Inprecor 1974–2004

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CHINE

Comment les ouvriers et dissidents chinois ont salué la lutte de Solidarité

· Inprecor n° 138, 6 décembre 1982 · p. 19-22 · 3 806 mots

Chine Pologne Syndicalisme Europe de l'Est

ont salué la lutte de "Solidarnosc"

• tions suscitées dans la classe ouvrière chinoise et dans l TOUS publions ci-dessous un article consacré aux reac

Mouvement démocratique par l'émergence du syndicat Solidarité en Pologne depuis les grèves de Ji LI

Les effets de l'automne chaud polonais de 1980 se sont fait sentir jusqu'à Pékin, à plus de 10 000 km de distance.

Dès le début du mouvement de grève des ouvriers polonais, les régimes du bloc soviétique ont tiré le signal d'alarme et dénoncé la tentative « antisocialiste » des ouvriers polonais de former un syndicat indépendant et ils ont invité le Parti ouvrier unifié polonais (POUP) à répondre avec une main de fer. Mais la direction du Parti communiste chinois (PCC) a réagi différemment. Elle a peut-être, au début, pensé que l'Union soviétique allait intervenir militairement, comme elle l'avait fait en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968

Or, dans la presse du parti, depuis un certain temps maintenant, la campagne antisoviétique est centrée exelusivement sur l'intervention de l'URSS en Afghanistan et au Kampuchea (prétendument par Vietnam interposé) ; les sentiments antisoviétiques des travailleurs polonais s'accordaient donc apparemment très bien avec cette propagande; c'est pourquoi dans un premier temps, à une couverture très détaillée et favorable des grèves en Pologne. Ce qui n'a pas manqué d'avoir des conséquences profondes.

LA PRESSE OFFICIELLE

ET LA POLOGNE Les 25 et 29 juillet 1980, le Quotidien du peuple a informé largement sur le développement du mouvement des grèves et sur la crise économique qui en était la cause. A partir du 14 août, quand le mouvement s'est généralisé, le quotidien du PC chinois a couvert les événements polonais presque quotidiennement durant un mois. L'article du 14 août soulignait que, en plus de leurs revendications économiques, les ouvriers réclamaient « l'organisation d'un syndicat ». Le 18 août, on pouvait lire en titre de première page : « Plusieurs usines polonaises ont formé des comités de coordination de grève afin de diriger la lutte à l'unisson et ont présenté 16 revendications au gouvernement. » Le reportage citait également le communiqué du Comité de grève, qui af-

Comment les ouvriers

et dissidents chinois

l'été 1980. firmait : « Quand la grève sera terminée, le Comité de coordination ne se dissoudra pas mais continuera à lutter pour la réalisation de ses revendications; il deviendra le Comité régional pour le syndicat libre ... Les ouvriers avancent des revendications politiques telles que l'abolition de la censure, la garantie de la liberté de parole et de presse, la formation de syndicats libres, la suppression des privilèges, la libération des prisonniers politiques, d'autres encore. » Un éditorial du même jour, intitulé « La montée du mouvement ouvrier polonais », soulignait que les ouvriers « demandaient également la formation de syndicats libres afin de réaliser les réformes de la direction des entreprises et développer le rôle des comités d'autogestion ouvrière ». Après le août, le Quotidien du peuple a même commencé à publier des photos montrant les ouvriers en grève en train de distribuer des tracts, et les piquets devant les usines

Grâce à ces reportages de la presse officielle du PC chinois, les travailleurs chinois ont pu être informés, en général, des méthodes de lutte et des revendications politiques, ainsi que de la victoire des ouvriers polonais qui s'étaient unis nationalement contre le POUP. ment, la direction du PCC n'avait pas envisagé l'effet que les événements polonais auraient sur les travailleurs chinois et, quand elle s'en est rendue compte, il était déjà trop tard. Le Quotidien du peuple attaquait avec insistance l'hégémonisme soviétique et dénonçait par avance une éventuelle intervention militaire en Pologne, espérant détourner l'attention des travailleurs de la signification profonde des luttes polonaises. Il n'a cependant pas réussi à masquer le fait que, si les sentiments antisoviétiques avaient sans doute joué un certain rôle, la lutte des ouvriers polonais s'attaquait surtout à la bureaucratie du POUP. Ils présentaient leurs revendications avant tout en tant qu'ouvriers et pas en tant que Polonais. Le Quotidien du peuple du 10 août avait d'ailleurs reproduit un des mots d'ordre des ouvriers de la Baltique en « Tout le pouvoir à la classe ouvrière. »

Face à l'ampleur et à la durée des événements polonais, les dirigeants chinois ont commencé à comprendre qu'ils

CHINE Paru en chinois dans le numéro d'août 1982 dans la revue marxiste-révolutionnaire October Review de Hong Kong, il a été traduit à partir de sa version publiée en anglais dans la même revue au mois de novembre 1982. jouaient avec le feu. Ainsi, on a vu apparaître dans le quotidien du parti de nombreux articles soulignant la nécessité de tenir compte des intérêts des masses et appelant les députés du peuple à représenter véritablement leurs mandants.

On a expliqué avec insistance que les autorités s'occupaient sérieusement des responsables de la catastrophe du pétrolier Bohai 2 (due aux pratiques bureaucratiques et restée jusque-là sans suite), afin de souligner que le gouvernement était résolu à lutter contre le bureaucratisme. Les journaux se sont également mis à expliquer comment les syndicats chinois s'occupaient du bien-être des travailleurs, et comment le Ve Congrès national du peuple avait été un Congrès pour « la démocratie et les réformes ».

Tout cela visait à convaincre les lecteurs que le PCC et le POUP étaient bien différents, et que les masses chinoises n'avaient vraiment aucune raison de suivre les traces des travailleurs polonais.

L'évolution dans le Quotidien des travailleurs (journal des syndicats) reflète cette préoccupation croissante du régime. Le 22 août, le journal a informé sur le mouvement de grève et la revendication de la mise en place d'un syndicat indépendant; mais, après cette date, il n'a plus mentionné cette revendication. Le journal est resté silencieux même le 31 août à l'occasion de la victoire des ouvriers. Son dernier commentaire sur les événements polonais a paru le ler septembre quand il a signalé que les ouvriers de Szcezcin étaient arrivés à un accord avec le gouvernement. Mais il n'a pas mentionné le nom de Solidarité. Néanmoins, l'impact des luttes ouvrières polonaises apparaît avec évidence dans l'insistance avec laquelle le Quotidien des travailleurs affirme que « l'exigence fondamentale de tout travail syndical est de se lier avec les masses ».

De toute façon, les semences de la lutte antibureaucratique des travailleurs polonais, répandues, oh ironie, par le PCC, ont trouvé un terreau très favorable en Chine, où les sérieuses difficultés économiques et la dictature bureaucratique ont déjà stimulé une profonde indignation parmi les travailleurs.

Les publications samizdat, en tant qu'expression des véritables sentiments

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populaires, n'ont pas attendu pour saluer la lutte des ouvriers polonais, pour analyser leur riche expérience et pour tirer les leçons des luttes des travailleurs de Pologne. La classe ouvrière chinoise a également réagi par des actions et des grèves, et l'idée de la création d'un syndicat indépendant du type de Solidarité a connu une popularité croissante. Même les étudiants ont demandé un syndicat étudiant indépendant et ont commencé le travail organisationnel pour lier entre elles les universités de tout le pays.

LES PUBLICATIONS SAMIZDAT

AUX COTES DE SOLIDARITÉ Les publications samizdat, dont le drapeau est la démocratie et l'objectif la réalisation totale de la révolution chinoise, avaient fleuri à Pékin à partir de novembre 1978. Il n'a pas fallu longtemps pour qu'elles s'étendent dans tout le pays. La plupart d'entre elles ont réussi à rester totalement indépendantes du parti.

Les publications samizdat ont salué les événements polonais avec enthousiasme et ont apporté leur solidarité internaSur la place Tien An Men à Pékin. (DR)

tionaliste inconditionnelle aux travailleurs de Pologne. Plus de 10 de ces publications ont traité longuement de ces événements. Tout d'abord, l'éditorialiste du numéro 7 (août 1980) de la revue les Vagues de la mer de Qingdao intitulé : « Félicitations à la glorieuse victoire de l'organisation des ouvriers polonais », soulignait qu'on était face à « une nouvelle ère de l'histoire du mouvement communiste ». Il continuait : « La propriété publique des moyens de production n'a pas éliminé l'exploitation et la répression ... Les privilégiés qui ont remplacé les capitalistes répriment les travailleurs de façon plus ouverte et plus intensive que ceux-ci. Il ne reste rien de l'idée fondamentale de Karl Marx : "L'émancipation de l'homme... De Pologne nous est arrivé la nouvelle de la victoire de la lutte des travailleurs. Cela nous démontre que le socialisme doit être un moyen pour arriver à l'émancipation de l'homme ... La structure de parti unique mène au contraire à la dictature. »

La revue les Vagues de la mer a publié dans son numéro 10 (novembre 1980) un autre article intitulé « A propos de l'inévitabilité du système pluripartite à la lumière de l'expérience du syndicat indépendant polonais », dans lequel on pouvait lire : « La grève des ouvriers polonais, dirigée par Lech Walesa, a remavec la création du syndicat indépendant, et elle représente un nouveau point de départ glorieux dans l'histoire du mouvement communiste in-

« Quand les ouvriers entrent massivement en grève et organisent eux-même un syndicat qui représente leurs quand ils ont la possibilité de mener leurs propres activités indépendantes, on peut dire que, en essence, un parti politique est né. Les partis politiques ne sont en effet rien d'autre que des organisations qui ont un objectif commun, une volonté commune, des intérêts et un programme commun. Solidarité renferme tous ces élé ments. Un second parti politique est donc apparu en Pologne socialiste, et ce parti appartient vraiment à la classe ouvrière.

« L'impact de la victoire des travailleurs polonais va bien au-delà de ce qu'ils peuvent eux-mêmes imaginer et ne se limite pas aux frontières de leur pays. Elle représente une nouvelle étape pour le système communiste. C'est un exemple pour tous les travailleurs des pays socialistes. Elle montre la possibilité d'une révolution continue dans les conditions du socialisme

« Le mouvement des ouvriers polo nais avertit tous les partis communistes que l'émergence d'un système multipartite dans tous les pays communistes est désormais à l'ordre du jour. »

En novembre 1980, Xu Wenli, rédacteur de Correspondance et Etudes de Pékin écrivait une « Lettre ouverte à Walesa, président de Solidarité en Pologne », saluant la victoire des travailleurs de ce pays. Le Comité de rédaction de la Jeunesse de Pékin écrivait ment une « Lettre ouverte au peuple po-

Men décembre que « les accords du 31 août et la décision de la Cour suprême polonaise du 10 octobre (légalisation de Solidarité) sont des étapes importantes pour la victoire de la démocratie socialiste ». Il souhaitait, dans cette lettre, que « tous les pays du monde aideraient fraternellement le peuple polonais ».

Le Temps de Pékin publia également un article, en janvier 1981, pour saluer chaleureusement l'impact du mouvement des travailleurs polonais sur tous les « pays socialistes ».

La Voix de la démocratie de Shanghai organisa un débat entre des lecteurs et des journalistes à propos des grèves polonaises. L'Association des amis de la dé mocratie, de Quingdao, a même affiché des tracts et peint des slogans, le 16 dé cembre1980, pour soutenir les travailleurs polonais et dénoncer les menaces d'inter vention soviétique.

Les publications samizdat sont allées bien plus loin que la couverture officielle de l'information. Le Forum libre Guangzhon, la Voie de Shanxi, et même l'organe de l'Association nationale des publications non-officielles, Zeren (le Devoir), ont reproduit les 21 revendications

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des ouvriers polonais et la Charte des droits des travailleurs polonais, de telle sorte que les gens connaissent en détail les revendications mises en avant par les tra-

Les publications samizdat ont tiré un parallèle entre la répression qui frappait les ouvriers polonais et celle qui frappe les travailleurs chinois et ont indiqué les moyens d'y mettre fin en soulignant comment, en Pologne, la liberté de publication a pu être obtenue par la grève.

Le numéro 5 de Zeren a publié un artiele de Xin Hua, « Brève discussion des 4 principes fondamentaux », l'auteur critique les violations répétées de la légalité par le PCC et conclut que, si les ouvriers veulent lutter pour leur droit, ils doivent faire grève. « La classe ouvrière polonaise a lutté au moyen de la grève et nous a montré comment résoudre toute une série de problèmes tels que l'affirmation du statut de la classe dépassement de la domination bureaucratique dans les pays à système socialiste. On peut done voir que les grèves se sont développées parallèlement au renforcement de la classe ouvrière ; elles ont joué un rôle historique très actif et ont toujours une signification progressiste. »

La revue la Jeunesse de Pékin annonçait, pour sa part, qu'elle publierait deux articles intitulés « Analyse des événements polonais » et « Discussion sur le Congrès ouvrier » dans son 3e numéro qui aborderait la question du Congrès ouvrier à la lumière des événements polonais.

Pour le Drapeau théorique de Qingdao, les événements polonais montrent la voie à suivre pour mettre fin à la domination bureaucratique et consolider la démocratie prolétarienne. Son éditorial de février 1981 posait la question : « Avec quoi allons-nous remplacer la domination de la classe bureaucratique privilégiée ? » Et il répondait : « La domination de la classe bureaucratique remplacée par la domination de la bourgeoisie ... La seule issue correcte est de construire un système de démocratie prolétarienne adapté à cette période historique transitoire, liant fermement la propriété collective et la véritable démocratie afin qu'elles se complètent et se renforcent mutuellement sur la voie de la construction du socialisme authentique. »

Toutes ces citations montrent l'impact profond des événements polonais sur les militants chinois qui luttent pour la démocratie et contre la dictature bureau-

LA RÉPONSE DES OUVRIERS En fait, le mouvement des ouvriers polonais n'a pas influencé seulement les militants des revues samizdat. Malgré le blocage officiel des informations, on a pu apprendre que, depuis novembre 1980, des grèves et des actions ouvrières ont eu lieu à plusieurs reprises en Chine. En outre, les revendications avancées par les ouvriers n'étaient pas seulement économiques ; certaines parlaient également de la création d'un syndicat indépendant sur le dance étrangère du 14 avril 1981, de vingt à trente grèves et manifestations ont eu lieu en Chine en autome 1980.

Le samizdat la Voile, de décembre 1980, a mentionné l'action spontanée des travailleurs du complexe sidérurgique de Taiyuan en défense de leurs conditions de travail et de leurs intérêts. Le quotidien officiel de Chagjiang du 14 janvier 1981 a parlé de tentatives d'organiser des syndicats indépendants. Le quotidien officiel de Wuhan du 19 janvier 1981 a annoncé que des ouvriers de cette ville avaient revendiqué la formation de syndicats indé-

L'éditorial du très officiel Quotidien des travailleurs du 16 février 1981 mentionnait que, dans de nombreuses régions (y compris Wuhan, Shanghai et Xian), les Lecture d'un dazibao de Popposition démotravailleurs voulaient organiser des syndicats indépendants.

Le 8 mars 1981, 3 ouvriers du Livre de Taiyuan ont été condamnés à des peines de prison pour avoir organisé le « Parti démocratique de Chine ».

La revendication de l'organisation de syndicats indépendants n'a pas été avancée seulement dans les régions des plaines centrales de la Chine. La radio de Lhassa (Tibet) a annoncé le 24 janvier 1981 que, personnes arrêtées aux cours d'une manifestation, on trouvait des travailleurs qui voulaient organiser un syndi-

Il est difficile pour le monde extérieur de connaître le nombre et l'envergure des grèves dont les médias officiels ne parlent pas. Cependant, on peut se faire une idée de leur importance à partir de la crainte et de la vigilance manifestées par les dirigeants du pays.

Les étudiants ont également été influencés par l'exemple polonais. Le quotidien officiel de Chagjian du 14 janvier 1981 a informé des tentatives de former des syndicats étudiants indépendants. Les revues samizdat ont révélé que Tu Shen, le dirigeant étudiant du Hunan, a fait une grève de la faim avec 87 autres étudiants en octobre 1981, puis a dirigé une délégation porteuse d'une pétition à Pékin. Durant son voyage, il a échangé des idées avec des étudiants d'autres universités et ils ont discuté des mesures à prendre pour polonais. Selon une correspon- mettre sur pied un syndicat national qui représente véritablement les intérêts des

LA RIPOSTE

DU PARTI COMMUNISTE CHINOIS

La direction du PCC a pris les événements polonais très au sérieux. Elle est en effet consciente que les travailleurs chinois pourraient bien suivre l'exemple polonais, peut-être même de façon plus radicale. Après la victoire des grévistes polonais, la direction du PCC s'est préparée à présenter son interprétation faits. Une revue de Hong Kong, Seventies Monthly, d'avril 1981, a reproduit un document interne élaboré par le département de la Propagande d'une fédération régionale du PCC, le 25 novembre 1980, document qui présentait une « Discussion des événements polonais ». Il insistait sur les erreurs commises dans la gestion économique en Pologne et s'attarescence » et la « décadence » du POUP, la « grave bureaucratisation », l'« opposition des larges masses », le fait que « les cadres du parti forment des cliques dans le but de satisfaire des intérêts égoïstes. abusent du pouvoir pour s'accorder des privilèges » et qu'une « énorme disparité existe entre les riches et les pauvres dans la société ». Le document indiquait également que l'« impact des événements polonais dépassait largement les frontières du pays ». Il proposait entin que les autorités adoptent une série de mesures telles que « la promotion de la démocratie socialiste ., la reconnaissance du fait que le syndicat est une institution indépendante et autogérée de la classe ouvrière », « la reconnaissance du droit de grève ». En conclusion, ce document affirmait que pays d'Europe de l'Est craignent l'extension des événements polonais et ont publié de nombreux articles condamnant l'apparition de courants antisocialistes en Pologne. Les autorités tché coslovaques, afin d'éviter l'extension des événements polonais, renforcent les mesures de contrôle sur les syndicats, accentuent la répression contre le mouvement de la Charte 77 et interdisent les publications catholiques clandestines. La Hongrie cherche à empêcher l'apparition de syndicats indépendants en accordant plus de droits aux syndicats officiels. Dernièrement, les dirigeants de la République démocratique allemande (RDA) ont réprimé violemment une grève des travailleurs du métro afin de bloquer le développement d'événements à la polonaise dans leur pays. Cela amène de nombreux observateurs internationaux a considérer que l'on verra au cours des années 1980 de nouveaux soulèvements en Europe de l'Est inspirés par les événements polonais. »

Bien qu'il ne soit pas fait mention de la Chine, l'implication de ce passage est évidente : quelles mesures devrait prendre la Chine pour éviter également un tel sou-

On ne sait pas exactement comment le débat s'est poursuivi dans le parti. Mais certains discours des dirigeants du PCC, et

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les mesures prises ultérieurement par le gouvernement, indiquent clairement le résultat de cette polémique.

Au cours de rencontres avec des journalistes ou des hommes politiques étrangers, les dirigeants du PCC ont exprimé à plusieurs reprises leur appréhension face aux événements polonais. Le 30 avril 1981, Chen Yu, vice-président de la Fédération nationale des syndicats chinois, s'est efforcé de démontrer que ceux qui voulaient établir des syndicats libres de type polonais « n'avaient pas le soutien des masses », et de souligner que son syndicat était totalement indépendant, et que le parti n'intervenait pas dans travail. Le 10 juillet 1981, Li Xiannan, vice-président du PCC, affirmait au président du Parlement européen que, si la Chine s'endettait comme la Pologne, elle connaitrait la même crise que ce pays.

Au début, le PCC a tenté d'adopter une attitude réformiste. A la fin 1980, l'élection des députés du peuple au niveau local a été organisée dans tout le pays et le système des congrès ouvriers a été expérimenté dans plusieurs entreprises. Le 21 mars 1981, lors de la visite d'une délégation de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), un dirigeant du PCC lui a affirmé que 38 000

400 000 entreprises chinoises s'étaient dotées de congrès ouvriers. Il a également admis que la formation des congrès ouvriers était un des moyens d'éviter l'explosion d'une crise de type polonais en Chine. Toutefois, dans la mesure où les bureaucrates aux différents échelons de la hiérarchie n'ont aucune intention d'abandonner leur pouvoir, beaucoup se sont opposés aux élections locales et ont cherché à les entraver. Par ailleurs, les prétendus congrès ouvriers n'existent que formellement. En outre, la direction du PCC est prise dans des difficultés économiques et politiques croissantes. C'est pourquoi elle a finalement décidé de suivre la voie empruntée par la Tchécoslovaquie et la RDA, en réprimant sans pitié les forces d'opposition.

En avril 1981, les responsables du PCC ont procédé à des arrestations massives de militants du Mouvement démocratique chinois, et presque tous les rédacteurs des principales revues samizdat ont été arrêtés. A la fin de mai 1982, après plus d'un an de détention, deux d'entre eux, Wang Xizhe et He Qiu, ont été condamnés à quatorze et dix ans de prison.

En novembre 1981, la mairie de Pekin a promulgue un decret interdisant les manifestations, les réunions ou les prises de parole place Tien An Men.

En mars 1980, le PCC a proposé de supprimer de la Constitution chinoise les « Quatre Libertés » (de parole, d'opinion, de débat et d'affichage) et, en avril 1982, la direction centrale du parti a proposé à l'Assemblée nationale populaire (ANP) de supprimer également le droit de grève.

A la même époque, en mai 1982, le Conseil d'Etat a publié les « Règlements concernant les récompenses et les punitions des ouvriers dans les entreprises », qui menacent les travailleurs d'amendes et de suspensions administratives, de façon à mieux les contrôler.

Depuis la défaite des dirigeants maoïstes, la fraction de Deng Xiaoping applique la ligne de Liu Shaoqi, mais le pays est toujours plongé dans une grave crise politique et économique. Les cadres, à tous les niveaux, poursuivent et intensifient même leurs pratiques corrompues et leurs recherches de privilèges, de telle sorte que l'autorité de la fraction Deng Xiaoping en a beaucoup souffert. Le parti est confronté à une crise de confiance sans précédent. Dans ce pays où les gens sont avides de changement, les événements polonais peuvent avoir l'effet d'une torche enflammée lancée sur un tas de bois sec. La crainte du PCC n'est pas sans fonde. ment, car les événements polonais indiquent une alternative au peuple chinois, en premier lieu à la classe ouvrière.

Pour le moment, le Mouvement démocratique chinois a été réprimé et la classe ouvrière a subi de dures attaques. Solidarité a également été réprimé. pendant, il n'a pas été écrasé par les autorités, et sa force demeure en grande partie intacte. Face à la détérioration de la situation économique et politique et la crise du régime bureaucratique, la résurgence d'un mouvement socialiste pour la vraie démocratie est inévitable, en Pologne comme en Chine.

Ji LI « OCTOBER REVIEW » Hong Kong, samedi 26 juin 1982.

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