Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

La révolution entre dans sa quatrième année

· Inprecor n° 133, 27 septembre 1982 · p. 6-10 · 4 643 mots

Nicaragua Amérique centrale Syndicalisme

L y a trois ans, les ouvriers et les paysans du Nicaragua se sont soulevés et leur insurrection a culminé avec la victoire révolutionnaire du 19 juillet 1979. Sous la direction du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), ils ont complètement écrasé les forces armées du dictateur Anastasio Michael BAUMANN

Au lieu de permettre aux riches de s'enrichir davantage aux dépens de la vaste majorité, le nouveau gouvernement du Nicaragua a commencé à prendre des mesures économiques et sociales allant dans le sens de la satisfaction des besoins des exploités. Les terres et les usines de l'ex-dictateur et de ses partisans ont été confisquées. La construction d'écoles et d'hôpitaux a été entreprise. Les impôts sur la fortune ont été employés à subventionner le prix des denrées alimentaires et à allouer des prêts aux paysans travailleurs. Une campagne d'alphabétisation massive a été lancée.

Ces mesures ont répondu à des besoins pressants. Mais l'amélioration immédiate des conditions de vie des 2,5 millions d'habitants du pays n'a pas constitué le seul enjeu. L'impérialisme américain était, comme il le demeure aujourd'hui, résolu à empêcher tout exemple victorieux susceptible d'inspirer les ouvriers et les paysans de par le monde.

Encerclé par les bandes contre-révolutionnaires armées du Honduras aul Nord, par le gouvernement de plus en plus hostile du Costa-Rica au Sud, et par la flotte américaine puissamment armée près de ses côtes pacifique et atlantique, le Nicaragua a dû en même temps se défendre et reconstruire son économie au beau milieu de la crise économique la plus grave que le monde ait connue depuis la grande dépression de 1929.

De plus, le pays a subi en mai 1982 les plus graves inondations de toute son histoire. Les dégâts sont estimés à 350 millions de dollars, soit exactement la moitié du revenu annuel des exportations.

Pourtant, même confronté à tous ces obstacles, le peuple nicaraguayen a été capable de progres signiticatils. Pour saisir la portée du défi auquel le Nicaragua est confronté et ce qui a déjà été atteint, il faut considérer les données économiques. Il est bon de commencer avec ce dont héritait la révolution nicaraguayenne.

L'HÉRITAGE DE SOMOZA

Lors d'un meeting international de solidarité, tenu en janvier 1981, le commandant Jaime Wheelock, ministre de la

La révolution entre

dans sa quatrième année

de reconstruction nationale (GRN). base de principes plus rationnels. Réforme agraire et du Développement agricole, a souligné les caractéristiques du Nicaragua post-somoziste :

« Nous devons d'abord partir de la situation objective dans laquelle nous nous sommes trouvés quand la révolution a triomphé. Tout d'abord, un pays d'un peu plus de 2 millions d'habitants concentrés dans la zone de la côte pacifique. 50% de la population vit à la campagne et 50 % dans les zones urbaines. A l'exception de Managua, la capitale, et de cing ou six autres villes comptant entre 30 000 et 40 000 habitants, le reste des habitants vivent pratiquement tous dans de petites localités rurales. De sorte qu'une bonne partie de la population dite urbaine est en fait aussi rurale.

¡LIŞTO! NUESTRO PUEBLO COMBATIENTE,

ан-

« Notre peuple combattant est prét! » (DR)

«Il y avait environ 800 000 travailleurs intégrés à l'activité économique du pays, dont plus de 60 % étaient analphabètes. La force de travail était donc faiblement qualifiée, principalement occupée dans des manufactures et dans les petits métiers urbains. A la campagne, les fermiers indépendants cultivaient des céréales de base sur de petites parcelles, alors que le gros de la force de travail rurale travaillait au ramassage du coton, à la cueillette du café ou à la coupe de la canne à sucre. Nous avons hérité d'une économie dans laquelle, à côté d'un secteur industriel relativement réduit, nous trouvions un large secteur artisanal. A la camvers l'exportation côtoyaient un très large secteur de petite production privée.

« Nous avons une infrastructure hautement développée dans la zone pocifique, alors que le centre du pays et la côte

Somoza, la Garde nationale, et établi leur gouvernement propre - un gouvernement ouvrier et paysan —, le gouvernement Ils ont commencé à reconstruire l'économie du pays sur la atlantique sont pratiquement dépourvus de moyens de transport, de communication et de production. Sur la côte atlantique, il y a à peine 200 000 habitants sur 60 000 km2. C'est donc une surface trois fois grande comme le Salvador mais trente fois moins peuplée. »

Si sombre qu'il soit, le panorama ne serait pas complet s'il laissait de côté les massacres et les destructions ordonnées par Anastasio Somoza à la veille de sa chute. Le commandant Jaime Wheelock a continué ainsi : « Et, le 19 juillet 1979, en plus des terribles destructions matérielles, nous avons trouvé une dette extérieure écrasante. Il y avait en même temps les effets d'une fuite de capitaux de plus de 800 millions de dollars. Il y avait bien sûr les conditions économiques fondamentales que nous avons trouvées : l'arriération, le sous-développement, la pauvreté. Nous avons trouvé un pays complètement en faillite, sans devises, avec une dette de 1,6 milliard de dollars, des destructions estimées à plus de 800 millions de dollars, affectant plus de 35% de la production industrielle et 25 % de la production agricole. »

PREMIERE ANNÉE : RENAITRE DES DÉCOMBRES Pendant la première année et demie, le nouveau gouvernement s'est préoccupé de satisfaire les besoins élémentaires de la population, à savoir l'emploi et le ravitaillement. Jaime Wheelock a expliqué :

« Notre tâche la plus pressante était alors de remettre sur pieds l'infrastructure, et nous devions y consacrer de grosses sommes en devises étrangères. Notre dette a augmenté parce que nous étions obligés d'acheter des équipements pour revenir à une relative normalité.

« Au Nicaragua, le retour à une activité économique normale a largement reposé sur l'extension du crédit. S'il existe aujourd'hui des transports qui fonctionnent, c'est parce que nous avons eu recours aux lignes de crédit. Si les usines tournent, c'est parce que nous avons apporté une quantité considérable de capitaux, qui ont nécessité soit une grande dépense de devises étrangères, soit des emprunts extérieurs. Si nous avons travaillé coec succès à la réactivation éco-

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nomique, cela a été au prix d'un accroissement de notre endettement. »

Immédiatement après la victoire de l'insurrection, les biens d'Anastasio Somoza et de ses partisans ont été confisqués et mis au service des intérêts généraux de la population. Cela a fourni à la révolution un contrôle direct sur une base économique industrielle et agricole représentant environ 40 % de la production et des services. On peut apprécier quelle mesure cette base économique, insérée dans le cadre d'un début de planification économique d'ensemble, a contribué à réactiver la production. Le taux de chômage est passé de 25,7% en 1979 à 17,5 % en 1980. Ce n'était pas encore un lit de les de roses, que ce soit à la ville ou à la

Jaime Wheelock a décrit la situation en ces termes: « Rendez-vous compte que toutes les entreprises agricoles et les de production appartenant à Anastasio Somoza étaient en fait au nombre de quelque 2 000. Quand nous avons pris en charge l'Institut national de la réforme agraire (INRA), nous n'étions même pas en mesure de les localiser tous. Nous avons dû envoyer une dizaine de camarades sur le terrain pour le faire. Quand nous savions qu'il y en avait 10 à tel endroit ou 20 à tel autre, nous ne savions pas encore ce qu'ils produisaient ...

« Au début de 1980, nous en étions encore à recenser le bétail. Il n'y avait pas de registres. Les indices de production n'étaient pas connus, mais il fallait nourrir les gens. Il fallait produire du lait et du café et élever du bétail. Alors, la Banque nationale du Nicaragua a dû brancher un pipeline pour drainer l'argent en direction de l'Institut national de la réforme agraire. Sinon, nous n'aurions pas pu. Un camarade que nous avions envoyé à Matagalpa est revenu en nous annonçant qu'il y avait 149 proprietes avec 10 000 travailleurs auxquels nous devions payer leurs salaires et les salaires en retard, alors que les semailles n'avaient pas été faites. Au cours de ces premiers jours, l'inefficacité était inévitable. »

Les 2000 unités agricoles maintenant contrôlées par l'Etat représentent plus du quart des terres cultivables. Les

Sont inclus un vaste secteur d'industries de transformation assoque des raffineries de sucre, des silos à riz, des filatures de coton, des dépôts et entrepôts de matériel. Au total, l'Etat contrôle désormais environ un cinquieme de la production agricole.

Dans le commerce et l'industrie, il contrôle pratiquement toutes les mines, les trois-quarts de la construction, un sixième des usines. A la fin de 1980, 84 employaient quart de la force de travail du secteur manufacturier et produisait un quart qui implique une part majoritaire dans les branches suivantes :

- Confection et textile : 53 % - Produits pharmaceutiques : 68 % - Matériaux de construction : 88 %

Les banques, les assurances, le commerce extérieur, l'énergie électrique et la distribution de l'eau sont passés à 100% entre les mains de l'Etat, de même que 60% des transports et des communications.

L'« ECONOMIE MIXTE » DU NICARAGUA Les Nicaraguayens qualifient souvent leur système d'« économie mixte ». Cela a été une source de confusion pour certains qui tendent à identifier cette « économie mixte » avec celle que l'on connaît en Europe occidentale et qui concerne la responsabilité de l'Etat pour les services sociaux coûteux, ce qui revient à subventionner les branches économiques en dif-

Les Nicaraguayens utilisent le même terme avec une signification bien difféquaient dans le projet de Plan économique pour 1980 :

« La politique économique qui sera appliquée en 1980-1981 sera conduite dans le cadre d'une économie mixte C'est-à-dire, d'un côté, une économie qui reste largement influencée par le monde capitaliste et par les lois internes du marché. Mais, d'un autre côté, c'est aussi une économie marquée par la présence du Gouvernement de reconstruction nationale. Le gouvernement contrôle 41 % du produit intérieur brut (PIB), et il dispose aussi de puissants instruments fiscaux, financiers et commerciaux pour contrôler le processus de rétablissement et de transition. Ce n'est pas tout. La présence significative et, dans certains cas déterminante, de l'Etat dans l'agriculture et dans la production industrielle, nous amène à la conclusion que l'Etat de type nouveau qui va être construit deviendra l'axe du processus de reconstruction et de transition vers l'économie nouvelle dont notre pays a besoin. » (Programme de réactivation économique, Managua, 1980). tient à la sous-estimation du fait que,

Augusto Cesar Sandino. (DR)

dans un petit pays sous-développé comme le Nicaragua, le « secteur privé » lui-même est une réalité complexe et contradictoire. Il inclut aussi bien de gros propriétaires fonciers que des petits fermiers, des entreprises industrielles que des échoppes d'artisans et de petits commerçants.

Prenons par exemple l'agriculture. En 1981, les unités de production de l'Etat participaient aux récoltes dans la proportion suivante :

- Coton : 10 % Cependant, les 90 000 adhérents de nationale des agriculteurs éleveurs (UNAG) y contribuaient pour :

- Coton : 13 % Donc, le secteur des fermes d'Etat et celui des petits paysans produisent ensemble plus de la moitié du café, les deux-tiers du sucre et un quart du coton (qui sont les trois principaux produits d'exportation), ainsi que l'écrasante majorité des produits alimentaires de base (riz, blé, ha-

Les liens entre le gouvernement révolutionnaire et les producteurs indépendants ont été continuellement renforcés à travers l'établissement de prix garantis, d'un crédit fortement subventionné, de limites au loyer de la terre, de construction de routes, d'une assistance technique gratuite, de l'éducation pour les adultes, de l'extension de l'électrification et du réseau d'alimentation en eau courante.

De plus, le Gouvernement de reconstruction nationale a commencé à mettre en pratique le slogan sandiniste selon lequel « Aucun paysan ne restera sans ter-

Plus de 50 000 manzanas de terres (1 manzana == 0,709 ha) confisquées ont été distribuées à de petits paysans pendant cette année 1980, et des plans ont été annoncés à la fin juin 1982 pour accé. lérer ce processus, dans la perspective de distribuer 2,5 millions de manzanas au cours de la prochaine décennie.

Une très petite part de ces terres est allée à des paysans individuels (familles), à ceux qui ont risqué leur vie pour avoir aidé le FSLN dans la pire période de réaction. La plus grosse part est allée à des coopératives agricoles nouvellement créées. Ces coopératives, basées sur le travail collectif plutôt qu'individuel, sont appelées à devenir la base de la transformation des rapports de production à la camLA RECONSTRUCTION ECONOMIQUE

De grands pas ont été faits durant la première année et demie pour reconstruire l'économie. Le progrès le plus rapide a eu lieu dans l'agriculture. En fait, les Nicaraguayens sont fiers d'avoir fait la première révolution qui ait pu augmenter im-

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médiatement la production agricole de façon significative.

L'année 1980 a aussi vu la chute du taux d'inflation de 70 % à 35 % et la création de 112 000 emplois nouveaux. Comme beaucoup d'autres choses aux premiers jours de la révolution, la création d'emplois ne s'est pas passée exactement comme prévu. La raison en est l'un des plus sérieux problèmes auxquels l'économie nicaraguayenne se trouve confrontée.

A la campagne, 45 000 emplois nouveaux ont été créés en 1980. Cela a été un progrès substantiel, mais insuffisant pour compenser le nombre de travailleurs agricoles privés de travail du fait de la dé. cision de nombreux propriétaires de réduire leurs surfaces cultivées. Fête de l'an I de la Révolution, en juillet 1980 d

Près de la moitié des nouveaux emplois agricoles étaient en fait non salariaux, reflétant le poids des petits fermiers qui, grâce aux prêts de l'Etat et à son aide technique, se sont tournés vers la production des céréales de base.

Dans les villes, 68 000 emplois nouveaux ont été créés. Les plus importants pour l'économie ont été les 7 000 emplois industriels et les 5 000 emplois dans la construction. Le reste, cependant, soit plus de 50 000 emplois, a concerné les secteurs non productifs des services et du commerce (soit 26 % de plus que prévu dans le Plan pour 1980).

Quelques-uns des emplois nouveaux dans le secteur des services ont résulté d'une croissance plus rapide que prévue dans l'administration publique, la santé ou l'éducation.

Environ 21 000 de ces nouveaux emplois ont été créés dans les affaires et le commerce. La plupart ont consisté en une croissance de la couche des petits boutiquiers, des gens qui soit ouvrent un comptoir chez eux ou qui se mettent à vendre des aliments dans la rue.

« Cette situation, soulignait le Plan de 1981, met en relief l'un des plus graves problèmes structurels de l'économie nicaraguayenne, la tendance à une croissance gigantesque du secteur tertiaire, qui ne peut être renversée à court terme. » (Programme économique d'austérité et d'efficacité, Managua, 1981).

La compréhension du deuxième problème sous-jacent s'est également clarifiée au cours de cette année 1980. La récupération économique initiale du Nicaragua a entraîné une forte augmentation de l'endettement extérieur. En 1980, les exportations se sont élevées à 470 millions de dollars, mais les importations se sont élevées à près du double, soit 870 millions de dollars. Le déficit a dû être couvert par des emprunts extérieurs, portant le paie. ment des intérêts annuels de la dette nicaraguayenne à 190 millions de dollars, c'est-à-dire à environ les deux-cinquièmes des importations prévues.

Plus des deux-tiers des importations ont été des produits et des services absolument indispensables au redémarrage économique et impossibles à produire au Nicaragua même : du pétrole, des machiManagua. (DR) nes, des produits chimiques et pétrochimiques. Et alors que les prix de ces produits étaient en augmentation sur le marché mondial, ceux des produits d'exportation nicaraguayens baissaient réguliè rement.

DEUXIEME ANNEE :

L'ÉTRANGLEMENT IMPÉRIALISTE

Le but fondamental de la deuxième année de planification économique était de consolider les bases des succès de la première année, sans dépendre aussi lourdement de l'emprunt extérieur.

Le Plan de 1981 a été établi sur la base de six mois d'intenses discussions entre les institutions de l'Etat et les différents secteurs économiques et sociaux de la société, en particulier les syndicats et autres organisations de masse. Il a été également

June maîtrise beaucoup plus concrète de la réalité économique du pays, produit d'une année et demie d'expérience. Les buts sociaux étaient clairement définis :

- élever, en termes de revenus et de services sociaux, la part de richesse nationale qui va aux plus pauvres et aux

- du point de vue des investissements de l'Etat et de la politique de développement, tordre le bâton du côté des campagnes;

- austérité en ce qui concerne l'importation de biens de consommation non

Le renforcement de la pression militaire impérialiste a obligé à réviser en baisse les deux premiers objectifs. Davantage de ressources que prévu ont dû être allouées à la défense du pays. Les prêts américains ont été coupés dans le cadre d'un étranglement financier délibérément voulu par Washington. Les fonds à court terme disponibles partout ailleurs atteignaient des taux d'intérêt allant jusqu'à 20 %. En même temps, la crise de l'économie capitaliste internationale a contribué à réduire le marché des exportations nicaraguayennes.

En septembre 1981, la situation d'urgence économique et sociale fut déclarée. Les mesures d'austérité prises plus tôt dans l'année, plus les nouvelles dictées par l'aggravation du déficit commercial, aboutirent à une réduction d'environ 10 % du budget national.

Pour 1981, les exportations se sont élevées à 500 millions de dollars, soit 180 millions de moins que prévu par le Plan. Quant aux importations, avec 995 millions de dollars, elles étaient de 40 millions supérieures aux prévisions. Il en a résulté un déficit de près d'un demi-milliard de dollars, qui a dû être à nouveau comblé par un accroissement de la dette extérieure. Elle a ainsi atteint les 2,5 milliards de dollars ...

Mais si 1981 a apporté moins que n'espérait le Nicaragua, c'était encore un miracle économique en comparaison avec le reste de l'Amérique centrale. Le produit intérieur brut (PIB) du Nicaragua a crû de 8,7 %. C'était 10 % de moins que prévu, mais la signification de cette croissance doit être mesurée en rapport avec les résultats des autres économies de la région :

- Guatemala : + 1,0 % - Honduras : + 0,5 % - Costa Rica : - 1,5 % - El Salvador : - 9.5 % La plus grosse part de la croissance provient de l'agriculture qui reste, de loin, la force motrice de l'économie nicaraguayenne. Dans la plupart des productions importantes, il y a eu un progrès non seulement en comparaison avec l'année précedente, mais aussi par rapport à 1978, dernière année de production agricole « normale » sous la dictature. Comparée à celle de 1978, la production de 1981 marque les progrès suivants :

- Riz : + 89 % - Porc : + 77 % - Haricots : + 45 % - Oeufs : + 30 % - Poulets : + 19 % - Sucre : + 19 % - Tabac : + 15 % - Bananes : + 11 % - Blé : + 11 % - Café : - 9 % - Coton : - 12 % Dans la mesure où le riz, le blé, les œufs, les poulets et le pore ne sont pas exportés mais produits exclusivement pour la seule consommation intérieure, ces statistiques indiquent une amélioration d niveau moyen de l'alimentation. Le cai : et le coton, les deux seules productions a

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régresser, sont largement concentrées dans les mains de grands propriétaires. Leur déclin reflète l'entreprise permanente de décapitalisation de ces secteurs.

Les chiffres de 1981 ne sont pas disponibles pour toutes les branches d'industrie. Cependant, une franche discussion sur les problèmes du sous-développement dont continue à souffir le Nicaragua dans ce secteur a été publiée par le quotidien sandiniste Barricada du 10 mai 1982, sous la forme d'une interview avec le ministre de l'Industrie, Emilio Balto-

TROISIEME ANNEE : PRESSION ACCRUE « Il est important de ne pas s'attendre à une augmentation de la production industrielle cette année, y affirmait Emilio Baltodano. En fait, ce que nous avons à déterminer, c'est de combien elle va baisser. Le problème, c'est que le secteur industriel doit être transformé et rationalisé. Ce qui veut dire que, dans certains cas, nous devrons fermer des entreprises.

« Ce dont a besoin le Nicaragua, c'est d'un secteur industriel orienté vers l'agriculture, d'un côté, et vers la production de biens de consommation courante, de l'autre : alimentation, médecine, habillement, chaussure, et des produits tels que savon et détergents. »

Les ressources du pays sont tout autres : le secteur industriel y a été conçu non en fonction de ces besoins, mais autour de ce qui était le plus profitable pour les capitalistes. Les conséquences sont graves. L'industrie du Nicaragua, principalement l'industrie légère, emploie seulement quelque 90 000 travailleurs. Elle souffre d'une absence totale d'intégration par rapport aux autres secteurs productifs (agriculture, élevage, pêche, exploitation forestière, mines). Du point de vue des réserves en devises étrangères, l'industrie fonctionne comme un réseau de drainage. Elle dépense plus d'argent pour importer du matériel que n'en rapportent les exportations.

« Notre industrie a commencé à entrer dans une grave crise dans les années 1970, a continué Emilio Baltodano, plusieurs branches, telles que la chimie et les

Sont été bâties dans la perspective de leur intégration au Marché commun centro-américain. Mais les autres pays de la région, à cause de leurs propres besoins intérieurs pressants, ont été incapables de tenir leurs engagements. »

Il y a aussi d'autres problèmes: « Nous n'avons pas les statistiques, a pu affirmer Emilio Baltodano, mais il est clair que la productivité du travail a baissé. Il y a eu des années de combat, de guerre, et leur effet dure encore. En plus, nous ne nous sommes pas adaptés nous-mêmes aux nouvelles formes d'organisation du travail correspondant au processus révolutionnaire. C'est le prix que toute révolution doit payer, lorsque les travailleurs et les administrateurs doivent passer par une période d'apprentissage, à la recherche des solutions adéquates aux problèmes qu'ils rencontrent. Un retour à capitaliste" n'est évidemment pas la réponse. Un régime de terreur peut apporter une certaine efficacité et des taux de profit élevés en payant des salaires misérables et en usant de la répression pour maintenir la discipline, mais ce n'est bien évidemment pas le cours qui sera suivi par la révolution sandiniste. Cela serait intolérable pour les travailleurs sont la base fondamentale du proPARTICIPATION CROISSANTE DES TRAVAILLEURS La seule voie qui reste alors pour stimuler la productivité, souligne Emilio Baltodano, c'est d'augmenter la participation des travailleurs dans la gestion des entreprises. A la suite de cette discussion sur la situation, plusieurs initiatives visant à augmenter la participation des travailleurs ont été prises en liaison avec la Centrale syndicale sandiniste (CST). En à une demande pressante des travailleurs, huit grandes entreprises publiques de Managua ont mis sur pieds des structures régulières de participation des travailleurs aux décisions concernant la production et l'administration. Selon le dirigeant de la CST Ruben Ulloa : « Le but de ce projet pilote est de donner aux travailleurs la possibilité de discuter avec les administrateurs la totalité du projet de production : combien, qui et d'ou viennent les matières premie-

Des efforts sont également en cours pour intégrer dans un grand syndicat unique les 24 000 travailleurs employés dans 60 entreprises de l'industrie alimentaire. D'après Alberto Alvarez, secrétaire national de la CST pour la production, les pas vers la formation de ce syndicat national ont encouragé des discussions depuis longtemps nécessaires sur les « problèmes auxquels les entreprises sont confrontées ».

Une campagne, également conduite par la CST, est en cours pour élever la production en réduisant l'absentéisme et les retards à l'heure d'embauche. Lancée le 14 juin 1982 dans 32 entreprises de Managua, la campagne vise à utiliser les assemblées d'entreprises, les discussions politiques, les journaux muraux, les bulletins et la publication hebdomadaire des résultats pour encourager la participation des travailleurs.

Un résultat immédiat de la campagne a été la reconnaissance de certaines difficultés concrètes. Certains travailleurs qui vivent dans des banlieues lointaines ont mis en évidence qu'ils ne pouvaient arriver à l'heure du fait de la distance et du fait que le service d'autobus commençait à fonctionner trop tard ...

Ces mesures, et d'autres semblables qui vont être prises par le gouvernement révolutionnaire et la direction syndicale, peuvent aider, mais elles ne peuvent surmonter, en quelques années seulement, les dommages de siècles d'exploitation et d'oppression.

UNE AIDE MASSIVE

EST NECESSAIRE Le Nicaragua est un petit pays qui s'est attelé à une grande tâche, pour ouvrir la voie, avec Cuba et Grenade, à la révolution socialiste dans le reste de l'Amérique latine et de la Caraibe. Dans la mesure du possible, compte tenu du contexte international, il a déjà commencé à transformer les rapports de production et de distribution. Il jette les bases d'un nouvel ordre économique, que les syndicats et les autres organisations de masse définissent maintenant publiquement comme socialiste. tentación

Pueblo GARANT Une aube nouvelle s'est levée sur le Nicaragua. (DR)

Mais le Nicaragua ne peut achever cette tâche seul. Une aide fraternelle massive, comme celle apportée par Cuba, est nécessaire. Dans les centres impérialistes, en particulier aux Etats-Unis, il est nécessaire d'agir pour arrêter la guerre secrète que le Pentagone et la CIA mènent contre le Nicaragua. Livré à lui-même, le Nicaragua est confronté à une situation économique difficile, aggravée par les inondations. Il a besoin du soutien de tous ceux qui croient en un avenir meilleur pour l'humanité.

Michael BAUMANN « Intercontinental Press » vol. 20, numéro 27, New York, 26 juillet 1982

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les menaces qui pèsent sur la révolution"

Témoignage de deux camarades des brigades européennes de solidarité

« INPRECOR » : - Vous étiez tous les deux au Nicaragua dans le cadre des brigades de solidarité. En quoi cette initiative a-t-elle consisté ?

- Les comités de solidarité européens ont décidé d'envoyer cet été au Nicaragua des brigades de solidarité venant de la plupart des pays du Vieux Continent. Nous étions plusieurs centaines. Le rôle de ces brigades était de travailler dans les villages à des tâches de reconstruction, notamment après les inondations catastrophiques de mai dernier: reconstruetion de ponts, de routes, d'écoles. Cette expérience permettait un lien direct et quotidien avec la population, notamment paysanne. Du point de vue du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), il était important, au-delà de l'aide maté rielle somme toute modeste, de faire toucher du doigt, dans les régions rurales, la solidarité politique et l'écho que rencontre la révolution nicaraguayenne à l'échelle internationale. L'initiative a donc été considérée comme très positive par les responsables sandinistes. Quant à nous, elle nous a aussi permis de visiter le pays et d'avoir de multiples contacts avec les organisations de masse, de constater l'ardeur et l'enthousiasme révolutionnaires qui se manifestent malgré des conditions extrêmement difficiles.

Ainsi, les camarades de la brigade française d'août ont pu faire l'expérience concrète de la situation d'agression permanente que vit le Nicaragua. Pendant qu'ils travaillaient à La Rencheria, au nord de Chinandega, près de la côte pacifique, le village a été attaqué par un groupe de « contras » (contre-révolutionnaires). Deux miliciens ont été tués, dont le responsable. Un groupe de vingt-cinq « contras » a été par la suite démantelé. Un des agresseurs était d'ailleurs infiltré dans la Milice populaire sandiniste (MPS). Tous les camarades de la brigade ont été frappés par l'extrême tension politique et militaire que vit le pays.

- Précisément, quelles sont les formes que revêt aujourd'hui la contre-révolution ?

- La contre-révolution est bien plus active qu'il y a trois ans. D'abord, la stratégie nord-américaine s'est précisée. Depuis l'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir, toute une série de plans ont été mis au point. Des sommes considérables ont été débloquées. Les 19 millions de dollars

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