Le dilemme de Paul Bérenger: imposer des mesures d'austérité sans provoquer de riposte populaire
A victoire électorale sans appel de la coalition du Mouve-
• ment militant mauricien (MMM) et du Parti socialiste
/mauricien (PSM. formation bourgeoise issue du Parti travailliste au pouvoir depuis l'indépendance en 1968) aux élections législatives du 11 juin dernier a ouvert une nouvelle période de la lutte des classes dans l'histoire de ce petit pays de l'Océan indien (1).
Pourtant, dès les premières déclarations post-électorales
- le journal le Nouveau militant du MMM titrait, le 13 juin :
« Pardonnons nos adversaires, oublions les querelles » -, l'orientation conciliatrice du MMM est apparue clairement. Dans
Le déferlement des coups de théâtre qui ont agité les sphères du pouvoir ces dernières semaines est sans doute apparu comme un véritable imbroglio aux yeux des masses populaires. Cependant, loin d'être de simples péripéties sans imporces événements représentent la confirmation éclatante des contradictions du nouveau pouvoir et de la crise interne
Tout a commencé début octobre, au retour de Paul Bérenger, le ministre des
Finances et véritable dirigeant du MMM, d'un long voyage à l'étranger. L'hebdomadaire de Port-Louis, Week-End, précisait alors que Bérenger avait « rapidement mesuré le fossé qui se creusait de plus en plus entre le nouveau gouvernement et la population, avec pour fâcheuses conséquences une grogne grandissante et un retour vers la déprime (2) ».
un désaccord s'élève entre le MMM et le PSM et occupe le devant de la scène politique : à l'approche des élections municipales du 12 décembre, le PSM refuse de se présenter sur les listes du MMM, contrairement à ce qui s'était passé lors des élections législatives de juin dernier.
Le 19 octobre, avec force dénonciation des « tiraillements et coups bas » dans l'équipe gouvernementale, Paul Bérenger annonce sa démission de son poste ministériel. Cette décision est tout d'abord présentée comme la conséquence d'une divergence avec le ministre des Prix, membre du MMM, Kader Bhayat. Puis,
Paul Bérenger présente ce conflit comme
« insignifiant » et annonce que le désaccord se situe désormais avec le Premier
Jugnauth, lui membre du MMM.
Nouveau coup de théâtre, le 22 octobre. Après la réunion des instances dirigeantes du MMM, les Mauriciens apprennent que ce sont « les tiraillements entre le MMM et le PSM qui nuisaient au bon nement de coalition fonctionnement du gouvernement » et que le MMM venait de rompre l'alliance gouvernementale avec le PSM et se préparait à gouverner tout seul (3).
Mais, trois jours plus tard, nouveau rebondissement de la crise, lorsqu'il est annoncé que le « PSM est invité à demeurer au gouvernement ». Le Premier ministre réussissait à maintenir le principe de la coalition gouvernementale, contre les décisions antérieures des instances du MMM. Les choses n'en restèrent pas là pour autant. N'ayant pas apprécié l'attitude de deux de ses ministres, celui du Plan et celui de la Santé, lors de la crise gouvernementale, la direction du PSM décide de les exclure du parti et demande au Premier ministre de les relever de leurs fonctions gouvernementales. Ce dernier hésite ... et le PSM quitte alors le gouvernement, de son propre chef cette fois-ci.
Enfin, dernier acte, du moins provisoirement, par un appel solennel au patriotisme du PSM, le Premier ministre obtient son retour au sein de la coalition gouvernementale et les événements en sont là pour l'instant. DES PRESSIONS CONTRADICTOIRES
SUR LE GOUVERNEMENT La crise politique mauricienne cumule à la fois des conflits au sein du MMM et des frictions entre celui-ci et le PSM. L'analyse ne peut donc être réduite à un affrontement programmatique entre un MMM « de gauche » et un PSM « à droite », comme l'ont laissé un moment entendre les dirigeants du MMM. D'une certaine manière, il faut plutôt insister sur le conflit qui a opposé les ministres du MMM entre eux, car cela est significatif des pressions sociales contradictoires qui s'exercent sur le parti majoritaire.
Paul Bérenger joue un rôle central dans les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Il a fait siennes les propositions maintenant classiques de ces institutions,
ILE MAURICE le domaine social, c'est l'idée du « consensus social » qui domine le projet politique du nouveau gouvernement. Mais cette orientation se heurte à la fois au profond délabrement de l'économie du pays, qui est mono-producteur de sucre, et au maintien d'une combativité et d'un niveau de conscience de classe assez élevé dans le prolétariat mauricien.
Dès lors, il n'est pas étonnant que ce soit à propos du rythme et des modalités exactes d'application des mesures d'austérité préconisées par le Fonds monétaire international
(FMI) qu'ait éclaté la première grave crise politique du gouver-
MMM-PSM, il y a quelques semaines.
notamment en ce qui concerne la réduction des dépenses publiques et l'austérité sur les salaires. Comme il le dit lui-même, la cause essentielle de la crise est la straté gie économique mise en place par le gouvernement. « Je me suis mis au travail, dit-il, pour préparer minutieusement la présentation au public de l'augmentation du prix du riz et de la farine, qui devait se faire en même temps que la présentation de plusieurs autres mesures qui, elles, soulageaient dans la mesure du possible les problèmes de la population. (4) »
Il ne fait aucun doute que certains hommes du pouvoir ont été sensibles au risque d'impopularité de telles mesures et se sont inquiétés de la cohérence du projet économique de Bérenger. Aneerood le Premier ministre, ces hésitations quand il affirme : « Au sujet de la politique économique, nous n'avons pas le choix ... Mais ce qu'on essaie de faire, ce que des ministres essaient de c'est de trouver, dans le cadre de cette politique, des moyens d'alléger le fardeau imposé aux petits. (5) » Ainsi, les reproches de Bérenger à l'encontre des services du ministre des Prix, Kader Bhayat, apparaissent plutôt comme une dénonciation de telles hésitations face à une politique ferme d'austérité. Mais il lui est d'autant plus facile de leur adresser des critiques qu'ils n'ont aucune politique alternative à proposer. Bérenger, fort du charisme dont il a, jusqu'à présent, béné.
1. Cf. Inprecer, numéro 130 du 12 juillet
2. Week-End du 17 octobre 1982.
3. Le Mauricien du 22 octobre 1982.
conscients de tout cela et qui savaient quel effort cette responsabilité exigeait, ont choisi ce moment pour commencer à contester ce qu'ils avaient voté au Conseil des ministres le 8 octobre, pour finalement essayer de me présenter comme l'homme du FMI et du secteur privé, et eux comme les sauveurs du petit peuple.
n'est même pas de la haute trahison, c'est de la basse trahison. » Paul Bérenger, dans le Mauri-
5. Le Mauricien du 20 octobre 1982.
ficié auprès des masses, se croit capable d'imposer les projets du FMI et de la Banque mondiale.
La droite a cherché à exploiter cette crise gouvernementale, mais elle a toutefois pris soin de donner un soutien implicite à Bérenger. Les journaux le Mauricien et Week-End de leur côté, se sont montrés très confiants dans le coup de force du ministre des Finances. Le chef du petit parti réactionnaire, l'Union démocratique mauricienne (UDM), Guy Ollivry, reconnaît par exemple en Bérenger celui qui est considéré par les milieux financiers internationaux comme « l'homme clé du gouvernement », et Gaëtan Duval, du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), ajoute : « C'est trop malheureux. On ne peut pas toujours être d'ac-
Bérenger, mais on doit reconnaître qu'il a eu du courage et qu'il est un rude travailleur. (6) »
Ce conflit au sein du MMM n'oppose done pas deux conceptions de programme économique. Mais il traduit les hésitations que certains peuvent avoir, cinq mois après la victoire électorale, à frapper l'électorat populaire par des mesures draconiennes.
Dans ce cadre, Bérenger apparaît de plus en plus comme le chef de file d'une aile technocratique au sein du pouvoir. Son action vise à rationnaliser l'économie mauricienne, à trouver les investissements étrangers capables de réduire le sous-emploi et de permettre au secteur privé national de réinvestir sur place. Une telle politique est vouée à l'échec à un moment où les pays producteurs de sucre comme l'ile Maurice subissent les contrecoups de la chute des cours qui touche leur monoproduction et de la politique protectionniste des betteraviers péens. Elle n'a pas plus de chances du côté des investissements industriels dans une période où les taux d'intérêts sont très élevés et où les liquidités sur le marché financier international sont moins impor tantes que par le passé. Enfin, le gouvernement MMM-PSM ne peut espérer retrouver la confiance définitive de la bourgeoisie mauricienne et étrangère qu'en imposant la paix sociale et un recul relatif des salaires (7).
Bérenger apparaît donc jusque dans les sphères du pouvoir comme « l'homme du FMI et de la Banque mondiale ». Mais il exaspère aussi ceux qui, faute d'avoir la moindre idée précise en économie, sont sensibles aux pressions des couches bourgeoises locales les plus mercantiles et timorées. C'est là que resurgit la question du « communalisme » (8) et que s'explique le rôle particulier du PSM dans la gouvernementale. Bérenger reflète au sein du gouvernement les pressions de l'impérialisme et de la grande bourgeoisie mauricienne, et son projet heurte les habitudes de clientélisme des fractions bour-
7. Ainsi le maintien et les perspectives de développement de la « zone franche » indus trielle ne peuvent reposer (comme dans tous les pays où de telles zones existent) que sur l'attrait des bas salaires et de la passivité d'une main-d'œuvre majoritairement féminine et peu leurs dénoncé par le passé cette « zone franche » comme un « Etat dans l'Etat ».
8. Le « communalisme » est le fondement du système politique réactionnaire mauricien. Il constitue une sorte de clientélisme politique basé sur l'attachement au groupe ethnique ou religieux d'origine. Il s'ajoute au « castéisme ».
geoises et petites-bourgeoises retardataires pour lesquelles le communalisme demeure un instrument d'enrichissement. Le PSM, mais aussi Jugnauth, le Premier ministre, sont très sensibles à ces pressions-là. Et le coup de gueule de Paul Bérenger, ses exigences d'un gouvernement homogène, puis la présentation du PSM comme la « cause » des conflits, montrent bien que ce gouvernement est aussi soumis à la pression d'intérêts bourgeois contradictoires. Il n'y a pas, à l'ile Maurice, de classe bourgeoise nationale homogène, bien au contraire. Le colonialisme y a laissé un ensemble de fractions bourgeoises aux intérêts divergents.
Elu grâce au vote massif des travailleurs et des couches populaires, ce gouvernement MMM-PSM s'est empressé, dès le lendemain de son élection, de rassurer les patrons, de proclamer la « réconciliation nationale ». A tel point que dans les faits s'est constituée, à l'íle Maurice, une véritable « union nationale », même si les patrons ne sont pas directement représentés au sein du gouvernement. Ce sont donc les premières conséquences de cette alliance contre nature auxquelles nous assistons.
Mais les travailleurs maintiennent la pression pour obtenir la satisfaction de leurs revendications, et les directions syndicales sont bien obligées de s'en faire, certaine maniere, l'écho. Les diverses fractions patronales et bourgeoises exigent, chacune de leur côté, toujours garanties pour accorder leur confiance au nouveau régime. On retrouve ces forces sociales antagoniques dans les négociations pour la semaine de 40 heures dans l'industrie sucrière, dans la réorganisation des transports, fonctionnement du port, etc. (9). Et l'« union nationale » de fait dont se réclame ce gouvernement de collaboration de classes n'arrive pas à déboucher pour autant sur le véritable consensus social prôné par Bérenger.
UN RUDE COUP PORTÉ
A LA « SOCIÉTÉ PARTICIPATIVE »
En préambule au programme gouvernemental sur lequel le MMM et le PSM se sont fait élire il est, entre autres, mentionné le développement d'une société « libre, égalitaire, juste et participative ». Or, la récente crise gouvernementale montre le peu d'intérêt des dirigeants du MMM et du PSM pour cette promesse.
Reproduisant les pires habitudes de la politique bourgeoise, ils ont pris soin de régler leurs affaires en reléguant penphénomène de la hiérarchie des castes propre à du sucre vient d'obtenir une baisse de la taxe à l'exportation, mais il tergiverse pour accorder les 40 heures de travail par semaine à ses salariés (voir Horizons nouveaux du 21 octobre). Au port, les travailleurs s'inquiètent de projets nouveaux comme celui de l'importation en « vrac » de mais, ce qui pourrait une fois encore menacer l'emploi des dockers. (Week-End du 17 octobre 1982). Endans les transports, les petites entreprises sont parmi les secteurs les plus liés aux cliques communalistes, ce qui s'oppose dans les faits à des projets modernistes du grand patronat in-
dant toute la crise les travailleurs dans le rôle de spectateurs passifs.
Ainsi, après sa démission, Paul Bérenger annonce qu'il « ne pose pas de conditions formelles », mais qu'il ne retournera « au gouvernement que si certaines choses changent. (10) » Il ne précisera pourtant jamais vraiment ces « conditions ». Alors qu'il joue la comédie de celui qui veut « retourner aux affaires syndicales », il prend bien soin de ne permettre aux travailleurs ni d'arbitrer le conflit ni de donner leur avis sur le gouvernement qu'ils désirent avoir.
De la même manière, quand le MMM affirma sa volonté de rompre avec le PSM, la seule explication avancée accusait laconiquement le PSM d'être « la cause des tiraillements au sein du MMM ». C'est un peu court, lorsque l'on se rappelle que cette même direction du MMM, dans un passé très proche, menaçait de « démissionner » (encore !) si la base du parti n'acceptait pas l'alliance électorale avec le PSM. Ceux qui alors dénonçaient cette perspective comme un compromis avec un parti bourgeois s'étaient vu violemment sermonner au nom du réalisme et du « consensus social » (11). Ne faudrait-il pas que Bérenger et Jugnauth s'expliquent maintenant sur ce bilan, alors qu'ils dénoncent la présence du PSM au gouvernement, moins d'un an après avoir combattu la gauche de leur parti sur ce point ?
La diplomatie secrète dans les allées du pouvoir n'élimine pas les pressions des patrons ou celle des représentants de la Banque mondiale, mais par contre, elle agit directement contre le droit démocratique des travailleurs à peser sur leurs directions. Et si l'on informe rapidement quelques membres du Comité central du MMM ou quelques dirigeants syndicaux, c'est pour mieux contrôler l'étanchéité des débats entre le sommet et la base. « Personne n'explique rien, chaque explication ne fait que tout compliquer », écrit l'hebdomadaire Horizons nouveaux ces va-et-vient ministeEt pourtant, cela ne suffit pas encore à la droite ni à la presse bourgeoise. C'est ainsi que l'éditorialiste Lindsay Rivière, dans Week-End du 31 octobre dernier, regrette que les statuts du MMM prétendent toujours vouloir faire contrôler les ministres membres du MMM par le parti. Il dénonce cette situation qui, selon lui, placerait le Premier ministre sous l'autorité d'une assemblée de délégués du MMM. « La clause 7 de la Constitution du MMM se trouve de ce fait en contradiction directe avec la Constitution du pays », affir-
Lindsay Rivière, dont les articles ont un certain poids au sein même de la direction du MMM, veut donc porter le dernier coup au vieux MMM, celui de l'organisation militante dans laquelle les travailleurs pensaient pouvoir débattre et décider. Car Lindsay Rivière ne veut pas se contenter d'un MMM dont toutes les structures de base sont dorénavant totalement inactives. Il veut un nouveau MMM, bâti comme l'a été le Parti travailliste, un parti de notables, respectueux d'une démocratie formelle et à l'abri des pressions populaires.
10. Le Mauricien du 21 octobre 1982. 11. A cette époque des regroupements de gauche avaient manifesté leur opposition à cette coalition. Cette opposition au sein du MMM était le fait du courant Lalit Travayer, de celui de Lalit de Klas et des membres du Mouvement chrétien pour le socialisme. Ils avaient représenté environ 20 % au moment de l'assemblée des délégués du MMM. La presse avait alors souligné
Il veut en faire définitivement un parti qui cesserait de dépendre de sa base base ouvrière. Et le sentiment de ce journaliste est sans aucun doute partagé par une partie de la direction du MMM.
QUE FAIRE DU PSM ? A la différence du MMM, le PSM, qui est un parti représentant les intérêts d'une fraction bourgeoise d'origine hindoue, n'est même pas comptable de ses actions devant les travailleurs. La direction du MMM reste, pour le moment, encore relativement sensible aux risques de grogne dans sa base syndicale, et plus précisément dans les syndicats de la General Workers Federation (GWF), la principale organisation syndicale de l'ile, contrôlée par la direction du MMM. Elle doit prendre garde à ne pas laisser trop de place aux courants qui se situent à sa gauche (voir encart). La crédibilité à court terme du MMM aux yeux du patronat et de l'impérialisme réside dans garantir la paix sociale et de mettre les ouvriers au travail. Sans liens avec les directions ouvrières, le MMM ne pourrait te-
Le PSM, lui, n'a pas tous ces problèmes, et c'est bien ce que soulignaient, à l'époque, les opposants au sein du MMM, à une alliance avec lui. Harish Boodhoo, le secrétaire général du PSM pouvait, sans la force de cette opposition, mais les manœuvres de la direction du MMM et le peu de débat interne avaient réduit son impact. Depuis lors, les membres de Lalit de Klas ont quitté le MMM pour former l'organisation indépendante Lalit. tandis que les militants regroupés autour du bulletin Lalit Travayer animent le Front national anti-chômage (FNAS).
12. Horizons nouveaux du 31 octobre 1982. Manifestation des chômeurs dans les rues de Port-Louis. (DR)
problêmes, devant les 200 000 personnes rassemblées en juin à Port-Louis après les élections, demander que les entreprises soient des « lieux sacrés ». Qui, au sein de son parti, pouvait lui reprocher d'etre alle
Or, le PSM a bénéficié de son alliance avec le MMM. De groupuscule bourgeois il devient peu à peu une force politique qui recrute. Boodhoo devenu vice-Premier ministre et responsable du portefeuille de l'Information a pu, dès lors, mener une politique plus musclée et proposer, par exemple, un statut de mise sous tutelle de la télévision qui gêna même Paul Bérenger.
Les manœuvres se sont multipliées depuis la victoire électorale, pour placer les hommes du PSM à certains postes de l'appareil d'Etat, dans les ambassades, ete. Et à la veille des élections municipales, ce parti exige un contingent de candidatures qui dépasse les 30 % qui lui avaient été concédés pour les législatives. Le journal Week-End du 17 octobre notait malicieusement que la perspective du PSM de se présenter seul aux élections municipales pouvait sans doute obliger le MMM à « aller seul devant l'électorat, en pleine crise économique, à assumer la responsabilité électorale du mécontentement actuel ».
Certes, le PSM n'est pas à proprement parler le « cheval de Troie » au sein de la coalition. La direction du MMM ne l'a pas attendu pour faire la politique des* patrons. Mais les travailleurs peuvent maintenant se saisir de toutes ces affaires pour dénoncer la présence au gouvernement de ce parti communaliste, qui ne sert à rien d'autre qu'à exprimer les intérêts de quelques couches bourgeoises.
Mais chasser le PSM du gouvernement ne peut évidemment pas suffire. Il faut lier cette exigence à celle d'un changement radical de politique de la direction du MMM. Et pour cela, il faut commencer par un bilan de la politique gouvernementale. Les entreprises maintiennent leurs perspectives de licenciements. Ce sont les travailleurs qui font les frais de l'austérité : outre l'augmentation prévue de la farine et du riz, on prévoit que le budget de l'Education devra être ramené à 14% des dépenses courantes de l'Etat alors qu'on prévoit, par contre, la baisse de la pression fiscale sur l'hôtellerie. La situation quotidienne des masses laborieuses n'a pas changé et l'arrogance des patrons est toujours la même.
Il faut donc une autre politique que celle de Bérenger, que le ministre des Finances lui-même résume comme suit: « Placer le secteur privé devant ses responsabilités, afin que son management, ses capacités de marketing, ses possibilités professionnelles et techniques soient utilisés à fond. (13) » autre politique consisterait à faire sortir l'ile Maurice de son héritage colonial et à décider une véritable maîtrise de l'économie nationale. Ce serait d'abord la nationalisation des grandes propriétés sucrières et des raffineries, la nationalisation du port, des transports et des banques, afin de reprendre, au profit de la population, ce que les grands patrons ont hérité de leurs ancêtres esclavagistes. L'établissement du monopole du commerce extérieur et la renégociation de la dette constitueraient l'autre maillon indispensable à l'indépendance que. Enfin et surtout, c'est en s'appuyant sur la mobilisation des travailleurs et en favorisant leur contrôle sur les entreprises et sur la vie économique que l'on pourrait concilier l'effort de reconstruction pays et l'amélioration des conditions de
Les choix actuels du gouvernement en matière économique et sociale sont principalement motivés par des raisons politiques : se concilier la bourgeoisie, passer un accord à long terme avec elle et suivre un modèle de développement qui préserve les profits patronaux, afin de conserver son soutien.
L'HOMME PROVIDENTIEL
La personnalité propre Bérenger n'est pas étrangère a l'imbroglio gouvernemental actuel. Numéro 3 du régime, après Aneerood Jugnauth et Harish Boodhoo, il demeure le principal leader du MMM, celui qui conserve une influence certaine parmi les travailleurs. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que de constater que sa démission, somme toute motivée par des considérants économiques et politiques contraires à l'intérêt des masses, a provoqué un choc dans l'esprit d'une partie des travailleurs, prêts à lui apporter leur soutien.
Le pire des dangers serait de voir les politique du FMI et n'exercer leur combativité que contre les secteurs les plus arrié. rés des fractions communalistes toujours influentes. C'est pourtant le piège que leur tend Bérenger : jouer sur son crédit, au sein du mouvement syndical notamment, pour s'affirmer dans un conflit inPaul Bérenger lors d'un meeting électoral. (DR)
ter-bureaucratique dans le MMM et pour y imposer la politique bourgeoise la plus rationnelle, celle des institutions financières impérialistes.
Bérenger a su, depuis sa nomination au poste de ministre des Finances, demeurer en contact avec les travailleurs. On l'a vu chez les ouvriers du port ou ceux des transports venir faire passer sa politique ou, plus modestement, venir faire patienter une base toujours prête à partir en
Au sein du pouvoir il y a done un Premier ministre officiel et un Premier ministre de fait. Bérenger est l'homme fort du gouvernement, parce que c'est lui qui dicte la politique économique et que c'est encore lui qui peut empêcher la contestation des travailleurs. Il peut ainsi se forger, peu à peu, un personnage providentiel « au-dessus des classes ». Lindsay Rivière, encore lui, dans le Mauricien du 22 octobre, affirme ainsi que « chaque étape de sa démarche (celle de Bérenger) avait été mûrement réfléchie : du désordre, selon lui, allait jaillir
Les mois qui viennent vont donc être gouvernementale qui vient de se dérouler concentre un grand nombre des questions qui se posent aux travailleurs. Les réponses qu'ils leur donneront dépendront de la capacité des militants révolutionnaires à fournir des explications d'ensemble et à démonter la dé magogie du pouvoir. C'est en définitive l'indépendance du mouvement de masse qui est en jeu aujourd'hui.
13. Le Mauricien du 22 octobre 1982.