Inprecor 1974–2004

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FRANCE

Mobilisation pour l'avortement libre et gratuit

Inprecor n° 134, 11 octobre 1982 · p. 34-35 · 668 mots

Femmes France

Mobilisation pour l'avortement libre et gratuit C'est en 1975, sous la pression des mobilisations et grâce à l'appui des voix des parlementaires du Parti socialiste (PS) et du Parti communiste (PC), qu'était votée la loi Veil autorisant les interruptions volontaires de grossesse (IVG) sous certaines conditions. Cette loi refusait toutefois de considérer qu'il s'agissait d'un acte médical remboursable par la Sécurité sociale. Un des obstacles majeurs à une véritable libéralisation de l'avortement restait donc la question financière. Le coût des IVG effectuées légalement dans les hôpitaux ou les centres agréés est extrêmement variable et dépend de la bonne ou de la mauvaise volonté des services hospitaliers concernés. Aujourd'hui, il peut atteindre de 800 à 1 000 francs, et de plus 3u plus nombreuses sont les femmes qui recourent à nouveau à l'avortement à ment dans des conditions d'hygiène le plus souvent très précaires.

En effet, alors que le PS s'était prononcé pour la gratuité de l'IVG et que François Mitterrand annonçait, à l'occasion de la Journée des femmes du 8 mars 1982, son remboursement prochain par la Sécurité sociale (le ler septembre selon certains porte-parole du gouvernement), aucun projet de loi en ce sens n'avait encore été déposé à l'Assemblée natio-

Ce n'était pas un hasard. d'hui les choses sont claires. Le 2 août, c'est Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme, qui annonçait la décision du gouvernement de repousser à une date indéterminée le remboursement de l'IVG.

Les justifications données sont multiles femmes. Si Yvette Roudy parle de raisons d'économie, de déficit de la Sécurité sociale, Pierre Bérégovoy, ministre chargé de la Sécurité sociale, explique quant à lui qu'il faut « tenir compte des familles spirituelles ... », entendez : des courants les plus réactionnaires de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie françaises.

Mais les milliers de femmes qui se sont mobilisées pendant toutes ces dernières années pour leurs droits, et en particulier pour l'avortement libre et gratuit, refusent de faire les frais de l'austérité nouvelle manière et des concessions que le gouvernement fait à la droite

La décision du report du remboursement intervient, en outre, alors que la dégradation de la prise en charge des avortements dans les hôpitaux est de plus en plus flagrante. « Aujourd'hui, ce sont tout simplement les acquis de la lutte pour le droit à l'avortement qui sont remis en cause. Si le remboursement de VIVG n'est qu'une étape dans la reconnaissance réelle du droit fondamental des femmes à disposer de leur corps, c'est une étape décisive et une mesure de justice sociale élémentaire qui doit être satisfaite immédiatement. Pour cela, l'ensemble des ouvrier doit réaliser l'unité et se mobiliser pour exiger du gouvernement qu'il tienne ses promesses », écrivait Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale, le 9 septembre

Une manifestation nationale a été appelée pour le 23 octobre par de très nombreuses organisations qui militent pour les droits des femmes : citons le Planning familial, la Coordination des groupes femmes, l'Association « Choisir », le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de contraception (MLAC), l'Association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception (ANCIC), des femmes du parti socialiste regroupées dans le MIFAS, etc.

En ce qui concerne le mouvement ouvrier, syndical et politique, seule l'organisation syndicale de l'Union régionale parisienne de la CFDT (URP-CFDT) a pour l'instant appelé à soutenir la manifestation. La Confédération générale du

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travail (CGT), la Confédération française démocratique (CFDT) et la Fédération de l'Education nationale (FEN) protestent, mais ne s'engagent guère dans la mobilisation. Quant au PS et au PC, ils se préparent a entériner tout simplement la décision du gou-

Pour sa part, la LCR se mobilisera et fera tout pour contribuer au succès de la manifestation du 23 octobre. Elle fait signer massivement la pétition unitaire qui circule depuis le mois de mai sur la question de l'avortement, et participe à la mise en place de collectifs de préparation de la manifestation du 23 octobre dans toutes les villes de France.

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