Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Attaque patronale contre l'échelle mobile

· Inprecor n° 135, 25 octobre 1982 · p. 8-10 · 3 417 mots

Italie Syndicalisme France

L'attaque patronale contre l'échelle mobile

Un point culminant de l'offensive bourgeoise contre la classe ouvrière

Banderole de la LCR italienne pour le retrait du PS du gouvernement Spadolini, l'unité PCI-PSI,

ITALIE privé - de dénoncer l'accord de 1975 sur l'échelle mobi- A décision du patronat italien - aussi bien publie que

/ le représente le point culminant d'une offensive de grande envergure engagée contre la classe ouvrière depuis deux ans avec une grande détermination par la bourgeoisie. La position du patronat a été réaffirmée dans les semaines qui ont suivi le retour des vacances : dans les principaux Elettra DEIANA

Il s'agit d'une attaque d'une portée politique sans précédent dans l'histoire des luttes de classe de ces quinze dernières années, d'une gravité identique et prenant le même caractère de défi lancé au mouvement ouvrier que l'attaque déclenchée par Agnelli à l'automne 1980 contre les travailleurs de la FIAT à Turin.

Il s'agit, cette fois-ci, d'une attaque beaucoup plus dangereuse : elle n'est pas dirigée contre un seul secteur de la classe ouvrière - serait-il numériquement et politiquement aussi important que celui de la FIAT —, mais d'une attaque contre le mouvement ouvrier et syndical pris dans son ensemble. Les patrons veulent revenir sur une conquête essentielle des années 1970, une conquête devenue un peu le symbole de la force contractuelle et de la puissante poussée égalitaire qui a caractérisé la montée des luttes entre la fin des années 1960 et la première moitié des années 1970.

Le mécanisme actuel d'échelle mobile est le fruit d'une négociation inter-catégorielle engagée par la fédération unitaire CGIL-CISL-UIL en septembre 1974 et terminée entre janvier et février 1975.

Cette négociation est intevenue après ul an de discussions intenses à l'intérieur du mouvement syndical et après que la

Wait longtemps exigé des directions syndicales qu'elles prennent une initiative pour s'opposer à la dégradation du pouvoir d'achat. Le gouvernement de l'époque, dirigé par le démocrate-chrétien Rumor, qui avait succédé à un autre démocrate-chrétien, Andreotti, tombé à la suite des luttes ouvrières de 1973 pour le renouvellement des contrats, avait décrété un blocage des prix démagogique et entièrement fictif. Les prix avaient continué à augmenter alors que les bureaucraties syndicales, avec l'alibi du blocage des prix décrété par le gouvernement, s'employaient à contenir les revendications salariales des travailleurs. Mais la pression des travailleurs avait fini par imposer sur tous les lieux de travail une discussion intense sur le problème de l'échelle mobile.

secteurs de l'indus-

Les revendications avancées par la base et qui ont reçu, dans un premier temps, l'appui des dirigeants syndicaux, étaient beaucoup plus avancées que celles figurant dans la plate-forme retenue par la direction nationale de chacune des confédérations CGIL, CISL et UIL. Outre l'unification du niveau de l'indexation (jusque

Furi il PS dal governo Unita PIl-PSI per un alternativa et une alternative ouvrière de gouvernement. (DR) là fortement hiérarchisé selon les catégories), il y avait l'exigence d'un réajustement rétroactif pour les années 1970 à 1974, ce qui aurait supposé une augmentation de 40 000 à 45 000 lires pour les catégories les plus basses. De plus, les travailleurs souhaitaient vivement une refonte de l'indice des prix pour l'adapter à la consommation réelle des travailleurs (l'essence, par exemple, en était exclue), et une rétroactivité des augmentations de salaires qui ne faisaient que suivre, avec un certain décalage, les augmentations de prix constatées.

Les dirigeants syndicaux renoncèrent à tout cela : ils se contentèrent de revendiquer l'unification du mécanisme d'indexation, en se déclarant favorables à une application progressive de cette revendication.

Malgré toutes ces limites, la négociation eut des résultats très positifs pour la trie, les contrats nationaux arrivés à terme ne seront pas renouvelés si les organisations syndicales n'acceptent pas une remise en cause importante du mécanisme d'indexation automatique qui a protégé les salaires contre l'inflation jusqu'à aujourd'hui

(principalement les bas et moyens salaires, les salaires élevés ne bénéficiant que d'une indexation partielle).

plus grande masse des travailleurs, et en pour les couches les moins particulier bien protégées sur le plan salarial, qui bénéficièrent largement de l'unification de l'indexation, ainsi que les travailleurs du secteur public qui obtinrent le déclenchement, tous les trimestres (en plus de l'unification), du mécanisme de l'échelle mobile, qui ne se déclenchait jusqu'alors que tous les six mois.

Le patronat opposa une résistance importante, mais finit par céder devant les puissantes manifestations des travailleurs et la grande grève générale du 23 janvier

L'accord

1975.

représenta une importante victoire de la classe ouvrière, victoire perçue par les travailleurs comme une démonstration de force et d'unité dans la défense de leurs salaires. Il est done logique que les patrons remettent aujourd'hui gravement en cause l'accord de 1975, au moment où ils s'efforcent de faire reculer le mouvement syndical.

LES OBJECTIFS PATRONAUX

En déclenchant cette offensive, les patrons italiens se fixent principalement trois objectifs : remettre en cause un mécanisme important de défense des salaires

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et rendre ainsi plus précaire la situation économique des travailleurs ; modifier le système de rémunération pour mieux tenir compte des qualifications et de la productivité de chacun ; modifier le rapport de force entre le mouvement ouvrier et les forces bourgeoises au profit de ces derniéres, pour avoir les coudées franches dans le processus de restructuration et d'extension du chômage engagé par le capitalisme italien dans la période actuelle.

La rentrée sociale de fin août 1982 a coincidé avec une exacerbation des attaques contre l'emploi : partout, et principalement dans les grands centres industriels, les mises au chômage technique se multiplient, et on parle désormais de crise profonde dans la sidérurgie, secteur relativement préservé jusqu'alors (1).

Selon les données fournies en août par le centre de recherches statistiques ISTAT, le chômage (partiel et complet) atteint désormais des records historiques (les chômeurs sont environ 2,5 millions), alors que le chômage partiel atteint le niveau de 320 millions d'heures pour les six premiers mois de l'année. Le patronat souhaite cependant aller bien au-delà : la mise en chômage technique (cassa integrazione) s'étend dans les entreprises qui y ont déjà eu recours précédemment, alors que les patrons, Agnelli en tête, déclarent en toutes circonstances que les travailleurs qui en sont victimes ne seront pas réembauchés. Le gouvernement prépare en même temps une attaque importante contre les travailleurs mis au chomage technique, par le biais d'un décret-loi qui prévoit l'abaissement progressif (- 10 % tous les deux mois) de la couverture salariale garantie aujourd'hui par le régime du chômage technique (80% du salaire jusqu'à 600 000 lires).

Dans ce contexte, une victoire du patronat sur la question de l'échelle mobile constituerait un élément de division et de démoralisation des travailleurs qui pour. rait ouvrir la voie à d'autres initiatives anti-ouvrières, en rendant de plus en plus difficile la lutte pour la défense de l'emploi. Le front patronal apparaît uni et décidé, au-delà des différenciations tactiques secondaires entre le patronat public et le patronat privé (ce dernier étant plus disposé à reprendre la discussion avec le mouvement syndical par la médiation du gouvernement), et bénéficie du soutien du gouvernement et de l'ensemble de la

Le gouvernement Spadolini, à peine ressuscité, après avoir été renverse en août, a préparé le terrain à l'attaque patronale contre l'échelle mobile en adoptant la ligne anti-ouvrière de réduction du coût du travail et en amputant le budget des services publics. Ce gouvernement engage aujourd'hui une bataille frontale en annonçant que les travailleurs du secteur public ne bénéficieront cette année que d'augmentations prédéterminées de 38 points d'indice. Cela est destiné à faciliter la manœuvre patronale contre les travailleurs de l'industrie et à rogner les salaires des travailleurs du secteur public au bénéfice des profits patronaux.

rendus publies dans Bandiera Rossa du 19 septembre 1982.

du mécanisme de rattrapage des salaires.

revendications.

PCI se garde bien d'étendre cette initiative au niveau national.

me de l'échelle mobile sera réglé bureaucratique en Pologne et l'agression impérialiste en Amérique centrale.

Malgré l'ampleur de cette attaque, et malgré la campagne de presse hystérique s'efforçant de démontrer que la crise économique découle principalement du coût excessif du travail, les travailleurs pourraient gagner la bataille de l'échelle mobile. La preuve en est faite par les imposantes manifestations du printemps dernier, et en particulier par le succès de la grève générale du 25 juin contre l'offensive patronale, qui a vu la participation

500 000 travailleurs à la manifestation de

Rome. En atteste aussi l'acharnement à défendre l'accord de 1975 que les travailleurs démontrent en de nombreuses occasions, au point que le mot d'ordre « Bas les pattes devant l'échelle mobile ! » était devenu, de manière démagogique, dans le courant de l'année dernière, le mot de passe pour les dirigeants syndicaux qui souhaitaient s'attirer la sympathie des tra-

LA PETITION DES 50 000

Tout de suite après la dénonciation de l'accord concernant l'échelle mobile

Les axes de lutte de la

Liga comunista rivoluzionaria

La réunion de l'organisme dirigeant de la Lega comunista rivolutionaria

(LCR), début septembre, a défini les axes autour desquels se mobilisera la section italienne de la IVe Internationale dans les prochains mois. Ceux-ci ont été

1) L'attaque de l'organisation patronale italienne Confindustria contre l'échelle mobile, et la disposition des confédérations syndicales à reculer sur ce terrain mettent au centre des initiatives des militants syndicaux de la LCR et de l'ensemble de l'organisation la campagne pour la défense de l'accord de 1975 et

Les comités de défense de l'échelle mobile doivent des maintenant se fixer comme tâche principale que soient reprises en compte, lors d'une éventuelle négociation, les quatre propositions concernant ce problème (celles des trois confédérations et celle des travailleurs). Si les directions syndicales tentent de il reviendra aux comités de prendre en charge eux-mêmes ces

2) Le secteur jeune est plus particulièrement engagé dans l'initiative contre le réarmement, mais tous les militants sont appelés à ne pas négliger ce thème d'intervention. La LCR propose d'étendre à tout le pays l'initiative du Parti communiste italien (PCI), qui a rassemblé en Sicile un million de signatures pour bloquer l'installation de Cruise Missiles à Comiso. Si toutes les forces politiques qui prétendent s'opposer à l'installation de ces missiles s'y engageaient, il y aurait alors un véritable référendum national qui, bien que non institutionnel, n'en serait pas moins significatif. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que le

3) Les groupes de travailleurs au chômage technique (bénéficiant de la cassa integrazione) de la FIAT et de l'Alfa Romeo militent pour donner une perspective à la lutte des travailleurs qui se trouvent dans cette situation. Mais si le recours à la justice peut donner certains résultats, il ne peut constituer une alternative au chômage technique, au moment où il y a des licenciements et des expulsions, par dizaines de milliers, de travailleurs à travers tout le pays. Dès maintenant, la LCR s'engage à soutenir les initiatives et les propositions des cassintegrati et à investir ses forces dans le combat pour le soutien à leurs mobilisations, et à augmenter encore l'intervention en ce sens lorsque le problè-

4) La situation internationale exige de mener des mobilisations et des dé bats sur les situations qui étaient déjà au centre des préoccupations des révolutionnaires ces derniers mois : la lutte du peuple palestinien, la résistance antipar la confédération patronale italienne

Confindustria, des délégués de l'Alfa Romeo de Milan, de la Breda de Brescia, de la coordination des travailleurs en chômage technique de la FLM de Turin, principalement militants de la Lega Comunista

Rivoluzionaria (LCR), ont lancé une initiative de masse dont les premiers résultats donnent la mesure de la volonté de lutte et de la disponibilité des travailleurs.

En un peu plus d'une semaine, et avec des forces initialement très limitées, signatures de travailleurs ont été recueillies sur un appel direct aux confédérations CGIL, CISL et UIL, dans lequel, sous le mot d'ordre « Pas de remise en

1. Le gouvernement italien a annoncé, le ler octobre dernier, la mise en chômage technique de 12 000 salariés du groupe Finsider, société à participation d'Etat pour la sidérurgie.

Le centre sidérurgique de Bagnoli à Naples est le plus touché par cette décision. Sur 7 500 salariés, 5 400 viennent en effet d'y être mis en chomage technique.

(Le

Monde, 6 octobre

1982.)

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velle offensive patronale, pour démolir, taille pour la défense de l'échelle mobile cause de l'échelle mobile, ni aujourd'hui ni demain ! », il est demandé « la continuation de la mobilisation générale, afin que le patronat revienne sur sa décision inconditionnellement, en refusant le chantage : ou les contrats ou l'échelle mobile », et dans lequel « tous les dirigeants syndicaux sont invités à s'abstenir de toute ouverture dans les négociations avec le patronat sur l'échelle mobile»... L'impact de cet appel a été très important : là où il a circulé, non seulement les travailleurs l'ont signé en masse mais, en de nombreuses occasions, les conseils d'usine l'ont adopté ou ont exprimé des positions très semblables.

De plus, cette pétition a rencontré la plus large audience, dans la presse bourgeoise comme dans la presse de gauche, signe que cette initiative, déclenchée au meilleur moment, a servi de catalyseur aux fortes tensions qui se font jour ces derniers temps dans le mouvement syndicette question. Les principaux quotidiens nationaux ont fait une large place aux conférences de presse locales et nationales par lesquelles les promoteurs de cette initiative ont présenté aux directions syndicales les résultats de la pétition. De nombreux journaux ont souligné le caractère « spontané » de cette initiatil'attribuant conseils d'usine dont sont membres les initiateurs, ou à la FIOM (la fédération de la métallurgie de la CGIL), sans susciter de véritables démentis de la part de ces

Dans un communiqué de presse du 7 juillet, la fédération unitaire de la métallurgie FLM (CGIL-CISL-UIL) du Piémont, à qui les initiateurs de la pétition avaient remis les signatures recueillies, affirme qu'« une telle initiative est utile pour sensibiliser les travailleurs à des questions décisives pour le mouvement syndical » et rappelle son engagement dans la bataille « pour la reconquête des contrats, l'abandon du projet de dénonciation de l'accord sur l'échelle mobile, et la création de nouveaux postes de tra-

La position et la volonté des travailleurs sont donc très claires : le succès de la pétition ne s'explique que si l'on prend en compte la très forte sensibilisation des travailleurs à la question de l'échelle mobile, et l'attachement à la défense de celle-ci dont témoignent les dernières consultations de la base syndicale. Il faut rappe ler que la propagande contre l'échelle mo-

La commencé, au printemps 1981, avec le lancement d'une campagne de presse forcenée contre l'actuel mécanisme d'indexation, rendu responsable d'une « trop forte » augmentation du coût du travail, et d'une tendance à l'égalisation des salaires au détriment d'une « juste » rémunération des qualifications. Mais, si l'écrasante majorité des travailleurs s'est exprimée de manière non équivoque pour le maintien de l'accord de 1975, on ne peut pas en dire autant des trois confédérations syndicales dont les dirigeants ont rivalisé, tout au long de l'année passée, et principalement depuis le début de la nouaux yeux des travailleurs, le « tabou » de l'échelle mobile (2).

Après les premières réactions des directions syndicales, réactions dictées principalement par le souci de contrôler et de contenir le mécontentement ouvrier apparu dans les usines au lendemain de l'offensive patronale, les trois secrétariats confédéraux ont donné le feu vert pour les concessions. La grève générale du 25 juin, officiellement déclenchée pour défendre l'échelle mobile, a servi en fait à ouvrir la phase de remise en cause de cette dernièphase dans laquelle, « objectivement », il ne restait plus qu'à négocier. Le fait que cette négociation doive aboutir à une remise en cause du mécanisme actuel d'échelle mobile est considéré comme acquis, même si politiquement cette remise en cause prend des formes différentes à la CGIL, à la CISL et à l'UIL, la première rencontrant de nombreux problemes, notamment avec sa base ouvrière, la deuxième et la troisième ayant déjà fait connaître les propositions qu'elles avanceront pour arriver à un accord et à une position unique des trois confédérations.

La volonté de la direction de la CGIL de parvenir à une modification du systéme d'échelle mobile défavorable aux travailleurs ne fait cependant aucun doute. Les hypothèses qui circulent officieusement ces derniers temps dans les bureaux d'études de la CGIL, et qui sont soumises aux organismes dirigeants qui doivent faire des propositions aux autres confédérations, l'attestent. Comme cela se produit de plus en plus souvent, la direction de la CGIL utilisera le chantage à l'unité syndicale pour faire passer sa ligne à l'intérieur de la confédération, et pour mettre en garde les secteurs critiques présents à l'intérieur de l'appareil, mais peu aguerris à de véritables batailles d'opposition contre la bureaucratie syndicale.

Au-delà de la pétition des 50 000 signatures, aucune véritable voix d'opposition ne s'est élevée contre cette orientation de capitulation, et le refus des secteurs traditionnellement les plus critiques et les plus combatifs des syndicats à s'engager sur ce terrain a trouvé confirmation dans l'assemblée générale des trois conseils nationaux conjoints de la FLM (FIOM, FIM, UILM), qui a pratiquement avalisé l'abandon de l'échelle mobile, en déclarant que le mouvement syndical « ne doit pas avoir de "tabou"», et que le seul élément intangible est constitué par les contrats. On peut d'ailleurs remarquer à ce sujet que les plates-formes contractuelles des syndicats respectent le plafond de 16 % d'augmentation des salaires amplement par l'inflation, mais imposé par le patronat et le gouvernement. Ces plates-formes ont aussi comme principale caractéristique d'introduire des formes de mobilité de la main-d'œuvre et de promouvoir des hauts niveaux de productivité. Il est évident qu'avec de telles caractéristiques, ces plates-formes ne soulèvent pas l'enthousiasme des travailleurs.

Malgré cette situation négative, la baseils nationaux conjoints de la FLM (FIOM, FIM, UILM), qui pat pratiquement avalisé l'abandon de l'échelle mobile, en déclarant que le mouvement syndical « ne doit pas avoir de "tabou"», et que le seul élément intangible est constitué par les contrats. On peut d'ailleurs remarquer à ce sujet que les plates-formes contractuelles des syndicats respectent le plafond de 16% amplement dépassé par l'inflation mais imposé par le patronat et le gouvernement. Ces plates-formes ont aussi comme principale caractéristique d'introduire des formes de mobilité de la main-d'œuvre et de promouvoir des hauts niveaux de productivité. Il est évident qu'avec de telles caractéristiques, ces plates-formes ne soulèvent pas l'enthousiasme des travailleurs.

Malgré cette situation négative, la bataille pour la défense de l'échelle mobile peut encore être gagnée, ou tout au moins donner des résultats politiques importants à l'intérieur du mouvement syndical, pour rassembler les secteurs les plus combatifs, et pour avancer vers la construction d'une véritable tendance de gauche. La disponibilité de la base, il faut insister là-dessus, est très grande. Il s'agit aujourd'hui de l'organiser et de lui donner des objectifs. Par ailleurs, une bonne partie des conseils d'usine, ou tout au moins des délégués, sont conscients des enjeux, tant dans le rapport de force entre les classes que dans leurs propres rapports avec les travailleurs.

Si les directions syndicales parviennent à se mettre d'accord, elles proposeront très probablement à la base la discussion d'un document long et général, évitant de centrer la discussion sur les aspects « techniques » (indexation limitée à une partie du salaire, le restant faisant l'objet des négociations contractuelles, etc.) ; ce n'est qu'ainsi qu'elles peuvent espérer tromper les travailleurs. Le problème est donc de faire émerger la proposition qui est sûrement celle de la très grande majorité des travailleurs, exprimée à l'occasion de très nombreux débats et prises de position : « On ne touche pas à l'accord de 1975. La seule chose que nous voulons, c'est la détaxation du point d'indice, pour éviter que le fise n'ampute la partie supérieure du salaire. » La bataille pour convaincre les délégués et les travailleurs combatifs de s'engager dans cette voie, sans tomber dans le piège des amendements au texte syndical, et en travaillant à la centralisation de ce combat, verra au premier rang les militants de la LCR, section italienne de la IVe Interna tionale, et tous ceux qui, au cours des mois derniers, ont mené avec eux les initiatives de défense de l'échelle mobile.

Elettra DEIANA Milan, septembre 1982 2. Dès le 24 janvier 1978 dans une interview au quotidien la Reppublica, Luciano Lama, secrétaire général de la CGIL, déclarait : « Jusqu'a présent, nous fixions un certain niveau de salaire et d'emploi en demandant à l'économie de s'y adapter Il faut étre intellectuellement honnéte, c'était une sottise dans une économie ouverte, toutes les variables sont dépendantes les unes des autres. »

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