Les décisions du sommet arabe de Fès ont été présentées par une grande partie de la presse internationale comme un événement majeur. Le Monde a titré son éditorial du 11 septembre: « Un pas déci-
On pourrait rappeler que certains des « principes » du texte adopté à Fès avaient déjà été avancés dans le passé, même si c'était d'une façon moins explicite et moins systématique. On pourrait dénoncer le sommet de Fès comme une opération des gouvernements arabes pour faire oublier, par une initiative diplomatique éclatante, leur passivité complice pendant les semaines sanglantes de l'agression israélienne au Liban. Ce fut, par exemple, la première réaction du maire palestinien de Naplouse, qui a parlé de « lâchage » de l'OLP par les régimes arabes et ajouté : « Nous craignons que les résolutions de Fès ne connaissent le même sort que celles du précédent sommet, en n'étant suivies d'aucun effet, pour le plus grand bénéfice de nos ennemis. »
Il est toutefois indéniable que quelque chose de nouveau s'est produit à Fès. Il suffit de rappeler que le plan Fahd - dont la similitude quasi exacte avec la résolution de Fès est évidente — avait été rejeté il y a moins d'un an par une partie des dirigeants arabes, dont les Syriens et, malgré l'opinion de Yasser Arafat, par la direction de POLP elle-même. Aujourd'hui, les mêmes « principes » sont adoptés unanimement, à l' exception de la Libye, volontairement absente du sommet, et de l'Egypte, exclue de toutes les réunions de la Ligue arabe depuis les accords de Camp David.
Il reste néanmoins que le point 7 implique une reconnaissance de l'Etat d'Israël et que, répétons-le, sur ce point aussi, l'unanimité a été réalisée entre les diffé. rents courants représentés par ces régimes en place. Ce n'est pas un point secon daire.
En d'autres termes, après avoir accepté passivement, donc favorisé, le démantèlement des positions militaires les plus importantes de l'OLP et la dispersion de ses forces, les gouvernements arabes, dont la plupart sont frappés ou menacés par de graves crises sociales et politiques, avancent plus nettement qu'auparavant leur solution modérée du problème palestinien. Cette solution comporte la création d'un mini-Etat palestinien, dans le cadre de la reconnaissance d'Israël, et avec la perspective de pouvoir contrôler ce mini-Etat grâce à l'emprise économique qu'ils pourront avoir sur lui. L'impérialisme nord-américain - directement et/ou par le truchement d'institutions internationales — devrait avaliser l'opération en rappelant à l'ordre la direction de l'Etat sioniste.
Mais voilà la pierre d'achoppement : Begin, comme il fallait s'y attendre, a totalement rejeté les « principes » de Fès. Après tout, pourquoi devrait-il accepter aujourd'hui, après avoir durement frappé TOLP et vérifié encore une fois l'impuissance des gouvernements arabes, ce qu'il n'a jamais accepté dans le passé, à savoir la création d'un Etat palestinien indépendant ? Il n'est pas prêt à céder non plus sur l'autonomie - une autonomie réelle - des territoires occupés. Il continue à s'y opposer, comme il l'avait fait au moment de Camp David et après. Cela se trouve confirmé, de la façon la plus nette, par son refus des propositions de Reagan, qui esquissent une solution intermédiaire, excluant la création d'un Etat palestinien, mais proposant pour les territoires occupés une autonomie en « association» avec la Jordanie.
C'est pourquoi l'impasse n'est pas surmontée, même sur le terrain diplomatique. L'opposition au plan de Fès de la part du Parti travailliste israélien confirme, par ailleurs, que l'attitude de Menahem Begin ne découle pas d'un fanatisme outrancier ou d'un aveuglement
Elle découle de la logique même du sionisme et de la dynamique d'un Etat qui s'est fondé et se maintient sur la négation du droit des Palestiniens à avoir une patrie et qui considère que même un embryon de Palestine indépenda -te constitue une menace pour son existence et pour ses fondements idéologiques et politiques.
Livio MAITAN 17 septembre 1982. Quelques-unes des