Revoluzionaria, section italienne de la IVe Internationale
EPUIS plusieurs années déjà, les directions syndicales du mouvement ouvrier italien sont engagées dans un processus de réorientation qui les a conduites à une adaptation toujours plus grande à la politique et jusqu'au langage d'austérité du patronat. Cette attitude des confédérations syndicales répond positivement à la campagne de la Confindustria — l'organisation patronale - menée à partir de pour une diminution du « coût du travail ». Le patronat considère en effet que le coût actuel du travail est la cause essentielle de la poussée inflationniste. Loin de combattre pied à pied cette couverture théorique à la pratique courante du capital qui consiste à réduire les acquis des travailleurs pour refaire son taux de profit, les directions syndicales ont accepté le débat sur ce terrain-là, ce qui ne pouvait que les conduire à des concessions successives.
C'était sans compter avec l'opposition farouche des travailleurs à toute atteinte de leurs acquis. Une première tentative de la Confindustria de s'en prendre à l'échelle mobile des salaires avait été repoussée en 1981 en raison de la vigueur des réactions ouvrières. Mais, face aux premières concessions des directions syndicales qui avaient accepté l'idée d'une limitation de la hausse des salaires à 16% par an sur la base d'une définition préalable de la hausse des prix supposée, le patronat a engagé en juin 1982 une nouvelle offensive contre l'échelle mobile en se déclarant prêt à dénoncer l'accord de 1975 (1). Les directions syndicales ont alors été contraintes, devant l'ampleur de la réprobation des travailleurs face à la provocation patronale, d'appeler à une grève générale pour le 25 juin. Une manifestation de près de 500 000 personnes a défilé ce jour-là à Rome autour du mot d'ordre « Ne touchez pas à l'échelle mobile ! ». Mais, dès après cette mobilisation, les confédérations syndicales se déclaraient toujours disposées à ouvrir le cas échéant des négociations avec le patronat sur l'avenir de l'échelle mobile.
Après un débat d'appareil, les différentes confédérations syndicales se sont mises d'accord sur une proposition dite unitaire en octobre 1982. Celle-ci prévoit une modification de l'actuel indice des prix pour, comme l'on dit en Italie, « refroi-
« INPRECOR » :- En juin de cette année, la Confindustria a dénoncé l'accord de 1975 sur l'échelle mobile. La Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR), section italienne de la IVe Internationale, a lancé une pétition contre cette mesure. Peux-tu nous dire quelle forme a pris cette campagne et quel accueil elle a reçu ?
Elettra DEIANA : - L'initiative a été lancée par des délégués de plusieurs usines du Nord de l'Italie, en particulier de l'AIfa Romeo et de la Face Standard de Milan, de la Breda de Brescia et de la Coordination des ouvriers de l'usine FIAT en « cassa integrazione » (ils sont plusieurs dizaines de milliers !).
A la base de cette initiative se trouvait la conviction que, face à l'attaque de la Confindustria et du patronat en général, une résistance très large des travailleurs pouvait se développer. Cette convicd'achat, lui, n'a pas augmenté. centrale démocrate-chrétienne, CISL. tion se fondait sur des faits très précis comme, par exemple, les prises de position de secteurs très nombreux de la classe ouvrière en défense de l'échelle mobile, ou le fait que les Congrès syndicaux de 1981 s'étaient prononcés pour le maintien de l'accord de 1975 (2).
L'initiative des ouvriers métallurgistes de la LCR a pris la forme d'une collecte de signatures sur un appel adressé à la Fédération syndicale unitaire CGIL-CISL-
1. L'accord de 1975 inclut une disposition concernant l'échelle mobile des salaires qui prévoit l'indexation des salaires sur le coût de la vie sous la forme d'un rattrapage identique pour tous et calculé sur la base de la septième catégorie salariale des ouvriers. Les bas salaires sont ainsi avantagés et l'éventail des salaires se res serre.
2. Initialement, les trois centrales syndicales CGIL, UIL et CISL étaient divisées sur la
ITALIE dir » l'échelle mobile et préparer la voie à une attaque encore plus dure. Les autres propositions ont pour but de faire avaler cette pilule, en prévoyant notamment une réforme fiscale qui devrait protéger les revenus indexés et ne pas les faire passer dans une tranche d'imposition supérieure alors que le pouvoir
Devant l'importance de l'opposition des travailleurs à une telle attitude des directions syndicales, nos camarades de la Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR), section italienne de la IVe Internationale, ont alors pris l'initiative, après discussion avec un certain nombre de conseils d'usine de lancer une pétition précisant : « Nous voulons que les directions de nos syndicats s'engagent dans la défense de l'échelle mobile ! » En moins de quinze jours, cette pétition obtenait 50 000 signatures, dont 10 000 à Turin, 10 000 à Milan ... A Turin, 2 000 participants à la conférence ouvrière du Parti communiste italien (PCI) l'ont signée, tout comme la totalité des secrétaires régionaux de la Fédération unitaire de la métallurgie et de la
Dans Inprecor numéro 135, du 25 octobre 1982, notre camarade Elettra Deiana, membre de la direction de la LCR, tirait un premier bilan de cette campagne de pétitions. Dans la première interview que nous publions ci-dessous, Elettra Deiana précise l'état actuel de la mobilisation pour la défense de l'échelle mobile et les répercussions de la démarche pétitionnaire jusqu'au sein des formations réformistes et des directions syndicales. Lors des votes sur les propositions des directions syndicales qui se sont déroulés début novembre, une première concrétisation de l'audience de cette bataille pour la défense de l'échelle mobile a été sensible, malgré toutes les basses manœuvres des directions syndicales pour tromper les travailleurs, manipuler leurs votes ou empêcher l'expression de contre-propositions par l'opposition syndicale.
Dans les pages suivantes, nous publions une seconde interview, celle de Ciccio Maresca, délégué du conseil d'usine de l'Italsider de Tarente et membre de la direction de la LCR, qui illustre comment a été menée la bataille pour la défense de l'échelle mobile dans une entreprise de 13 000 travailleurs.
UIL, appel qui demandait aux directions de promouvoir l'action pour la défense de l'échelle mobile jusqu'à ce que la décision patronale soit révoquée sans conditions, en particulier en rejetant le chantage de la Confindustria, qui menaçait de ne pas renouveler les contrats collectifs, si les travailleurs n'acceptaient pas la dénonciation de l'accord de 1975 sur l'échelle moL'initiative a eu immédiatement une question de l'échelle mobile. La CGIL et l'UIL ont critiqué en 1981 les propositions avancées par l'économiste de la CISL (centrale syndicale démocrate-chrétienne) Tarantelli, qui proposait une modification de l'échelle mobile allant dans le sens d'une fixation préalable d'un plafond d'inflation estimé à 16 % pour 1982, 12 % pour 1983 et 8 % pour 1984. Encore lors de leurs Congrès nationaux de fin 1981, la CGIL et TUIL ont maintenu officiellement la ligne « on ne touchera pas à l'indexation ».
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Manifestation à Milan le 24 novembre 1982. La banderole de la LCR proclame : " On ne touche audience énorme parmi les travailleurs; en quelques jours, plusieurs milliers de signatures ont été collectées dans les usines des trois villes d'où l'appel était parti.
Il y a eu une première tentative visant à étendre l'initiative à l'occasion de la grève générale du 25 juin dernier, qui a vu près d'un demi-million de travailleurs dans la rue à Rome. La grève avait été organisée par les directions syndicales, officiellement pour protester contre la décision de la Confindustria, mais, en fait, pour canaliser le vaste mouvement de protestation qui se dessinait dans les entre-
Au cours de la manifestation de Rome, les initiateurs de la pétition ont installé des stands pour récolter des signatures et, là aussi, l'impact a été important. De nombreux délégués et responsables des conseils d'usines ont non seulement signé l'appel, mais l'ont pris pour le faire signer dans leurs entreprises. Il est particulièrement significatif que de nombreux représentants soient montrés disposés à reprendre l'initiative à leur compte, dans la mesure où ils représentaient la colonne vertébrale militante de la classe ouvrière italienne.
On a pu en voir un autre exemple à Milan. Après la grève du 25 juin, nos camarades ont été collecter des signatures lors de la réunion du Conseil général régional de la Fédération syndicale unitaire CGIL-CISL-UIL. Et là, 180 représentants de conseils d'usine ont pris l'appel pour le faire signer autour d'eux.
En juillet, les camarades ont porté l'appel, signé par plus de 50000 travailleurs, à la direction syndicale à Rome et ont organisé une conférence de presse à cette occasion, conférence largement rapportée dans les journaux, comme d'ailleurs les différentes phases de l'initiative l'avaient été.
- Comment ont réagi les directions syndicales face à cette campagne ?
- Pour comprendre la réaction des directions syndicales, il faut tenir compte de deux éléments : tout d'abord, il faut savoir qu'elles se sont attachées à élaborer un document, accepté par les trois composantes de la Fédération syndicale unitaire CGIL-CISL-UIL, qui prévoit la remise en cause des éléments essentiels de l'accord de 1975 sur l'échelle mobile (3). Mais il faut aussi tenir compte des réactions très forte qui sont apparues au sein des organisations syndicales, y compris dans des secteurs importants de l'appareil, contre la décision de la Confindustria.
L'initiative lancée par les camarades de la LCR entrait done en résonance avec ces différenciations profondes à l'œuvre au sein des confédérations. Par exemple, en juillet, la direction de la FLM du Piémont, à qui les camarades avaient remis les signatures collectées dans les usines de la région de Turin, jugeait, dans un communiqué de presse, cette initiative « utile car elle vise à sensibiliser les travailleurs sur une question décisive pour tout le mouvement syndical ». Elle s'engageait, dans le même communiqué, à poursuivre pas à l'échelle mobile, non au gouvernement de l'austérité ! » (DR) la lutte pour « le renouvellement des contrats, la révocation de la dénonciation de l'accord sur l'échelle mobile et la création de nouveaux postes de travail ».
On a enregistré des réactions similaires à d'autres niveaux du syndicat. Par exemple, le conseil d'usine de l'Alfa Romeo de Milan a offert aux initiateurs de l'appel dans cette ville d'utiliser son local pour organiser leur conférence de presse. Et cela n'est pas seulement dû au fait que les ouvriers de la LCR ont un poids important dans ce conseil d'usine, mais aussi à la sympathie que leur initiative rencontré chez les travailleurs.
D'autre part, il est évident que les sommets syndicaux ont, eux, cherché à ignorer l'initiative et n'ont, par exemple, pas rendu compte de la rencontre avec la délégation qui était venue leur remettre les signatures à Rome.
Cette réaction est dans la ligne de leur attitude générale face à tout ce qui remet en cause leur politique de concessions au patronat.
Pour comprendre toute la portée des contradictions à l'œuvre au sein des organisations syndicales, dont ce que je viens de décrire n'est qu'un petit symptôme, il faut tenir compte de ce qui s'est passé lors de la consultation organisée parmi les travailleurs sur le document du secrétariat de la Fédération syndicale unitaire CGIL-CISL-UIL, qui synthétisait les concessions que les directions étaient disposées à faire. Au cours de cette consultation, nos camarades se sont battus pour le rejet de ce document en y opposant une plate-forme de lutte susceptible de relancer l'initiative ouvrière contre l'offensive patronale. Cette initiative n'est pas restée isolée. En effet, le document officiel a été rejeté par la majorité des travailleurs qui ont participé aux assemblées (cf. interview ci-après de Ciccio Maresca sur l'exemple de l'Italsider de Tarente).
Ce rejet a pris des formes multiples, car il ne s'est pas traduit dans une prise de position en faveur d'une alternative. Certains ont rejeté le document sans rien lui opposer ; d'autres ont voté le texte défendu par nos camarades ; d'autres enfin ont proposé des amendements au document officiel, qui ne remettaient pas en cause l'orientation de la direction mais seulement ses conséquences les plus immédia-
DE
La bataille centrée sur les amendements - menée en particulier par la FLM - a permis ensuite toutes sortes de manipulations de la part des directions syndicales. Mais, au-delà de la critique que nous avons fait de cette tactique, il est important de comprendre les profondes contradictions qu'elle révèle.
- Cette campagne a-t-elle eu un écho auprès des militants du PCI et, de façon générale, comment ce parti a-t-il réagi sur la question de l'échelle mobile ?
- Pour répondre, il suffirait de dire que la majorité des signataires de l'appel sont des camarades du PCI, des militants de base et, dans certains cas, des cadres
En juillet, le quotidien du PCI, l'Unità, a parlé à plusieurs reprises de la collecte de signatures en cours. En réalité, l'attitude du PCI face à la question de l'échelle mobile est symptomatique des problèmes bien plus généraux auquel il est confronté dans la période actuelle. A la différence de ce qu'il avait fait lors de la pré cédente consultation sur le « toit » de 16 % à imposer aux salaires (qu'il avait soutenu), le PCI a, cette fois-ci, adopté une attitude beaucoup plus prudente face aux propositions de la direction syndicale, ouvrant ainsi des brèches dans lesquelles pouvait s'engouffrer en partie le mé contentement que sa propre base ouvrière septembre et octobre, l'Unità a publié de nombreuses lettres de protestation de militants ouvriers contre la politique des sommets syndicaux. Il ne s'agissait pas, bien sûr, d'une décision du PCI de prendre la tête du mouvement de protestation, mais cela illustrait sa volonté de ne pas apparaître, une fois de plus, en op-
3. La proposition unitaire des centrales syndicales prévoit une modification de l'actuel indice des prix pour, comme l'on dit en Italie. « refroidir » l'échelle mobile, c'est-à-dire en réduire les effets correctifs déja limités de l'inflation. Cela équivaudrait à une réduction de 10 % de la progression des rémunérations indexées. Pour faire passer la pilule de l'abandon du rrincipe de ne pas toucher à l'échelle mobile, les directions syndicales ont réclamé dans la foulée une réforme fiscale qui devrait, si elle voyait le jour, protéger les revenus indexés et ne pas les faire passer dans une tranche d'imposition supérieure alors que le pouvoir d'achat n'a pas été augmenté. Globalement, l'ensemble de ces dispositions va néanmoins dans le croissement de l'éventail des salaires et du développement des divisions entre les travailleurs.
position aux secteurs ouvriers les plus (CISL démocrate-chrétienne) a été telle- culièrement discrédité aux yeux des tra-
En même temps, le PCI voulait empêcher que l'on en arrive à un affrontement ouvert entre ces secteurs et la direction syndicale, et il a done cherché à proposer des médiations acceptables d'un côté comme de l'autre. Il a ainsi largement inspiré la tactique d'amendements adop-
Ces proccupations du PCI sont apparues clairement dans un article de Gerardo Chiaromonte dans l'Unità vembre, au moment de la consultation. Il y affirme que la question du coût du travail avancée par le patronat et acceptée par la Fédération syndicale unitaire est un problème réel. Mais il introduit aussitôt des distinguos en expliquant que ce n'est pas le seul problème, qu'il y a plusieurs façons d'y répondre et que, peut-être, celle choisie par la Fédération syndicale unitaire CGIL-CISL-UIL n'est pas la plus adéquate. En conséquence, conclut-il, la consultation devrait offrir la possibilité aux travailleurs d'améliorer cette proposition. Cet article a provoqué, comme on peut facilement l'imaginer, des polémiques sans fin entre les différentes composantes de la Fédération syndicale unitaire. Dans une conférence de presse, Gerardo Chiaromonte a précisé que le PCI n'avait nullement l'intention de faire échouer le document syndical, qu'il n'avait aucune proposition alternative, mais que les travailleurs ne l'accepteraient pas. C'est pourquoi il fallait, selon lui, le reformuler en partie pour le rendre acceptable.
- Peux-tu nous dire pius en comment s'est déroulée la consultation dans les entreprises et quels en ont été les résultats réels ?
- J'ai déjà parlé plus haut du rejet massif du document par les travailleurs. Mais il faut préciser les éléments les plus significatifs de la consultation. Tout d'abord, il convient de dire que, partout où des motions alternatives ont été présentées et défendues (presqu'exclusivement là où étaient présents nos camarades), elles ont remporté l'écrasante majorité des voix des travailleurs. C'est le cas de grandes usines de Turin comme l'Aeritalia, la FIAT ; c'est aussi le cas de grandes usines de Milan et de Brescia, ainsi que de l'Ital-
Il faut noter que, dans toutes les usiles responsables syndicaux - qui avaient tiré les leçons de la consultation précédente - avaient organisé une habile mise en scène. Ils ont cherché à éviter les assemblées générales et cherché à commencer la consultation dans les usines les moins combatives, etc. Malgré cela, là où la bataille d'opposition a été menée, elle a reçu l'adhésion de la majorité des travailleurs, même en présence de dirigeants syndicaux de grand prestige comme Bruno Trentin (dirigeant de la CGIL communiste), qui était venu en personne à la TB et à la Breda de Brescia. Il a eu 20 voix pour sa proposition et 600 contre. A la Nuova Pignone de Florence, Del Piano ment contesté qu'une véritable révolte a éclaté dans l'assemblée quand il a voulu reprendre la parole, et qu'il a dû s'enfuir. A l'usine Falck de Milan, Pierre Carniti, autre dirigeant de la CISL, a tout simplement refusé de se rendre à l'assemblée, après avoir appris que le conseil d'usine avait l'intention de présenter un texte alternatif au document syndical.
Tous ces exemples illustrent bien l'atmosphère qui existait dans les entreprises. Même la bataille pour les amendements ne s'est pas déroulée de façon aussi linéaire que l'auraient souhaitée ses initiateurs. Par exemple, le conseil d'usine de l'Alfa Romeo d'Arezzo, ou la FIOM de Brescia, ont présenté des textes bien plus avancés que les amendements de la FLM.
Il ressort des résultats que les secteurs traditionnellement les plus combatifs ont rejeté la plate-forme de la direction syndicale. Une analyse plus détaillée des votes permettraient de faire ressortir d'autres éléments significatifs. Par exemple, dans la province de Milan, les fonctionnaires et les enseignants ont rejeté en masse le document syndical.
Mais ces résultats n'ont absolument pas été pris en considération par les directions syndicales, qui ont fait preuve à cette occasion, comme jamais encore à ce point par le passé, d'un mépris total de la volonté des travailleurs. Elles ont tout comme si rien ne s'était passé.
- Parallèlement à la conclusion de la consultation syndicale s'est ouvert une nouvelle crise de gouvernement avec la démission de Spadolini. Penses-tu qu'il y a un lien entre ces deux événements ?
- Le gouvernement Spadolini avait joué un rôle essentiel pour mettre au centre des discussions avec le mouvement syndical la question du coût du travail. Au début même de la consultation, Spadolini avait déclaré sans détours que si les travailleurs n'acceptaient pas le document syndical et que, en conséquence, patronat et syndicats n'arrivaient pas à un accord sur le coût du travail, il bloquerait l'échelle mobile par décret.
Pourtant, le Parti socialiste italien (PSI) et le PCI, ainsi que les confédérafavoriser la dynamique antigouvernemenétait apparue au cours de la consultation. Le PCI, en particulier, s'est limité à mettre l'accent sur les désaccords entre les composantes de la majorité, sans souligner le rôle évident que jouait sur la crise gouvernementale la situation au sein de la classe ouvrière. Il ne fait aucun doute que la capacité de résistance qu'ont démontrée une fois de plus les travailleurs italiens a influé sur le gouvernement et ses composantes, en particulier sur le PSI, qui compte sur des élections anticipées pour renforcer son poids politique et qui ne peut ignorer les réactions ouvrières.
- Amintore Fanfani a été chargé de former le nouveau gouvernement. Il s'agit d'un dirigeant démocrate-chrétien partivailleurs, qui avait été tenu à l'écart de tout poste politique important ces dix dernières années et relégué à la fonction honorifique de président du Sénat. Comment se fait-il qu'il soit aujourd'hui chargé de former le nouveau gouvernement ?
- Le choix d'Amintore Fanfani pour former le nouveau gouvernement indique que le PCI s'est résolu à accepter, au temporairement, « centralité » démocrate-chrétienne. Après le scandale de la loge maçonnique P2, le PSI avait espéré écarter durablement la Démocratie chrétienne (DC) de la présidu Conseil. C'est pourquoi la formation du gouvernement avait alors été confiée au républicain Spadolini. Aujourd'hui, le PSI accepte de nouveau un président du Conseil démocrate-chrétien, et cela ne fait que souligner la situation difficile qui est la sienne au sein de la majorité et représente, aussi, un succès partiel pour le nouveau secrétariat de la DC dirigé par De Mita.
Amintore Fanfani représente un élément médiateur entre les différents courants de la DC, comme on l'a vu lors du dernier Congrès de ce parti, Il avait alors permis le succès de De Mita, et, par la suite, il avait contribué à faire accepter le nouveau secrétaire par tous les courants rivaux.
Mais le choix d'Amintore Fanfani indique surtout la permanence de la crise de direction de la bourgeoisie italienne, qui n'arrive pas à renouveler ses représentants et doit continuer à avoir recours à des personnages aussi usés et discrédités.
La charge confiée à Amintore Fanfani apparaît également comme une prime à un homme qui se bat depuis des années pour une transformation dans un sens présidentialiste des institutions italiennes.
- Comment le PSI et le PCI ont-ils réagi à la nomination d'Amintore Fan-
- Le PSI voit son projet d'accéder à la présidence du Conseil (qui est l'axe de politique de son secrétaire Bettino Craxi et par rapport auquel la nomination du républicain Spadolini avait semblé un premier pas) remis en cause. Il doute pousser à la convocation d'élections anticipées à brève échéance, permettant une vérification générale des rapports
Le PCI se trouve, pour sa part, dans une situation d'impasse et d'immobilisme depuis l'échec de l'expérience d'Union nationale. Il s'est montré incapable d'avancer la moindre proposition sur la question de la crise, se réfugiant dans la politologie plus ou moins subtile pour masquer son absence d'orientation. Son impasse politique est bien illustrée par le fait qu'il n'a pas été en mesure d'opposer quoi que ce soit à la nomination d'un personnage aussi discrédité aux yeux des travailleurs que l'est Amintore Fanfani.
Propos recueillis par André DURET Milan, 12 novembre 1982.