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EXCLUSIF

Un membre du BP du POUP parle des grèves, de l'Eglise et de la signification de la levée de l'état de guerre

· Inprecor n° 138, 6 décembre 1982 · p. 11-12 · 2 213 mots

Syndicalisme Pologne

Un membre du Bureau politique du POUP parle des grèves, de l'église et de la signification de la le

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deusz Porebski, ancien recteur de l'Ecole polytechnique •de Wroclaw, membre du Bureau politique (BP) du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) et premier secrétaire de ce parti pour la région de Wroclaw (Basse-Silésie). Cet exposé, fait Tadeusz POREBSKI

(...) Tout d'abord, quelques mots sur la situation politique. Pratiquement, si on compte la journée d'aujourd'hui, vendredi 15 octobre, cela fait trois jours que nous assistons à des tentatives de semer le désordre dans trois entreprises de Wroclaw. Il s'agit de Delta-Hydral - ou si vous préférez son ancien nom WSK -, de l'entreprise de réparation du matériel ferroviaire ZNTK, et de la fabrique de machines à laver et de réfrigérateurs Polar. (...)

«LES TROUBLES » L'agitation a commencé mercredi 13 à Delta-Hydral, assez tôt, par un arrêt de travail dans un des départements de production. Cet arrêt a été suivi par celui des chaînes de montage — c'est-à-dire, en un mot, par les ouvriers de cette entreprise - et c'est alors que s'est constitué une manifestation parcourant l'entreprise, qui, selon les moments, a rassemblé de 200 à 1 000 personnes, ou plus.

(...) En ce qui concerne Delta-Hyce serait l'information prétendument donnée par le journal télévisé de la veille, sur le déroulement d'une réunion du parti au cours de laquelle il aurait été voté que les travailleurs de Delta-Hydral soutenaient la nouvelle loi syndicale votée par la Diète, qui a servi de prétexte aux troubles. Je n'ai pas personnellement regardé ce journal télévisé, mais j'ai été présent à une de ces réunions : il est évident que les travailleurs ont été trompés, car les organisations du parti votaient de telles résolutions en leur nom propre, conformément aux directives du BP du POUP, selon lesquelles une telle démonstration de soutien pour cette loi syndicale était nécessaire.

Divers slogans ont été criés, comme « Libérez les internés ! », « A bas le parti ! », enfin, les slogans qu'on entend habituellement lors de tels troubles. (...)

Je voudrais mentionner que les trois entreprises en question sont militarisées et qu'elles sont toutes les trois dans le même quartier. Ce n'est pas un hasard. Je pense qu'il s'agit d'une épreuve de force consciemment organisée.

Le même jour, à la même heure, il y a eu un meeting à la ZNTK qui a duré trois heures. (...) Le prétexte était le même: la fausse information concernant Delta-Hydral à la télévision.

mière crue sur les sorte de langage ils Le jour suivant (le jeudi 14 octobre), après la fin des troubles dans les deux entreprises précédentes, un rassemblement similaire, organisé selon le même schéma, a eu lieu à Polar. Cette fois-ci, le prétexte c'était « la solidarité avec Hydral ». Au moment culminant, 2 000 personnes ont pris part à ce meeting.

QUE FAISONS-NOUS ? Que faisons-nous en conséquence ? A Delta-Hydral, le département de cadres techniques a été dissous. Il s'agit, à lire des tracts qui depuis plusieurs semaines s'envolent de l'immeuble, du moteur des troubles et de la production des tracts. De plus, car les gens qui y travaillent portent une combinaison reconnaissable, ce sont eux qui ont été à l'origine de la manifestation dans l'entreprise. Le département de production, où tout a commencé, a été dissous également. Nous sommes en train de procéder à une vérification des travailleurs, à la suite de laquelle une partie d'entre eux - les plus actifs dans le passé et maintenant - ne sera pas réembauchée. La même initiative sera prise dans les deux autres entreprises.

LES MANIFESTATIONS

ET LEUR COMPOSITION (...) D'autres troubles qu'il faudrait mentionner ici - et que vous connaissez déjà par les informations laconiques parues dans la presse — ont été, d'une part, la nouvelle tentative de manifestation devant la plaque commémorative de la naissance de Solidarité à Wroclaw. 500 per-

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EXCLUSIF devant les dirigeants locaux du POUP du département de Wroclaw, enregistré clandestinement à la mi-octobre, jette une luprojets des bureaucrates et montre quelle tiennent quand ils s'adressent aux leurs. sonnes y ont pris part durant deux à trois heures (certains venaient, d'autres repartaient). Il s'agit done d'un événement de moindre importance qu'auparavant. (...) Mais nous devons remarquer un fait dangereux : cette fois - contrairement au mardi 31 août, où les entreprises étaient calmes — nos adversaires ont réussi à semer le trouble au sein des entreprises.

D'autre part, des troubles plus graves ont eu lieu à la sortie de la messe de la cathédrale à 18 h 30. Après la dispersion de ceux qu'on peut considérer comme étant des fidèles, 1500 personnes ont commencé à parcourir la ville. On a donc procédé à la liquidation de cette manifestation, il faut le dire, cette fois-ci de façon plus efficace.

Notons que la messe de la cathédrale, le mercredi 13 octobre, avait été chauffée à blanc par une homélie, bien que des discussions aient été menées avec chaque prêtre et chaque curé pour les mettre en garde et leur expliquer ... avant le vote de la loi syndicale. Cela alors qu'une grande partie des prêtres a fait preuve de neutralité à cette occasion, conformément à nos conseils.

Si on peut penser que les arrestations donnent une image plus ou moins fidèle de la composition des manifestations, alors, sur environ 220 personnes arrêtées - dont certaines ont été interrogées, passées devant les tribunaux, ou libérées s'il n'y avait aucune preuve de leur culpabilité - plus de 150 avaient moins de 25 ans. 160 d'entre elles étaient des jeunes ouvriers. Ces proportions se retrouvent lors des troubles précédents. Enfin, parmi les arrêtés, il y avait également quelques étudiants et élèves, ces derniers, une quarantaine, donc moins de 20%, les étudiants étant encore moins nombreux. Il est caractéristique que, dans ces manifestations, il n'y ait quasiment pas de gens ayant une formation supérieure achevée.

LA LOI SYNDICALE

(...) Passons à un second point : la question des syndicats. Je voudrais souligner ici - bien que ce qui se passe ne soit malheureusement pas une démonstration de cette thèse - que nous voudrions que ces groupes d'initiative soient composés de militants authentiques du mouvement, jouissant d'autorité... c'est-à-dire, en un mot, qu'on ne fasse pas de force des syndicats du parti. (...) Par ailleurs, une partie des organisations de base du POUP n'ont pas voulu voter des résolu-

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Le 29 août, dans l'église Stanislas de Varsovie. (DR) tions de soutien à la loi syndicale. C'est une petite frange, mais elle existe.

En ce qui concerne ces groupes d'initiative, les premiers devraient voir le jour dès ce mois-ci (octobre) mais, comme je l'ai dit, nous avons demandé à tous de ne pas se presser, et en particulier de ne pas créer ces groupes d'initiative sur la base des seuls membres du parti ou presque. Ceux-là, si nous voulons travailler avec eux, nous les avons dans nos rangs. s'agit d'attirer des sans-parti, la jeunesse, c'est le sens de nos directives. (...) Je voudrais donc, si vous faites des réunions, que vous expliquiez cette question, car certains pourraient penser qu'on prend du retard et faire des bêtises lors de la création de ces groupes d'initiative syndicale.

En ce qui concerne l'Organisation internationale du travail (OIT), je voudrais souligner que notre gouvernement a reçu des recommandations des l'OIT et non pas de l'OIT en tant que telle. (...) II y a là dedans deux questions qui ne sont pas en accord avec ce qui se passe habituellement dans les syndicats et avec ce considère comme acceptable: la question tion de tous les syndicats par la Diéte et non pas par le tribunal (la pratique dans le monde est différente), et le fait qu'on crée un seul syndicat, bien que la loi prévoit la possibilité qu'il y en ait plusieurs, mais c'est suspendu pour trois ans. (...) En ce qui concerne cette seconde question, nous avons bien conscience qu'il s'agit là d'un viol des principes admis par l'OIT. (...)

L'ATTITUDE DES PAYS CAPITALISTES Il est caractéristique, je voudrais le mentionner ici, un jour peut-être cela vous sera utile, que nous fassions une erreur - on sait pour quelles raisons — en disant que nous avons affaire à une attitude négative des pays capitalistes en général face à ce qui change dans notre pays, face à la question syndicale. On devrait dire plutôt que l'attitude vient des pays de l'Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord (OTAN). (...) Les spécialistes disent qu'en ce qui concerne certains d'entre eux, il y a là plus de bruit que d'actions concrètes, mais deux, voire trois pays semblent assez décidés sur ce point : les USA, l'Allemagne fédérale et également la France, bien que, toujours selon l'opinion des spécialistes, la France se prépare très énergiquement à la rencontre François MitterrandLeonid Brejnev. Donc, on pourrait également analyser cela comme étant du bruit sans conséquences sur la politique vis-àvis des pays de l'Est.

Mais ne nous perdons pas en conjectures. En revanche, en pratique, la Pologne n'a pas été attaquée par les autres pays — dont les pays capitalistes — à l'Organisation des Nations unies (ONU). En fait, nous avons la compréhension, pour dire la sympathie, des pays de l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud ; il n'y a pas d'attaques de ce côté. Il n'y a pas non plus d'agression de la part des pays d'Afrique ni d'autres pays, l'exception de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. (...) La perte du statut commercial de « nation particulièrement favorisée » avec les USA signifie pour nous (...) une perte de l'ordre de 40 à 60 millions de dollars, sur les 200 millions de dollars que nous rapportent les exportations vers ce pays. (...) « NOS RELATIONS AVEC L'ÉGLISE »

Enfin, nos relations avec l'Eglise. Il y a des rencontres - sur lesquelles vous avez lu des informations laconiques — enreprésentants des autorités de l'Etat et ceux autorités ecclésiastiques. Dernièrement, cela concerne la visite du pape Jean-Paul II. L'Eglise - selon les informations en ma possession - la voudrait éclatante et surtout très longue. (...) De notre côté, nous posons la condition de déterminer le caractère visite et de ce que le pape, du point de vue politique, voudra soulever. Nous exigeons que cette attitude soit clairement exprimée avant la visite du pape. Nous voulons savoir ce que le pape amène comme bagage politique. D'où ces discussions actuelles. Le primat de Pologne, Glemp, a envoyé à ce sujet une lettre au camarade Jaruzelski conditions ont été précisées. (...) Bien que Glemp ait voulu très instamment rencontrer le camarade Jaruzelski durant ces dernières semaines, il s'est abstenu quand il a vu que la loi sur la liquidation des syndicats allait être votée par la Diète. De notre part, nous avons prévenu l'Episcopat qu'en cas d'actions répétées et de l'utilisation des messes contre l'Etat et contre l'ordre, nous allions :

1) mener des polémiques publiques ; on lèvera l'embargo sur les informations concernant les pratiques de l'Eglise. Nous en avons déjà eu l'exemple dans le journal d'hier, où il a été dit clairement que c'était tel prêtre qui était l'organisateur de telles affaires ;

2) commencer des enquêtes du parquet contre ceux des prêtres qui se livrent à une activité clairement anti-Etat dans leurs homélies.

Ce ne sera pas une chose simple, l'affaire est compliquée et a aussi des aspects disons négatifs, mais là l'Etat doit faire quelque chose pour qu'on ne pense pas que l'Eglise peut tout se permettre à ce sujet. Le gouvernement ne veut pas entamer une lutte avec l'Eglise — nous n'avons pas besoin de nouveaux fronts de lutte. Il y a une vieille thèse qui dit que « plus nous sommes forts, plus faibles sont nos adversaires », et donc aussi l'Eglise. Alors, si un jour nous voulions disons limiter les possibilités de l'Eglise, cela ne pourra avoir lieu que quand les temps auront changé ... Je le dis, car souvent, lors des réunions du parti, il y a des cris du genre : « Finissez-en avec cette Eglise ! » On peut certes crier, mais la réalité est ce qu'elle est, et nous devons composer

L'ÉTAT DE GUERRE SERA LEVÉ »

Pour finir, la question de l'état de guerre. En ce qui concerne la levée de l'état de guerre, nos décisions n'ont pas changé. Aujourd'hui, la direction du parti et de l'Etat veut procéder à cette levée de l'état de guerre vers la fin de l'année. Malgré les deux derniers événements, ceux du mardi 31 août et ceux tout récents (10 octobre), nous n'avons pas changé notre décision. On a devant nous dates anniversaires mercredi 10 novembre et le lundi 13 dé cembre —, on verra ... L'idée, c'est que, tout en levant ou en suspendant l'état de guerre, on donne au gouvernement les pouvoirs spéciaux : je pense, par exemple, à la militarisation des entreprises discipline des travailleurs, à la proclamation de l'état d'exception dans certains départements et peut-être dans tout le pays, c'est-à-dire de pouvoirs qui permetd'agir rapidement pour calmer la situation. Mais - formellement - l'état de guerre sera levé. Je souligne une fois que, pour le moment, notre volonté demeure inchangée par rapport à déclaration à la Diète du camarade

Tadeusz POREBSKI Wroclaw, mi-octobre 1982.

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