Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

Banqueroute économique et désastre institutionnel

· Inprecor n° 134, 11 octobre 1982 · p. 22-28 · 7 998 mots

Pérou et Bolivie Syndicalisme Économie mondiale

Un bilan de la junte militaire depuis le coup d'Etat de juillet 1980

BOLIVIE

Banqueroute économique

EUX ans après le coup d'Etat du 17 juillet 1980, la dietature militaire bolivienne a décidé de convoquer pour octobre 1982 le Congrès élu le 29 juin 1980. Ce dernier avait été empêché d'entrer en fonction par le putsch qui renversa le gouvernement civil de Lidia Gueiler, pour le remplacer par une junte militaire conduite par le général Garcia Meza. La décision prise aujourd'hui par le chef de l'Etat, le général Vildoso, qui a remplacé en juillet dernier le général Celso Torrelio, successeur de Garcia Meza à la tête de la junte, doit préparer le retour au gouvernement civil des vainqueurs des élections de 1980. Le Congrès doit, en effet, se réunir le ler octobre prochain, et élire le 10 octobre le président de la République.

La décision de la junte intervient dans un contexte de crise économique, sociale et politique aigue, et alors que la Centrale ouvrière bolivienne (COB) avait lancé un appel à la grève générale illimitée pour obtenir la démission du gouvernement militaire. L'un des pays les plus pauvres d'Amérique latine, avec une dette extérieure s'élevant à 3,8 milliards de dollars, la

Bolivie est véritablement en situation de faillite économique.

Début septembre, la Banque centrale a annoncé pour la troisième fois cette année qu'elle ne serait pas en mesure de payer les

10,2 millions de dollars d'intérêts dûs à un consortium de 128 banques étrangères. Selon les experts financiers (Financial Times du 14 septembre 1982), l'inflation annuelle oscillera à la fin de l'année entre 150 et 300 %. Le dollar qui valait 25 pesos en février dernier en vaut aujourd'hui 160. Le tiers des aliments consommés dans le pays étant importés, la chute du peso a entraîné une hausse des prix de 500 %. Pour Javier Suazo, président de l'Association bolivienne des institutions financières et bancaires, « la détérioration de l'économie nationale conduit le système bancaire vers l'une de ses crises les plus graves ». (Herald Tribune du 9 septembre 1982).

C'est dans ce cadre que la Bolivie connaît une montée croissante des mobilisations de masse. En mars, une grève générale a l'appel de la COB interdite avait paralysé le pays. En mal, apres une grève de 24 heures, les travailleurs réussirent à imposer à la junte une amnistie générale et la suppression des mesures prises depuis le putsch : dissolution des organisations politiques et syndicales, couvre-feu, intervention dans les universités. Le 15 juillet 1982, Torrelio avait annoncé des élections générales pour avril 1983 et le transfert du pouvoir aux civils le 6 août de la même année. C'est pour empêcher ce processus que Vildoso prit sa place. Mais deux mois après, la mobilisation populaire obligeait les militaires à reculer. Déjà en juillet, la nomination de Vildoso par l'armée avait provoqué d'importantes manifestations.

Début septembre, les mineurs, plusieurs organisations syndicales régionales, les employés des Télécommunications ont fait grève, des centaines de milliers de Boliviens ont participé

SEBASTIAN composition du populisme bourgeois et de l'écartèlement du Mouvement nationa-

Après sept années de dictature mililiste révolutionnaire (MNR), c'est Hernan taire, de 1971 à 1978, le général Hugo

Siles Suazo, candidat de l'Union démo-

Banzer ayant enfoncé le pays dans la cricratique populaire (UDP) qui arrive en se économique, certains secteurs de la tête. Mais aucun des candidats n'ayant bourgeoisie appuyés par l'impérialisme obtenu la majorité absolue, il revenait au américain envisagèrent de stabiliser un ré-

Parlement de désigner le futur président gime civil à la faveur d'élections. En juilde la République. Après de nombreuses let 1979, face à la division des formations tractations, le politiques bourgeoises, produit de la déson président, Walter Guevara Arze, à la et désastre institutionnel à des marches contre la misère dans la plupart des grandes villes ... C'est alors que la COB lança un mot d'ordre de grève générale illimitée à partir du jeudi 16 septembre, jusqu'à ce que les militaires remettent le pouvoir au Congrès élu en 1980. En dépit des menaces qu'elle a fait planer, la dictature dut reculer : le jeudi 16 septembre, la grève fut largement suivie, la plupart des usines et des bureaux étaient fermés, les vols nationaux et internationaux annulés.

La crise économique et sociale s'est ainsi combinée avec la crise politique d'un régime dont la base sociale est de plus en plus étroite. La faiblesse de ce régime, la montée du mouvement de masse, l'ampleur de la crise, son caractère explosif font de la Bolivie l'un des pays d'Amérique du Sud où sont réunies des conditions qui peuvent déboucher sur une situation révolutionnaire. Le gouvernement impérialiste conscient et il n'est certainement pas étranger au recul politique actuel des chefs de l'armée.

La convocation le ler octobre du Congrès, élu il y a deux ans, devrait porter à la tête de l'Etat l'ancien président Siles Suazo, dirigeant de l'UDP (Unité démocratique et populaire), qui vit actuellement en exil au Pérou et doit rentrer en Bolivie. L'UDP était devenue la principale force politique du pays avec 40 % des voix aux élections de 1980.

Face à la reculade des militaires, qui a pour but de désamorcer la mobilisation grandissante des masses populaires, la COB a suspendu provisoirement son mot d'ordre de grève générale illimitée. Néanmoins, les affrontements qui ont eu lieu dans la ville de Sucre entre la garnison militaire et des manifestants venus assister à la réunion du Conseil municipal illustrent les risques de réactions musclées des secteurs mili-

Nos camarades du POR-Combate (POR-C) avaient déjà analysé l'annonce par Torrelio des élections pour 1983 comme une tentative de la bourgeoisie de trouver une issue démocratique à la crise. Ils sont engagés dans des propositions d'unité ouvrière autour de la COB et militent dans la perspective d'un accord unitaire autour de trois axes: le renversement de la dictature, la lutte contre l'impérialisme et la lutte pour le changement économique et social, pour un gouvernement des

Lors d'un forum-débat organisé par l'Université technique d'Oruro sur le thème « Le problème politique actuel » en juillet dernier, et auquel la plupart des formations d'opposition ont participé, le représentant du POR-C, le camarade Hugo Salvatierra, a pu réaffirmer publiquement ces positions.

Nous publions ci-dessous un article réalisé sur la base des informations et orientations contenues dans un récent rapport de nos camarades du POR-Combate, section bolivienne de la présidence de la République à titre « provisoire », jusqu'à de nouvelles élections fixées au printemps 1980. Incapable de contenir la lente mais persistante remontée de la mobilisation populaire, Walter Guevara Arze sera rapidement désavoué par le « parti armé » de la bourgeoisie, lors d'un coup d'Etat qui apparaîtra comme une véritable répétiCongrès bolivien désigne tion générale du putsch victorieux du 17 juillet 1980. Le ler novembre 1979, en

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Enterrement de Luis Espinal, directeur de l'hebdomadaire Aqui, assassiné par les groupes paraeffet, le colonel Alberto Natusch Busch s'emparait du pouvoir. Mais cette fraction militaire a dû reculer devant la puissante résistance des masses populaires. Et le 16 novembre, les militaires séditieux réintégraient momentanément leurs casernes.

Toujours à titre « provisoire », Guevara Arze était alors remplacé à la présidence de la République par l'ancienne présidente du Congrès, Lidia Gueiler. Toutefois, au centre de ce véritable chassé-croisé présidentiel on trouve déjà le général Luis Garcia Meza, qui, dans un premier temps, contraindra la présidente à nommer à la tête de l'armée des généraux ayant appuyé Natusch Busch, avant de s'imposer lui-même à ce poste.

UN CHEMIN IMPOSÉ

PAR L'IMPERIALISME Lidia Gueiler était militante de l'aile droite du Parti révolutionnaire de la gauche nationaliste (PRIN), et plus précisément du secteur le plus opportuniste qui s'était allié au Mouvement nationaliste révolutionnaire-historique (MNR-H) de Paz Estenssoro et au PC m-l (maoïste), lors de la seconde élection nationale, afin d'essayer d'obtenir des sièges au Parlement.

Le gouvernement de Lidia Gueiler — sans base sociale — préparait la victoire à court terme d'un nouveau coup d'Etat militaire. C'est ce gouvernement bourgeois impopulaire qui allait se charger d'appliquer les mesures économiques anti-ouvrières, produit de la crise économique engendrée par le gouvernement de Banzer. Lidia Gueiler suivit le chemin imposé par l'impérialisme, la finance internationale et nationale et la bourgeoisie exportatrice : faire assumer la crise économique par les travailleurs, en dévaluant la monnaie de 12 à 25 pesos par dollar.

Cette situation lésait les intérêts de la classe ouvrière mais également ceux de bourgeoisie urbaine et rurale qui payait d'une misère accrue les libertés démocratiques qui avaient été concédées. Voilà pourquoi ces secteurs n'ont pas rejoint le combat de la classe ouvrière et ont plutôt renforcé la droite de Hugo Banzer, qui leur offrait apparemment de meilleures perspectives.

Le gouvernement de Lidia Gueiler, l'analyse erronée faite par la direction de PUDP et par la direction de la centrale ouvrière bolivienne (COB), ont démobilisé les travailleurs et facilité la préparation du coup d'Etat. C'est ce qui se produisit avec le pacte de San Jorge signé entre la COB et les militaires fascistes dirigés par Garcia Meza (1). Le retard indéfini apporté aux augmentations de salaires, la misérable concession du bon compensatoire de 5 000 pesos destinée à « protéger les libertés démocratiques et à ne pas favoriser la provocation putschiste » désarmèrent les travailleurs. Cette allocation aux travailleurs a été rapidement rognée par l'inflation. A la même époque, une facture d'eau pour un mois ou une amende pour non présentation de la carte d'identité lors d'un contrôle revenaient à 500

De son côté, l'impérialisme américain, par la voix de son ambassadeur Mar-

Weissman, parlait un langage apparemment democratique et poussait les mi litaires a ne pas entraver le processus de libéralisation par un nouveau coup d'Etat. Il s'agissait en fait de contenir la formidable mobilisation des masses et leur radicalisation croissante, afin d'éviter le renmilitaires. (DR) forcement de la tendance révolutionnaire et l'aspiration à la liberté parmi les travailleurs. Ainsi, l'erreur centrale de l'UDP, qui apparaissait comme une force de rassemblement et d'unité, fut de concentrer toutes ses énergies sur le vote populaire et de ne pas les avoir mobilisées pour transformer la victoire électorale en une victoire politique organisée et appuyée sur la

Les militaires en ont tiré profit et ont soigneusement préparé leur offensive finale, en déstabilisant lentement la situation politique par une activité terroriste intense, organisée par les Services secrets de l'Etat-major dirigés par le colonel Luis Arce Gomez.

LE « PARTI ARMÉ » DE L'IMPÉRIALISME L'armée oligarchique détruite par les masses travailleuses lors de l'insurrection historique de 1952, réorganisée à partir de 1954-1956, a repris le pouvoir par un coup d'Etat le 4 novembre 1964 (2). C'est ainsi que s'est reconstruite une armée organisée et éduquée par l'impérialisme américain. C'est le nouveau « parti armé » de la classe dominante, le gendarme des intérêts des secteurs les plus réactionnaires liés à l'impérialisme. Avec le temps, ce sera également l'instrument de pouvoir du secteur « lumpen » de la bourgeoisie : la mafia de la cocaïne.

Cette armée, fabriquée dans les Académies militaires nord-américaines et argentines, est une caste imprégnée de la conviction profonde qu'elle quement appelée à assumer les tâches gouvernementales, étant donné l'incapacité des civils. Elle a développé au maximum ses privilèges économiques et matériels par dessus sa propre classe, et elle a construit ses intruments de pouvoir politiques et économiques. En 1975, la COFADENA (Corporation nationale de développement des forces armées) disposait d'environ 82 millions de dollars de capital net. Aujourd hui, apres des incursions dans des secteurs plus importants de l'économie nationale, la COFADENA peut compter sur un capital estimé à 250 ou 300 millions de dollars investis. Il faut ajouter à cela le fait qu'elle agit comme une entreprise privée, sans contrôle de l'Etat. De plus, le niveau de vie des militaires n'est en rien comparable à celui d'un cadre moyen, encore moins à celui des travailleurs. Ils jouissent d'une quantité telle de privilèges (importations, exportations, coopératives, alimentation à bas prix, vêtements, primes, salaires élevés, vacances, butin de guerre, accès à l'administration publique, etc., sans parler de

1. Le 29 avril 1980, a quelques semaines des élections, les dirigeants de la COB signaient avec l'état-major militaire le pacte de non agression de San Jorge, prévoyant le respect du suffrage universel par les forces militaires contre une garantie de respect des institutions militaires par le mouvement syndical. Le coup d'Etat du 17 juillet 1980 illustre la fonction de cet accord pour les militaires.

2. Le 4 novembre 1964, une junte militaire dirigée par le général Barrientos renverse le Président Paz Estenssoro, dirigeant du Mouvement nationaliste révolutionnaire. Le général Barrientos est proclamé Président. Ainsi est mis un terme au processus ouvert par la mobilisation insurrectionnelle des masses de 1952.

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leur participation et de leur engagement dans le trafic de la cocaïne, particulièrement important chez les militaires de haut rang), qu'il est facile de comprendre qu'ils ne sont pas prêts à les perdre par l'instauration d'un gouvernement démocratique.

Au pouvoir, ils ont constamment impulsé des projets de partis politiques, qui se sont soldés par des échecs. Mais surtout, à partir de leurs casernes, ils se sont transformés en une force politique intouchable qui conspire, impose ou élimine qui elle veut du gouvernement, effectue des arrestations arbitraires, séquestre ou Affiche du POR Combate, mars 1981. (DR)

VIVA LA RESISTENCIA POPULAR

PARTIDO OBRERO

REVOLUCIONARIO COMBATE

assassine grâce à ses organismes de répres sion et représente, lorsqu'elle n'est pas au pouvoir, « le pouvoir derrière le trône ». C'est ce qu'on a vu sous le gouvernement de Lidia Gueiler, qui se trouva dans l'incapacité totale d'imposer des décisions légales sur les promotions ou les mutations de militaires, ou de sanctionner les atteintes à la Constitution de l'Etat bolivien, qui étaient le fait de la hiérarchie militaire.

Bien avant le coup d'Etat du 17 juillet 1980, les Services de renseignements de l'armée organisèrent des forces paramilitaires dans le pays, afin de lancer une offensive terroriste contre la gauche et les syndicats, en cherchant à destabiliser la situation politique et à miner les forces des travailleurs. Ce terrorisme ne fut pas le pur produit des militaires fascistes de Bolivie. C'est la transplantation des méthodes terroristes de l'Alliance anticommuniste argentine (AAA) qui a fourni aux militaires boliviens des conseillers et une aide matérielle et financière. Ce sont eux les responsables de l'assassinat du jésuite Luis Espinal (directeur de l'hebdomadaire de gauche Aqui), du massacre perpétré contre la direction de la COB et du Comité national de défense de la démocratie (CONADE) le 17 juillet 1980, et de tous les attentats terroristes commis dans le pays entre 1979 et 1980.

Aujourd'hui, les forces para-militaires organisées par le gouvernement, par les forces fascistes de l'arm . et par les trois bandes qui constituent a rafia de la cocaine, rassemblent plus de 10 000 personnes fortement armées et bien payées.

TROIS ELECTIONS

ET L'IMPOSSIBILITÉ D'UNE DEMOCRATIE STABLE Les Congrès de la COB et de la Fédération syndicale des mineurs se sont prononcés pour un Front unitaire de la gauche et de la COB pour affronter la droite lors des élections, pour lutter pour les libertés démocratiques et de meilleures conditions de vie et de travail pour le peuple travailleur. Lors des élections de 1978, 1979 et 1980, l'UDP triompha, et le PS-(Uno) devait capter la radicalisation de secteurs importants de la classe ouvrière. Dans aucune de ces trois élections, PUDP n'atteint la majorité absolue nécessaire pour disposer du pouvoir exécutif. Pourtant, lors de juin 1980, compte tenu de la polarisation des forces, PUDP obtint un résultat important qui, ajouté aux 11 % de voix du PS-(Uno), devait l'amener à former le gouvernement.

C'est pendant cette dernière période, alors que la démocratie est chaque fois plus fragile et plus instable, et alors que la polarisation des forces sociales s'accentue, que le gros du mouvement ouvrier, paysan, étudiant et populaire (y compris l'Eglise catholique et certaines sectes religieuses) et la majeure partie des forces politiques de gauche (à l'exception du POR-Lora et du petit groupe moréniste OST, aujourd'hui disparu) comme celles de la droite « démocratique », organisèrent le Comité national de défense de la démocratie (CONADE), qui fut bien accueilli par tous les travailleurs boliviens et était implanté dans les centres de production, dans les Universités, dans les communautés paysannes et les quartiers populaires.

La situation politique avait un aspect dramatique pour les travailleurs. D'une part, ils devaient s'unir avec des secteurs de la bourgeoisie pour faire face aux putschistes et défendre les libertés démocratiques et, d'autre part, ils devaient supporter le poids des mesures économiques du gouvernement et la crise économique engendrée par les gouvernements de cette même bourgeoisie qui, à ce moment-là, apparaissait comme son allié à travers ses partis MNR-H, PDC, PRA, etc. (voir en-

En observant la formation sociale et politique de Bolivie d'un point de vue strictement sociologique, il est impossible d'expliquer la dynamique de la lutte des classes dans ce pays, et encore moins la décomposition des classes dominantes et de leur armée, qui se manifeste par des conspirations constantes, militaires, des coups d'Etat, des changements de gouvernement et de projets po-

Les intérêts des différents secteurs de la classe dominante (d'une bourgeoisie qui vit à l'ombre de l'impérialisme, qui n'a pas accompli les tâches démocratiques et nationales qui lui incombaient, et qui est historiquement condamnée), n'ont pas permis l'existence d'une bourgeoisie homogène et constructive. Le secteur bancaire et celui de l'import-export, liés à la mafia de la cocaine, s'élèvent au-dessus de l'ensemble de la bourgeoisie et centralisent le pouvoir politique et économique comme une oligarchie. C'est cette même oligarchie putschistes lorsqu'il y a une montée mouvement des masses et qu'elle risque d'etre confrontée à un prolétariat et à un mouvement populaire organisé, mobilisé et combattant. Cette même oligarchie entre toujours en contradiction avec les secteurs les moins développés de sa propre classe, la bourgeoisie industrielle et agro-industrielle qui a besoin de matières premières et d'articles importés pour sa production, et surtout avec les secteurs qui dépendent en termes absolus des oscillations du marché mondial. Cette situation a accentué l'impossibilité de stabiliser une démocratie en Bolivie et rend plutôt normal le cercle vicieux « démocratie/dictature ». Le rôle de l'armée des intérêts de ces secteurs de la bourgeoisie, comme instrument de répression contre le peuple travailleur face à l'incurie des partis de la bourgeoisie, est ainsi mis en évidence.

L'objectif du CONADE était de doter le mouvement ouvrier et populaire d'un instrument politique de masse, unitaire, une sorte de Front unique démocratique contre le coup fasciste. Bien entendu, le CONADE n'était pas un instrument révolutionnaire ou socialiste, et il est possible qu'il y ait eu en son sein une majorité réformiste et modérée. Il était destiné à unifier et à mobiliser la majorité sociale et nationale autour d'un instrument démocratique, anti-fasciste et antiputschiste.

La gauche révolutionnaire n'a pas su comprendre la radicalisation de la lutte des classes et la polarisation des forces soMineurs boliviens. (DR)

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ciales. Cette polarisation se manifeste par plusieurs faits lors des élections du printemps 1980 : à gauche, PUDP obtint 40 % des voix et le PS-(Uno) 11 %, ce qui donnait une majorité suffisante pour que l'UDP forme le gouvernement et mette en route son projet démocratique national. Alors que l'Alliance démocratique nationale (ADN) de Banzer avait gagné des voix et se trouvait en troisième position, juste après le MNR-H, qui occupait la seconde position tout en ayant perdu beaucoup de voix au profit de l'ADN. En réalité, lors de ces dernières élections, il y eut trois grands vainqueurs: PUDP, l'ADN et le PS-(Uno). Les informations de cette époque (avant la réunion du Parlement qui devait nommer son Président et son vice-Président) indiquaient clairement que le PS-(Uno) voterait au Parlement pour l'UDP, ce qui assurerait le triomphe de cette dernière. C'est ce que comprirent les militaires putschistes dirigés par Luis Garcia Meza et Arce Gomez.

LE COUP D'ETAT

DU 17 JUILLET 1980 Les masses ne descendirent pas dans la rue, comme elles l'avaient fait en novembre 1979, pour faire face au coup d'Etat militaire du 17 juillet 1980, parce que des facteurs d'ordre politique et militaire empêchèrent une mobilisation forte et massive. D'un côté, les masses étaient démobilisées par la politique de concessions constantes de l'UDP et de la COB ; d'autre part, la direction de la COB fut faite prisonnière dès le premier jour du putsch, à 11 h du matin (de nombreux dirigeants furent assassinés), laissant les travailleurs sans direction politique (3). De surcroît, travailleurs n'avaient comme seule consigne que la grève générale et le blocage des routes, autrement dit des consignes purement défensives. Sur le plan militaire, les putschistes de juillet ne commirent pas les mêmes erreurs que lors du coup d'Etat de Natusch Busch en novembre 1979 : ils avaient concentré leurs blindés dans les villes depuis de nombreux et ils mirent immédiatement à feu et à sang les lieux stratégiques de combat dans

Sigles politiques PRIN : Parti révolutionnaire de la gauche nationaliste, formation composite comprenant de nombreux dirigeants syndicaux de la Centrale ouvrière bolivienne (COB).

UDP : Union démocratique et populaire, bloc électoral formé par tes », dont le MNR-I (Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche, scission du MNR de Paz Estenssoro) et des partis ouvriers réformistes, essentiellement le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire de tendance social-démocrate et lié à l'Internationale socialiste) et le Parti communiste bolivien (PCB). Le candidat de l'UDP, Hernan Siles Suazo a remporté les élections présidentielles de juin

PS-(Uno) : Parti socialiste-Un, parti ouvrier dont le programme et l'orientation générale défendent l'indépendance de classe et le socialisme.

Son principal dirigeant, Marcelo Quiroga Santa Cruz, a été assassiné lors du coup d'Etat du 17 juillet 1980. Le

PS-(Uno) avait obtenu 2 à 3% des voix aux élections de 1979, puis 11 à des suffrages lors des élections MNR-H : Mouvement nationarévolutionnaire-historique

Victor Paz Estenssoro, est la fraction la plus conservatrice des organisations issues de l'éclatement du MNR

Sous le signe de MNR-Alliance, et avec le soutien des maoïstes du PC m-l (Parti communiste marxiste-léniniste) qui ont appuyé le gouvernement de Lidia Gueiler, coalition a connu une sérieuse défaite aux élections de 1980. l'ex-dictateur Hugo Banzer.

PDC et PRA : Parti démocrate-chrétien et Parti révolutionnaire authentique, petites formations bour-

OST : Organisation socialiste des travailleurs reliée au courant moré-

POR-Combate : section bolivienne de la IVe Internationale.

POR-Lora : Organisation qui a scissionné de la IVe Internationale en rejoignant d'abord le CORQI (lambertiste), puis qui a rompu avec lui et constitue aujourd'hui un groupe national-trotskyste.

les villes (particulièrement les quartiers ouvriers et populaires).

Les grandes masses opprimées et exploitées de la population bolivienne avaient suivi l'UDP et son projet démocratique en l'absence de tout instrument cohérent susceptible de les conduire à la victoire. Mais l'UDP comme direction politique ne sut pas orienter la capacité combative des masses et elle se lança dans une politique défensive, démobilisatrice, qui renforça les putschistes et désarma les travailleurs. En résumé, la défaite du 17 juillet 1980 est surtout la défaite du projet et de la politique de PUDP. Néanmoins, l'UDP sut exprimer dans une certaine mesure les sentiments et l'état d'esprit des masses, alors que la gauche révolutionnaire ne fut capable d'avancer que des perspectives stratégiques, dogmatiques et sectaires. Mais l'UDP ne put pas ou ne voulut pas élever ces sentiments et cette conscience démocratique des masses à un niveau supérieur de lutte, ni les diriger vers d'autres objectifs.

Lorsque le général Luis Garcia Meza prit le pouvoir, le 17 juillet 1980, avec ses bandes de délinquants militaires et civils, il déclara qu'il était au pouvoir pour 20 ans, dans le but de réorganiser le pays, d'exterminer la gauche, d'imposer l'ordre, monument historique qu'est la COB, en pensant ainsi frapper la classe ouvrière en plein cœur. Il déclencha une vaste répression politique en imposant la terreur comme norme de conduite et en promulguant des lois draconiennes sur le plan politique et économique contre le peuple travailleur. Nombreux furent les travailleurs massacrés, et aujourd'hui encore, il est impossible d'établir le nombre de travailleurs assassinés ou disparus.

La Constitution fut bafouée, les organisations syndicales et politiques interdites, des centaines de travailleurs et de combattants envoyés dans des camps de concentration ou en exil, le couvre-feu imposé, le pays placé en état de guerre, les garanties constitutionnelles suspendues et de nombreuses restrictions furent apportées aux libertés démocratiques. Le gouvernement fut immédiatement isolé par la communauté internationale et par l'impérialisme américain qui refusa de le reconnaitre. Son gouvernement cictatorial et sans base sociale ne pouvait que favoriser le développement des tendances révolutionnaires, la radicalisation des masses travailleuses, en mettant à l'ordre du jour la possibilité d'une explosion révolu-

3. L'objectif des putschistes de porter un coup fatal au mouvement ouvrier en le décapitant s'illustre dans le déroulement même du coup d'Etat. Les opérations militaires déclenchées à La Paz, cinq heures seulement aprés le soulèvement de la garnison de Trinidad. permettent aux militaires de s'emparer, dans l'assaut du local de la COB, d'un bon nombre de dirigeants de la centrale ouvrière, dont Juan Lechin, et des partis de gauche, dont Marcelo Quiroga Santa Cruz, réunis avec eux pour débattre d'une riposte aux événements de Trinidad. Pour l'analyse du coup d'Etat du 17 juillet 1980, il faut se reporter à l'article de Jean-Pierre Beauvais, « Le peuple bolivien sous la botte: un tournant dans la situation latino-américaine ? ». Inprecor numéro 85 du 25 septembre 1980.

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tionnaire dans la chasse gardée de l'impérialisme qu'est l'Amérique latine.

Et cette situation s'est instaurée sous le gouvernement de Jimmy Carter, alors que l'impérialisme américain était engagé dans une politique hypocrite de « défense des droits de l'Homme » destinée à freiner le développement des conflits sociaux, politiques et militaires en Amérique centrale. L'impérialisme avait besoin de stabilité politique en Amérique du Sud, et de travailleurs tranquilles soutenant un gouvernement tel que celui qu'aurait pu constituer l'UDP et qui aurait été un bon moyen de garantir cette stabilité. De son côté, le général-président Luis Garcia Meza attendait avec une extrême impatience la victoire aux USA du Parti républicain, dans l'espoir que Ronald Reagan appuierait la dictature bolivienne.

Il est vrai que dans un premier temps, la politique de terreur militaire de la dictature empêcha l'organisation de la riposte des masses et de la résistance populaire. Mais la résistance populaire n'en était pas morte pour autant. Au contraire, elle s'organisait dans les quartiers populaires, dans les usines, les mines et les campagnes, grâce à la propagande et à l'agitation souterraine de petits groupes parvenant à vaincre la terreur gouvernementale. RÉSISTANCE ET RÉORGANISATION

POPULAIRES APRES LE PUTSCH

Le gros des directions politiques et syndicales avaient été faites prisonnières, d'autres s'étaient exilées, retirées dans les ambassades, et il ne restait dans le pays que de faibles forces pour organiser la résistance. La COB fut réorganisée dans la clandestinité, ainsi que quelques autres syndicats, et bien qu'elle ait été - à ce moment-là -sans rapport direct et organique avec les masses travailleuses, elle progressait dans sa réorganisation et était un pôle d'attraction pour le peuple travailleur qui cherchait à se doter d'une direction politique pour faire face à la dictature.

Ainsi, lorsque le gouvernement prit ses premières mesures économiques, le 9 janvier 1981 (mesures que la Junte devait appeler des « correctifs »), la COB décréta une grève de 48 heures, les 9 et 10 janvier, qui fut popularisée par les partis de gauche qui avaient maintenu un certain degré d'organisation dans la clandestinité, et par des groupes de propagande (4). Cette grève fut très partiellement suivie par les travailleurs ; elle n'eut pas tout à fait les résultats attendus, mais elle fut cependant une première tentative de riposte organisée des travailleurs contre la dictature. C'est dans cette période que deux événements particulièrement significatifs pour la dictature se produisirent : le massacre de 8 dirigeants du MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) par les forces répressives, et le rejet par le mouvement ouvrier et populaire des mesures économiques du régime. Ceci amena la bourgeoisie indigène à critiquer avec virulence le gouvernement militaire, et la petite bourgeoisie a commencé à rejoindre l'opposition, aux côtés du prolétariat, en finissant par abandonner la dictature. A cette situation économique grave s'est ajouté l'isolement économique et politique de la dictature, qui n'obtint un appui financier et militaire que de la part du gouvernement argentin qui, d'ailleurs, l'avait portée au pouvoir.

Le massacre des dirigeants du MIR provoqua dans la population bolivienne un rejet de la barbarie dictatoriale. Le mois suivant, le cabinet ministériel se recomposait, et le sinistre ministre de l'Intérieur, le colonel Luis Arce Gomez était relevé de ses fonctions. En même temps, certains civils étaient incorporés au gouvernement, dans la vaine tentative de redorer le blason de la dictature. L'un des fondateurs du PIR (Parti à l'origine du PC bolivien) et l'un de ses dirigeants les plus connus, l'avocat Rolon Anaya, qui fut également compagnon du général Hugo Banzer, était nommé ministre des Affaires étrangères. Un ministre qui fit tous les efforts possibles pour obtenir la reconnaissance diplomatique du régime et qui échoua sur toute la ligne.

La vague de protestation sociale contre la hausse du coût de la vie prenait de plus en plus d'ampleur : de larges secteurs sociaux étaient concernés, des secteurs populaires, mais également des fractions de la bourgeoisie indigène, qui, comme nous l'avons déjà dit, avait aidé les militaires fascistes à prendre le pouvoir. Cette opposition de la bourgeoisie indigène, ainsi que celle de l'Eglise, se manifestait encore timidement, sans risques majeurs et en évitant la confrontation directe, de-crainte de perdre ses misérables privilèges de classe.

C'est à partir de mars 1981 que commencèrent les tentatives de coup d'Etat de la part de secteurs dissidents de l'armée, en dépit des efforts de propagande du gouvernement et de la répression destinée à faire taire les rebelles. Le Centre d'instruction des troupes spéciales de Cochabamba (CITE), bastion traditionnel de la droite de l'armée, exigea la démission de Garcia Meza. Le mouvement fut écrasé et le commandant de cette unité passa à la clandestinité après avoir été considéré comme mort. Deux mois après, le CITE se rebelle contre son propre commandant, et de nouveau le mouvement est écrasé. A la même époque, les cadets du Collège militaire se rebellent contre Arce Gomez qui commande ce collège. Le mouvement est écrasé et les cadets sont faits prisonniers. En mai de la même année, les généraux Cayoja et Anez se rebellent, le mouvement est également écrasé, et ils sont tous deux exilés. Au mois d'août, les garnisons de l'Est de la Bolivie s'insurgent; elles sont dirigées par les généraux Natusch Busch et Anez ; elles exigent la démission de Garcia Meza et la formation d'un gouvernement démocratique de transition. Le mouvement rebelle échoue à cause de Natusch Busch qui abandonne ses compagnons. Mais quelques jours après, les commandants de l'Aviation et de la Marine ainsi que les commandants des grandes unités militaires, obtiennent la démission de Garcia Meza et la formation d'une junte militaire composée des commandants des trois armes. Le peuple travailleur resta spectateur face aux querelles des militaires, gardant une grande méfiance envers leurs promesses démocratiques. La lutte continuait comme avant, avec les mêmes objectifs, rien n'avait changé. La junte militaire était la dictature militaire sans Garcia Meza. Elle faisait la même politique, et sa seule base sociale était la mafia de la cocaïne, les bandes para-militaires et leurs fusils.

La junte militaire resta deux mois à peine au pouvoir ; une nouvelle crise politique surgit au sein du gouvernement. On recherchait un gouvernement de compromis entre les civils et les militaires. Finalement, un nouveau gouvernement fut formé le 4 septembre 1981 : celui du général Celso Torrelio Villa, commandant en chef de l'Armée de terre. Torrelio est le Président du hasard. Il fut ministre de l'Intérieur du gouvernement Garcia Meza et nommé général par ce dernier. Ses liens politiques et sa dette à l'égard de Garcia Meza sont très importants. Le compromis entre l'Armée de terre, l'Aviation et la Marine fut très simple : aucun des deux autres commandants ne pouvait être Pré sident à cause du veto opposé par les Américains, veto dû à leurs liens notoires avec la mafia de la cocaïne, alors que Celso Torrelio n'avait pas d'antécédents délictueux dans ce domaine. Enfin, et ce fut le point décisif, l'Aviation cédait la Présidence à l'Armée de terre à condition que Celso Torrelio, une fois au pouvoir, renforce la capacité de combat de l'Aviation par l'acquisition de 50 avions anglais. Les avions n'arrivèrent jamais, à cause de la dénonciation du scandale que constituait l'acquisition d'avions déjà périmés à des prix très élevés.

Les querelles internes aux forces armées, les contradictions de la bourgeoisie, le refus croissant des mesures économiques par la population, la lutte pour les droits démocratiques, l'isolement politique et économique, l'abime dans lequel s'enfonçait l'industrie nationale favorisèrent progressivement la décomposition du gouvernement militaire et, surtout sur le plan national, élargirent l'opposition sociale à la dictature.

Déjà la bourgeoisie indigène se trouvait dans l'opposition, de même que le gros de la petite bourgeoisie, et recherchait un gouvernement d'unité et de salut national. Un mois de gouvernement du général Celso Torrelio, et surtout son plan triennal, avaient montré à la bourgeoisie indigène les projets réels du gouvernement : le renforcement des secteurs productifs qui permettraient la rentrée de devises et le contrôle de la fuite des devises. Autrement dit, une politique économique défavorisant l'industrie nationale non exportatrice. La Confédération des entrepreneurs privés se prononça immédiatement pour un changement de politique économique, pour éviter une explosion

4. Voir à ce sujet l'article de Sebastian et Rodrigo, « Vers le renversement de la dictature ». Inprecor numéro 107 du 5 août 1981.

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sociale qui mettrait en danger la stabilité

La gauche dans la clandestinité, ainsi que la COB, avaient fait un pas en avant vers l'unité en organisant le CONADE. Mais le projet de réorganisation échoua immédiatement, à cause du boycott du MIR et du PCB (Parti communiste bolivien), qui étaient en désaccord avec le nouveau programme du CONADE clanavec l'expulsion des rangs du CONADE du MNR-H et du PC-ml, et avec le fait que l'Eglise catholique n'en faisait

Le gouvernement d'unité nationale dirigé par le leader de l'UDP, Hernan Siles Suazo, d'abord dans la clandestinité, puis en exil, ne représentait pas une véritable direction politique pour les masses mais il creusa, de plus, sa propre tombe en appuyant le coup d'Etat des militaires rebelles de Santa Cruz.

Jusqu'au mois de juin et au début de juillet 1981, les directions des partis de gauche dans la clandestinité, et celle de la COB, avaient fait beaucoup d'efforts pour construire un instrument politique unitaire. Ce projet échoua parce que le dirigeant paysan Genaro Flores fut emprisonné à ce moment-là il dirigeait la COB), et ensuite parce que l'aggravation de la répression détruisit l'infrastructure et les liens qui existaient alors entre la COB et les partis.

Pourtant, il était clair que les travailleurs commençaient à se réorganiser sérieusement sur le plan syndical malgré la répression, qu'ils étaient à la recherche de réponses politiques, preuve d'un niveau de conscience supérieur qui s'exprima d'abord contre les militaires au pouvoir, puis qui devint anti-

LA CRISE DE LA DICTATURE La dette extérieure accumulée atteignait presque 4 milliards de dollars, pour un pays de 5 millions d'habitants, dont à peine 35 % de la main-d'œuvre nationale est dans la production, qui dispose d'un niveau de développement industriel très dépend des importées, et dont l'essentiel des revenus bruts est concentré dans la production

L'importance de la dette extérieure pour un pays comme la Bolivie est due fondamentalement au fait que pendant les douze dernières années, 50 % des crédits payables à court terme et sur la base de taux d'intérêts élevés ont été accordés par des banques privées internationales, dans une période de récession économique extérieure et intérieure. De juillet 1980 à janvier 1981, le coût de la vie a augmenté de 60% alors que les salaires étaient bloqués. Et de février à aujourd'hui, le coût de la vie a augmenté de près de 300% alors que les salaires n'ont augmenté - dans le secteur publie et dans industriels Depuis le gouvernement du MNR de 1952, l'Etat bolivien a une participation décisive dans l'économie nationale. Les secteurs les plus importants de l'économie lui appartiennent. L'Etat subventionnait la plupart des articles de consommation et des services, évitant ainsi les pressions inflationnistes et la dévaluation. Les trois derniers gouvernements militaires (depuis le 17 juillet 1980) ont cherché à éliminer ces subventions afin d'accumuler des revenus pour l'Etat et tenter de sauver leur régime. Ils ont supprimé les subventions de presque tous les produits et services, ce qui a eu pour effet d'augmenter encore davantage le coût de la vie. Cette politique est considérée en Bolivie comme une politique « monétariste ». En fait, il s'agit surtout de récupérer le plus de devises et de revenus possibles pour le fonctionnement de l'Etat et pour payer les intérêts et le service de la dette.

Le service de la dette extérieure atteint 600 millions de dollars, alors que le revenu national pour cette année est évalué à 900 millions de dollars. Même si le gouvernement réussit à mettre en application sa politique de pillage national, il ne pourra pas réunir les 600 millions de dollars, et c'est une des raisons pour lesquelles il devra avoir recours à une demande de crédit extraordinaire. Cet appui économique fut négocié avec le Fonds monétaire international (FMI), d'abord pour une somme de 110 millions de dollars, puis de 130 millions de dollars, à la demande du gouvernement bolivien.

Il ne fait aucun doute aujourd'hui que le gouvernement bolivien est entre les mains du FMI et d'autres organismes financiers internationaux, tels que la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement et d'autres organismes nanciers privés qui opèrent à l'échelle internationale. Ce sont ces organismes qui ont imposé un taux de change flottant entre le peso et le dollar, en opposition avec la politique initiale de change fixe et de dévaluation fixe. Aujourd'hui, il y a une inflation constante avec des mini-dévaluations permanentes, au lieu de la simple dévaluation monétaire pratiquée par le gouvernement Aujourd'hui, avec le taux de change flottant du dollar, la monnaie bolivienne est dévaluée de plus de 100%, alors que les salaires sont bloqués, que l'industrie nationale court à la faillite, laissant sans emploi des milliers de travailleurs qui vont s'ajouter à ceux que le gouvernement, par sa politique de chômage dans le secteur public, a mis à la

Dans un geste désespéré, le gouvernement a fait fonctionner la planche à billets, aggravant ainsi la dévalorisation de la monnaie nationale. Il n'y avait plus à la Banque centrale ni devises ni réserves, tout avait disparu avec le gouvernement de Garcia Meza, et les coffres de l'Etat

Le gouvernement dut contrôler la vente des devises, créant ainsi un nouveau front d'opposition sociale et encourageant la spéculation. De nombreuses usines étaient et sont encore au bord de la faillite et de la fermeture, provoquant une accélération de la décomposition sociale. Les ouvriers de beaucoup de ces entreprises ont mené d'importantes grèves de la faim et organisé des manifestations de exigeant que le gouvernement donne des devises aux patrons pour qu'ils puissent acheter des matières premières, éviter la fermeture des usines et la perte des postes de travail. Pour autant que nous le sachions, ceci ne s'était jamais produit dans notre pays, et encore moins dans notre classe ouvrière.

Cette politique d'affameurs, de liquid'augmentation du chômage est le complément du projet du FMI, pris en charge par le gouvernement Torrelio, dont l'obtravailleurs de l'administration publique.

LA MAFIA DE LA COCAINE ET LA BANQUEROUTE NATIONALE

Pour l'exercice 1982, le peuple bolivien doit survivre avec 300 millions de dollars. Dans ce budget, 14 % sont destinés au ministère de l'Intérieur et au mide la Défense nationale. Autrement dit, 14% du budget national sont destinés à la répression contre le peuple

Si l'on compare ces 300 millions de milliard de dollars accumulé annuellement par la mafia de la cocaïne, nous devons affirmer que 1982 et 1983 seront des années de famine pour le peuple bolivien. Les USA se sont vus eux-mêmes contaminés par l'exportation massive de cocaïne en provenance de Bolivie. Les dirigeants impérialistes américains comprennent d'ailleurs qu'il faut liquider la production de cocaïne en Bolivie et calmer la fermentation révolutionnaire des travailleurs boliviens. C'est pour cela reconnaissent politiquement le gouvernement bolivien (et la dictature) et qu'ils l'obligent à réaliser une campagne contre la drogue, en même temps qu'ils se prononcent pour l'octroi progressif des libertés démocratiques aux travail-

De son côté, le gouvernement bolivien est confronté à un double problème concret : il ne peut s'attaquer frontalement à la mafia de la cocaïne sans attaquer sa base d'appui politique et économique ; il ne peut réaliser une politique anti-nationale sans affronter les travailleurs boliviens. Pour cela, il doit tromper les dirigeants US, réprimer les paysans pauvres qui produisent des feuilles de coca pour la consommation nationale (la consommation des feuilles de coca est inséparable de la consommation alimentaire et sanitaire de la population indigène bolivienne et péruvienne) et réprimer aussi les petits producteurs de cocaïne, mais sans jamais combattre ou détruire les grands producteurs qui, justement, sont les chefs de la camarilla militaire du gouvernement et de la grande bourgeoisie bolivienne. Ensuite, il doit faire marche arrière devant l'élan populaire qui exige la restauration des libertés démocratiques et de détruire l'Etat. Cela signifie que les libertés et les droits conquis par les masses ne sont pas une concession gratuite du gouvernement, mais le résultat de la lutte des masses travailleuses.

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de toutes les lois d'exception. Il n'y a pas période de transition à la démocratie.

En tout cas, le gouvernement bolivien a démontré que le véritable pouvoir politique et économique trouve à l'ambassade américaine. De même, il a démontré que son seul soutien, ce sont les baionnettes et les secteurs les plus réactionnaires de l'armée.

Aujourd'hui en Bolivie, il n'y a pas une seule entité économique, une seule entreprise d'Etat qui ne soit pas en faillite ou non rentable. 90 % de l'économie nationale privée travaille à perte. Les militaires au pouvoir ont transformé l'économie nationale en butin de guerre et ils ont conduit leur propre classe sociale à la banqueroute. En ce qui concerne les mines (et surtout l'étain), base de l'économie nationale, sur les 22 entreprises nationales et centralisées par la Compagnie minière bolivienne (COMIBOL), il n'y en a qu'une qui soit rentable et ne travaille pas à perte, celle de Huanuni. Et maintenant, même l'industrie agro-alimentaire, jusqu'à hier miraculeusement préservée, travaille à perte, constamment soutenue par les aides économiques de l'Etat.

PERSPECTIVES ACTUELLES

DE LA MOBILISATION POPULAIRE

La formidable mobilisation des travailleurs des mines et de la majorité des travailleurs du pays à partir de novembre 1981 a changé les rapports de forces et mis à nu le gouvernement de la dictature et le fait qu'il ne bénéficie d'aucun soutien social ou politique (5). Près de

CONTRA EL FRSCISHO! OVE

Manifestation du ler Mai 1981 à La Paz. (DR) 40 000 travailleurs ont participé à des grèves au mois de novembre, paralysant l'économie nationale (avec des pertes de près d'un million de dollars par jour) et impulsé la volonté de combat de milliers de travailleurs. C'est à ce moment-là qu'à commencé à se réorganiser le mouvement ouvrier, lorsque les travailleurs arrachèrent à la dictature le droit de s'organiser syndicalement. Le gouvernement accepta l'organisation de comités de base, au début pendant les trois premiers mois, puis celle de syndicats pendant les trois mois suivants, et finalement de fédérations, de confédérations et celle de la cOB

Cette voie allait être fatale pour le gouvernement: les travailleurs avaient la possibilité d'élire leurs représentants, d'expulser les délégués du travail nommés par le gouvernement, d'organiser des assemblées, de discuter de leurs problèmes ouvertement, de destituer et de changer leurs dirigeants, etc. Le gouvernement, sans l'avoir voulu, rendit service à la classe ouvrière qui put se débarrasser de ses dirigeants syndicaux bureaucratisés et connaître une réelle démocratie syndi-

Le gros du mouvement ouvrier se réorganisa immédiatement et discuta des revendications salariales, économiques et politiques sur la base d'une augmentation de salaire (d'abord de 15 000 puis 20 000 pesos, comme salaire minimum) avec échelle mobile, de l'amnistie générale sans restrictions, du rétablissement des droits démocratiques et de l'abrogation un seul secteur du mouvement ouvrier qui n'ait pas mis ces revendications en avant dans sa plate-forme. Il faut ajouter à cela l'extension du conflit à des secteurs des classes moyennes, les médecins, les pharmaciens, les commerçants, les transporteurs, ete. En moins de trois mois, il y eut 367 arrêts de travail et grèves, à partir du mois de mars, dans tout le pays. Des secteurs importants de la classe ouvrière, des masses populaires, des étudiants sortirent dans la rue pour réclamer l'amélioration de leur niveau de vie et les libertés démocratiques.

MERCOMBA

ViVO Ei PREND de HAYTY

¡ SRERNCENOS LA RESISTENCIS POPULIS

Le spectre d'un nouveau coup d'Etat, opéré par des secteurs appelés « démocratiques » ou par les ultra-fascistes, est aujourd'hui un motif de préoccupation sérieuse. S'il est vrai qu'un coup plus à droite est politiquement non viable, il ne faut pas oublier que les militaires ne raisonnent pas avec des critères politiques et que leur horizon est limité à leurs casernes. C'est pourquoi dans l'immédiat leur projet est de se replier dans les casernes, sans perdre leurs privileges, en accentuant l'escalade terroriste pour déstabiliser la si tuation politique.

Pour le moment, le gouvernement a fini par céder à la pression et aux luttes du mouvement ouvrier et populaire. Le 26 mai 1982, il a décrété une amnistie générale et sans restrictions, il a aboli les lois répressives contre les citoyens et les organisations politiques et syndicales. Ceci ne signifie nullement que nous soyions entrés dans une période démocratique. C'est une conquête populaire qui ne doit pas faire oublier une autre vérité : l'existence du terrorisme de droite, avec près de 10 000 para-militaires organisés et armés jusqu'aux dents, qui entravent l'exercice des droits démocratiques du peuple.

D'autre part, le gouvernement est décidé à rester au pouvoir, et pour cela il a deux projets : 1) un accord national des patrons et des généraux ; 2) la formation

Assemblée constituante pour le mois d'août prochain comme phase préalable à l'instauration d'institutions démocratiques pour le pays. Cela revient à légitimer le régime militaire pendant la

La gauche démocratique (en particulier l'UDP) rejette l'Assemblée constituante ; elle appelle à la formation d'un nouveau gouvernement civil-militaire de transition vers la démocratie, et à la réalisation immédiate d'élections générales. Ce gouvernement de transition est inscrit dans le projet du MIR, qui propose une Convergence nationale démocratique de civils et de militaires.

Si les formations de droite telles P'ADN, le MNR-H et le PDC rejettent la proposition gouvernementale comme elles l'ont fait jusqu'à présent, le gouvernement de Celso Torrelio ne pourra ni durer jusqu'à la fin de l'année, ni mener à bien son projet d'Assemblée constituante.

Le gouvernement actuel est, en tait, un gouvernement suspendu en l'air, proche de la chute, qui viendra soit à la suite d'un coup d'Etat « démocratique » de transition, soit à cause de la mobilisation massive des masses travailleuses.

Il est clair, enfin, que la COB incarne aujourd'hui le point de rassemblement du mouvement ouvrier et populaire, et que les deux dernières grèves lui ont permis de mettre en évidence sa force sociale et politique. Il est clair également que le mouvement ouvrier et populaire a connu une radicalisation qui l'a conduit, pleine période de répression et de dictature, à accentuer la polarisation des forces sociales initiée pendant la dernière période démocratique. Pendant les deux derniers mois, il y a eu plus de 1 500 grévistes de la faim, les arrêts de travail et les grèves (pas seulement ouvrières) n'ont pas cessé un seul jour, suivies de formidables mobilisations de masse. Le désastre institutionnel du régime est un fait aussi impossible à dissimuler que la banqueroute économique totale dans laquelle le pays est plongé.

SEBASTIAN Juin 1982. 5. Cf. « Une dictature malade de sa classe ouvrière ». Inprecor numéro 115 du 21 décembre 1981.

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