Inprecor 1974–2004

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GRANDE-BRETAGNE

« Maggie, Maggie, Maggie, out ! out ! out ! », interview de Steve Potter, dirigeant de l'International Marxist Group sur la grève générale du 22 septembre 1982

· Inprecor n° 135, 25 octobre 1982 · p. 19 · 1 176 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne

Interview d'un dirigeant de l'IMG sur la grève du 22 septembre

E 22 septembre dernier, la Confédération des syndicats

L une jours du secleur de la Sale, eu lure depuie la grève britanniques (Trade Union Congress - TUC) a organisé des travailleurs du secteur de la Santé qui dure depuis plusieurs mois. Les grévistes réclament une hausse des salaires de 12%, alors que le gouvernement de Margaret Thatcher ne leur propose que des augmentations ne dépassant pas les 6 à 7,5 %.

Bien que limitée par les directions syndicales à une seule heure de grève, cette action de solidarité au niveau national a été particulièrement importante. C'était, en effet, un défi ouvert au gouvernement de Margaret Thatcher, qui avait fait

« LA GAUCHE»: - Quel est le bilan de la journée de grève ?

Steve POTTER : - La grève a été un succès de masse. Le gouvernement essaie bien de dire que la grève n'a pas eu un grand écho, mais la vérité est que des millions de travailleurs y ont pris part. Plus de 2 millions de syndiqués sur 11 millions ont fait grève toute la journée, alors que le mot d'ordre du syndicat, le TUC, était de faire grève une heure au plus.

120 000 personnes ont manifesté à

Londres, 100 000 dans les villes écossaises,

25 000 à Liverpool, 30 000 à Sheffield, etc. Les points faibles ont été les chemins de fer et la construction métallique.

Les travailleurs de la Santé, autour desquels tout a commencé, ont participé massivement. Dans toutes les manifestations, ils formaient le groupe le plus important. La précédente journée d'action du TUC remonte à mai 1980. Un million de travailleurs y avaient participé.

- Comment expliques-tu ce succès ?

- Les revendications des travailleurs de la Santé sont très populaires. Une enquête montre que 83% de la population les soutient, ce qui signifie, en clair, que seule la bourgeoisie s'y oppose. D'autre part, les travailleurs veulent lutter contre le gouvernement Thatcher. Le slogan le entendu dans les manifestations était : « Maggie, Maggie, Maggie, out, out, out ! » (« Maggie » est un diminutif de

Margaret Thatcher.)

Comment a réagi la direction syndicale ?

- Toute la direction syndicale a soutenu la journée d'action, y compris l'aile droite. Cette aile n'est guère populaire : à la fin d'une des manifestations,

Frank

Chapple, dirigeant du syndicat des électriciens, très à droite, devait prendre la parole. Les cris des manifestants l'en ont empêché. Les travailleurs ne supportent pas la capitulation de l'aile droite face à

Thatcher, surtout sur le terrain des libertés syndicales.

gale toute grève de solidarité. un sur sept. du 8 octobre dernier. - Quelles sont maintenant les perspectives ?

- Le lendemain de la journée d'action, les travailleurs de la Santé se sont réunis et ont proposé la chose suivante : du 4 au 10 octobre, une succession de grèves par région, culminant dans une manifestation de masse devant le Parlement. Les travailleurs de la Santé, de leur côté, feraient grève sans interruption. Les syndicats des transports organiseraient en novembre une grève de solidarité.

- Quelles sont vos propositions ? - L'IMG, de même que l'aile la plus combative des travailleurs de la Santé et le Syndicat des mineurs, disent que les travailleurs de la Santé doivent faire une grève illimitée, soutenue par des actions de solidarité continues, jusqu'à ce que le gouvernement cède ou tombe. Ce n'est pas la perspective du TUC, qui a fait un virage à droite au début septembre.

Le fait qu'une journée nationale d'action ait quand même été organisée, malgré ce tournant à droite, ne peut être expliqué que par la pression massive de la base, qui veut lutter contre le gouvernement.

- La journée d'action a donc une signification plus large que la solidarité avec les travailleurs de la Santé ?

- Certainement. La prochaine organisation ouvrière qui défendra ses revendiIl a déjà déclaré qu'il organiserait un vote dans son syndicat sur la grève, pour imposer les revendications des mineurs. Le gouvernement concède 6 à 7,5 % d'augmentation aux travailleurs de la Santé, alors que ceux-ci en demandent 12%. Il propose la même chose aux mineurs, mais ceux-ci demandent 30 % d'augmentation.

L'enjeu de la bataille est donc la politique de Thatcher, en particulier sa politique salariale. Il y a encore un autre aspect. En Grande-Bretagne, le secteur de la Santé est nationalisé. Le programme des conservateurs pour les élections d'octobre 1983 prévoit la privatisation des services voter une loi antisyndicale tendant, entre autres, à rendre illé-

De ce fait, l'action du 22 septembre devenait un test pour mesurer le niveau réel de la combativité des travailleurs britanniques, qui se trouvent au chômage dans la proportion de

Nous reproduisons ci-dessous l'interview de Steve Potter, dirigeant de l'International Marxist Group (IMG), section britannique de la IVe Internationale, réalisée sur ce sujet par nos camarades de Belgique et publié dans leur organe, la Gauche, de santé. Il leur sera difficile de l'imposer s'ils perdent la bataille actuelle.

- Et le Labour ?

- D'un côté, il y a une grande combativité ; de l'autre, il y a le tournant à droite, non seulement du TUC, mais aussi du Labour (Parti travailliste). Au lieu d'utiliser la lutte très populaire des travailleurs de la Santé pour entamer le combat contre le gouvernement Thatcher, toute l'attention de la direction du Labour est consacrée à chasser la gauche du parti.

(...) Au congrès du Labour, la droite a gagné sur la question de l'élection de la direction du parti. Mais la gauche a également marqué des points : c'est ainsi que l'exigence du désarmement nucléaire unilatéral a été adoptée.

La raison principale du tournant à droite du parti et du syndicat est qu'ils veulent montrer à la bourgeoisie qu'ils sont capables de maintenir l'ordre dans la classe ouvrière, en vue des élections prochaines. Ils peuvent faire ce tournant à droite parce que la classe ouvrière est affaiblie par le chômage massif. Cela mène à des défaites, comme celle des cheminots en août dernier.

Mais c'est aussi parce que la direction syndicale, qui a un très grand poids dans le Labour, ne reflète pas ce qui se passe en fait à la base des syndicats. Cela pose le problème de la démocratisation du syndicat. C'est pourquoi nous exigeons qu'il soit mis fin au système qui octroie à la majorité d'un syndicat tous les mandats de ce syndicat pour voter au sein du Labour. Il faut de plus constater que

Tony Benn, le dirigeant de l'aile gauche du Labour, collabore au tournant à droite. Il plaide maintenant pour l'unité autour de Foot, le président du parti, afin de gagner les prochaines élections. Nous disons que ce qui est nécessaire, ce n'est pas le soutien à Foot, qui mène la chasse aux sorcières contre la gauche dans le Labour, mais bien une stratégie pour chasser le gouvernement conservateur, ce qui implique une lutte contre l'aile droite dans le Labour.

Propos recueillis par F. SLEGERS

« La Gauche », 8 octobre 1982.

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