Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Les procès du KOR, un test international, déclaration du Bureau du Secrétariat unifié (SU)

· Inprecor n° 133, 27 septembre 1982 · p. 12 · 951 mots

Pologne IVe Internationale Stalinisme Syndicalisme

Nouvelle vague de répression

POLOGNE

Procès du KOR

Un test pour la mobilisation internationale L aux manifestations de rue du mardi 3t aott pour ofe ES centaines de milliers de personnes qui ont participé

/ brer l'anniversaire de la signature des accords de Gdansk en 1980 ont clairement montré la force de Solidarité. Le général Jaruzelski et sa police n'ont pas hésité à tuer cinq manifes-

Pourtant, le lundi 13 septembre, date de l'entrée de la Pologne dans le dixième mois de l'état de guerre, des milliers de travailleurs descendent à nouveau dans la rue. Aux aciéries Huta Lenina de Cracovie - la plus grande entreprise du pays —, les jeunes ouvriers forment un cortège à la sortie de l'usine pour se rendre en ville. A Wroclaw, les miliciens sont assaillis de toutes parts par des groupes de manifestants.

Tout cela témoigne de la volonté massive d'en finir avec l'état de siège, de la détermination de la classe ouvrière dans son refus de la dictature bureaucratique et militaire, et de la profonde aspiration des masses à reconquérir l'ensemble des droits acquis à partir d'août 1980.

La dégradation de la situation économique ne peut qu'accentuer l'exaspération d'une classe ouvrière qui, durant dix-huit mois, a dénoncé le parasitisme de la bureaucratie et a affirmé sa volonté et ses capacités de prendre ses affaires en mains. La politique de « normalisation » de la Junte militaire de salut national (WRON) se traduit déjà par une baisse de 30 % du pouvoir d'achat. Tout indique que ce déclin va conti-

La bureaucratie a fait la preuve qu'elle n'a rien à offrir aux travailleurs, si ce n'est la répression brutale et sanglante. Les ZOMO (réserves motorisées de la milice) n'hésitent pas à tirer à bout portant sur les ouvriers et sur la foule, comme ils l'ont fait à la mine de Wujek le mercredi 16 décembre 1981 ou à Lublin le mardi 31 août. De nouveaux affrontements très durs se profilent à l'horizon. Varsovie et Moscou s'y préparent.

Le régime renforce la répression. Les condamnations se multiplient. Pour avoir distribué des tracts, participé à des grèves ou à des manifestations, plus de 2 000 militants ont été condamnés à 4, 5 voire 10 ans de prison.

Des milliers de travailleurs sont licenciés pour avoir dit non au despotisme des bureaucrates en ralentissant les cadences, en appuyant les exigences de Solidarité, en se montrant solidaires avec leurs compagnons réprimés.

Dans les camps entourés de barbelés, le régime commence à « arrêter » des militants — pour l'instant essentiellement des membres du KOR (Comité d'autodéfense sociale) - et ouvre contre eux des procès. La Junte les accuse de conspiration visant « à renverser par la force le régime de la Pologne populai-

Une fois de plus, ces attaques contre Jacek Kuron, Adam Michnik, Jan Litynski, Henryk Wujek et Jan Jozef Lipski traduisent la volonté du général Jaruzelski de trouver des boucs émissaires et de tout faire pour diviser le mouvement entre conseillers de Solidarité, intellectuels et ouvriers. En accusant Jacek Kuron et ses camarades de « terrorisme », la bureaucratie tente vainement de les présenter comme des provocateurs responsables de la répression actuelle et du maintien de l'état de guerre.

Mais les ouvriers polonais ont montré à plus d'une reprise qu'ils n'étaient pas dupes de ces manœuvres. La direction de Solidarité dans la clandestinité, la Commission provisoire de coordination (TKK), a déjà déclaré, en s'engageant à lutter pour la liberté des anciens membres du KOR : « Cette mesure ouvre la voie à d'autres procès montés de toute pièce et visant

NIE CODAMY

SIERPNA

SOLiDARDSi

« Nous n'abandonnerons pas les acquis d'août 1980 / » (DR) à éliminer de la vie sociale pour de longues années les militants du syndicat. L'affaire du KOR n'est qu'un début. D'autres internés seront ensuite appelés à comparaître devant les tribunaux sous de fausses accusations. »

Les travailleurs polonais et de Solidarité doivent trouver un appui à la mesure de leur détermination auprès du mouvement ouvrier international. Depuis des mois, la preuve est faite que seuls les travailleurs sont prêts à s'engager dans l'aide à la lutte des ouvriers polonais et du syndicat dans la clandestinité. Comment s'en étonner ? Les atteintes contre les libertés syndicales et contre le mouvement ouvrier sont le lot de la politique bourgeoise d'austérité. La seule préoccupation des banquiers et de leurs alliés est que « l'ordre » soit rétabli définitivement pour assurer le paiement des intérêts de la dette polo-

Les intérêts des travailleurs polonais convergent avec ceux des travailleurs du monde entier. Mais pour qu'existe une véritable campagne de solidarité, il faut la construire, il faut se défaire de la routine. Il faut contraindre à l'action tous ceux qui se limitent à des déclarations de bonnes intentions, il faut dénoncer l'hypocrisie de ceux qui se refusent à engager une mobilisation parce qu'ils ont en tête un projet de conciliation entre les travailleurs polonais et la Junte, visant en dernière instance à leur faire accepter le joug bureaucratique.

Les directions des organisations ouvrières sont aujourd'hui soumises à un test : l'ampleur de la campagne contre les procès intentés aux dirigeants du KOR et pour la libération de tous les prisonniers politiques donnera la mesure de la volonté de soutien inconditionnel, résolu, aux revendications et aux luttes des millions de travailleurs polonais.

Dans le mouvement ouvrier, les révolutionnaires doivent tout mettre en œuvre pour lancer des initiatives concrètes de solidarité, impulser une mobilisation large et unitaire contre la

- Libération de Lech Walesa, Jacek Kuron et tous leurs camarades!

- Levée de l'Etat de guerre ! - Restauration des droits démocratiques et syndicaux ! • Bureau du Secrétariat unifié (SU) de la IVe INTERNATIONALE Vendredi 17 septembre 1982.

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