Inprecor 1974–2004

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BRESIL

Les courants qui se réclament du trotskysme à l'épreuve du Parti des travailleurs

· Inprecor n° 136, 8 novembre 1982 · p. 17-19 · 2 710 mots

Brésil IVe Internationale Syndicalisme

Les courants qui se réclament du trotskysme à l'épreuve de la construction du Parti des travailleurs

Jorge BUARQUE

Le Parti des travailleurs (PT) représente, depuis sa formation en 1979, la plus importante expérience de construction d'un parti ouvrier de masse indépendant de la bourgeoisie, dans toute l'Amérique latine de l'après-guerre. Depuis trois ans qu'il existe, le PT n'a cessé de progresser, tant du point de vue de son implantation sociale que de son élaboration programmatique, rejetant la collaboration avec la dictature, définissant une politique indépendante face aux oppositions libérales bourgeoises, leur disputant l'hégémonie dans la lutte pour la conquête des libertés démocratiques.

Le PT se définit actuellement comme un parti qui lutte pour le socialisme et pour le pouvoir des travailleurs, qui soutient Solidarité en Pologne et maintient des relations fraternelles et solidaires aussi bien avec les révolutionnaires d'Amérique centrale qu'avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Le PT se démarque clairement du stalinisme comme de la social-démocratie. Sa formation n'est pas étrangère à l'intervention en son sein courants qui se réclament du marxisme révolutionnaire, comme le courant du journal Convergence socialiste (CS), qui est aujourd'hui partie prenante de la Ligue internationale des travailleurs (LIT) animée par Nahuel Moreno, ou comme le courant qui publiait le journal O Trabalhador et qui a rejoint récemment les forces soutenant le bimensuel Em Tempo (dont Inprecor a souvent traduit et publié les contributions) (1).

Cette responsabilité particulière et l'importance de la conjoncture à la veille des élections, donnent toute son actualité à l'analyse de l'attitude et de la pratique de ceux qui se réclament du trotskysme vis-à-vis du PT.

LA POLITIQUE SCISSIONNISTE

DE LA CS Peu avant que les syndicalistes de la zone industrielle de l'ABC n'aient lancé l'idée du PT, l'orientation du noyau fondateur de la CS était la construction d'un Parti socialiste en collaboration avec une partie au moins de ce qu'on appelait alors « l'aile authentique » du Mouvement démocratique brésilien (MDB) (2). Il faut se rappeler qu'en 1978-1979, le Parti socialiste des travailleurs (PST) d'Argentine cherchait lui aussi à créer une « Fédération socialiste » avec des groupes locaux de la social-démocratie, et à s'introduire dans les réunions de la Ile Internationale.

La Convergence socialiste elle-même s'inscrivait dans ce projet. Il s'agissait d'une organisation qui visait à être légale et qui fut, de fait, la première organisation légale à défendre des positions socia-

OPERSPECTIM

Documento: Democracia Socialiste e Dernier numéro de Perspectiva Internacional, au Brésil en collaboration avec listes. C'est ce qui explique son succès initial : elle parvint à capter une radicalisation qui allait plus tard alimenter le PT. En 1978, la CS parvenait à regrouper plus de 500 militants et à se lier dès l'origine au mouvement pour la création du Parti

Pourtant, sa politique était très pragmatique. A la fin de 1979 et au début de 1980, son intervention dans le PT était

1. O Trabalhador (le Travailleur) est issu d'une rupture dans le courant qui se reconnaît dans le journal O Trabalho (le Travail). Ce courant est étroitement lié à l'Organisation socialiste internationaliste (OSI), qui appartient au Comité international de reconstruction de la IVe Internationale (lambertiste). En 1979, la direction de l'OSI a expulsé la quasi-totalité de ses militants ouvriers engagés à fond dans la formation du PT. qu'elle dénonçait comme « un pilier de la dictature ». Ce sont eux qui ont alors commencé la publication du journal O Trabalhador.

Em Tempo, qui a vu le jour en 1977, est un bimensuel qui s'est engagé à fond, dès le début du processus, dans la construction du PT. Jouant le rôle d'une tribune ouverte aux débats sur la construction du PT. Em Tempo a pris dans ces débats des positions qui sont celles d'un courant révolutionnaire : pour un véritable parti ouvrier de masse et non un simple cartel pratiquement réduite à néant. Elle a été ensuite réanimée sur la base d'une forte adaptation à la direction de Luis Inacio des élections, l'orientation de la CS dans le PT est devenue clairement scissionniste. Le développement du PT, ses contradictions internes, la confrontation entre les courants actifs en son sein, les mauvais résultats prévisibles des candidats liés à la CS, tout cela concourt à accentuer sa pratique sectaire, qui n'est que le reflet au Brésil du cours international de Nahuel Moreno depuis l'explosion du Comité international (3).

Il ne manque pas de théorisations pour justifier cette orientation. Il s'agit en particulier de la découverte faite par Nahuel Moreno, selon laquelle une tactique de Front unique n'est applicable que dans exceptionnelles, qu'elle ne fut, d'après son organe Courinternational, pratiquée Parti bolchevique que pendant un court épisode de quinze jours ... Mais ce cours sectaire de la CS répond surtout à une préoccupation pratique direction de la CS, il y a une contradiction entre le renforcement immédiat de son organisation et l'engagement prioritaire dans la construction loyale du PT. De plus, la CS recrute désormais principalement dans un milieu de lycéens très jeunes, en marge du courant prolétarien qui nourrit la croissance du PT, et pour lequel un virage sectaire est acceptable que pour des militants Il ne faut pas aller chercher bien loin la justification « Quand nous parlons de bureaucratie écrit la CS, nous nous référons exactement à la conception marxiste de électoral : pour l'indépendance compris au niveau électoral : pour une Centrale unique des travailleurs (CUT) : pour les mots d'ordre de renversement de la dictature et d'Assemblée constituante. Sur les questions internationales. Em Tempo exprime des positions marxistes révolutionnaires et a souvent publié des documents de la IVe Internationale.

2. Mouvement démocratique brésilien (MDB). C'était l'opposition tolérée au parti au pouvoir, l'Alliance pour la rénovation nationale (ARENA), dans le système bipartite mis en place par la dictature. Pendant les années les plus dures, des courants de gauche y ont parfois trouvé refuge.

3. Le Comité international (IVe Internationale), fondé lors de la Conférence internationale de décembre 1980, a explosé dès octobre 1981 (cf. Inprecor numéro 122, du 5 avril 1982).

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cette notion. Nous nous référons à une caste privilégiée qui a son origine dans la classe ouvrière, qui est née en son sein, mais qui n'appartient plus à la classe ouvrière. Il s'agit d'un secteur uni à la bourgeoisie nationale et impérialiste pour freiner un processus de mobilisation permanente des masses, d'un secteur qui considère le trotskysme comme son ennemi fondamental, et que les trotskystes considèrent comme leur propre ennemi dans la classe ouvrière. Parce que, définir un courant comme bureaucratique veut qu'il a construit un appareil bourgeois au sein des institutions ouvrières et que, s'il peut jouer à certains moments un rôle progressiste que les trotskystes peuvent utiliser, il est - historiquement - contrerévolutionnaire. » (Document préparatoire au Congrès de la CS, deuxième partie,

D'une certaine manière, l'histoire se répète. C'est ce qu'il faut prendre compte pour caractériser les courants sectaires. Il y a trois ans, le Comité international s'est formé dans l'attente d'une défaite rapide de la révolution sandiniste au Nicaragua, qui devait lui « donner raison » dans son attaque contre la IVe Internationale. A présent, la CS agit en misant sur le fait que le projet d'indépendance de classe incarné par le PT va subir une défaite, au lieu de lutter dans le PT, loyalement, pour la défense des principes sur lesquels il a été créé. Comme la révolution nicaraguayenne, la révolution brésilienne a tout à gagner de la défaite politique de ces conceptions sectaires.

LES VIRAGES DE L'OSI Organisation plus forte numériquement, l'OSI a opéré des virages politiques encore plus brutaux que ceux de la CS. Alors qu'elle représentait, déjà en 1977, la principale direction combative du mouvement étudiant à Sao Paulo, l'OSI avait comme orientation centrale la construction d'un « Parti ouvrier indépendant ». Mais il s'agissait d'une simple proclamation propagandiste et non d'une compréhension concrète de l'évolution de la lutte des classes. Ainsi, les premières réactions face aux mouvements grévistes de Sao Bernardo et à l'émergence de la direction « luliste » furent marquées d'un profond sectarisme : « Naissant à l'intérieur d'un syndicat corporatif, regroupant des bureaucrates jaunes anciens et plus jeunes, le PT démontre à chaque grève son véritable rôle : maintenir la structure syndicale corporative, briser le mouvement gréviste. (...) Il s'agit d'une structure bourgeoise qui joue, aux côtés du Parti communiste brésilien (PCB), un rôle de soutien à la dictature. » (Lutte de classe numéro 2, septembre 1979, p. 27). Les résolutions du Congrès de l'OSI, qui eut lieu à cette époque, étaient encore plus catégoriques : elles qualifiaient le PT de « dernier rempart de la dictature » : il n'était done plus « aux côtés du PCB », mais constituait une entrave encore plus forte et dangereuse aux progrès de la classe ouvrière sur la voie de l'indépendance

Le tournant a été aussi brutal que ces affirmations étaient étrangères à la réalité. Il a été imposé par la voie de la discipline internationale au nom des impératifs du rapprochement avec le courant animé par Nahuel Moreno à l'époque de l'idylle éphémère du Comité international. Environ un an après la publication de l'article de Lutte de classe que nous venons de citer se réunissait à Paris, en décembre 1980, la « Conférence mondiale ouverte ». Son but réel était de parachever le changement de position de l'OSI, avec une véhémence qui n'exclut pas les définitions ambiguës : « Un PT sans patrons pose donc, de fait, la nécessité de l'indépendance de classe, qui est la condition pour la construction d'un parti révolutionnaire, vers lequel le PT peut être une transition. » (Résolution de la commission Brésil, Lutte de classe, numéro 8, p. 37.)

L'OSI obtempéra. Mais sa direction inventa alors une version intermédiaire entre la première appréciation du PT et celle qui finit par l'amener à participer à sa construction. Cette version n'a pas seulement une fonction interne, visant à esquiver les autocritiques : elle donne une cohérence à une politique sectaire dont la

En janvier 1980, la revue Lutte de classe, numéro 13, publiait la caractérisation suivante : « Le PT constitue une réponse au mouvement ouvrier dans le sens de son organisation indépendante. (...) Le PT naît comme une structure d'agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, mais il ne s'est pas comporté comme un pilier de la dictature. La force motrice de son organisation ne réside ni dans les partis bourgeois ni dans la dietature militaire, mais dans la lutte des travailleurs. La question de savoir si le mouvement ouvrier se servira du PT comme instrument transitoire ou s'il se construira sur ses ruines est une question que nous pouvons pas résoudre par avance. » (P. 10-11.) Comme on le voit, la notion Le PT et la gauche, un dessin paru dans Em

O PT e a Esquerda

de « transition » figure ici, reprise avec un contenu différent.

La diplomatie politique a ses raisons : la formule suffit à convaincre les militants de l'OSI, qui ne furent d'ailleurs pas consultés en Congrès sur l'abandon de la ligne antérieure, et pour ouvrir le processus d'unification entre TOSI et la CS. Mais elle ne suffit pas pour orienter l'intervention dans la lutte de classe. Comme l'ont illustré plusieurs articles publiés dans Inprecor, le PT a évolué au cours de ces années. Il s'est défini politiquement. Il s'est implanté dans le mouvement de masse. Malgré certaines contradictions et certains reculs, surtout en 1980, son évolution générale a été positive et lui a permis de répondre aux nécessités de la lutte contre la pour l'indépendance classe. Cette réalité est un facteur qui a agi puissamment sur tous les courants qui militent dans les rangs du PT. Elle a eu pour effet, jusqu'à présent, de démanteler la majorité des courants centristes (qui concevaient le PT comme un simple front d'organisations d'avant-garde et non comme un authentique parti de masse) et d'affaiblir les courants sectaires (comme l'OSI et, dans la dernière période, la CS). Leur implantation dans le PT et leur présence dans ses organes de direction est très réduite, et les militants du PT considèrent avec beaucoup de défiance des courants capables de virages aussi brutaux

L'opportunisme de la politique de l'OSI apparaît clairement dans son double langage. De façon interne, elle se définit

«entriste », « Notre objectif, avec l'entrisme, est de construire le parti révolutionnaire ; l'entrisme est une tactique appliquée pour une durée limitée, et le moment précis pour y mettre fin sera déterminé en fonction de la construction du parti révolutionnaire ; la construction du PT comme ouvrier indépendant n'est pas contradictoire avec la construction du parti révolutionnaire. » (Bulletin de préparation au Ve Congrès de POSI, 30 octobre 1981, p. 30.) Publiquement, le langage est très différent : « Nous, militants trotskystes, nous combattons loyalement à l'intérieur du PT pour sa construction et son renforcement comme parti ouvrier indépendant. » (Résolution Congrès, Lutte de classe, numéro 8, mars

Sur cette base, alors que la CS tend à la scission, l'OSI s'adapte aux courants les plus droitiers du PT (avec lesquels ses candidats font systématiquement alliance dans la campagne électorale), adopte une position « officialiste » envers les directions en place, et développe une pratique d'« entrisme profond ».

NI ENTRISME NI SCISSION Dans le contexte déjà évoqué des élections brésiliennes, deux constats s'imposent : le progrès du PT et de la classe ouvrière créent des conditions excellentes pour la construction d'un parti révolutionnaire avec une large influence et des cadres trempés dans le travail de masse ;

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et il est tout aussi évident qu'après les élections, le développement du PT va être plus contradictoire que jusqu'à présent. Une compréhension politique et tactique de son rôle, de ses limites et de ses possibilités, sera plus nécessaire que jamais.

Les politiques de la CS et de l'OSI sont des obstacles à cette intervention, qui ne peut être assurée que par une forte organisation marxiste révolutionnaire, travaillant loyalement à construire le PT comme parti, participant pleinement à cette expérience aux côtés des plus larges secteurs du prolétariat brésilien, participant aussi à son élaboration programmatique, regroupant un large courant « lutte de classe » capable de s'opposer aux déviations réformistes ou parlementaristes qui peuvent se manifester dans la droite du parti et se renforcer à l'issue des élec-

Une politique scissionniste signifierait une démission dans ce combat. Une politique entriste reviendrait de même à considérer — par avance — que ce combat est perdu et qu'il s'agit simplement, dans un avenir plus ou moins rapproché, de détruire ce parti. Les deux positions partent d'une incompréhension profonde de la réalité du PT.

C'est cette différence de conception politique et d'activité pratique qui explique l'implantation plus importante qu'a conquis le courant regroupé autour du journal Em Tempo, qui constitue une partie significative de la Direction nationale du PT. Ce courant, qui est majoritaire dans la direction de certains Etats déterminants, est partie prenante des directions syndicales classistes, et constitue désormais le courant le plus important dans la tendance étudiante liée au PT. Cette tendance est en position de remporter la direction de l'Union nationale des étudiants (UNE) (4) dans les mois qui

Une lutte cohérente des marxistes révolutionnaires dans le PT ne peut se développer qu'en se concevant comme les constructeurs les plus résolus, les plus militants, les plus clairs politiquement, les plus définis du point de vue programmatique, du point de vue national et international, les plus « pétistes », car la construction du parti révolutionnaire est aujourd'hui inséparable des progrès dans la construction de ce parti ouvrier de masse, avec ses 400 000 affiliés, ses millions d'électeurs, et dans la défense de ses définitions initiales comme parti sans patrons, socialiste, et animé par une large démocratie interne.

Jorge BUARQUE Sao Paulo, octobre 1982. 4. L'Union nationale des étudiants (UNE) est, au Brésil, une véritable organisation de masdans la mesure ou tous les étudiants sont censés participer à l'élection de ses structures. Elle est actuellement dirigée par une coalition de courants animée par le Parti communiste du Brésil (PC do B, pro-albanais). Une forte opposition s'est développée, qu'une référence commune au PT a contribué à unifier. Le courant lié à Em Tempo, particulièrement fort au Rio Grande do Sul et au Minas Gerais, y joue un rôle déterminant.

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décrivent la campagne électorale du PT

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