Adopté par le Conseil des ministres du gouvernement Mitterrand, le projet de loi adaptant la loi de décentralisation aux quatre départements d'outre-mer (DOM), la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion devra être débattu par l'Assemblée nationale, puis entrer en applica tion vers la fin de l'année. Ce projet de loi, qui prévoit la mise en place dans les DOM d'Assemblées uniques, élues à la proportionnelle en remplacement des anciens Conseils généraux et régionaux, a été fortement combattu par la droite coloniale, qui feint d'y voir le début d'un « largage » des colonies françaises. C'est d'ailleurs sous ces pressions que le gouvernement Mitterrand-Mauroy a mis plus d'un an pour appliquer cette disposition qui constituait une de ses promesses électorales.
Dans l'exposé de ses motifs, le gouvernement français reconnaît d'ailleurs les limites de sa réforme en précisant : « Ce projet de loi ne constitue nullement une atteinte à l'unité nationale. Il se situe sans ambiguïté dans le cadre de la Constitution, dont l'article 2 affirme le caractère indivisible de la République française. » Dès juillet dernier, nos camarades du Groupe révolution socialiste (GRS), section antillaise de la IVe Internationale, avaient défini leur position par rapport à la réforme gouvernementale française. Nous publions ci-dessous quelques extraits de la déclaration du Comité central du GRS datée des 10 et 11 juillet 1982.
D'emblée, ce document précise que le choix d'Assemblées uniques dans les DOM signifie avant tout de la part du gouvernement français une « volonté de masquer la responsabilité de l'Etat français derrière celle des "élus locaux" de confier aux "populations" des DOM des "responsabilités" à peine accrues à défaut de reconnaître les droits des peuples colonisés à la souveraineté nationale. Elle indique aussi le désir d'aider - sans bouleversement fondamental - à une modification du rapport de forces politique en faveur de la gauche reformiste, et d'abord de ses supporters les plus soumis, par le biais d'un mode de scrutin moins scandaleux et moins inique : un scrutin de nel ». C'est d'ailleurs à ce dernier point que s'en prend le plus régulièrement la droite coloniale, qui a bien trop peur de
« Il faut donc se mobiliser ensemble, l'étranger, ou le pratiquent clandestinefaire les frais de ce nouveau mode de
Comme le note le document du GRS, « on voit donc une fois de plus que ce qui motive les politiciens de droite, c'est la défense de leurs postes de mal élus, leur rôle bien monnayé de défenseurs zélés des privilégiés. Voilà la menace concrète
"patriotique" qui fait frémir le ban et l'arrière-ban RPR-UDF-UDM et RPG (1). A cela s'ajoute évidemment la peur panique de voir qu'en dépit des régionalistes du pouvoir, masses ne s'engouffrent dans la brèche entrouverte et ne cherchent concrètement, sans trop s'attarder ni aux faux débats juridiques ni aux pièges des colonialistes, le chemin concret de la solution concrète de leurs problèmes concrets. (...)
« Pour rabattre la morgue des menteurs et des immobilistes, il faut aux masses une autre politique que celle de la déde l'hésitation, de l'atermoiement, une autre politique aussi que celle spectateur stérile comptant les points sur la touche. Il faut une politique qui montre pratiquement, la voie à suivre pour affronter les problèmes de lheu-
« Quelle que soit votre opinion sur la forme prévue que devront revêtir les sociétés martiniquaise et guadeloupéenne de demain, quelles que soient les divergences entre nous sur les étapes et le rythme pour parvenir à notre émancipation, nous pouvons agir ensemble sur un certain nombre de dossiers, pour faire avancer des solutions concrètes sur les problèmes urgents s'appellent le chômage, la vie chère, les salaires de famine (combien de salariés sont encore bien en dessous du SMIC de misère ?), les libertés syndicales et démocratiques, décolonisation de la culture et de l'école, le développement planifié de l'économie, la mise au pas des profiteurs, l'entrée dans l'ère de la décolonisation. Battons-nous ensemble ! Obligeons les partis, syndicats, associations à définir un plan de lutte ! Entamons l'action concrète ! Et faisons-le tout en continuant sans arrogance prétentieuse, mais dans la clarté, à debattre entre nous sur les Antilles que nous voulons et les moyens d'y parvenir. Pour faire avancer des solutions concrètes, situation nouvelle se présente. Le gouvernement français veut installer chez nous
"porteuses de responsabilités". Ce programme, on le sait, n'est pas le nôtre. Nous n'avons pas réclamé d'Assemblée unique autre que l'Assemblée nationale constituante, c'est-à-dire une Assemblée allant au-delà du cadre colonial. puisque le gouvernement issu du 10 Mai prétend, par ces nouvelles institutions, favoriser la prise en mains par nous-mêmes de nos problèmes, puisque nombreux sont ceux qui espèrent une issue par ce biais, engageons la lutte au coude à coude pour des pouvoirs réels, afin de faire face aux problèmes réels et tirons ensemble les bilans que la vie meiira sous .-.
quelles que soient les divergences sur le statut, pour faire entrer dans la vie ces idées concrètes et réalistes qui ouvriront des perspectives insoupçonnées pour la prise en mains, enfin, de notre sort par nous-mêmes. Il faut exiger aujourd'hui que les Assemblées qu'ils mettent en plaaient ces pouvoirs et cette volonté.
prêts, en ce qui nous concerne, quelle que soit notre opinion - rappelée plus haut - sur les Assemblées uniques de Mitterrand, à mener cette lutte avec tous ceux qui le veulent vraiment. Pour arriver à cet objectif, il ne suffit pas de se lancer dans de justes et nécessaires salariales ou ponctuelles, en se contentant de répéter, comme des spectateurs impuissants: " Décolonisation ! Décolonisation ! A bas le réformisme! etc., etc." Il faut aussi construire une alternative politique crédible par la bataille électorale, mais aussi par la bataille concrète dans les entreprises, dans les quartiers, dans les écoles, dans la rue dès aujourd'hui. Oui, il faut déblayer le terrain en barrant la route des institutions nouvelles aux politiciens colonialistes. Battre la droite colonialiste aux élections à venir, c'est possible ! Créer une nette majorité des divers courants anticolonialistes, c'est possible, urgent et néces-
(1) Le RPR et l'UDF sont des organisations réactionnaires métropolitaines qui disposent de sections locales dans les départementaliste (UDM) a été créée en décembre dernier dans le but de récupérer les réformes institutionnelles gouvernementales. Le Rassemblement populaire pour le progrès de la Guadeloupe (RPG) a été créé en janvier avec pour objectif de faire « progresser » la Guadeloupe au sein de la nation française tout en barrant la route au « sépara-
Toutes ces formations bourgeoises représentent des courants colonialistes assimila-