Le testament de Lopez Portillo
Ce que signifie la nationalisation des banques mexicaines ler septembre 1982, à l'occasion de son sixième et dernier rapport annuel devant le congres
• mexicain réuni en session extraordinaire, le président Lopez Portillo — qui, à l'issue des élections du dimanche 4 juillet dernier, cèdera la place à Miguel de la Madrid, candidat élu du même parti, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) —, n'a pas raté sa sortie. Mettant le futur gouvernement mexicain devant le fait accompli, il a annoncé comme ultime mesure la nationalisation des banques privées mexicaines et l'institution du contrôle des changes. Dénonçant la fuite des capitaux vers les Etats-Unis, José Lopez Portillo a précisé : « L Etat mexicain n'a jamais exproprié pour le plaisir d'exproprier, mais pour des raisons d'utilité publique. En l'occurrence, le gouvernement n'élimine pas seulement un intermédiaire, mais un instrument qui a plus que suffisamment prouvé son manque de solidarité avec les intérêts du pays et de l'appareil productif. (1) »
Tout en correspondant à des revendications populaires contre la fuite des capitaux, la nationalisation des banques et le contrôle des change restent néanmoins des mesures partielles incapables de résoudre la crise économique et financière que connaît actuellement le Mexique. Parce qu'elles constituent des mesures tardives, laissant intactes les banques étrangères, proposant une indemnisation des banquiers nationalisés, laissant de côté la nécessaire nationalisation des entreprises importantes dans lesquelles ces banques privées détenaient des
Toutefois, la nationalisation des banques constitue sans conteste un coup porté à un secteur de la bourgeoisie mexicaine très lié à l'impérialisme.
En s'en prenant ainsi aux « sacadolares » (ceux qui faisaient sortir les dollars du pays), José Lopez Portillo visait sans doute un double objectif. Tout d'abord, donner à l'Etat un poids plus grand sur l'économie du pays, par la maîtrise d'une partie des circuits bancaires, pour lui permettre de trouver les moyens financiers de faire face à sa situation d'endettement important sans s'en prendre trop directement et uniquement au niveau de vie des masses populaires. Le second objectif de ces mesures est de redonner un vernis nationaliste au régime du « BANDERA SOCIALISTA »
En 1978, l'économie mexicaine a connu une courte période de redressement qui a coïncidé avec un cycle allant dans le même sens au niveau mondial. Mais ce redressement ne s'est jamais consolidé et la croissance économique n'a jamais adopté un rythme accéléré comme le prétendait le gouvernement. La baisse du prix du pétrole sur le marché mondial n'a été que l'annonce du début d'une nouvelle récession internationale, qui allait avoir sur le Mexique des effets catastrophiques. Ainsi, dans la seconde moitié de 1981 a été enregistré le début d'une chute de la production nationale et une croissance accélérée de l'inflation.
En 1982, l'économie est entrée dans une crise telle que l'on n'en avait pas vue depuis longtemps. Dévaluation par deux fois du peso en un an, réduction drastique
PRI empêtré l'indemnisation des banquiers ... plus qu'à celui de Miguel de la Madrid. mexicaine de la IVe de l'utilisation de la capacité de production des entreprises, faillites et fermetures d'usines, chute verticale de la production, croissance accélérée de la dette exmassif, chute vertigipante annuelle qui atteint les 100%, en sont les aspects essentiels.
José Lopez Portillo a tenté, dans son rapport du ler septembre dernier, de justifier sa politique en expliquant que sous sa présidence, les installations pétrolières et industrielles s'étaient développées, tout comme la production agro-alimentaire, grâce au Système alimentaire mexicain (SAM), et que le salaire réel avait augmenté. D'après lui, il n'y avait pas d'autre possibilité que l'utilisation du pétrole pour le financement d'un développement indépendant. Mais les fait démentent les propos de José Lopez Portillo.
MEXIQUE dans l'échec de sa « réforme politique », face au risque d'une crise institutionnelle du système de parti unique de fait qui a fonctionné jusqu'alors. La consultation électorale du 4 juillet dernier a en effet démontré une certaine perte d'influence du PRI au profit de la droite, avec le Parti d'action nationale (PAN) et de la gauche, notamment représentée par le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT) et le Parti socialiste unifié mexicain (PSUM) (2), qui est la nouvelle dénomination du Parti communiste. José Lopez Portillo, à la veille de la passation constitutionnelle du pouvoir à Miguel de la Madrid, veut en quelque sorte donner un second souffle au populisme déjà bien mal en point du PRI, notamment en resserrant les liens du gouvernement avec la bureaucratie syndicale. Ainsi, quelques jours après l'annonce de la nationalisation des banques, une manifestation de soutien au gouvernement d'un million de personnes avait lieu, tandis que les bureaucrates syndicaux prévoyaient une ponction sur le salaire des travailleurs pour payer
La nationalisation des banques et le contrôle des changes ne sont toutefois guère susceptibles de maintenir sur une longue période un « état de grâce » en faveur du nouveau gouvernement de Miguel de la Madrid. Déjà, un Front contre la vie chère s'est constitué à Mexico, à l'initiative de nombreuses organisations populaires, la question de la terre reste brûlante pour les paysans, et les revendications salariales — le salaire minimum doit être fixé en janvier 1983 — sont toujours a l'ordre du jour. Le gouvernement ayant peu de marges de manœuvre pour accorder aux masses des concessions économiques significatives, la polarisation sociale, en partie illustrée par le résultat des élections du 4 juillet, ne peut que se développer, d'autant plus que la mesure de nationalisation des banques sera mise au crédit de l'ancien gouvernement de José Lopez Portillo
Nous publions ci-dessous de larges extraits d'un article consacré aux mesures prises par José Lopez Portillo, publié dans le numéro 237 du 13 septembre 1982 de Bandera Socialista, organe du Parti révolutionnaire des travailleurs, section
Internationale. Loin d'être un pas en avant vers l'indépendance, le que a été une plus grande intégration de l'économie mexicaine à l'économie nord-américaine, la rendant ainsi toujours plus dépendante de la politique US. Le pétroa fondamentalement été utilisé pour obtenir des devises et non pour développer l'industrie mexicaine. La conséquence de tout cela c'est que Petroleos Mexicanos (PEMEX) est aujourd'hui l'entreprise d'Etat la plus endettée, qui dépend toujours plus pour sa technologie des capi1. Le Monde, 3 septembre 1982. 2. Sur les résultats des élections du 4 juillet dernier, voir l'interview de Edgardo Sanchez, membre du Bureau politique (BP) du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale, dans Inprecor numéro 134, du 11 octobre 1982.
taux impérialistes (3). D'un autre côté, la croissance industrielle a été très inférieure à la croissance de l'industrie pétrolière, provoquant ainsi le phénomène qu'on nomme « la pétrolisation de l'économie ».
Concernant la « croissance » de l'emploi et du salaire réel, la réalité montre que les affirmations de José Lopez Portillo ne sont que mensonges. Entre la dévaluation du peso du 17 février 1982 et aujourd'hui, c'est un million de travailleurs qui ont perdu leur emploi, dépassant ainsi largement le pourcentage de chômage et de sous-emploi qui était de 52 % de la population active. Rien qu'entre 1976 et 1981, le salaire réel a baissé de 26,6 %. Avec les deux dévaluations et l'inflation croissante, ce pourcentage est bien supérieur aujourd'hui.
CROISSANCE ARTIFICIELLE
ET « DOLLARISATION » Fondé sur les revenus pétroliers et la dette extérieure et accompagné d'une faible croissance industrielle, d'une perte de compétitivité des produits nationaux sur le marché mondial, d'un rétrécissement du marché intérieur du fait du chômage et des bas salaires, le développement économique a donné lieu à une croissance artificielle. La récession dans les pays impérialistes, qui a fermé des marchés à la production mexicaine, qui fait monter les taux d'intérêt des crédits financiers, qui oblige à baisser le prix du pétrole et des autres matières premières, a révélé la réalité de l'économie mexicai-
La crise actuelle n'est pas uniquement due aux problèmes de l'économie mondiale et de son interaction sur l'économie mexicaine. Sa profondeur est également le produit de la politique suivie par le gouvernement de José Lopez Portillo : il a gonflé un ballon qui n'a pas tardé à éclater.
Cette situation a eu pour résultat la perte de valeur du peso sur le marché mondial. A cela s'ajoute le fait que l'inflation au Mexique est nettement supécelle des USA, inflation stimulée de plus artificiellement par le capital monopoliste afin d'accroître ses profits. Ainsi, le peso ne correspondait plus à la parité qu'il voulait maintenir avec le dollar. La spéculation sur le dollar a fait le reste. Il ne s'agit plus seulement d'une économie « pétrolisée » mais aussi d'une * dollarisation » de cette économie. Les capitalistes préfèrent manier des dollars plutôt que des pesos dévalués. La dévaluation de février dernier, plus celle d'août, n'ont fait qu'ajuster le taux de change du
Cela n'a fait qu'aggraver la situation. Les investissements ont diminué de façon considérable et la spéculation a atteint un niveau vertigineux. Bien évidemment, le secteur qui avait le plus de facilités pour spéculer avec des dollars était celui de la bourgeoisie financière, particulièrement actif au travers des banques. José Lopez Portillo lui-même a pu déclarer que « les comptes bancaires récents des Mexicains à l'étranger atteignent pour le moins les 14 milliards de dollars ». Les biens immobiliers et fonciers aux USA, propriétés des Mexicains, sont estimés à une valeur de 25 milliards de dollars. « Cela a occasionné une sortie de devises supplémentaire (...) de l'ordre de 8,5 milliards de dollars. Les comptes dans les banques mexicaines, qui sont établis en dollars mais qui ont été approvisionnés majoritairement à leur origine en pesos atteignent les 12 milliards. (...) Nous pouvons affirmer en conséquence que sont sortis du circuit de l'économie mexicaine, au cours des deux ou trois dernières années au moins 22 milliards de dollars, qu'il s'est créé une dette privée (...) de l'ordre de 17 milliards de dollars qui s'ajoutent à la dette extérieure du pays. Ces sommes, ajoutées aux 12 milliards de mex-dollars, soit au total environ 50 milliards de dollars US, sont équivalents à la moitié du passif total du système bancaire mexicain dans son ensemble, et représentent autour des deux tiers de la dette publique et privée du pays. (5) ». NATIONALISATION DE LA BANQUE
ET CONTROLE DES CHANGES Devant cette situation de pillage qui laisse le pays sans devises
3. La PEMEX est l'entreprise d'Etat qui contrôle la prospection, l'extraction et le raffinage du pétrole ainsi que le secteur de la pétro-chimie de base
4. Le peso mexicain a connu une première dévaluation de fait le 17 février 1982. Le dollar est alors passé d'un peu plus de 25 pesos à près de L'inflation aussitôt accélérée (+ 39 % dans les seuls sept premiers mois de lannée). En quelques jours. 800 millions de dollars ont été achetés par des Mexicains et l'équivalent de 240 millions de dollars ont passé la frontière. Le 5 août, le gouvernement décidait de donner une double parité au peso par rapport au dollar, un taux de change préférentiel Pour financer les importations non somptuaires et un taux libre pour les autres transactions. En quelques jours, le dollar était coté à 90 pesos néant les plans contrôle des changes partiel que le gouvernement avait instauré en août 1982, José Lopez Portillo a recours mesures radicales : nationalisation de la banque et contrôle généralisé des changes.
Cette mesure, sans aucun doute l'une des plus importantes prise par un gouvernement mexicain au cours des dernières années, a pour but de poser les jalons de la sortie du chaos financier actuel et d'une réactivation de l'économie. Dans son rapport du ler septembre, José Lopez Portillo affirme vouloir repousser les remèdes classiques utilisés dans des situations semblables (« priver le patient de nourriture, le soumettre au repos forcé », c'est-à-dire la récession, les bas salaires, le chômage). Mais ce qu'il ne dit pas, c'est que c'est sa politique d'austérité qui a provoqué la situation dont il essaie au-
La banque, c'est le coeur du système capitaliste moderne. Elle concentre le capital-argent et, dans des circonstances déterminées comme celle que nous avons connue, elle est le canal de la spéculation et du pillage des devises. Dans les pays arriérés, qui ont un secteur capitaliste industriel faible, la banque ne peut impulser un développement capitaliste productif, car elle doit en premier lieu répondre aux nécessités de profit des capitalistes privés et les intérêts de ces derniers ne se trouvent pas dans l'industrialisation mais, comme cela a été démontré, dans la spédans l'investissement bilier, dans les investissements financiers à taux fixes.
Un autre recours utilisé par le gouvernement pour relancer l'économie a été l'endettement extérieur qui atteint actuellement les 85 milliards de dollars, le plus
C'est sur ces deux piliers - l'exploitation et l'exportation du pétrole et l'endettement extérieur - que s'est basé le développement de l'économie. Avec cela a été appliquée une politique d'austérité, fixant des plafonds d'abaisser le coût de la main-d'œuvre, et de maintien des subventions au dévelopindustriel et agricole, grâce aux matières premières et à l'énergie à bon marché, aux exemptions d'impôts et aux crédits d'Etat. Les bénéficiaires en ont été les grandes entreprises industrielles, notamment celles à capitaux impérialistes.
Par rapport à la campagne, c'est la même politique qui a été suivie. On a sur le marché libre, enregistrant ainsi une hausse de 300 % en six mois (cf. le Monde, 12 août 1982).
5. Les 22 milliards de dollars sortis du Mexique l'ont été essentiellement pour l'acquisition à crédit de biens immobiliers. Cela a entraíné à son tour une dette privée sur laquelle l'Etat a peu de prise directe. Les mex-dollars correspondent, quant à eux, aux 12 milliards de dollars US déposés dans les banques mexicaines. Dans discours du ler septembre. Lopez Portillo n'a pas hésité à déclarer qu'a un groupe de Mexicains, conseillés et appuyés par les banques privées, a sorti plus d'argent du pays que les empires qui nous ont exploités depuis le commencement de notre histoire » (le Monde, 3 septembre 1982).
favorisé la croissance des industries agro-alimentaires produisant pour l'exportation, généralement à capitaux monopolistiques, et on a frappé durement le paysan, en lui enlevant des terres, au chômage ou en le convertissant en salarié sur sa propre parcelle. Et s'il est vrai que la production agro-alimentaire a
Get a dépassé sa situation de crise aiguë, cela l'a été aux dépens des gouvernement annonce avoir atteint une autosuffisance dans la production du grain que le prix du pain et de la tortilla (galette de maïs) augmente de 100%, pour ne prendre que ce
Seule une banque d'Etat et un contrôle généralisé des changes orienté vers des plans productifs, peuvent obliger les capitalistes à canaliser leurs excédents financiers vers l'investissement productif. Cest pour cela que les doivent être appliquées simultanément et d'autres qui empêchent la fuite des
La nationalisation de la banque est très importante économiquement, car elle place dans les mains de l'Etat le principal instrument pour orienter les investissements capitalistes. Le contrôle de la banque permet à l'Etat de faire en sorte que les excédents produits par tous les secteurs de l'économie soient investis dans des secteurs déterminés par les intérêts de l'ensemble du capital et non pas par ceux de chaque capitaliste individuellement. Ainsi, l'Etat dispose d'un instrument formidable pour réorienter l'économie une base productive plus large, comme il le fait déjà dans les branches économiques qu'il contrôle (pétrole, pétrochimie de base, électricité, sidérurgie, engrais, etc.). Cela est particulièrement important dans un régime économique où presque les deux tiers des devises sont apportées au système financier précisément par l'action de l'Etat et où l'endettement extérieur est également à 80% étatique. Si le gouvernement reçoit des devises du pétrole et des crédits, le plus normal c'est que ce soit lui qui les contrôle. C'est ce qu'il voulait faire de manière limitée avec le taux préférentiel de change établi avant la nationalisation.
Politiquement, la nationalisation de la banque est encore plus importante. Les banquiers constituaient le secteur le plus largement développé de la bourgeoisie mexicaine, le plus puissant. Son pouvoir exorbitant, qui vient de l'industrialisation et de la modernisation du capitalisme mexicain d'après-guerre, s'est paradoxalement consolidé dans les années 1960. Durant ces années, la fusion des banques, l'achat par ces dernières d'actions de multiples entreprises et de branches industrielles, la concentration des capitaux et leur lien aux principaux groupes économiques du pays, les ont transformées en colonne vertébrale du capitalisme privé au Mexique et en courroie de transmission de l'action financière étatique vers le capita-
La nationalisation ne les détruit pas, mais elle les expulse du centre privilégié de l'accumulation du capital. Leurs fabuleux profits de ces dernières années (14,5 milliards de pesos en 1981), leur immense pouvoir économique (52 billions de pesos maniés par le système bancaire en 1981) font que cette mesure n'est en aucune façon secondaire. Elle a touché la principale fraction bourgeoise du pays et cela change tout. Elle l'oblige à s'adapter à d'autres activités économiques, elle la déplace du centre du pouvoir économique et met l'Etat à sa place.
C'est pour cela que, tant économiquement que politiquement, la nationalisation de la banque est aussi importante que la nationalisation du pétrole et la réforme agraire de Lazaro Cardenas (6). On touchait alors la fraction bourgeoise impérialiste qui occupait le centre du pouvoir économique, mais qui avait perdu avec la révolution mexicaine son hégémopolitique. Aujourd'hui, José Lopez Portillo touche la bourgeoisie financière qui occupait le centre du pouvoir économique et qui, comme c'est manifeste, manquait de capacité politique pour s'opmesure gouvernementale comme celle qui a été prise le ler septem-
L'autre aspect de cette mesure est en rapport à la situation politique. Comme nous l'avons dit dans d'autres occasions, lors des élections qui viennent de se dérouler, le PRI a fait un score électoral très inférieur à ce qu'il espérait. En revanche, le PAN a augmenté considérablement son score électoral, tout comme la gauche. Face à la crise du PRI et à l'incapacité du gouvernement à la résoudre, de larges secteurs de la population ont cherché une autre solution. Le PAN a profité le plus de cette situation face à la faiblesse de la gauche. Avec les mesures prises par José Lopez Portillo, le PRI et le gouvernement se redonnent une image « nationaliste » et retrouvent une nouvelle capacité de réponse pour tenter de reconstituer le consensus social.
Mais même si cette bourgeoisie financière a été durement frappée, elle ne demeurera pas passive. (...) A l'intérieur du PRI, où milite cette bourgeoisie, lempoignade interne s'envenime et, à un niveau plus général, l'affrontement
'que se polarise.(...) Dans une situation de ce genre, malgré les coups qu'elle a reçus, la droite s'est renforcée, notamment dans les couches de la petite bourgeoisie désillusionnée. Et cela constitue une menace pour la gauche, qui n'est pas encore suffisamment implantée dans la majorité de la population pour offrir une alternative révolutionnaire.
UNE MESURE
INÉVITABLEMENT PARTIELLE La façon dont le système bancaire a été nationalisé affaiblit d'autant plus la bourgeoisie financière que le paiement des indemnisations se fera sur dix ans.
Avec la dévaluation croissante du peso, cette indemnisation sera minime, même si elle s'effectue comme le gouvernement l'a annoncé. Mais en nationalisant la banque, comme l'a dit cyniquement le président de l'Association des banquiers, la seule chose que le gouvernement a natioABAJO -L
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Manifestation du PRT mexicain durant la campagne électorale. (DR)
nalisé, ce sont les dettes de ces banques, puisque l'argent est depuis longtemps parti à l'étranger. Pour cette seule raison, il ne faut pas leur donner un seul peso d'indemnisation.
Le contrôle généralisé des changes est établi pour éviter la fuite des devises au travers de la spéculation. Néanmoins, ce contrôle s'effectue sur la circulation des capitaux, mais pas sur leur source ou leur affectation. Pour cela, c'est une mesure partielle. D'autre part, les secteurs directement affectés par cette mesure sont les secteurs frontaliers avec les Etats-Unis.
On a essayé de remédier à cela en payant les maquiladoras (usines de sous-traitance) et en établissant un quota mensuel de devises par personne résidant dans la zone frontalière.
La nationalisation a d'indubitables limites. C'est une mesure tardive prise alors que le pillage des ressources économiques était déjà effectué. On hérite done d'un système bancaire faible financièrement, dans lequel il faudra réinvestir des capitaux. Mais qu'elle soit tardive ne veut pas dire qu'elle soit inutile. Les effets de cette
6. Lazaro Cardenas, président de la République de 1934 a 1940, procéda à des réformes sociales et à des nationalisations d'entreprises étrangères. Il entreprit notamment en 1938 la « mexicanisation » du pétrole.
mesure commencent à être perçus dans les décisions prises par la Banque du Mexique, en terme de crédits pour appuyer l'industrie, d'augmentation des taux d'intérêts pour les petits épargnants, des taux de change préférentiels, etc. Ils s'inserivent ainsi dans une gestion des finances capitalistes certes, mais qui tend à desserrer le nœud par lequel le capital financier privé étranglait les travailleurs et même de larges secteurs de la petite bourgeoisie, voire la bourgeoisie et le gouvernement lui-même.
Ces mesures déjà tardives (« ils ont déjà tout pillé ») sont inévitablement partielles. Les principales fuites de capitaux ne se font pas par la spéculation mais par le biais des multinationales. Ces entreprises, qui ne sont affectées en rien par la mesure de nationalisation, comme les banques étrangères d'ailleurs, sont responsables des plus importantes sorties de capitaux du pays à travers leurs profits, les paiements des brevets, les transferts technologiques, l'importation de biens et de matières premières et l'exportation de leurs produits.
De plus, elles exploitent une main-d'œuvre bon marché et profitent de crédits et subsides versés par le gouvernement. Le contrôle des changes ne les affecte pas plus car, s'il existe bien un contrôle de l'Etat sur les capitaux, il existe également une vente de devises à un taux préférentiel à certains secteurs de la production, qui favorise ces entreprises. Et surtout, comme nous l'avons déjà signalé, il n'existe pas de contrôle sur l'origine et l'affectation des capitaux.
Il y a aussi deux questions supplémentaires. Avant ce rapport, le secrétaire d'Etat aux Finances a passé une semaine à New York en réunion avec les banquiers nord-américains. Ceux-ci ont exigé que l'Etat mexicain se porte garant des banques privées qui avaient perdu toute crédibilité, pour lui accorder un prêt. Le gouvernement a opté pour la nationalisation du secteur bancaire mexicain, lui donnant ainsi une plus grande solvabilité et un meilleur capital de confiance. C'est pour cela que si certains banquiers impérialistes ont poussé de grands cris, d'autres plus lucides voient avec un certain optimisme cette mesure, car elle garantit leurs investissements, l'Etat appuyant ainsi leur remboursement.
L'autre question concerne la proposition du gouvernement de relancer l'économie en maintenant les dépenses publiques et en favorisant les investissements productifs. Ainsi, aux avantages existants, tels le combustible et l'énergie électrique à bon marché, les bas tarifs de transport, les exemptions d'impôts, les crédits et toute une série de facilités, vont s'en ajouter maintenant d'autres, à travers l'octroi de devises à un taux préférentiel pour que les entreprises règlent leurs achats et fassent leurs investissements. Si les mesures déjà prises ne sont pas complétées par d'autre, le Mexique continuera d'être le paradis de l'investissement étranger, et plus encore maintenant qu'un concurrent local - la bourgeoisie mexicaine - se trouve affaibli.
C'est pour cela que, même si l'impérialisme ne voit jamais d'un bon œil toute mesure nationaliste, cela n'implique pas que les relations avec lui ne pourront pas se resserrer. Si le secteur bancaire et les entreprises d'Etat sont utilisés comme une infrastructure qui subventionne le capital impérialiste, le redressement correspondra à une plus grande intégration de l'économie mexicaine à l'économie nord-américaine.
DÉNONCIATION DE LA DETTE
EXTÉRIEURE, REFORME FISCALE
Pour éviter ce danger, il est nécessaire de prendre d'autres mesures qui complètent celles qui sont déjà prises. L'une d'entre elles est de refuser de payer la dette extérieure, y compris la dette des banquiers qui revient maintenant à l'Etat. Les multinationales et la Banque mondiale ont suffisamment gagné d'argent pour se dédommager avec profits de ce qu'elles ont investi. Leurs gains dépassent la dette extérieure du pays, et il n'y a rien à rajouter à ce qu'ils ont déjà pillé.
L'autre mesure à prendre est le contrôle sur les banques étrangères qui sont restées à l'écart de ces mesures, ce qui permet aujourd'hui la poursuite des fuites de capitaux et de la spéculation. Le problème n'est pas tant la bourgeoisie nationale que l'impérialisme, ses banques et ses industries, premières sangsues du pays.
Pour empêcher que cette situation se poursuive, il faut continuer la lutte pour une réforme fiscale qui touche les grandes entreprises, les plus favorisées par la politique du gouvernement, lutter contre la politique suivie par le gouvernement d'augmenter les impôts directs et indirects qui pèsent sur les travailleurs. La même chose vaut pour les subventions. Il faut en finir, en faisant payer aux capitalistes les différents tarifs à leur prix réel.
De plus, il est important de définir l'utilisation des ressources acquises par la banque d'Etat. Contre le projet qui vise à continuer à subventionner le capital, particulièrement le capital impérialiste, il faut élaborer un projet d'intérêt social, qui élève le niveau de vie et de travail de la population, et s'attaque réellement au chômage et aux bas salaires.
Contre la volonté du gouvernement de mettre en vente les actions d'entreprises détenues par les banquiers expropriés, il faut les maintenir au pouvoir de l'Etat. Les seuls qui puissent acheter ces actions sont les capitalistes nationaux et impérialistes. Cela signifierait un retour en arrière dans l'étatisation de l'économie.
Ce qu'il faut, au contraire, c'est avancer dans cette étatisation en expropriant totalement toutes les industries importantes dont les banquiers possédaient des actions. De plus, il est nécessaire que l'Etat prenne en charge la totalité des entreprises clés pour la production et la distribution de biens fondamentaux, et celles qui ont rapport avec les communications. Pour résoudre le problème de la chute du pouvoir d'achat de la majorité de la population, il est urgent de nationaliser les industries pharmaceutiques, le textile, la confection vestimentaire, l'alimentation et de geler les rentes.
CONTROLE OUVRIER,
ECHELLE MOBILE DES SALAIRES
La nationalisation de la banque a une signification immense pour les travailleurs des banques. La constitution d'un syndicat des banques est une grande conquête qui changera qualitativement leur condition de travail (7). Ce n'est pas non plus une concession du gouvernement, mais le fruit d'années de lutte des travailleurs des banques.
Mais, dès maintenant, il faut lutter pour que, premièrement, se constitue un syndicat national unique, pour que ce syndicat soit démocratique, que la base élise ses représentants et qu'on établisse dès le départ un fonctionnement démocratique de ses structures, qu'il soit indépendant de la politique de l'Etat et du PRI. Mais il faut lutter également pour que les travailleurs aient un contrôle réel sur la banque. Le contrôle ouvrier de la banque sera un obstacle important à l'enrichissement du capital sur les ressources du pays. Contrôle ouvrier, c'est-à-dire droit de veto, est un mot d'ordre pour lequel doivent lutter non seulement les travailleurs de la banque, mais aussi les travailleurs des entreprises étatisées, pour empêcher qu'elles continuent d'être l'infrastructure d'une accumulation de profits pour les grandes entreprises.
Les mesures annoncées par le gouvernement, même si nous les appuyons, ne signifient pas pour le mouvement ouvrier et populaire l'apogée de la lutte, mais le début d'une autre lutte de plus grande envergure qui a pour but l'unité et l'indépendance des travailleurs, pour être en mesure d'apporter une solution ouvrière à la crise.(...)
Aujourd'hui plus que jamais, il est nécessaire d'unifier toutes les forces pour lutter pour une augmentation urgente des de tous les travailleurs, qu'ils soient syndiqués ou non, pour l'augmentation des pensions et des retraites, pour le paiement de bons aux chômeurs, et pour l'arrêt des licenciements dans les entreprises en répartissant le travail entre toutes les mains disponibles, pour que personne ne soit licencié. Face à la perspective de l'approfondissement de la crise, il faut également une lutte unifiée pour l'échelle mobile des salaires, qui augmente automatiquement ces derniers à chaque augmentation des prix.
Le mouvement ouvrier et populaire doit être le défenseur le plus conséquent de la nationalisation des banques et du contrôle des changes, fermant la voie à la réaction de la bourgeoisie financière et luttant pour ses revendications les plus immédiates et pour multiplier les natio-
« BANDERA SOCIALISTA » Mexico, 13 septembre 1982. 7. Dès l'annonce de la nationalisation des banques privées mexicaines, des sections syndicales ont pu se créer dans ces banques.