Comme le laissaient prévoir plusieurs sondages d'opinion à la veille des élections, les deux grands partis ouvriers suédois, le Parti social-démocrate des travailleurs (SAP) et le Parti de gauche communiste (VPK) ont remporté la majorité absolue aux élections parlementaires du samedi 19 septembre 1982. Cela signifie qu'Olof Palme, le dirigeant social-démocrate, constituera le prochain gouvernement du pays, près avoir été maintenu dans l'opposition pendant six ans, depuis le 19 septembre 1976. En 1979, il s'en était fallu de quelques milliers de voix seulement pour que les sociaux-démocrates ne remportent les élections au Riktag (Parlement) (43,24 % des voix).
fois-ci, les sondages avaient néanmoins laissé planer une certaine in-
Si les formations bourgeoises étaient données minoritaires, il n'était pas acquis que les sociaux-démocrates puissent constituer le futur gouvernement. Dans le système suédois, en effet, le Vänsterpartiet Kommunisterna, Parti de gauche communiste (VPK, eurocommuniste), devait obtenir 4% des suffrages, dans cette consultation à un tour, pour être représenté au Parlement. S'il n'y parvenait pas, ses voix auraient été redistribuées à toutes les autres formations et pas seulement aux sociaux-démocrates. Le VPK ayant obtenu 5,5 % des suffrages, notamment du fait du « vote tactique » d'une partie de la gauche social-démocrate, la victoire des deux partis ouvriers est
Si la législation antidémocratique des 4 % pesait comme une épée de Damoclès sur le VPK, elle a eu un effet plus immé. diat sur les candidatures à gauche des partis ouvriers majoritaires, en créant une extraordinaire pression pour le vote en faveur des formations ayant une chance de dépasser cette barrière. Le Parti socialiste (SP), section suédoise de la IVe Internationale, a présenté quelque 200 candidats au Parlement dans tout le pays et aussi à certaines élections locales. Mais, malgré une campagne dynamique qui a permis de faire de nombreux nouveaux contacts dans certains secteurs ouvriers, les résultats électoraux du SP, que l'on ne connaît pas encore précisément, resteront
La question gouvernementale a dominé tout le débat électoral. Il ne fait pas de doute que les sociaux-démocrates ont bénéficié du ressentiment à l'égard de la posévères mesures d'austérité de la coalition gouvernementale bourgeoise autour du Parti libéral (le principal parti bourgeois, le Parti modéré, s'en tenant à l'écart), plus que d'un enthousiasme populaire en appui à leur propre campagne électorale. Celle-ci a d'ailleurs surtout mis en évidence les qualités rhétoriques des dirigeants sociaux-démocrates plus que leurs capacités à concrétiser leurs propres projets.
La victoire électorale sur les partis bourgeois va donc donner un nouveau souffle aux dirigeants réformistes. même temps, elle va accroître les tensions au sein du bloc bourgeois. Mais les sociaux-démocrates trouver confrontés au problème d'avoir des responsabiltés gouvernementales dans d'approfondissement de la crise économique et de montée du chômage et de toutes les revendications.
Pendant des années, les sociaux-dé mocrates ont utilisé la perspective d'un succès électoral pour dévoyer les travailleurs de la lutte contre l'offensive bourgeoise. Cela a été le cas durant la grande grève de 1980 comme lors des protestations répétées contre les réductions des avantages sociaux et plus généralement des mesures économiques du gouvernement bourgeois.
Maintenant, les sociaux-démocrates se trouvent confrontés aux quelques pro. messes qu'ils ont faites durant leur campagne électorale et au sentiment de nombreux travailleurs suivant lequel « les sociaux-démocrates sont plus aptes à résoudre les problèmes économiques, particulièrement dans ces moments de ses », alors qu'ils ne se proposent, en fait, que de mettre en œuvre une « austérité juste » ...