Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

La fin d'une coalition gouvernementale qui dura 13 ans

· Inprecor n° 135, 25 octobre 1982 · p. 11-15 · 5 765 mots

Allemagne Paix et armements Écologie Syndicalisme

La fin d'une "petite coalition"

gouvernementale qui dura treize ans

E résultat des élections du Land de Hesse (cf. Inprecor numéro 134 du 11 octobre 1982), qui ont eu lieu le 27 septembre dernier, montre que de nouveaux développements sont intervenus en Allemagne de l'Ouest, après la rupture de la coalition social-démocrate - libérale (SPD-FDP), qui était au pouvoir à Bonn jusqu'à la mi-septembre. déclin des luttes mais, au contraire, une montée de ces dernières en RFA. Cette montée avait débuté avec l'essor du puissant mouvement contre l'implantation de missiles et contre les armements nucléaires. Ce mouvement avait mobilisé 500 000 personnes contre la visite de Ronald Reagan en Allemagne. Ce qui est en train de naître cet automne, c'est une opposition également au sein des syndicats. Pour la première fois, les directions syndicales ont été contraintes d'appeler à des manifestations contre la politique d'austérité du gouvernement SPDFDP.

La direction du SPD, sous Helmut Schmidt, s'était totalement engagée dans une politique d'austérité et menait une lutte acharnée contre la gauche du SPD sur la question des missiles. Le résultat en a été une baisse radicale de la confiance dans le SPD dans les sondages d'opinion et lors des élections dans les différents Länder (Etats). Cette baisse se chiffrait autour de 10%. Cependant, tandis qu'une partie de ces votes sont allés vers la Démocratie chrétienne (CDU-CSU), une autre partie, importante, s'est tournée vers la gauche. C'est là qu'il faut trouver l'explication de la progression spectaculaire des listes écologiques, dites « vertes » ou « alternatives » (les premières se voulant purement écologistes, « apolitiques », les secondes engagées à gauche). Ces listes ont spectaculairement passé la barrière des 5 % leur donnant accès au Parlement dans certains Etats.

C'est cette situation de montée de l'opposition ouvrière à la politique économique du gouvernement, les divisions dans le SPD et la progression d'une force électorale à gauche qui ont conduit le FDP à former un nouveau gouvernement avec la CDU.

Cependant, une fois le SPD retourné dans l'opposition, le processus qui avait mené à son déclin électoral a été renversé. Winfried WOLF

« Je suis très fier de nos réalisations communes, et je reste fidèle à tout ce que nous nous étions promis de faire ensemble », c'est en ces termes que le chancelier Helmut Schmidt a annoncé, le 17 septembre dernier au Bundestag, le Parlement de la République fédérale d'Allemagne, la rupture de la coalition social-démocrate et libérale. Cette rupture de la coalition gouvernementale à Bonn marque la fin de toute une époque. Pendant treize ans, le Parti social-démocrate (SPD) a été le parti dirigeant à Bonn, gouvernant en coalition avec le petit Parti libéral-démocrate (FDP). Bien plus, c'est en fait pendant seize ans que le SPD a été au pouvoir : entre 1966 et 1969, il avait en effet constitué un gouvernement dit de « grande coalition » avec le principal parti bourvictoire électorale. missiles en 1983. en Allemagne de l'Ouest. geois, l'Union chrétienne-démocrate • C'est, de toute l'histoire de la social-démocratie allemande, la plus longue période pendant laquelle celle-ci a détenu les rênes du pouvoir bourgeois.

La rupture de cette coalition SPDFDP s'est déroulée de manière spectaculaire. Paradoxalement, c'est le SPD qui en a pris l'initiative, alors même que, depuis 1980, il se trouvait sur la défensive et subissait revers sur revers lors de chaque élection régionale. Ainsi, le chancelier Helmut Schmidt s'est-il saisi de l'occasion fournie par la présentation d'un rapport de son ministre de l'Economie, le comte Otto von Lambsdorff, membre du FDP, qui développait le projet d'une sévère politique d'austérité, pour exclure le FDP du gouvernement, alors que, des années durant le chancelier Helmut Schmidt s'é-

RFA Les élections de Hesse ont vu une remontée réelle du nombre de votes pour le SPD, qui est passé d'environ 35 % des voix obtenus lors de précédentes élections dans d'autres Etats à 42,8 %, ce qui n'est inférieur que de 1,5 % à son score électoral lors des dernières élections. La CDU, qui s'attendait à l'emporter à une écrasante majorité, n'a obtenu que 45,6 % des

Pendant ce temps, les votes de gauche pour les écologistes ont continué d'augmenter, et leurs listes ont obtenu 8 % des votes. Les libéraux du FDP, quant à eux, ont été écrasés et le nombre de voix en leur faveur est tombé de 6,6 % à 3,1 %. Ils ont ainsi perdu tous leurs sièges au Parlement régional.

Aujourd'hui, en Allemagne de l'Ouest, la coalition CDU-FDP est en nette minorité par rapport à l'ensemble SPD, « verts » et « alternatifs ». C'est pourquoi le nouveau gouvernement refuse des élections immédiates et les repousse jusqu'à mars 1983, se réservant même la possibilité d'un délai supplémentaire s'il ne pense pas pouvoir obtenir la majorité à ce

La direction du SPD et l'ensemble des écologistes agissent d'une façon qui ne leur permet pas de tirer parti de la situation. La direction du SPD continue à défendre la politique d'austérité qu'elle a mise en œuvre quand elle était au gouvernement. L'aile droite de la direction des « verts » essaie d'empêcher toute action ou toute liste commune avec les socialistes de gauche ou avec le SPD et les syndicats. Dans ces conditions, la CDU et le FDP pourraient voir s'ouvrir la perspective d'une

Mais, sur le plan social, la formidable réponse donnée par les élections de Hesse montre toute la faiblesse potentielle du nouveau gouvernement CDU-FDP. Ce dernier s'est d'emblée manifesté en décrétant un blocage des salaires de six mois dans le secteur public, suivi d'une augmentation des salaires limitée à 2%. La première épreuve de force sera la manifestation contre l'austérité convoquée pour cet autonme, et la lutte anti-

L'article que nous publions ci-dessous analyse le cadre social et politique de la situation qui se développe actuellement tait présenté comme prisonnier des libéraux. Il est certain que le Parti libéral avait le projet, à court terme, de passer de l'alliance avec le SPD à une alliance avec la CDU-CSU, et de provoquer ainsi la chute du gouvernement Schmidt. Mais le FDP avait prévu cette rupture pour une échéance moins rapprochée. Or il s'est trouvé devancé par Schmidt et la direction du SPD qui, du même coup, ont repris l'initiative Tous les détails et les particularités de cette rupture de coalition gouvernementale sont largement discutés ces derniers temps en République fédérale allemande, et largement commentés par les médias. Le Handeslblatt, qui reflète l'opinion du grand capital ouest-allemand, qualifie la manœuvre de Helmut Schmidt de « chef-d'œuvre de raffinement politique ». Rolf Augstein, rédacteur en chef

----- photo credits and running heads -----

L

Page 12

du Spiegel, le plus grand hebdomadaire politique allemand, insiste : « Le dernier discours de Helmut Schmidt au Parlement a montré ce que perd la RFA en perdant

Cette manière anecdotique de relater cet événement rend bien compte du ton en général superficiel de la presse bourgeoise. La signification réelle de ce changement n'apparaît moins les raisons profondes de cette rupgouvernementale. Par contre, le quotidien français le Monde a une approche plus sérieuse, lorsqu'il s'indans son édition du 20 septembre 1982 : « La crise économique rendrait-elle les démocraties ingouvernables ? On peut se poser la question en voyant M.

Get son gouvernement payer leur tribut à cette vague de mécontentement latent qui, un peu partout en Europe, tend à faire "'sortir les sortants" toutes étiquettes politiques confondues. Le cas de la RFA est d'autant plus spectaculaire que ce pays a mieux et plus longtemps résisté à la récession que la plupart des autres. »

Traitant des raisons de cette rupture de coalition, le Financial Times de Londres du 20 septembre 1982 constate avec justesse : « La perspective de la croissance économique en 1983, et du chômage qui dépasserait les 2 millions de personnes en RFA, a engagé les deux hommes, Helmut Schmidt du SPD et Hans Dietrich Genscher du FDP, dans des directions opLA RECONSTRUCTION CAPITALISTE

SOUS ADENAUER La RFA, deuxième puissance impé rialiste du monde et leader de la Communauté économique européenne (CEE), a connu jusqu'à récemment une stabilité économique et politique qu'aucun autre pays comparable n'a connue. tuation est diamétralement opposée à celle de la période de l'entre-deux-guerres, où le développement de la lutte des classes a débouché plusieurs fois sur des crises révolutionnaires (1918, 1933). C'est aussi dans cette même période historique que l'on peut trouver l'origine profonde de l'ère de stabilité politique qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. La défaite subie par la classe ouvrière lors situations révolutionnaires, fascisme avec la destruction de toutes les organisations du mouvement ouvrier, Deuxième Guerre mondiale elle-même, et enfin la défaite des luttes démocratiques entre 1945 et 1952, ont porté un coup de grâce au mouvement ouvrier allemand, et l'ont laissé complètement désarmé politiquement. Cette accumulation de lourdes

Best unique dans l'histoire du mouvement ouvrier moderne. Si l'on pense que toute une génération de jeunes travailleurs révolutionnaires ont subi toutes ces défaites en seulement trente ans (1918-1948), on mesure mieux l'ampleur de ce phénomène. La conscience de classe révolutionnaire au sein des masses n'a pas seulement subi un recul, elle a été

Deutsche,

Le nouveau chancelier : Helmut Kohl. (DR)

Cette dégénérescence a été l'un des fondements essentiels du nouvel Etat capitaliste construit en 1949 sous l'égide des alliés impérialistes, dans les anciennes d'occupation militaire américaine, française et britannique. Malgré le violent désavœu qu'a subi la bourgeoisie de la part des masses après la période du fascisme et de la Deuxième Guerre mondiale, aux premières élections parlementaires en 1949, un cartel de partis bourgeois, sous la direction du nouveau parti Union chrétienne-démocrate (CDU), réussissait à obtenir la majorité des suffrages et à former un premier gouvernement dirigé par le catholique Adenauer (1).

Les élections de 1952 se soldèrent à nouveau par une lourde défaite de l'opposition social-démocrate du SPD et par une la CDU: la restauration bourgeoise et ses conséquences avaient encore une fois produit leurs effets de dé moralisation sur le mouvement ouvrier. En poursuivant l'intégration du nouvel Etat ouest-allemand dans le bloc impérialiste, Konrad Adenauer avait définitivement consolidé la division de l'Allemagne ; sa réforme monétaire a correspondu dépossession épargnants et a eu pour conséquence de taire payer le prix de la guerre a la grande masse des salariés. Une loi qui fixait le re gime des entreprises sur un mode de fonctionnement de type capitaliste, la Betriebsverfassungsgesetz ( le règlement des entreprises), est venue à bout des grèves ouvrières de masse en 1951-1952. Avec la

1951-1952, l'Etat ouest-allemand allait connaître le début de son « miracle économique ».

Ces développements devaient également avoir des effets à l'intérieur même du SPD. De toutes les façons, après la Deuxième Guerre mondiale, la reconstruc(1918-1948), on mesure mieux l'étendue sée de façon artificielle, par le haut, et grâce à une aide importante des alliés. La restauration capitaliste et les défaites électorales de 1949-1952 entraînèrent un glissement à droite à l'intérieur même du Parti social-démocrate, impulsé ment par trois hommes qui, durant les années 1960 et 1970, ont formé la « troika » dirigeante du SPD : Herbert Wehner,

Willy Brandt et Helmut Schmidt. Ce cours droitier a débouché sur le Congrès tenu à Godesberg en 1959, où a été adopté le Programme de Godesberg du SPD, qui reste jusqu'à aujourd'hui le fondement programmatique officiel du social-démocrate. Ce document se prononce pour une économie de marché « sociale », ne se réfèrant plus que de manière très vague aux traditions du mouvement ouvrier allemand. Il n'offre quasiment plus de perspective socialiste, seules quelques formulations vagues sur un socialisme démocratique y faisant allusion.

La reconnaissance de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord (OTAN) par le SPD suivit ce Congrès de tres près, constituant la dernière étape de l'intégration politique dans la société allemande restaurée. Lors des dernières grandes mobilisations de masse précédant la particigouvernementale du SPD - le « mouvement de Pâques » qui luttait contre l'armement atomique première fois, contrairement à ce qui s'était passé lors de mobilisations comparables dans les années 1950 (telles le mouvement contre le réarmement de l'Allemagne de l'Ouest ou la lutte contre l'équipement nucléaire de la nouvelle armée ouest-allemande), le SPD s'est tenu presque complètement en dehors du mouve-

La fonction et le développement du SPD pendant les années 1950 et jusqu'au milieu des années 1960 peuvent done être résumés ainsi : d'un côté, il est resté le principal parti des salariés, et même sur le plan électoral, il a connu un soutien croissant des travailleurs , d'un autre côté, politiquement, il s'est situé de plus en plus à droite et a perdu nombre des caractéristiques d'un parti réformiste classique tout en conservant cependant sa nature de parti ouvrier bourgeois. En outre, l'évolution de la conscience de classe a coïncidé avec une intégration très poussée du SPD au système et à l'idéologie bourgeoises, ce qui est compréhensible compte tenu du contexte historique. Au milieu des années 1960, ce parti est allé tellement loin dans l'alignement sur une ligne bourgeoise que même la bourgeoisie ouest-allemande, pourtant extrêmement méfiante, a estimé le SPD « capable de gouverner ».

LA RÉPÉTITION GÉNÉRALE : LA GRANDE COALITION SPD-CDU-CSU DE 1966-1969 Au milieu des années 1960, le panorama politique de la RFA connut quel-

1. Il faut cependant savoir qu'à cette époque, la bourgeoisie ne pouvait ouvertement se d'une idéologie bourgeoise. CDU, par exemple, se prononcait alors contre la société capitaliste (et contre les sociétés de l'Est comme la RDA). Le jeune politicien Franz Josef Strauss, de la CSU, expliquait à cette époque : « Jamais plus des mains allemandes ne toucheront une arme. » De même, le patron de la plus grosse industrie d'armement, Krupp, s'engageait-il publiquement à ne plus Adenauer n'avait jamais été lié au national-socialisme. En définitive, la bourgeoisie de 1949 affichait un certain populisme.

Page 13

ques changements. Il y eut la première petite récession (2) depuis le boom de 1966-1967, même si elle fut minuscule en comparaison avec ce qui se passe aujourd'hui. En même temps, les licenciements massifs dans les mines de charbon provoquérent des luttes. Enfin, il y eut la naissance du mouvement étudiant, qui devait déboucher rapidement sur des révoltes étudiantes et l'apparition de l'opposition extraparlementaire (APO). CDU-CSU et FDP (libéraux) (3) s'étaient usés au cours d'interminables coalitions. Ce cartel bourgeois ne présentait plus la souplesse et la flexibilité nécessaires dans le domaine de la politique économique et de la mise en œuvre d'une redéfinition des rapports avec la République démocratique allemande (RDA) et les autres pays de l'Est.

vint donc à une « grande coalition » entre la CDU-CSU et le SPD, qui se constitua en décembre 1966. On peut noter ici une certaine contradiction de la part de la direction du SPD : en effet, à ce moment-là, cette « grande coalition » se mit en place de la même manière que la coalition CDU-CSU et FDP en 1982, et c'est cela même que critique violemment aujourd'hui la direction du SPD Les deux fois, le changement a eu lieu sans nouvelles élections, uniquement au niveau parlementaire à travers un retournement d'alliances entre les formations politiques. Un document officiel du parti résume très bien la fonction de cette politique de « grande coalition », en affirmant: « Dans cette s'est trouvé encore une fois en situation les meubles (de la bourgeoies elements les plus importants a l lan de la « grande coalition » peuvent.

- le vote d'une « loi d'urgence » sur l'Etat de guerre et l'atteinte à la sécurité nationale qui, jusque-là, n'avait pas été prévue dans la Constitution ouest-allemande. Comme les modifications de la Constitution nécessitent une majorité des deux tiers, les partis bourgeois avaient besoin des voix du SPD (donc de la « grande coalition ») pour voter cette loi ;

- la mise en place d'une « nouvelle politique vers l'Est » qui prenait en compte les nouvelles réalités de ces pays.

LA STABILITE POLITIQUE

SOUS LES GOUVERNEMENTS DU SPD

Le SPD remporta les élections de 1969. Entre-temps, le petit Parti libéral (FDP) s'était déclaré prêt à former une coalition avec le SPD, ce fut alors la « petite coalition » SPD-FDP. Sans aucun doute, personne en 1969 ne pensait que la coalition de ces deux partis durerait treize ans et qu'elle serait le fondement d'une aussi longue période de stabilité politique. Alors qu'en Grande-Bretagne les conservateurs et les travaillistes se sont succédés au gouvernement; alors qu'en France le gouvernement gaulliste a été relayé par un nouveau cartel bourgeois sous Valéry Giscard d'Estaing et que, ci, ami intime de Helmut Schmidt, a été

Für das Recht au

Arbeit + Bildung!

délogé par François Mitterrand; alors qu'en Suède, les partis bourgeois ont mis position digne de ce nom. fin à une période de quarante ans de gouvernement social-démocrate (4); alors que le règne de Franco s'est écroulé et que l'Espagne et le Porgugal ont connu des crises révolutionnaires; alors que les Etats-Unis ont été bouleversés par le mouvement anti-guerre et l'affaire du Watergate et que républicains et démocrates se sont succédés à la présidence, pendant toute cette période, entre 1969 et 1982, le gouvernement de Bonn a été dirigé par le SPD, dans le cadre d'une coalition avec le FDP, la composition nominale de cette gouvernementale connaissant également une remarquable continuité (5).

Au premier abord, il semble y avoir ici contradiction avec l'expérience générale suivant laquelle, à l'époque du capitalisme du troisième âge, des partis ouvriers bourgeois ne peuvent agir dans l'intérêt de la bourgeoisie comme parti au pouvoir que pendant un temps limité. Il faut en trouver la raison d'abord dans la puissance économique de l'impérialisme ouest-allemand, qui a eu une importance primordiale jusqu'à la fin des années 1970 et dont les effets se prolongent jusqu'à aujourd'hui (6). Par ailleurs, les salariés attendaient relativement peu de choses du SPD au pouvoir — pour les raisons histohaut —, ce qui a permis à ce parti de mener une politique bourgeoise face à la crise à partir du milieu des années 1970, sans

2. Pour quelques mois, il y eut 700 000 chômeurs et une courte stagnation du Produit national brut (PNB). Déjà, à la fin de 1967, le Schiller, le ministre de l'Economie d'alors, social-démocrate, ce qui est faux. Comme la récession ne touchait pas les autres pays, une politique offensive d'exportation permit de résorber

3. La CDU ne se présente pas en Bavière, où agit son parti frère, la CSU, ce qui confère à cette dernière une importante autonomie et lui permet de prendre des positions très droitières sous l'influence de Franz Josef Strauss.

4. Après la rédaction de cet article, les socialistes suédois ont de nouveau retrouvé leur place au gouvernement et repris le pouvoir.

5. De 1969 à 1974, Willy Brandt a été chancelier et Walter Scheel, puis Genscher (tous deux FDP) ministres des Affaires étrangères

Manifestation de jeunes contre le chômage à Bonn. (DR) avoir à se heurter tout d'abord à une op

Aujourd'hui, alors que l'ere BrandtSchmidt touche à sa fin, le bilan des treize années où le SPD a dirigé le gouvernement glisse facilement vers une légende alimentée tout particulièrement par le SPD lui-même. D'aprés cette légende, la période 1969-1982 serait une période de réforme sociale, de prospérité et de démocratie approfondie à l'opposé de laquelle le gouvernement de la CDU-CSU maintenant le chemin de la « contre-réforme », de |'« Etat fort » et démantèlement des acquis sociaux. Pourtant, le SPD ne peut se dégager aussi facilement de ses responsabilités. lan objectif de ces années devrait resituer les éléments présentés ci-après.

Dans le domaine de la politique économique et sociale sous les gouvernements dirigés par le SPD, il y eut certes quelques petites réformes, comme l'abaissement de l'âge de la retraite, mais en général, le SPD céda à des compromis fumeux et effectua des reculs dès que les conservateurs manifestaient leur opposition. Ce fut le cas pour la loi contre la spéculation foncière, pour la suppression du paragraphe 218 contre l'avortement, pour la réforme de l'apprentissage et pour la priorité du rail sur la route en ce qui concerne l'expédition des marchandises.

cette période, jusqu'au milieu des années 1970, les salariés connurent un (Scheel devenant président de la République), alors que Schmidt occupait plusieurs postes ministériels et que Herbert Wehner assumait la direction du SPD pendant cette période. Helmut Schmidt remplaça Willy Brandt comme chance-

1974 et l'est resté jusqu'en 1982. Le deuxième homme du gouvernement a toujours été Hans Dietrich Genscher, pendant que Willy Brandt à la tête du parti et de la le Internationale, gardait un poids politique important.

6. Depuis la crise de 1974, la spécificité de l'impérialisme allemand, sa « force relative » ont été à maintes reprises analysées, alors que disparaissaient peu a peu les facteurs qui lui 1980 », Inprecor numéro 67-68 du 17 janvier 1980, et Winfried Wolf, « La spirale des récessions ne peut s'élargir à l'infini ». Inprecor numéro 94-95 du 16 février 1981.

Page 14

bien-être croissant, aussi bien dans le niveau de vie que dans le domaine social. Mais cela n'était généralement pas un résultat de la politique du gouvernement dirigé par le SPD, mais celui des grandes mobilisations et des grèves qu'a connu le pays entre 1969 et 1974 (7). Cela est illustré par le mot d'ordre qui revenait fréquemment lors de ces mobilisations ouvrières : « Nous n'aurons que ce que nous prendrons ! »

Ces deux dernières années, pour répondre à la nouvelle crise, le SPD a mis en place une politique de démantèlement des acquis sociaux. Pour preuve, il suffit de considérer le budget de 1983 décidé par le gouvernement SPD-FDP, qui pour la première fois prévoit une réduction du budget concernant les affaires sociales (- 10 %), alors que dans le même temps la partie du budget consacrée aux affaires militaires continue de s'accroître ( + 4 %). Pour la première fois dans l'histoire de la RFA, dans les années 1980, 1981 et 1982, il y a eu une baisse sensible des revenus réels des salariés.

En 1969, Willy Brandt était entré en fonction avec le slogan « Oser plus de démocratie ! » En réalité, dès le début des années 1970, il y eut une politique de remise en cause des droits démocratiques, pour laquelle les actions terroristes de la Fraction armée rouge (RAF) de Andreas Baader et Ulrike Meinhof ont servi de prétexte. Cette remise en cause alla tellement loin que la fondation Russel estima nécessaire de mettre en place un Tribunal Russel sur cette question en 1975. C'est Willy Brandt lui-même qui promulgua les premiers décrets contre les « radicaux » dans la fonction publique, et contribua ainsi à « enrichir » le vocabulaire allemand d'un vilain mot : Berufsuerbote, c'est-à-dire les interdictions professionnelles. Sous les

35-Std.-

Woche

Ans ist das Ziel

gouvernements Schmidt et Brandt, il y eut plusieurs lois répressives qui criminalisèrent l'expression même d'une pensée révolutionnaire (les nouveaux paragraphes contre la propagande favorable à la violence) et qui restreignirent les droits de la défense pour les procès politiques (isolement des prisonniers politiques).

Dans aucune des périodes précédentes, il n'y eut un développement aussi massif des divers services de renseignements et d'« unités antiterroristes », ni une application aussi peu scrupuleuse d'un espionnage politique systématique techniques extrêmement élaborés. Ainsi, le cartel bourgeois aujourd'hui au gouvernement dispose d'un appareil de répression qui répond à tous les besoins de la bourgeoisie. Il ne faut pas douter qu'il saura s'en servir.

domaine de la politique étrangère, la « détente avec l'Est » est toujours citée en exemple. Le fait que les gouvernements de la RFA reconnaissent la réalité de l'existence des pays de l'Est et n'expliquent plus ouvertement qu'il faille les changer, y compris par la force, constitue évidemment un progrès. Il faut noter cependant que le SPD n'a jamais pris d'initiative pour remettre en cause sur ce point la Constitution ouest-allemande, alors qu'elle reste le fondement juridique essentiel du « revanchisme » (8). Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la « nouvelle détente » avec l'Est était une précondition à l'extension du commerce vers ces pays et que, avec la crise économique, l'industrie de la RFA était à la recherche de nouvelles zones d'expansion. Le commerce vers l'Est se développa en conséquence, et sa part dans les exportations globales de la RFA doubla.

Si l'on prend en considération d'autres aspects de sa politique étrangère, le bilan devient encore plus nuancé : l'Allemagne est restée l'allié le plus stable des Etats-Unis en Europe sous les gouvernements dirigés par le SPD. Et même lorsque la politique américaine de génocide au Vietnam était à son comble, il n'y eut de protestation ni de la part du SPD, ni de la part du gouvernement de la RFA. pas, loin de là, le rôle qu'il a joué dans l'élaboration et la conclusion de la fameuse « double résolution de l'OTAN », qui mènera à l'implantation d'une nouvelle génération de fusées nucléaires américaines sur le territoire allemand à partir de 1983.

Au Portugal, à l'apogée de la crise révolutionnaire, le SPD a mené une politique de canalisation de la révolution par l'intermédiaire du Parti socialiste portugais (PSP) de Mario Soares, qu'il a contribué à construire. Et si demain le nouveau

Premier ministre espagnol devait s'avérer être Felipe Gonzales, le leader du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), et que celui-ci mène une politique bourgeoise face à la crise, on peut être certain que « la contribué pour une large part (9). Enfin, sous les gouvernements dirigés par le SPD, le travail commun et la coopération économique entre la RFA et des régimes bourgeois dictatoriaux se poursuivirent et se trouvèrent même en partie étendus. Ainsi, les exportations de la RFA vers l'Iran du chah sont passées de 928 millions de marks (DM) en 1967 à 5,2 milliards de marks en 1975. Celles vers le régime raciste d'Afrique du Sud rent, pour la même période, de 1,2 milliards de marks à 3,4 milliards de marks. A la même époque, cette évolution s'applique aux dictatures du Brésil, d'Indonésie, de Corée du Sud et à

L'ECONOMIE DE LA RFA ET LE CHANGEMENT DE GOUVERNEMENT A BONN La RFA a finalement été frappée de plein fouet par la crise de l'économie capitaliste, ce qui est la raison fondamentale du changement de gouvernement à Bonn. Depuis deux ans - depuis le milieu de l'année 1980 très exactement - l'économie stagnait. Le nombre des faillites a brutalement augmenté, passant de 4 000 en 1970 à 9 000 en 1975, pour atteindre ensuite les 15 000 en 1982. Parmi celles-ci, on trouve notamment la plus grosse faillite de l'histoire du capitalisme européen avec l'écroulement de la firme AEG-

Ces derniers mois, les banques allemandes ont donné l'impulsion décisive pour des transactions et des spéculations effrénées, avec le risque d'un krach financier international. C'est en particulier à la Dresdner Bank (la deuxième banque de RFA et l'une des plus importantes d'Europe) que se concentrèrent plusieurs affaires à gros risques (notamment une grosse part des dettes d'AEG-Telefunken et de la Pologne). Le budget de la RFA est désormais largement déficitaire. Le paiement des intérêts et des amortissements s'est développé jusqu'à devenir la deuxième dépense dans les comptes et, en 1984, il sera devenu la première dépense dans les comptes de l'Etat ...

Cette situation rend nécessaire une 7. En général, on peut chiffrer les variations des salaires réels en RFA de la façon suivante : entre 1969 et 1974, + 30 % ; en 1975. un léger recul ; entre 1976 et 1979, une stagnation ; entre 1980 et 1982, les premières baisses

- 7%. D'autres facteurs permettent quand même d'améliorer ce tableau, notamment l'augmentation du nombre de jours

8. La Constitution ouest-allemande se déclare valable pour toute l'Allemagne, et done aussi pour la RDA...

9. Comme parti, le SPD mène sa politique Ebert. Cette politique ne peut étre qualifiée de systématiquement contre-révolutionnaire (notamment aujourd'hui vis-a-vis du mais elle tend objectivement à la contre-révolution notamment dans des situations de crises ré-

Page 15

nouvelle politique bourgeoise, qui est abordée ouvertement par la CDU-CSU, mais aussi par l'ancien partenaire du SPD, le FDP, et qui peut se résumer comme

— une remise en cause radicale des fondements du système social, comme par exemple une diminution massive des indemnités de chômage.

dans le budget lui-même, les dépenses réservées jusqu'ici au domaine social seront transférées massivement vers l'aide à l'investissement pour certains secteurs de l'industrie. Dans ces programmes, l'accélération de la construction de sites nucléaires (10) sera particulièrement favorisée. Enfin, la centralisation de l'industrie d'armement ouest-allemande se poursuivra, avec pour but de rattraper les autres pays impérialistes (USA, Grande-Bretagne) dans ce domaine.

- la concurrence aggravée entre les USA et l'Europe demande une réponse simple de la part de la bourgeoisie ouest-allemande. Si elle tient tête aux exigences des USA sur quelques points — comme cela a été le cas sous le gouvernement de Helmut Schmidt, par exemple lors de l'affaire du gazoduc soviétique —, lorsque les intérets palpables et immédiats du capital ouest-allemand sont en jeu, elle se placera entièrement derrière la politique des Américains. C'est ce qui se passera lors de l'implantation des nouveaux missiles nucléaires US en 1983.

A plus long terme, il est même possible qu'il y ait un tournant dans la politique de « détente avec l'Est », et done une réduction des exportations et une politique agressive envers la RDA, la Pologne, l'Union soviétique, etc.

Un tel tournant ne posera pas trop de problèmes au capital ouest-allemand s'il ne se fait pas de manière trop brutale. Après tout, aujourd'hui, la crise de l'Europe de l'Est et de l'Union soviétique est si patente, et les marges de manœuvre pour des contrats d'exportation se sont réduites depuis si longtemps, qu'après la conclusion de l'affaire du gazoduc, il n'y a plus grand profit à espérer de ces pays. « climat » idéal pour imposer une telle politique. Au milieu de l'année 1982, il y avait 1,8 million de chômeurs; pendant l'hiver 1982-1983, ils seront plus de 2 millions, et on en prévoit 2,3 millions pour l'année 1983. La crise prolongée et une politique d'austérité rigide pourraient même conduire le nombre des chômeurs à dépasser les 3 millions à la fin de l'an-

Dans les circonstances actuelles, on n'imagine pas le SPD mener une politique qui non seulement admettrait cet état de fait, mais le prenne en compte et le présente comme nécessaire. Inversement, un cartel bourgeois CDU-CSU-FDP peut d'autant mieux mener une telle politique s'il la présente comme le résultat de la politique économique menée auparavant et s'il prétend devoir assainir la situation catastrophique léguée par le gouvernement précédent ...

En fait, ce tournant dans la politique bourgeoise n'est que l'aggravation de la politique qui a été introduite ces derniéres années par le SPD lui-même. Il reste que le SPD n'est pas le parti adéquat pour amorcer pleinement ce tournant. Dans les deux dernières années qu'il a passé à la direction du gouvernement, le SPD avait déjà beaucoup perdu de son pouvoir d'intégration vis-à-vis de la classe ouvrière, ce qui s'est manifesté entre autres par des défaites électorales cuisantes lors des élections régionales. Lors du Congrès du SPD en avril 1982, on pouvait déjà percevoir que les jours du gouvernement dirigé par le SPD étaient comptés (11).

En cette rentrée 1982, sous la pression de leur base, les syndicats avaient annoncé de grandes manifestations contre le démantèlement des acquis sociaux et le chômage. C'est la première fois depuis 1969 qu'ils avaient envisagé de mobiliser les travailleurs pour affronter le gouvernement dirigé par le SPD sur une question politique. Enfin, l'année 1983 aurait présenté le risque que le mouvement pacifiste ne vienne quand même à bout des positions de Helmut Schmidt et n'obtienne que le SPD recule, au moment décisif, sur l'implantation des missiles nucléaires américains sur le territoire allemand.

UN GOUVERNEMENT BOURGEOIS

STABLE? La Bourse a réagi de manière euphorique après la chute du gouvernement de

L'ancien chancelier : Helmut Schmidt. (DR)

Helmut Schmidt : les cours ont immédiatement monté de 10 %. La presse bour-

Best unanimement favorable au changement amorcé. La grande bourgeoisie dit ouvertement que le SPD, dans l'opposition, devrait adopter une ligne plus gauche qui lui permette d'intégrer en son sein le mouvement pacifiste et les tendances oppositionnelles au sein du mouvement syndical, et contribuer ainsi, une nouvelle fois, à la stabilisation de l'ordre bourgeois (12).

Mais cette perspective ne peut pas du tout être considérée comme acquise. D'abord parce qu'elle ne prend pas du tout en compte les rapports de forces au niveau international ; et la situation internationale dans son ensemble ne peut pas du tout être caractérisée comme prenant un tournant à droite (voir la France, la Suède, l'Espagne). D'autre part, elle accorde trop peu d'importance à un certain nombre de facteurs internes :

«Le premier est que les nouvelles élections pourraient donner un résultat incapable d'assurer la stabilité et la consolidation. (...) D'autre part, il est possible

"verts" - ce mouvement invertébré qui va des écologistes aux critiques de l'OTAN, ete. - obtiennent des sièges au Parlement alors que le FDP, lui, n'en aura pas. Cette situation laisse entrevoir la possibilité d'un gouvernement SPD minoritaire, toléré par les "verts". (...) Cela n'est pas très probable, (...) mais c'est loin d'être impossible, surtout si l'on considère un des facteurs internationaux qui pourrait les aider: la "double résolution" de l'OTAN. (...) Alors que l'échéance de l'implantation des fusées nucléaires approche, l'opposition au déploiement de ces missiles va croître et elle pourrait unir les "verts" et d'autres groupes. Enfin, une période de consolidation présupposerait que la récession actuelle dans le monde occidental ne se prolonge pas pour devenir une grande dépression. (13) »

Cette analyse l'ennemi de classe, d'un commentaire du Financial Times, mais elle résume assez bien l'enjeu de la situation.

Winfried WOLF Francfort, 26 septembre 1982. 10. Le puissant mouvement anti-nucléaire ouest-allemand avait obtenu l'arrêt de la quasitotalité de la construction des sites nucléaires. C'est ce qui permet à l'industrie nucléaire française de dépasser celle de la RFA et d'accéder au deuxième rang mondial.

11. Cf. l'article de Winfried Wolf sur le bilan du Congrès du SPD. publié dans inprecor numéro 126, sous le titre : « Congrès du SPD, la défaite sans combat de la gauche social-démocrate-»

12. La Frankfurter Allgemeine Zeitung. principal journal de la bourgeoisie allemande. écrit, le 23 septembre 1982 : « Tous les membres et les électeurs se rendent compte depuis longtemps que c'en est fini du grand parti populaire pour les années 1980. » Le journal économique le Handelsblatt prévoit, dans son édition du 20 septembre 1982, un nouveau rôle pour le SPD, celui d'intégrer le mouvement antiguerre et l'opposition syndicale.

13. Jonathan Carr, « Une nouvelle ère s'ouvre », Financial Times, 20 septembre 1982.

Une erreur sur cette page ?