Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

« Lula », Sandra et Perly décrivent la campagne du PT

· Inprecor n° 136, 8 novembre 1982 · p. 19-20 · 1 604 mots

Brésil

Trois candidats gouverneurs, respectivement pour les Etats de Sao Paulo, Minas Gerais et Espirito Santo, décrivent ci-après le développement de la campagne électorale du PT et ses problèmes. L'entrevue avec Luis Inacio Da Silva « Lula » a été publiée par le bimensuel Em Tempo le 14 juillet 1982, et celle de Sandra Starling dans l'édition du 25 août de cette même revue, tandis que l'interview de Perly Cipriano a été réalisée par le correspondant d'Inprecor.

« LULA » : « NOUS PARTICIPONS

POUR GAGNER » « EM TEMPO » : - La plate-forme nationale du PT comme sa plate-forme pour Sao Paulo parlent de « conseils populaires » dans l'administration du PT. Comment envisages-tu cette question ?

« LULA » : - Nous devons encore préciser ce que nous entendons par là. Je crois que ces conseils auront pour fonction la délibération sur tout ce qui sera entrepris dans la municipalité et l'Etat, et aussi le contrôle sur l'exécution des décisions. A la différence de ceux qui parlent beaucoup « participation » sans aucune proposition concrète, pour le PT, ces conseils devront avoir un pouvoir de décision et ne seront pas de simples organes consultatifs servant à légitimer a posteriori des décisions déjà prises en petit comité. Ils devront intégrer aussi bien des représentants de quartier que de catégories professionnelles et d'entreprises. Au niveau des Etats, ils devront être structurés à partir des municipalités. Nous aurons done, au niveau de l'Etat, une Assemblée populaire, quel que soit le nom

Lula, Sandra, Perly

qu'on lui donne (nous devons éviter un nom qui soit « brûlé »), et ce sera l'organe qui devra déterminer réellement les mandats du gouvernement de l'Etat.

Dans notre conception, en tant que parti, gouverner à quelque niveau que ce soit n'a de sens que si c'est avec le peuple, et non en considérant l'exécutif comme la propriété privée des gouvernants, comme c'est la tradition dans ce pays. Les choix politiques, généraux et particuliers, comme la nomination des autorités, tout doit passer par une délibération collective de la population.

Certains secteurs de l'opposition commencent à parler de gouvernements de large coalition démocratique après les élections de novembre, regroupant tous les partis d'opposition. Quelle est ton opinion sur ce que devra faire le PT, qu'il gagne ou qu'il soit battu ?

- Ecoute, à mon avis, dans la mesure où le PT n'a pas encore discuté de la question, quel que soit le parti d'opposition qui gagne les élections, il n'aura pas les moyens de gouverner seul (dans l'Etat de Sao Paulo) et il aura donc besoin du soutien politique de l'ensemble des oppositions. En ce qui concerne le PT, jè crois que la contribution que nous pourrons donner à un gouvernement d'un autre parti d'opposition, dans quelque Etat que ce soit, ce sera un travail critique de contrôle. Tu sais, il ne suffit pas de participer et d'accepter un secrétariat pour dire que le parti participe réellement au gouvernement. Je crois que cela n'intéresse pas le PT, du moins à mon avis.

Ce que nous devons faire, c'est de l'extérieur du gouvernement, par la

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Partido dos Trabalhadores critique et la dénonciation de ce qui est erroné, en organisant le mouvement populaire, pour obtenir plus de ce gouvernement ; on n'a pas besoin pour cela d'accepter quelque charge que ce soit. Cependant, au moment opportun, le PT convoquera une convention au niveau de l'Etat ou au niveau fédéral pour se prononcer à ce sujet. Mais moi, « Lula », en tout cas, je n'accepterais jamais d'entrer dans un gouvernement d'un autre parti d'opposition. Je crois que notre rôle est autre.

Au cas où nous l'emporterions, les postes gouvernementaux ne seraient pas occupés exclusivement par des gens du PT. Mais nous n'allons pas davantage répartir les responsabilités entre les partis d'opposition dans une problématique de coalition. Notre gouvernement nommera

Affiche du PT : « Un parti sans patrons, pour un gouvernement des travailleurs ! » (DR) à telle ou telle fonction les personnes ayant les capacités requises et en accord avec la ligne générale de notre politique. La répartition ne sert qu'à engendrer la corruption et à affaiblir l'organisation du parti. C'est pourquoi, dans cette hypothèse également, je ne serai pas favorable à des gouvernements de coalition.

« EM TEMPO » 14 juillet 1982.

SANDRA STARLING :

«UNE CAMPAGNE DE LUTTE »

« EM TEMPO » : - Comment le PT utilise-t-il la campagne électorale pour impulser et appuyer la lutte des travailleurs ?

Sandra STARLING : - A Santa Vitoria, dans le triangle minier, par exemple, nous avons réussi à réunir lundi soir 200

250 journaliers agricoles dans la salle municipale. Ce sont des gens qui se lèvent à 4 heures du matin et qui pourtant sont restés là de 19 h 30 jusqu'à 23 heures, à discuter avec nous et à présenter leurs revendications. Notre campagne est une campagne de lutte. Cela veut dire que nous n'allons pas seulement dans les endroits où nous allons avoir des voix. Ainsi, je suis allée avec Vicente Nica, candidat député fédéral du PT, à Cachoeirinha, au nord-est du Minas, où nous avons formé un directoire municipal du PT. J'étais la seule de tous les candidats au poste de gouverneur présente au meeting de solidarité avec les paysans pauvres expulsés de leur terre, qui a été brutalement réprimé par la police politique du Minas. En plus d'un détachement de la police militaire de 200 hommes, la police politique a envoyé 150 agents armés de mitraillettes, de révolvers et de couteaux pour intimider les travailleurs. Plusieurs camions qui transportaient les travailleurs de la région vers la réunion ont été empêchés d'atteindre Cachoeirinha, sous prétexte qu'ils ne remplissaient pas les conditions de sécurité pour le transport des personnes, préoccupation qui contraste avec les moyens de O Partido sem Patrões POR UM GOVERNO DOS TRABALHADORES transport utilisés quotidiennement pour le déplacement des journaliers agricoles ...

- Et comment se déroule la campagne dans les grandes concentrations ouvrières du Minas ?

- Avant d'organiser de grands meetings, nous avons commencé notre campagne dans la classe ouvrière avec ce que nous appelons le « porte-à-porte » des usines. On attend la sortie ou l'entrée des équipes (l'entrée est préférable) et nous distribuons les bulletins de la campagne. Le premier présente le parti et explique l'importance pour la classe travailleuse d'avoir un parti indépendant. Nous y alIons avec les drapeaux du PT, et les militants et candidats font des mini-meetings à la porte des usines. Dans la deuxième phase, nous distribuons le bulletin de présentation des candidats aux charges de gouverneur et sénateur, et un bulletin réfutant la fable du « vote utile » lancée par le PMDB. Et, dans la troisième phase, nous présentons la propagande des candidats à la députation. Ensuite, nous passerons à l'organisation des grands meetings et des manifestations de rue.

Les candidatures du PT sont devenues des moyens de communication ambulants pour populariser d'une région à l'autre les luttes et les revendications ouvrières, les campagnes syndicales, dénonciation de la répression. Voilà le rôle du PT dans la campagne.

« EM TEMPO » 25 août 1982. PERLY CIPRIANO, CANDIDAT GOUVERNEUR DE ESPIRITO SANTO

« INPRECOR » : - Comment se pose la question du « vote utile pour le PMDB », ici, à Espirito Santo ?

Perly CIPRIANO : - Notre pays connaît une conjoncture de récession économique, bien que le gouvernement s'efforce de freiner cette récession le temps de la campagne électorale. Le PT a un programme propre qui prétend réaliser l'unité des travailleurs des villes et des campagnes. Pour cela, nous allons affronter non seulement la dictature militaire, mais aussi les partis d'opposition qui, en pratique, veulent en finir avec le PT sous prétexte du prétendu « vote utile ». Pour nous, il n'y a aucun doute: le seul vote utile est celui qui permet d'organiser les travailleurs.

A Espirito Santo, nous avons un exemple typique de cette hypocrisie du « vote utile ». Le candidat du gouvernement, Carlitos, a été à l'origine l'un des fondateurs du MDB, ensuite il est passé à l'ARENA, et il est aujourd'hui candidat du PDS. Le candidat gouverneur du PMBD, Camata, a été pendant seize ans le représentant du parti de la dictature militaire : du coup d'Etat de 1964 jusqu'à 1980. Pendant la période du gouvernement du général Geisel, il a même été vice-président de la fraction parlementaire du PDS. Enfin, le candidat vice-gouverneur du PMDB est l'un des plus grands latifundiaires de l'Etat d'Espirito Santo, qui vient d'acheter une propriété pour 900 millions de cruzeiros et qui est compromis avec les secteurs les plus conservateurs de l'Etat.

Le gouvernement veut une « adaptation démocratique » à partir du sommet. C'est pourquoi il a besoin d'élections, afin de modeler une nouvelle composition des forces. En apparence, il a perdu au profit du PMDB. Mais ce n'est qu'une apparence : il y a des cadres qui se déplacent du PDS au PP et au PMDB, mais c'est pour le transformer en un parti toujours plus fiable pour la dictature. Le gouvernement va perdre dans certains Etats. Mais avec des gouverneurs comme Camata ici, Tancredo Neves (ancien dirigeant du PP) au Minas, ou Moro Teixeira à Rio de Janeiro, et bien d'autres encore, il ne s'agirait pas d'une défaite mais d'une redistribution des forces dans la perspective de créer de nouveaux partis en 1983. Le gouvernement dispose encore de marges de manœuvre pour traiter avec ces partis prétendument d'opposition.

Le PT est donc le seul parti qui va continuer en 1983. Il est done facile de comprendre son importance.

Propos recueillis par « INPRECOR » Espirito Santo, septembre 1982.

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