L'APPEL de la Commission nationale de coordination
(TK) de Solidarité,
-lieu dans tout le pays, le mardi 31 août dernier. C'est le ler mai 1982 que Solidarité a eu recours à cette forme de lutte pour la première fois, et la classe ouvrière a acquis toute une expérience dans ce domaine au cours des mois qui ont suivi, au travers de manifestations de plus en plus fréquentes dans diverses régions du pays.
La question du rôle des manifestations de rue a d'ailleurs
Rédaction d'« INPREKOR »
«Les manifestations sont une forme supérieure de la lutte à laquelle il faut préparer la société pour éviter un spontanéisme dangereux. Il s'agit de la forme la plus efficace de protestation, car elle engage non seulement les grandes entrepri-
- comme c'est le cas pour une grève avec occupation - mais toutes les forces sociales actives. Les manifestations organisées simultanément dans l'ensemble du pays ne peuvent être réprimées par le pouvoir », pouvait-on lire dans un bulletin clandestin de Basse-Silésie, dès le mois
Et les auteurs poursuivaient :
« Cette forme de protestation est la voie la plus sûre pour obliger le pouvoir à reculer. Pour la première fois depuis la
Deuxième Guerre mondiale, une organisation capable de diriger la lutte de la population existe en Pologne. Nous ne pouvons laisser passer cette chance.
faut un centre qui coordonne toutes les actions de protestation et, d'autre part, il faut que la société elle-même s'organise sur les lieux de travail et d'habitation.
faut élaborer une nouvelle stratégie et une masse de la résistance. (2) »
Selon « Solidarité combattante », les manifestations de rue, comme la bataille de la rue Grabiszynska à Wroclaw (voir encart) devraient devenir l'axe central de cette nouvelle stratégie. Un militant de regroupement,
Piotr Kminkiewicz, rue permet d'agir effectivement sans grandes pertes. S'ils ne tirent pas, bien entendu. Mais ils ne tiils en ont peur eux-mêmes. Il vaut mieux prendre des coups dans la rue, et même payer une forte amende, que de se faire emprisonner après avoir fumé une clope durant cinq minutes le 13 du mois à midi dans l'entreprise. Les manifestations de rue ont encore un autre grand avantage : nous nous voyons tous et le monde nous voit. (3) »
LES BATAILLES DE RUE,
LES ESCARMOUCHES
ET LA QUESTION DU POUVOIR
Peu après, les dirigeants de « Solidarité combattante » ont quelque peu changé de point de vue. Tout en continuant à se prononcer pour les manifestations de rue des manifestations de rue ont eu traversent Solidarité sur ce thème. comme axe de la lutte, ils ne rejetaient plus la lutte au sein des entreprises, du verbalement. " Nous ne disons pas : "la rue seule", mais nous ne pouvons pas admettre : "seules les entreprises". Ni ici ni la, nous ne vaincrons pas sans détermination et organisation, à l'échelle de tout le pays », écrit « Solidarité combattante » en juin 1982.
On peut mettre à l'actif de ce groupe l'introduction conséquente de la tactique des manifestations de rue dans l'arsenal des formes de lutte du mouvement social et la démonstration pratique — comme le montre la « bataille de la rue Grabiszynsque, dans certaines conditions, cette forme-là peut être efficace. Mais, toujours selon « Solidarité combattante », le caractère optimal de cette lutte viendrait du fait qu'elle peut conduire soit à un accord avec le pouvoir, soit à l'établissement d'un pouvoir nouveau, bien qu'il explique clairement par ailleurs : « Nous pouvoir ; si entente il y a, nous devrons l'arracher par la lutte : dans l'usine, à la campagne, dans la rue. (5) »
« Solidarité combattante » est le premier courant organisé au sein du mouvement social Solidarité qui est conscient de cette vérité et n'hésite pas à la proclamer. Mais, en même temps, sa position est
DEBAT été au centre d'une polémique entre le Comité régional de grève (RKS) de Wroclaw, dirigé par Wladyslaw Frasyniuk, arrêté depuis par la police, et « Solidarité combattante », dont le représentant le plus connu est Kornel Morawiecki (1).
Nous publions ci-dessous de larges extraits d'un article de la rédaction d'Inprekor en polonais, publié dans son numéro 6
(août-septembre 1982), et consacré à l'analyse des débats qui
Rassemblement place du Château à Varsovie en mai 1982. (DR)
contradictoire, déchirée par la contradiction fondamentale entre son but et les méthodes d'action qu'il emploie pour l'atteindre. « Un affrontement central conrisque de la catastrophe. C'est pour cela que nous misons sur la lutte d'escarmouches, qui, menée avec obstination et détermination, finira par faire pencher la victoire de notre côté », peut-on lire dans le bulletin de « Solidarité combattante » (6).
d'un côté, abattre le pouvoir et, de l'autre, penser qu'on peut y arriver en fatiguant l'appareil du pouvoir par des escarmouches, tient de l'illusion.
Aucune forme de lutte d'escarmouches ne peut conduire à poser la question du pouvoir. Seule la grève générale peut le faire.
1. « Solidarité combattante » est un grou-
«mouvement
Solidarité. Il dit u ne pas étre une fraction scissionniste » mais, à lire sa presse, il se pose en alternative à la direction régionale (RKS) de Solidarité. Il a pris part à la création d'une « Seconde Commission nationale » (II KK) parallèle à
2. Biuletyn Dolno slaski, bulletin de Basse-
Silésie, numéro 4-5, avril-mai 1982
3. Solidarnose Walezaca, bulletin de * Solidarité combattante », numéro 1, 13 juin 1982.
4. Op. cit., numéro 3, 27 juin 1982
5. Op. cit., numéro 8, 1er août 1982.
6. Op. cit., numéro 4, 4 juillet 1982.
Wroclaw, à déposer des fleurs devant la plaque de Solidarité située dans la rue
Grabiszynska. Cela a donné lieu à plusieurs heures d'affrontements avec les
ZOMO, confrontation donnée en exemple par certains militants polonais. En commencé le matraquage. Les agressés, auxquels se sont joints les habitants des maisons environnantes (rue Pereca et Lwowska - c'est un quartier ouurier), ont élevé des barricades qu'ils ont tenues jusqu'à la fin. Les ZOMO ont reçu des pavés, se sont fait tirer dessus à l'aide de grandes frondes fabriquées avec des chambres à air de voitures. Leurs boucliers et leurs visières se fendaient sous l'impact d'objets jetés des étages supérieurs des immeubles. Tout le monde a pris part à la bataille, les hommes comme les femmes, les vieux comme les jeunes. La haine, freinée durant des mois, a explose avec une telle force que les habitants arrosaient les ZOMO d'eau bouillante, leur jetaient des meubles, des pots de fleurs, des bouteilles et même des boîtes de conserve. Il y avait des adversaire de taille. « Battus, gazés, jetés à terre par les canons à eau, ils luttent contre les ZOMO. Ils ne reculent plus devant les phalanges de matraqueurs, devant les camions qui lancent une pluie de grenades lacrymogènes. Les jeunes arrêtent les voitures qui passent, demandent des jerricans d'essence. Les chauffeurs
- nombreux sont ceux qui ont des réserves d'essence — leurs remplissent les bouteilles. Rue Lwowska, une barricade est construite. Elle tiendra jusqu'au bout. Même l'attaque par un véhicule blindé sera repoussée avec des cocktails
Molotov. Le blindé, en flammes, sera sauvé par les canons à eau. La nuit tombe. Les attaques répétées des ZOMO seront repoussées par des pavés, des cocktails Molotou, parfois au corps-à-corps. Les affrontements continueront jusqu'à
4 heures du matin. Les ZOMO tiennent la rue Grabiszynska, les autres rues sont libérées, continuent à se défendre. L'armée est là. Elle organise des cordons dans la rue Grabiszynska, mais ne prend pas part à la lutte. La foule n'attaque pas les soldats. Personne ne sait que l'armée a été placée en état d'alerte, que les élèves officiers ont reçu des munitions de guerre. Mais ils n'ont pas été lancés
Il semble toutefois que « Solidarité combattante » n'ait pas totalement rejeté l'arme de la grève générale. Dans un article de son bulletin on peut lire : « Il est temps de déclarer la guerre à la "guerre" (l'état de guerre). Nous voulons commencer par une grève avec autodéfense des entreprises. Cette autodéfense, il faut la préparer dès maintenant. Mais les entreprises seules ne suffisent pas. Elles ne peuvent être laissées à elles-mêmes, comme en décembre (1981). Il faut assurer l'autodéfense des villes et - bien que cela soit beaucoup plus difficile - il faut également préparer cette autodéfense-là. Les entreprises doivent sentir le soutien de la population des villes, les détachements des ZOMO (réserves motorisées de la police) qui les attaquent doivent être assaillis à leur tour. Il faut préparer les liaisons, l'approvisionnement en vivres et en eau, les soins médicaux, le maintien de l'ordre public. Tous ces buts, aussi limités soient-ils, exigeront de nous de l'audace, des sacrifices et un énorme travail organisation-
Il s'agit là sans doute de la forme la plus développée de réflexion sur la grève générale qu'on puisse trouver dans Solidarité (mis à part celle de la grève active). Elle n'en reste pas moins en totale contradiction avec la « stratégie de la lutte d'escarmouches » prônée par d'autres articles du bulletin de « Solidarité combattante ».
Entre la grève générale et les manifestations, il ne peut y avoir de simple conjonction ; on ne peut les considérer comme des formes de lutte équivalentes. Car la grève générale avec autodéfense des entreprises doit être considérée comme étant la forme de lutte dominante et ayant un caractère stratégique, alors que les manifestations et les combats de rue doivent lui être subordonnées et relever de la tactique.
Nous considérons comme rement importante l'opinion des militants de Solidarité de Basse-Silésie qui défendent fermement la stratégie de la grève générale, de même que, d'autre part, l'enrichissement du débat par les éléments de
Get la pratique de « Solidarité combattante ». Dans les bulletins proches courant on peut lire : « La lutte pour l'abolition de l'état de guerre doit bien sûr prendre en compte les expériences de l'échec de décembre 1981. La grève générale ne peut s'appuyer sur les dogmes rigides empruntés à août 1980. Il ne suffira pas de s'enfermer dans les entreprises. Car on ne peut attendre passivement l'arrivée dans chaque usine d'un détachement des ZOMO disposant d'une supériorité physique sur les travailleurs isolés d'une seule entreprise. On ne peut laisser au pouvoir la possibilité d'écraser la grève avec les forces limitées des corps d'élite. Il faut avoir à l'esprit que l'attitude des soldats aura un rôle décisif. On ne peut donc entrer en grève sans une unité et une détermination de la société au moins égale à celle de mars 1981 (préparation à la grève générale après la provocation de Bydgoszcz). Cela exige le choix du moment. Cela exige également des préparatifs qui
La bataille de la rue Grabiszynska voici le déroulement. bouteilles d'essence, il y avait d'autres répressif a été détruite, ainsi que plusieurs voitures. (1) » contre les manifestants. Heureusement. (2) » 2. Replika, numéro 2, 21 juin 1982. empêcheront que les principaux centres de la grève ne puissent être isolés du pays et entre eux. Cela signifie enfin la capacité de l'ensemble du pays d'engager une lutte solidaire, si celle-ci commence dans une région. (8) »
LA STRATEGIE DE LA GREVE GÉNÉRALE combattante » tire des expériences des luttes révolutionnaires de la classe ouvrière polonaise sont erronées. festations massives et spontanées, pour les affrontements non préparés et les combats sans organisation, en 1956, 1970 et 1976, la classe ouvrière a payé le prix fort. Et en ce qui concerne décembre 1970, sur le littoral de la Baltique, un prix exorbitant — sous la forme d'un nombre jamais établi d'ouvriers assassinés par la milice (probablement plusieurs centaines).
C'est un fait que chacune de ces protestations a été suivie d'un succès limité et temporaire. Mais la plus grande victoire remportée jusqu'à présent par la classe
« Solidarité combattante » avait appelé, le dimanche 13 juin dernier, à
4 Lorsque les gens sont arrivés rue Grabiszynska en venant de la cathéles ZOMO - après un bref appel à la dispersion - ont immédiatement
"bombes". Une quantité de matériel
La masse des ouvriers et des habitants du quartier s'est avérée être un
1. Tygodnik Mazowsze, bulletin hebdomadaire de Solidarité de Varsovie, numéro 20, ouvrière polonaise dans sa lutte contre le pouvoir de la bureaucratie totalitaire, et en même temps la révolution politique la plus avancée qu'on ait vue dans les pays restant sous le joug d'une dictature bureaucratique isolée et dégénérée, a été le fait d'une grève massive avec occupation des entreprises durant l'été 1980. Ce ne sont pas les manifestations de rue mais la grève générale d'occupation des entreprises, prolongée, qui est la forme supérieure de lutte de la classe ouvrière. Au-delà d'une telle grève, il n'y a que l'insurrec-
C'est pourquoi nous sommes d'accord avec la rédaction du bulletin de la di.
rection régionale de Solidarité (RKS) de
Wroelaw quand, se référant aux expé riences positives d'août 1980 et aux expériences négatives des soulèvements précéelle affirme que ces expériences de luttes ouvrières « parlent en faveur d'une lutte menée dans les entrepri-
8. Replika, numéro 2, 21 juin 1982.
Chèques bancaires et postaux à l'ordre de PEC (mention « Pour Inprekor en polonais »), à adresser à : Inprekor, 2 rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil, France.
Mandats bancaires à adresser à : PEC, BNP, agence Robespierre, 153, rue de Paris,
Prix du numéro : 15 FF ; 2,5 dollars US ; 100 FB ; 7 FS ; 7 DM ; 15 SKr ; 1,5 livre sterling. Abonnement un an, six numéros : 75 FF ; 12 dollars US ; 500 FB ; 37 FS ;
(9) » Nous sommes d'accord avec
Frasyniuk qui dit: « Août 1980 a démontré que la forme de lutte syndicale la plus efficace, c'est la grève Décembre 1981 n'a pas remis cela en cau-
Le développement de la conscience, de l'organisation et de la combativité des travailleurs qui, au moment opportun, leur permettra d'occuper les entreprises et d'entreprendre leur défense active, est la tâche principale pour tous les militants et pour toutes les structures de Solidarité.
C'est ainsi que Wladyslaw Frasyniuk présente la chose. « Notre tactique : apparemment une lente et laborieuse reconstruction de l'organisation ouvrière en s'appuyant sur les structures d'entreprises, capable de défendre les intérêts de la société en recourant à la grève générale comme ultime moyen d'action. La situation est telle que ce dernier recours peut, d'un moment à l'autre, s'avérer être le seul. Toute notre activité doit, en conséquence, être subordonnée à la préparation d'une telle grève. Il faut s'organiser au sein des entreprises en vue d'entamer la grève générale. Il faut préparer un système de liaisions entre les entreprises et leur défense. Il faut tout entreprendre pour que cette grève ait les plus grandes chances d'être victorieuse. (11) »
Le 5 juillet 1982, le RKS de Wroclaw a appelé « toutes les organisations d'entreprises à entreprendre immédiatement les préparatifs nécessaires au renforcement et à la consolidation des structures syndicales, de façon à ce qu'elles
EN POLONAIS
Le numéro 6 est paru !
Au sommaire : Les manifestations de rue dans la stratégie de la grève générale ; Le mouvement antiguerre en Occident ; Le mouvement ouvrier britannique face à
« Solidarnose » ;
URSS ; Les pacifistes en RDA ; Le massacre des Palestiniens. Archives du mouvement ouvrier: Felix Morrow, l'Insurrection ouvrière en Espagne, 1936. 93108 Montreuil, France, compte numéro 230179/90.
Mandats postaux à adresser à : PEC, CCP 2 322 42 T Paris. 37 DM ; 75 SKr ; 8 livres sterling.
soient prêtes à mener la lutte en cas d'appel à la grève générale. Tout d'abord, il faut: 1) stabiliser le travail des organes de décision (également inter-entreprises), d'information et de diffusion ; 2) élaborer le règlement de la grève au sein de l'entreprise et créer les services prévus par le reglement (en particulier les services de liaisons, de défense et les services sanitaires); 3) entreprendre une action d'information active sur les buts du syndicat, en particulier au sein de l'armée, de la milice, des ZOMO et de la police secrète (SB), s'inquiéter de l'état d'esprit des travailleurs, se renseigner sur le plan des directions des entreprises. (12) »
Au départ, il semble que Wladyslaw était opposé aux manifestations de rue en général. Le reproche que lui faisait « Solidarité combattante », celui de vouloir enfermer la lutte dans les murs de l'usine, n'était pas sans fondement. Mais ultérieurement Frasyniuk a changé d'avis : avec les autres membres de la TKK, il a appelé à manifester, de manière coordonnée, à l'échelle du pays, le mardi 31 août dernier. Dans une allocution prononcée à la radio clandestine à cette occasion, il déclarait : « Pour la première fois depuis sa création, le syndicat a appelé ses membres à des manifestations de rue pour que le monde entier comprenne de cette façon que les Polonais n'accepteront jamais la condition d'esclaves. Mais nous ne devons pas recourir trop souvent à cette arme. (13) »
La prudence de Wladyslaw Frasyniuk face aux manifestations de rue a deux
SOLIDARNOSC Z SOLIDARNOSCIA MANIFESTACJE ULICZNE
W STRATEGII "SOLIDARNOSCI"
Ana Zachodzitywojenn
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"SOLIDARNOSCI" - SOCJALISCI N
ZSRR - PACYFIŚCI W NRD
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INPREKOR EN POLONAIS A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN
Tout d'abord, il considère que « Solidarité combattante », « en se prononçant pour la lutte dans les rues des villes, ne se rend pas compte qu'il choisit le scénario qui répond le mieux aux vœux d'une partie des autorités, (...) car les autorités ont provoqué, provoquent et vont provoquer à l'avenir des conflits et des affrontements de rue. Je suis persuadé que nous ne pouvons pas nous laisser provoquer. Nous ne pouvons laisser le pouvoir écrire le scénario des événements. Malheureusement, il a pu le faire souvent avant décembre (1981). Maintenant, nous n'avons plus les moyens de nous le permettre. (14) »
Nous sommes tout à fait d'accord avec cette façon de poser le problème. Nous pensons que, pour ne pas tomber dans le piège que le pouvoir peut tendre en utilisant justement les manifestations
- qui s'y prétent particulièrement —, il faut utiliser cette forme de lutte avec prudence. Des manifestations de masses organisées, s'appuyant fermement organisations syndicales d'entreprises, peuvent largement limiter le risque dont parle Wladyslaw Frasyniuk.
Ce dernier considère que sa tâche, en tant que dirigeant clandestin de Solidarité, consiste à « conduire à la victoire avec nes (15) ». Pour « Solidarité combattante », il s'agit là de banalités, « de fuite, de mots coupés de la réalité, de principes bons à exprimer dans un cloître (16) ». Les limites du radicalisme de « Solidarité combattante » se révèlent clairement dans les termes mêmes de cette critique adressée à Wladyslaw Frasyniuk. Dans la lutte que la classe ouvrière mène aujourd'hui, des pertes humaines sont inévitade masse se à la hauteur de sa tâche justement quand il est capable d'assurer les conditions qui permettent de vaincre avec les pertes les moins grandes possibles. Un militant représentant les intérêts et les aspirations réelles des masses, profondément intégré en leur sein, se différencie justement de cette manière, non seulement de l'attitude d'un chef militaire bourgeois pour lequel les masses ne sont qu'un outil, mais également de toute aventuriste qui expose les masses à la répression, les conduit non préparées à la lutte, et les condamne à l'action spontanée qui ne prend pas en compte le rapport des forces.
principe rappelé par Wladyslaw Frasyniuk doit être d'autant plus respecté que, comme le dit justement la rédaction
9. Z dnia na dzien, bulletin Wroclaw paraissant plusieurs fois par semaine, numéro 66, 20-22 juin 1982.
10. Ibid. 11. Z dnia na dzien, numero 63, 10-12 juin 1982.
12. Solidarnose Walezaca, numéro 6, 18 juillet 1982.
13. Solidarnose, bulletin d'information de Solidarité imprimé à Paris, numéro 34, 15 septembre 1982.
14. Z dnia na dzien, numéro 66. 20-22 juin 1982.
15. Ibid. 16. Solidarnose Walezaca, numéro 3, 27 juin 1982.
du bulletin du RKS de Wroclaw, le danger de voir la crise politique se développer « dans le sens d'une "salvadorisation" de la Pologne, c'est-à-dire se transformer en guerre civile » existe et, dans ce cas, « les rues des villes vont se couvrir de barricades et on peut assister au plus grand bain de sang dans l'histoire récente de l'Europe. (17) » « Solidaridé combattante » répond à cela : « Alors, vaut-il mieux faire des manifestations de rue qui expriment notre solidarité et sont une forme de pression sur le pouvoir, ou bien attendre une explosion incontrôlée de la colère du peuple exploité et abaissé ? (18) » Une telle réponse est inacceptable. Ni les manifestations de rue, ni aucune autre forme d'escarmouches visant à fatiguer la dictature militaire ne peuvent empêcher une explosion sociale incontrôlée. Seule la préparation de Solidarité à une telle éventualité et son organisation sous la forme d'une grève générale le peuvent.
LA TACTIQUE
DES MANIFESTATIONS DE RUE
A notre avis, le succès tactique des manifestations de rue est subordonné à la réalisation d'une tâche essentielle, celle de la préparation de Solidarité dans les entreprises à la grève générale et à l'autodéfense. Il ne suffit pas de dire : « La rue et l'entreprise », comme l'affirme le slogan de « Solidarité combattante » corrigé dans le cours de la polémique avec Wladyslaw Frasyniuk. Il s'agit uniquement là d'une formule abstraite. Pour la concrétiser, il faut expliciter les liens de dépendance entre ces deux formes de lutte et ces deux terrains de lutte. Ce qui se passe dans la rue dépend de ce qui se passe dans l'entreprise. Solidarité sera fort dans la rue à condition d'être fort dans les entreprises. Si tel n'est pas le cas, sa force dans la rue sera éphémère et se dissoudra en même temps que la manifestation, même si ce sont les manifestants qui auront pris momentanément le dessus sur les ZOMO et non le contraire. « Solidarité combat-
One voit pas la dépendance des actions de rue par rapport à l'organisation dans les entreprises. De ce fait, elle creuse qu'elle popularise par ailleurs avec ardeur. Les manifestations de rue, si elles ne sont pas chaque fois (et de façon de plus en plus forte) appuyées sur les organisations syndicales d'entreprises, si elles ne servent pas au renforcement de ces organisations, deviendront vite une idée vide. « Solidaricombattante », si elle maintient sa « stratégie d'escarmouches » et sa formu-
True et l'entreprise » risque de vertébrale ouvrière de Solidarité et de tomber dans un radicalisme petit-bourgeois qui, déjà, ne lui est pas étranger. En témoigne, par exemple, ce qu'écrit Kornel Morawiecki : « La lutte d'escarmouches devrait être menée à tous les niveaux et avec divers moyens, en commençant par la résistance passive et en terminant par des activités
Ек3 Les masses qui manifestent dans la rue et qui s'affrontent aux forces répressives ont besoin d'organisation. Une telle organisation ne peut être créée que dans l'entreprise. Elles ont besoin d'une coordination qui n'est possible que lorsque ce sont des bataillons ouvriers d'entreprises, s'appuyant sur la coordination inter-entreprises, qui sortent dans la rue. Elles ont besoin de liaisons, qui ne peuvent être assurées dans la rue que sur la base du ré. seau de liaisons constitué dans les entreprises et entre elles. Seules les équipes ouvrières d'entreprises peuvent agir dans la rue, non comme une foule désordonnée, condamnée à l'action spontanée, mais de manière organisée, structurée, disciplinée, capable de se regrouper après chaque dispersion, de manœuvrer, luttant de manière coordonnée, agissant enfin en connaissance de cause et sous une direction
La garde ouvrière — c'est-à-dire des détachements d'autodéfense —, qui est nécessaire aux masses s'affrontant dans la rue à la police, même s'il s'agit uniquement d'assurer des éléments d'organisation dans une manifestation spontanée, ne peut être constituée qu'au sein des entreprises. Les détachements de cette garde ne peuvent s'unir dans la rue ou coopérer que si les organes de coordination de l'activité syndicale, y compris l'autodéfense, existent au niveau inter-entreprises.
Enfin, les expériences acquises dans chaque manifestation ou dans chaque affrontement de rue ne peuvent être utiles qu'à la condition de se matérialiser dans le développement de l'organisation des travailleurs sur leurs lieux de travail, dans le développement des liens et de la coordination entre les entreprises, dans le développement de la garde ouvrière et de ses capacités de combat.
A l'étape actuelle de la lutte menée par Solidarité, le recours à des manifestations de rue - organisées et coordonnées en particulier à l'échelle du pays et prenant appui dans les structures de la société clandestine, construites avant tout au sein des entreprises —, nous semble justifié. Car on ne peut se limiter au seul développement des structures clandestines, même si on a conscience - comme Wladyslaw Frasyniuk et le RKS de Basse-Silésie — que de telles structures ne sont pas une fin en soi mais un moyen indispensable pour préparer Solidarité à la grève générale et rassembler les conditions pour qu'une telle grève soit victorieuse.
Les formes de mobilisation des masses qui permettent, d'une part, de témoigner systématiquement de la combativité tant aux yeux des travailleurs qu'à ceux du pouvoir bureaucratique et du monde entier, et, d'autre part, de vérifier l'état d'organisation et les capacités de mouvement nécessaires aujourd'hui. Les manifestations de rue doivent et peuvent jouer ce
Rédaction d'« INPREKOR » polonais 24 septembre 1982. 17. Z dnia na dzien, numéro 66, 20-22 18. Solidarnose Walezaca, numéro 3, 27 juin 1982.
19. Op. cit., numéro 9, 8 août 1982.