire. Une telle lutte est menée au sein de nombreuses armées occidentales et même cordonnée au niinternational par ses participants. Certains syndicats ouvriers soutiennent cette lutte. Plus même : depuis 1966 existe et agit - de manière tout à fait légale - un syndicat au sein de l'armée hollandaise, le Syndicat national des soldats (VVDM). Solidarité devrait planter en Pologne l'idée démocratique du droit des soldats à se syndiquer.

La dernière condition de succès de la grève générale dont nous voudrions parler ici, est la préparation du syndicat à passer à la grève active. Dans aucun mouvement de masse connu dans l'histoire, l'idée et la tactique de la grève active n'a eu sans doute la popularité qu'elle a eu au sein de Solidarité durant l'automne et le début de l'hiver 1981. Il s'agit là d'un capital considérable déjà accumulé par la révolution polonaise, qui ne peut rester inutilisé alors qu'on prépare la grève générale. L'utilisation et l'enrichissement de l'expérience d'un nombre non négligeable de structures d'entreprise de Solidarité, et également de certaines directions régionales, qui avaient alors commencé la préparation de la grève active, peut être aujourd'hui un bon point de départ.

Comme on le sait, la grève active consiste en la remise en marche de la production par les travailleurs en grève, sous contrôle ou sous direction des comités de grève. Dans les entreprises qui, pour diverses raisons (sociales ou techniques), ne peuvent arrêter la production, une telle grève est une nécessité dès le début du mouvement. Le contrôle exercé par les comités de grève doit dans ce cas concerner non seulement la production, mais encore la distribution des biens qui sont produits pendant la grève.

Si la grève doit être réellement générale, elle ne pourra l'être qu'à la condition que certaines entreprises y participent en passant immédiatement à la grève active. Dans le cas d'une grève générale, les « exceptions » nécessaires ne contredisent pas le principe de la généralité de la grève, à la condition que les entreprises

« exceptionnelles » entreprennent grève active. Nous avions déjà eu affaire à une grève active partielle en août 1980, lorsque certaines entreprises, bien que faisant partie du MKS (comité de grève interentreprises) ont continué la production socialement nécessaire ou utile pour les besoins même de la grève, avec une autorisation spéciale du MKS. les premiers jours de la grève générale, les entreprises qui assurent la production des biens alimentaires de première nécessité, de médicaments, etc., ainsi que les services publics : centrales électriques et thermiques, distribution du gaz, de l'eau et

Mais cela n'est pas tout. Lorsque les effets d'une grève générale qui dure deviendront de plus en plus pesants pour la société, et qu'en même temps la structure du pouvoir bureaucratique commencera à craquer, il s'avérera que seul le passage à la grève active dans un nombre sans cesse croissant d'entreprises permettra à la fois de soutenir la grève et d'écarter l'appareil du pouvoir des positions qu'il tient encore. La prise du pouvoir économique par les masses travailleuses et leurs comités de grève - par le passage à la grève active -est une perspective qui doit être prise en compte dans une stratégie d'ensemble de la grève générale.

Nous avions déjà mentionné haut la grève active de 1920 en Italie du Nord, à l'initiative du syndicat de la métallurgie et sous la direction des conseils ouvriers. Il est bon de rappeler également celle de 1936 : après que les masses aient brisé la rébellion franquiste en Catalogne, les syndicats et les comités d'usine ont remis en marche, sous leur propre contrôle, voire sous leur propre gestion, la majorité des entreprises industrielles, commerciales et de transport, dont les propriétaires avaient pris la fuite. Au début des années 1970, une grève active a duré plusieurs mois dans les chantiers navals Upper Clyde en Ecosse. Bien que, dans toute l'histoire du mouvement ouvrier, il

31. Tygodnik Mazowsze, numéro 16.

Page 33

y ait peu d'exemples de grève active, il y en a eu assez pour considérer cette forme de lutte comme déjà expérimentée et efficace.

LA DIMENSION INTERNATIONALE

DE LA GREVE GÉNERALE EN POLOGNE La révolution polonaise, comme toute révolution ouvrière, est nationale par sa forme mais internationale par son contenu. La conscience de ce fait se développe au sein de Solidarité, comme en témoigne la revendication grandissante des symboles du mouvement ouvrier international en son sein. Il y a peu, Solidarité a repris à son compte, pour la classe ouvrière polonaise, la fête internationale du ler Mai, que la bureaucratie avait confisquée à son profit durant des décennies. « En Pologne, lit-on dans un bulletin clandestin, ce sont les ennemis du peuple qui gouvernent en agitant cyniquement le drapeau rouge. Il suffit de le leur reprendre pour qu'ils n'aient plus rien pour se draper et qu'ils apparaissent pour ce qu'ils sont: des exploiteurs et des tyrans. (32) »

« La crise polonaise a, dès le début, dépassé les frontières de la Pologne », lit-on dans un autre bulletin. C'est pourquoi, de l'avis du militant anonyme que nous citons ici, « il fallait dès le début explide façon claire le sens de notre conflit et les buts de notre lutte, qui est une lutte commune, commencée en 1953 par les ouvriers allemands, continuée par les ouvriers polonais et hongrois en 1956, lutte qui a traverse la Tchecoslovaquie en 1968, et que nous avons entreprise à nouveau en décembre 1970, en juin 1976 et en août 1980 (33) ».

Dans un autre bulletin, il est affirmé : « Les derniers événements de Pologne ont démontré, dans le contexte du système communiste (nous dirions plutôt, de notre point de vue : système du pouvoir de la bureaucratie totalitaire - NDLR), la justesse de la maxime de Trotsky, selon laquelle la révolution ne peut vaincre dans un seul pays (et en tout cas pas dans un pays satellite). (34) » Cette interprétation de la pensée de Trotsky doit être corrigée : la victoire de la révolution dans un seul pays, même satellite, est possible, bien que difficile; il n'est par contre pas possible de mener à son terme la construction d'une République autogérée des travailleurs dans un seul pays.

La conscience du caractère international de la révolution polonaise sera plus que jamais nécessaire à l'heure de la grève générale. Car une telle grève sera un appel dramatique au réveil des ouvriers et plus généralement à celui des sociétés soumises au même pouvoir totalitaire dans les autres pays d'Europe de l'Est et en URSS, et elle deviendra le modèle de la lutte pour la libération du travail également pour les ouvriers du monde capitaliste. Solidarité, dans l'attente de la réponse des ouvriers de l'Est, tout en devenant l'exemple pour les ouvriers de l'Ouest, devra appeler ces derniers à réagir à la grève générale en Pologne par l'intensification et le développement de la campagne de solidarité Solidarité nombre d'entre eux mênent déjà, tout en la liant encore plus à leur propre lutte. Tant il est vrai que la solidarité internationale des travailleurs avec la grève générale des ouvriers polonais peut s'avérer être un facteur important pour la réussite de cette grève.

« S'il y avait eu des luttes réelles à une échelle de masse bien des choses auraient été possibles. Mais l'échec de la junte aurait presque certainement conduit à une intervention armée des forces du Pacte de Varsovie et, en conséquence, apres une lutte plus ou moins longue, à noyer dans le sang le mouvement pour la liberté. (35) » Cette opinion, largement répandue dans Solidarité, se rapporte à décembre 1981, mais on pourrait également la rapporter à la grève générale, durant laquelle une autodéfense active des entreprises devrait être mise en place.

Il s'agit là pourtant d'un point de vue très unilatéral. Même une érosion du pouvoir la suite d'une « guerre de position » prolongée - à supposer que cela soit réellement possible -peut conduire à une intervention militaire soviétique. Mais ce danger n'est pas aussi certain, pour de nombreuses raisons, dont celles que cite Zbigniew Romaszewski dans l'interview qu'il a donnée, consacrée en toi en pose de tat différente. Le pouvoir bureaucratique est déjà et continuera d'être menacé dans son existence. Il a puisé en décembre 1981 dans ses dernières réserves internes — l'appareil de répression ,— sans parvenir à asseoir sa domination sur la société, c'est-àdire qu'il n'a pas rempli la tâche qu'il s'était fixé et que lui avaient fixé les maîtres du Kremlin. Ne serait-ce que pour cette raison, le danger d'intervention soviétique s'est accru. La dictature militaire « ne casociale odno

1 nie mi

che plus qu'une carte dans sa manche: l'appel à l'aide fraternelle de l'Union soviétique. Mais l'usage de cette carte n'est pas de la seule décision de la junte, il est conditionné par la stratégie géopolitique du "Big Brother" (Grand Frère), et celui-ci, heureusement, a encore d'autres problèmes actuellement (37) ». Et cela aussi bien dans son propre pays que de son camp, essentiellement à cause du développement de la crise économique et sociale, mais également à l'extérieur de celui-ci, ne serait-ce qu'en Afghanistan, où l'ampleur de la résistance l'oblige engager un potentiel militaire non négligeable.

Au lieu de nous cacher la tête dans le sable, nous devons répondre à la question de savoir si la bureaucratie totalitaire d'URSS se décidera à sauver la bureaucratie totalitaire en Pologne en voyant en face un adversaire avec lequel la lutte s'an-

Crude. Qu'est-ce qui peut neutraliser, ou du moins limiter, ce danger? Solidarité puissant, mais ne pouvant que se réfugier dans la résistance passive ? ou Solidarité plus puissant encore, car prêt à une occupation d'usines coordonnée et organisée, à lutter dans la rue sous la direction d'une garde ouvrière armée, à mener enfin, pendant une longue période, une intense agitation parmi les soldats soviétiques, qui n'auront rien à gagner dans une telle guerre ?

Plus le rapport de forces créé par Solidarité au cours de la grève générale lui sera favorable, plus nombreux seront ses partisans dans les rangs du mouvement ouvrier des autres pays - aujourd'hui à l'Ouest, demain aussi à l'Est —, et plus le pouvoir bureaucratique de l'URSS et de ses alliés dans les autres pays du Pacte de Varsovie hésitera avant de lancer ses ar mées contre le mouvement social en Pologne. Si Solidarité avait été prêt à engager une défense active et à user de la violence en décembre 1982, « le pouvoir nous avons déjà cité plus haut cette formule tirée d'un bulletin clandestin aurait dû réfléchir à trois fois avant d'attaquer le syndicat de front ».

Aujourd'hui, en cherchant à faire évoluer le rapport de forces de manière favorable à Solidarité, par la grève générale et en préparant toutes les conditions pour le succès de cette grève, en appelant les travailleurs de l'Ouest à soutenir énergiquement la grève en Pologne et ceux de l'Est à ce qu'ils s'en inspirent, il est également possible de forcer les régimes totalitaires d'URSS et d'Europe de l'Est à réfléchir à trois fois avant de décider d'envahir la Pologne. Face à cet adversaire, la force est le moyen de persuasion le plus approprié.

Rédaction d'« INPREKOR » polonais Dimanche 4 juillet 1982. 32. Tygodnik Stanu Wojennego, numéro 7, 17 avril 1982.

33. Przeglad Prasy, numéro 1, 19 avril 1982.

34. Woina Mysi, numéro 4. 35. Ibid. 36. Tygodnik Mazowsze, numéro 16. 37. Druck, numéro 12, 31 mai 1982.

Une erreur sur cette page ?