Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Entretien avec Edgardo Sanchez, dirigeant du Parti révolutionnaire des travailleurs

· Inprecor n° 134, 11 octobre 1982 · p. 29-32 · 4 512 mots

Mexique

"Plus de 200 000 personnes ont assisté à nos réunions électorales"

Entretien avec Edgardo Sanchez dirigeant du PRT

50 000 personnes à Mexico pour la clôture de la campagne électorale du PRT. le 26 juin 1982. (DR)

E Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section

| mexicaine de la IVe Internationale, vient de mener une

/ campagne électorale dynamique et très efficace autour de la présentation de Rosario Ibarra de Piedra à l'élection présidentielle, et des dizaines de militants et militantes du PRT dans les élections locales et législatives qui avaient lieu en même temps.

Par cette campagne, dont les résultats sont précisés ci- après, le PRT a définitivement acquis sa légalisation. Il a aussi grandement développé son audience et son implantation politique à travers le pays.

Durant toute cette campagne électorale, Inprecor s'est fait

« INPRECOR » : - Comment analysez-vous les résultats d'ensemble des élections présidentielles mexicaines du 4 juillet?

Edgardo SANCHEZ : - Un des aspects les plus significatifs de ces élections est la baisse du taux d'abstention.

Auparavant, environ 50% de l'électorat s'abstenait ; cette fois-ci, le chiffre est tombé à 30-40 %.

Cette baisse de l'abstentionnisme ne signifie pas du tout une hausse du soutien au Parti révolutionnaire institutionnel

(PRI), principal parti bourgeois mexicain, au pouvoir depuis plus de cinquante ans.

En fait, il a perdu des voix. Les partis qui ont profité des votes des nouveaux électeurs sont, fondamentalement, ceux qui ont réussi à attirer ces nouveaux secteurs, en premier lieu le Parti d'action nationale

(PAN), opposition de droite traditionnelle, et le PRT.

Les autres partis ont en général mainscores traditionnels. Le Parti tenu leurs socialiste unifié du Mexique (PSUM - issu de la fusion entre le vieux Parti communiste et plusieurs petites sectes staliniennes) a vu croître le nombre des votes en sa faveur, mais il est resté au même niveau en pourcentage. Les partis étroitement associés au PRI ont enregistré une baisse.

C'est le cas du Parti authentique de la révolution mexicaine (PARM - droitier), du

Parti socialiste des travailleurs (PST) et du

Parti populaire socialiste (PPS - qui se réfère idéologiquement à Lombardo Toledano). En fait, le PARM tombé est au-dessous du pourcentage minimum exigé pour rester un parti légal.

Il est également évident que le régime a réussi à susciter quelques espoirs politiques avec sa réforme politique racoleuse, qui a suscité l'intérêt des travailleurs et leur participation plus large au processus électoral.

J'aimerais brièvement analyser les résultats du PAN, dont l'avancée est particulièrement significative. Le PAN est pasdonnaient le droit. sé de 10% précédemment à 25 % (14 % selon le gouvernement). Nous ne pensons pas que ce vote représente un tournant à droite de secteurs importants de la population, mais plutôt le fait que l'opposition au gouvernement ne se reflète pas encore, dans l'arène électorale, par un vote de classe. La droite a sans aucun doute adopté une attitude agressive dans sa campagne électorale et après, en particulier face à la crise économique. Cependant, le vote pour le PAN ne peut être analysé comme un vote pour ses positions réactionnaires (il est par exemple à droite du PRI sur la question de l'Amérique centrale et de l'austérité). Il représente plutôt un vote de protestation contre le PRI, une expression du mécontentement social.

Ceci apparaît avec évidence lorsqu'on considère les résultats dans les secteurs ouvriers qui ont une longue expérience syndicale et de lutte, comme les mineurs de Monelova, les habitants des bidonvilles de Naucalpan et de Ciudad Nezahualcoyotl. Malgré leur tradition de luttes sociales, ces secteurs ont largement voté

MEXIQUE l'écho régulier des résultats obtenus par nos camarades du PRT dans leur activité de masse et de propagande. Dans notre édition du 13 septembre dernier (numéro 132), nous avons aussi dénoncé la fraude électorale énorme organisée par le gouvernement mexicain pour empêcher les élus du PRT de siéger au

Parlement comme leurs véritables résultats électoraux leur en

Avec l'interview d'Edgardo Sanchez, membre du Bureau politique du PRI, que nous publions ci-dessous, nous faisons le point sur le bilan général que nos camarades tirent de leur activité durant cette campagne électorale et de ses résultats.

ABAJO

AUSTERIDADE

PRISTA pour le PAN. En fait, c'est à Naucalpan, qui se trouve dans la ceinture industrielle de Mexico, que le PAN a remporté sa seule victoire électorale reconnue.

A

Nezahualcoyotl, une zone de bidonvilles de près de trois millions d'habitants, les résultats électoraux n'ont pas été reconnus valables étant donné les irrégularités flagrantes enregistrées le jour du vote.

Un aspect secondaire intéressant de cette situation réside dans le fait que le

PSUM a fait campagne autour de l'idée d'un « vote utile » (c'est-à-dire un vote pour le PSUM et non pour le PRT) et, en réalité, c'est le PAN qui a profité de cette idée du « vote utile ».

- Quel type de campagne a mené le

PRT ? Quels en ont été les axes ?

- Le PRT a mené une campagne très militante et dynamique. Nous avons calculé qu'au cours des six derniers mois de la campagne, plus de 200 000 personnes ont participé à des réunions de soutien à

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Rosario Ibarra de Piedra, notre candidate présidentielle. Ce chiffre ne tient pas compte des personnes qui ont participé à des réunions de soutien à des candidats

Selon la presse bourgeoise, il y avait de 40 à 50 000 personnes au meeting de clôture du PRT. Environ 4 500 personnes étaient venues de province et le reste de la région de Mexico, ce qui reflète notre implantation dans cette zone. Le meeting de clôture du PSUM a également été important, avec près de 100 000 participants. Les autres partis, à l'exception bien sûr du PRI, ont tenu des réunions bien plus réduites. Le PPS, par exemple, n'a réuni qu'un millier de personnes pour clore sa

Nos émissions de télévision ont égale. ment eu un impact très fort. D'août 1981 à juin 1982, nous avons eu une émission de 15 minutes par mois, diffusée sur toutes les chaînes de télévision, en au début de la soirée. Nous avons pu mesurer l'impact que, quand nous donnions le numéro de téléphone des locaux du PRT, nous étions inondés d'appels téléphoniques de gens qui demandaient à adhérer au parti.

Différents secteurs sociaux se sont identifiés à notre campagne. Des comités de soutien de femmes se sont formés dans dix villes. A Mexico, ils regroupaient essentiellement des militantes du mouvement de libération des femmes, mais en province, ils étaient composés, dans leur large majorite, par des paysannes, des ouvrières et des ménageres qui entendaient démontrer par là l'importance de la participation politique des femmes, présenter leurs revendications économiques, etc. En mars, s'est tenu à Mexico un meeting central de tous ces comités, qui ont créé un Front des comités de soutien à Rosario Ibarra de Piedra. Le PRT est le parti qui avait le plus grand nombre de

Le mouvement homosexuel a également soutenu notre campagne. Dans tout le pays, des comités locaux du Comité des homosexuels et des lesbiennes en soutien à Rosario Ibarra (CLHARI) se sont formés, et trois dirigeants du mouvement homosexuel se sont présentés sur les listes du PRT. Le CLHARI était très bien organisé et très militant. Il faut signaler que le seul meeting de la campagne du PRT qui attaqué est un meeting organisé par le CLHARI à Mexico. Pour la première fois de son histoire, le mouvement homosexuel a défendu avec succès son droit de tenir des réunions publiques et, la semaine suivante, un autre meeting CLHARI a pu se tenir sans incident.

Dans trois universités, celle de Baja California Norte, de Guadalajara et de Monterrey, des groupes de porros, des nervis fascistes, ont essayé d'empêcher Rosario d'entrer sur le campus. Dans ces universités, la répression permanente avait empêché le mouvement étudiant de se développer, mais la réussite des meetings de Rosario sur ces campus a représenté une aide importante pour le mouvement.

Nos candidats ont pu visiter pratiquement toutes les prisons du Mexique.

Dans ce sens, notre campagne fut la me. Plusieurs prisonniers politiques dont nous demandions la libération ont d'ailleurs été libérés avant les élections. On peut voir un autre résultat de cette campagne dans le fait que, ces dernières semaines, une large amnistie a permis de libérer tous les prisonniers politiques du pays, sans que cela ne règle pour autant le cas de 500 camarades « disparus ».

Notre campagne a reçu un soutien important parmi les paysans. La majorité des organisations paysannes qui ne sont pas contrôlées par le gouvernement, ont, officiellement nos listes. qui ne l'ont pas fait ont appelé à l'abstention. Je voudrais aussi signaler que nous avons tenu des meetings sur deux frontières du Mexique. Un à la frontière avec les Etats-Unis, en soutien avec les travailleurs sans papiers, et un à la frontière guatémaltèque, en soutien à la révolution centraméricaine. Inutile de préciser que nous avons été la seule force à le faire.

libération des détenus politiques Le ler septembre, le président

Lopez Portillo a proclamé l'amnistie pour 40 prisonniers politiques. Ce décret concerne la majorité des détenus politiques emprisonnés, bien qu'il ne statue pas sur le sort de ceux, paysans pour la plupart, qui sont emprisonnés en relation avec des occupations de terres et qui restent en prison, et sur celui des 500 camarades

« disparus ». Bien que leur sort ait centre de la campagne :

Front national contre la répression

(FNCR), dont la présidente Rosario

Ibarra de Piedra était candidate du

Parti révolutionnaire des travailleurs

(PRT) à l'élection présidentielle, Lopez Portillo ne leur a pas consacré un

Juan Islas et Arturo Gallegos, tous deux membres du parmi les prisonniers politiques amnistiés. Après huit années passées derrière les barreaux, ces camarades ont quitté leur prison le ler septembre dernier. Islas et Gallegos ont été militants des Forces armées révolutionnaires (FAR), une organisation de lutte armée active dans la ville de Mexico et dans les Etats de Morelos et

Guerrero. Ce type d'organisation politico-militaire a aujourd'hui connu un processus de désintégration.

En 1974, Gallegos et Islas ont été arrêtés. Pendant quatre jours, ils

« disparu » comme beaucoup d'autres prisonniers politiques et ont été soumis à la torture. Ils ont ensuite été présentés aux autorités locales et accusés d'enlèvement et de meurtre. Trois années plus tard, ils étaient condamnés à 36 ans de prison. Pendant 4 ans et 7 mois, ils ont été détenus à la prison d'Acapulco. Là, ils ont été menacés à diverses occasions

Enfin, nous avons pu utiliser également cette campagne avec succès dans le dans toutes les grèves importantes qui ont eu lieu durant la période électorale, et des centaines de meetings et de réunions ont été organisés dans les villes et quartiers ouvriers de tout le pays. D'ailleurs, le gros des voix du PRT vient des ouvriers, des paysans et des régions pauvres du pays.

- Quels ont été les résultats électoraux du PRT?

- Les chiffres officiels fournis par le gouvernement nous donnent 416 000 voix pour la candidate présidentielle, mais nous estimons avoir obtenu bien plus que cela. Même si on accepte les chiffres du gouvernement, ils font de nous le quatrième parti du pays.

Comme je l'ai dit plus haut, les nouveaux électeurs ont été principalement vers le PAN et vers le PRT. Pour notre part, nous avons attiré des secteurs radiUn premier résultat de la campagne du PRT par la famille de Margarita Saad, assassinée plusieurs années auparavant par les FAR, et pour le meurtre de laquelle les camarades Islas et Gallegos avaient été condamnés.

1979, un véritable complot visant à assassiner les quatre prisonniers politiques d'Acapulco a été découvert. Il promis l'équivalent de

2 000 000 de pesos (soit environ

600 000 francs), la libération, et des gardes pour assurer leur sécurité, à un groupe de prisonniers de droit commun pour qu'ils accomplissent ce forfait. La révélation de ce complot par un prisonnier de droit commun, et la campagne publique menée par le

PRT et le FNCR, ont prévenu sa mise à exécution. Les prisonniers de droit commun qui devaient y participer se sont alors très opportunément « éva-

En 1979, Islas et Gallegos ont rejoint le PRT avec trois autres prisonniers politiques, ceci au terme d'un processus de clarification politique qui comprenait un bilan de l'expérience de lutte armée à Mexico.

La libération des 40 prisonniers politiques, et en particulier celle de

Gallegos et Islas, est une victoire à la fois pour le FNCR et le PRT. D'autant plus que les autorités ont longtemps fait état de puissantes pressions des groupes financiers de Monterrey et de la famille Saad contre l'application des dispositions d'amnistie aux deux militants du PRT.

Aujourd'hui, les camarades Gallegos et Islas ont pris leur place dans le combat politique en dehors des murs de la prison, au sein du mouvement pour la « présentation » des 500 disparus aussi bien que dans les rangs du

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calisés qui n'avaient jamais participé à des élections. Notre quatrième place est d'autant plus significative que nous n'avions pas d'électorat traditionnel et encore moins d'expérience de ce type de campaor un HUMENTO , de EMERGENCIA

Nous n'espérions pas un si bon résultat. En général, les campagnes électorales des partis d'extrême-gauche obtiennent de bons résultats en termes de mobilisation, mais pas en terme de voix. Dans notre cas, il y a eu corrélation entre les deux éléments, comme on peut le voir en comparant le nombre des participants aux meetings de Rosario et les voix que nous avons obtenues.

Les meetings de Rosario ont été en général les plus importants de tous les partis, à part bien sür ceux du PRI, et nous avons fait campagne dans 29 des 32 Etats de la République mexicaine. Cette implantation nationale du PRT est très importante. Nous nous sommes retrouvés à la quatrième place dans tout le pays, et là où nous avons participé aux élections locales, nos 171 candidats sont également partout à la quatrième place. Dans deux Etats, Baja California Sur, où nous avons présenté des candidats dans toutes les circonscriptions, et Morelos, un Etat qui a un nouveau prolétariat industriel et une paysannerie aux traditions révolutionnaires remontant aux Zapata (1), nous sommes arrivés troisième sur neuf partis. Nous avons obtenu la majorité de nos voix dans la Vallée de Mexico, qui comprend la capitale. Dans la seule ville de Mexico, nous avons obtenu

Il faut enfin signaler que nous avons organisé des équipes de surveillance du dépouillement des votes le jour des élections, afin de réduire le plus possible la fraude. Il nous a fallu trouver 750 camarades pour faire ce travail, qui ne pouvait être effectué par les responsables locaux du parti. A Mexico, nous avons ainsi réussi à couvrir environ la moitié des 8 000

- Quelle ampleur a eu la fraude électorale ? A-t-elle été reconnue publique-

- La fraude a été massive dans tout le pays. Le 5 juillet, lendemain des élec tions, Olivares Santana, secrétaire du ministre de l'Intérieur, annonçait que les résultats de 73% des bureaux avaient été dépouillés, que le PRT arrivait

SALAR

Le PRT a lié sa campagne électorale avec le combat des masses populaires. (DR) 4e avec 400 000 voix et que le PSUM avait 1 200 000 voix. Une semaine plus tard, le gouvernement annonçait que sur 100% des résultats, le PSUM était tombé à 800 000 voix et que le PRT était passé de la 4e à la 5e, 6e ou Te place, ne recueillant plus que 20 000 voix supplémentaires par rapport au premier comptage (cf. résultats officiels des présidentielles publiés dans Inprecor numéro 131

José Angel Conchello, un dirigeant du PAN, a déclaré que le 5 juillet à 6 heures du matin, le gouvernement savait que le PRI avait 8 000 000 de voix, le PAN 7 000 000, le PSUM 2 300 000, le PRT 1200 000, et les cinq autres partis des chiffres moins importants. Cela a confirmé par un observateur européen in-

Le 4 juillet, nous savions déjà que de nombreux cas de fraude avaient eu lieu, mais la plus grosse fraude s'est produite au lendemain des élections.

Le jour des élections, dans tout le pays, des unités entières de soldats étaient amenées en groupe pour voter en présence de leurs officiers. Ceci est, en soi, totalement illégal selon les règles électorales officielles. En plus, ces soldats n'étaient pas enregistrés sur les listes, ce qui signifie qu'ils pouvaient voter à nouveau dans d'autres bureaux.

Dans la ville de Puebla, de nombreux bureaux de vote ont été ouverts plus tôt que l'heure annoncée officiellement, en l'absence des représentants des d'opposition. Quand ceux-ci arrivèrent à l'heure prévue, ils trouvèrent les urnes pleines et on leur annonça que les gens avaient déjà voté !

A Monterrey, la troisième ville du pays, la fraude fut encore plus évidente. Le PAN et le PRT s'attendaient à enregistrer des scores importants dans cette ville (les candidats présidentiels de ces deux partis en sont originaires). Les représentants des partis d'opposition - en premier lieu du PAN et du PRT - ont été expulsés physiquement des bureaux de vote. La presse bourgeoise a publié les comptes-rendus de ces expulsions, accompagnés de photos quand elle en avait ; elle a publié la transcription des instructions de la radio de la police indiquant où il fallait remplir les urnes avec des bulletins du PRI, où il fallait apporter ces urnes et où jeter les autres. Comme le j'ai dit, la presse a publié des photos de policiers emportant des urnes pleines, ce qui est totalement illégal, et de bulletins de vote déchirés et jetés par terre. Le PRT, qui s'attendait à un bon résultat à Monterrey, arrive en dessous de sa moyenne nationale. Dans le quartier où habite Rosario, il n'y a pas eu un seul vote pour elle ! Et, au grand embarras des autorités locales, quand elle s'est présentée elle-même pour voter, elle a constaté que son nom avait disparu des listes électorales !

Mais, comme je l'ai déjà dit, le gros de la fraude a eu lieu au lendemain des élections, au cours de la semaine où les urnes se sont trouvées entre les mains du gouvernement. Les résultats ont été modifiés le plus dans les circonscriptions où seul le représentant du PRI était présent

L'exemple le plus évident de cette fraude a eu lieu en faveur du PPS et du PST, deux partis réformistes connus pour leur soutien docile au PRI. Leurs résuitats ont été grossièrement gonflés, afin de leur assurer une représentation parlementaire en paiement de leur politique opportuniste. Dans de nombreux cas, le PRI a simplement donné ses propres voix à d'autres partis pour les listes proportionnelles (dans lesquelles il n'était de toute façon pas représenté). A Morelos par exemple, le parti de droite PDM (Parti démocratique mexicain) a obtenu environ 7 000 voix en faveur de son candidat présidentiel, mais au moins quatre fois plus pour ses listes législatives, ce qui normalement ne peut guère se produire. Par cet usage massif de la fraude, le PRI espérait atteindre trois objectifs.

Tout d'abord, augmenter le score de Miguel de la Madrid, candidat du PRI. Personne ne remet en cause sa victoire. Mais le PRI voulait une majorité, pas seulement de tous ceux qui ont voté, mais également de tout l'électorat potentiel, afin de ne pas apparaître comme un «gouvernement minoritaire ». Dans ce but, les résultats présidentiels du PPS, qui soutenait Miguel de la Madrid, ont été gonflés artificiellement, tout comme ceux du PRI lui-même.

En second lieu, il voulait réduire les résultats de la gauche, c'est-à-dire du PSUM et du PRT.

En troisième lieu, il voulait empêcher le PRT d'avoir des représentants au Parlement, puisque notre parti comme étant la force la plus révolution-

1. Emiliano Zapata (1877-1919). Paysan dirigeant de la révolution agraire mexicaine. Assassiné sur ordre du Prési-

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Pour atteindre ce dernier objectif, il a fallu falsifier les résultats obtenus par nos listes législatives. Ainsi, alors que dans de nombreuses circonscriptions rurales, le PPS se retrouve avec dix fois plus de votes sur ses listes de députés que sur sa liste contraire. Le gouvernement explique que les électeurs ont voulu voter pour Rosario mais pas pour le PRT, ce qui est absurde.

Tout d'abord, Rosario candidate numéro un également sur les listes pour le Parlement. Il est ridicule de dire que quelqu'un l'aurait voulue comme présidente mais pas comme député. Deuxièmement, même en considérant les chiffres du gouvernement, on peut voir clairement quel était le score réel. Pour les listes sénatoriales, le PRT avait des candidats dans 37 % des circonscriptions. Pour les listes locales, dans 57 % des circonscriptions. Les listes législatives étaient présentées dans 100 % des tions, c'est-à-dire les trois circonscripnationales. Néanmoins, selon les gouvernement, législatives, sénatoriales et locales du PRT ont obtenu approximativement le même nombre de voix dans chacune des consultations. Cela est complètement illogique, vu la différence - entre les trois consultations considérées — du pourcentage de circonscriptions ayant des candidats du

Il a été largement reconnu que cette fraude a eu lieu. Des articles apparaissent quotidiennement dans la presse à ce propos. Au sein de la gauche, tout le monde l'a admis. Pratiquement toutes les organisations de gauche qui ne sont pas enregistrées légalement, ainsi que le PSUM de Mexico, ont protesté contre la fraude dont le PRT a été victime. Des alliés électoraux du PSUM, comme la Corriente Socialista (Courant socialiste) et le Parti ouvrier socialiste (POS), l'ont également

- Quel type de campagne a mené le PSUM ? Quelle est la situation actuelle de

- Le PSUM s'était donné comme objectif de devenir la seconde force électorale du pays. Le résultat des élections a représenté son premier échec.

Différents facteurs ont opéré contre le PSUM. En premier lieu, l'expérience mexicain, qui n'avait rien de spectaculaire ni d'attirant pour les masses. Le PC n'a pratiquement jamais rien fait pour lier son activité parlementaire au mouvement de masse et, dans ses propres rangs, sa pratique parlementariste a été souvent critiquée. Il n'y a pas très longtemps, un courant minoritaire, appelé « les rénovateurs » (renovadores), a scissionné du PSUM, entre autres choses sur la base d'une critique de son expérience

Le PSUM entendait tirer avantage de sa récente fondation en tant que parti de la gauche mexicaine. Mais ce projet a été un échec, dans la mesure où l'élément le plus important et le plus dynamique qui avait participé à la fusion l'an passé, le Parti mexicain des travailleurs (PMT), s'est retiré du processus.

Le PSUM n'a pas mené une campagne très active. A l'exception de son meeting final de 100 000 personnes, ses réunions étaient en général plus petites que celles de Rosario. Il a également connu une crise interne durant cette période, provoquée surtout par les anciens mem-

PC. En outre, ses différentes composantes ont une série de désaccords importants entre elles. Tout cela risque de s'intensifier après les résultats électoraux, qui sont bien en deça de ses espérances. Les militants de l'ancien PC de Mexico sont favorables à un travail commun et à des accords avec le PRT. Au cours des avons étroitement travaillé avec ces camarades. Le PSUM de Mexico a protesté fraude électorale ; nous sommes en train de discuter un texte de bilan commun des élections, et nous avons organisé ensemble une manifestation contre la fraude, au cours de laquelle Valentin Campa, vétéran du PC et candidat communiste à la présidence en 1976, a pris la parole. Dans cette manifestation, le PSUM a soutenu le droit du PRT à avoir une représentation parlementaire, malgré le fait que cela réduirait sa propre présence au Parlement, étant donné le fonctionnement du système de représentation proportionnelle en

Qu'ont fait les autres groupes trotskystes durant la campagne électorale?

La Ligue ouvrière

(LOM), organisation lambertiste, a fait campagne durant un an pour un candidat commun PRT-PSUM, copiant en cela la campagne de son organisation-sœur française, le PCI, pour un candidat unique PS-PC. Au début, nous avons soutenu cette idée et appuyé leur campagne (à cette époque, la LOM et le groupe moréniste POS - Parti ouvrier socialiste - fonctionnaient virtuellement comme une seule organisation). Mais ensuite, quand il y a eu deux candidats, la LOM a continué sa campagne pour l'unité jusqu'au dernier jour et a appelé, finalement, à voter indifféremment pour le PSUM ou pour le que nous ayions une d'accords importants avec lui (en particulier sur la Pologne et sur le mot d'ordre de gouvernement ouvrier et paysan), le POS a tissé, de façon inexplicable, une alliance électorale avec le PSUM. On ne peut l'expliquer que par son sectarisme à notre égard, ou par le fait qu'il ait reçu des places sur les listes du PSUM, ou par les deux à la fois. Une scission a alors

ROSARIO

RAeu lieu dans le POS. Bien qu'elle ait été essentiellement motivée par des questions internationales, un élément en a également été la politique électorale suivie. Le groupe qui a scissionné, la Ligue socialiste (LS), a soutenu la campagne du PRT.

Le POS n'a pratiquement pas participe de façon militante à la campagne électorale. Son attitude a créé pas mal de démoralisation chez les militants morénistes, et beaucoup ont quitté l'organisation, la plupart abandonnant la politique, mais certains demandant à revenir au PRT.

Il faut préciser que tous ces groupes - LOM, POS et LS - sont très petits, voire insignifiants, au sein de la gauche mexi-

- Est-ce que le PRT a pu se renforcer organisationnellement à

- Oui. Beaucoup. Nous avons maintenant des sections du PRT dans 29 des 32 Etats de la République mexicaine, ce qui représente un grand pas en avant. Nous avons beaucoup recruté et nous avons gagné une importante périphérie sympathisante. En outre, nous avons pu renforcer l'appareil national, acquérir un nouveau local centrai, une imprimerie, augmenter le nombre de permanents, etc. Nous avons recruté en particulier dans certains secteurs de la classe vrière, comme les ouvriers du pétrole, du textile, du téléphone et les mineurs.

Notre problème central réside dans le fait que nous continuons à appliquer des critères très stricts de recrutement, alors que la capacité de mobilisation de masse du parti s'est largement développée. Nous devons maintenant nous attacher à mieux adapter notre politique de recrutement à notre périphérie et à notre audience réelles, et à notre capacité de mobilisation. Nous devons renforcer l'organisation, afin d'intégrer les nombreux nouveaux sympathisants qui travaillent aujourd'hui avec le

- De nombreux groupes de gauche ont apporté leur soutien à la campagne du PRT, certains très activement. Quels sont vos rapports avec eux ?

- Il est vrai, qu'en fait, le gros de l'extrème gauche a soutenu le PRT dans ces élections. La plupart de ces groupes sont d'origine maoïste ou ultra-gauche. Durant la campagne, nous avons travaillé étroitement avec le Mouvement révolutionnaire du peuple (MRP), un groupe anciennement maoïste, l'Union de lutte révolutionnaire (ULR), qui est issue des groupes qui menaient la lutte armée il y a

Get l'Organisation communiste prolétarienne (OCP), qui vient d'un courant nationaliste. Aujourd'hui, nous discutons avec ces groupes dans l'optique de former, ensemble, un courant politique révolutionnaire au sein de Propos recueillis par Fernando ZAMORA,

Mexico, ler septembre 1982.

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