Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JAPON

Après les élections sénatoriales

· Inprecor n° 14, 13 octobre 1977 · p. 23-27 · 4 848 mots

Japon et Corée Syndicalisme URSS et Russie Stalinisme

JAPON Durant la période précédant les élections du 10 juillet à la : Chambre haute de la Diète japonaise, nombreux étaient ceux qui spéculaient sur la perte par le Parti libéral démocrate (PLD) de sa faible majorité. Pourtant, le parti gouvernemental s'avéra à même de garder le contrôle de la Diète (1). Les résultats électoraux de juillet prolongent en fait ceux des élections à la Chambre basse de fin 1976. Le Parti socialiste, et surtout le Parti communiste, ont perdu des sièges, alors que le Nouveau club libéral, le parti. Komei et le Parti socialiste démocratique ont enregistré des gains; le PLD a perdu moins de sièges qu'il ne l'avait prévu. Il a réussi à garder le contrôle de la Diète et les partis d'opposition du "centre" se sont vus renforcés. Le fait que le PLD ait été capable de sauver une petite majorité parlementaire tend à démontrer que la crise gouvernementale ouverte par le scandale Lockheed en 1976 est aujourd'hui enfin close - et il ne pouvait guère en être autrement. L'ancien Premier ministre Tanaka s'était vu obligé de démissionner après que ses pratiques financières aient été étalées au grand jour en 1974. Il était alors remplacé par Takeo Miki dont le gouvernement était rapidement secoué par l'éclatement du scandale des pots de vins distribués par la firme aéronautique américaine Lockheed. Mais la lutte des travailleurs était trahie par les directions du PS et du PC et aucun combat ne put en conséquence être engagé dans la situation de crise ouverte par le scandale. Il était inévitable, dans ces conditions que la crise gouvernementale s'achève, qu'une importante période politique se termine et que s'ouvre une nouvelle conjoncture. Les raisons du recul du PS et du PC La défaite des partis ouvriers durant cette année électorale est le résultat de l'abandon total par les directions socialdémocrate et stalinienne des luttes de masse. Face au scandale Lockheed et à la crise du gouvernement PLD, les réformistes se sont refusé à modifier leur orientation électoraliste et de collaboration de classe. Leur politique consistait à faire pression au travers des institutions de l'Etat bourgeois pour obtenir des concessions et accroître leur représentation parlementaire afin d'assurer l'adoption de réformes. Ils se sont par là aliéné de nombreux travailleurs qui avaient dans le passé soutenu les candidats du PS et du PC et ont conduit ainsi leurs partis à la défaite dans les dernières élections.

Kazuo KIHARA Le Parti communiste a connu une défaite particulièrement sévère. Durant les années 50 et 60, il avait joué le rôle d'une opposition de gauche au sein du syndicat Sohyo (2) dominé par les bureaucrates affiliés au PS. Mais, autour de 1970, le PC a opéré un tournant droitier sur toute une série de questions. Un exemple : l'une des revendications traditionnelles contenue dans le programme du PC a toujours été l'abrogation du Traité de sécurité nippo-américain. De fait, nombre de vieux militants du PC ont vu dans l'opposition à l'alliance militaire avec l'impérialisme américain le problème clé sur lequel leur parti se trouvait à la gauche de tous les autres partis de l'opposition. Mais récemment, Kenji Miyamoto, président du Parti et d'autres porte-parole staliniens ont clairement fait savoir qu'ils étaient prêts à abandonner cette revendication si cela s'avèrait nécessaire pour assurer l'entrée du PC dans un gouvernement de coalition. Beaucoup de vieux militants ont simplement refusé de participer activement à la campagne électorale - certains ont même quitté le Parti quand ils ont pris connaissance de ces déclarations. Un autre exemple : le PC a commencé à s'opposer publiquement et clairement aux grèves menées par les enseignants et les fonctionnaires (le droit de grève n'est pas reconnu pour le secteur public au Japon - NDT). Cela a évidemment suscité le doute et le mécontentement parmi les travailleurs du secteur public, ce qui porte tout particulièrement préjudice au PC car c'est dans ce secteur que son influence dans les syndicats du Sohyo est probablement la plus importante. Pour cette raison aussi, le PC a été incapable de mobiliser cette année autant de militants et sympathisants que dans le passé. Quant à la défaite du Parti socialiste, elle reflète, entre autres choses, une réaction aux tentatives de plus en plus brutales des bureaucrates du. Sohyo de réprimer les activités des jeunes militants syndicaux. Par exemple, la direction socialdémocrate de gauche du Korokyo (3), le plus grand syndicat du Sohyo, affichait d'habitude une attitude relativement militante dans les luttes des travailleurs du secteur public. Les bureaucrates appelaient à une grève, prononçaient de violents discours, puis s'asseyaient et laissaient les jeunes militants faire le travail d'organisation de la grève. Mais, environ . depuis 1973 - et tout spécialement lors des luttes contre l'accélération des cadences et la rationalisation comme en ce qui concerne la revendication du droit de grève - la direction du Sohyo est activement intervenue pour mettre un terme à nombre d'initiatives impulsées par de jeunes militants. Au num de la

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JAPON nécessité de "ne pas contrarier la population" elle a de plus en plus essayé d'éviter que les travailleurs du secteur public n'entrent en grève, ne ralentissent les cadences, etc. Durant "l'offensive de printemps"' (4) de 1977, la direction du Korokyo s'est refusée à appeler à des grèves, même limitées à des actions de pression sur le gouvernement et, en conséquence, les travailleurs du secteur public ont dû accepter de nouveaux contrats tout à fait insuffisants en ce qui concerne les augmentations de salaires. Quand le scandale Lockheed fut connu, en 1976, les syndigouvernementaux impliqués. Ces actions de protestation se sont étendues très vite, mais la direction du Sohyo est rapidement intervenue pour forcer les unions locales à annuler les nouvelles manifestations. s'en remettant aux politiciens du PS pour "faire la lumière" sur le scandale grâce à l'enquête parlementaire engagée par la Diète. Ce qui a permis au PLD de se tirer d'affaire à un moment critique. Les candidats du Parti socialiste se sont généralement appuyés sur l'appareil du Sohyo pour mobiliser les travailleurs durant les campagnes électorales et le rôle de jeunes militants dans ces camapagnes a toujours été très grand. Mais la bureaucratie du Sohyo s'est aliéné de façon croissante la sympathie des jeunes et même de syndicalistes d'ağe moyen, à tel point que l'effort électoral du PS s'en est ressenti. Les résultats électoraux de cette années expriment clairement ce fait. La mesure dans laquelle ces types de trahisons social démocrates et staliniennes désarment la classe ouvrière a peut-être été le plus clairement démontrée lors des négociations sur les droits de pêche qui se déroulèrent durant la période précédant les élections de juillet. L'Union soviétique a établi cette année une zone de pêche de 200 milles sur son plateau continental, après que nombre de pays capitalistes aient fait de même. Cette zone de 200 miles affecte de façon majeure l'industrie de la pêche, les grandes compagnies comme les pêcheurs de moindre envergure capturant de grandes quantités de leur poisson dans les eaux du Pacifique nord, au large des côtes de la Sibérie, de l'Alaska et du Canada. De plus, les produits de la pêche occupant une très grande place dans l'alimentation au Japon, les négociations sur les quotas de pêche au sein de la nouvelle zone de 200 milles ont largement attiré l'attention du public. Alors que les traités avec le Canada et les USA ont été conclus aisément, rapidement et sans fanfare, le régime Fukuda a saisi le prétexte des négociations avec l'URSS pour engager une énorme campagne de propagande. L'établissement d'une zone de 200 milles a largementété dénoncé comme un "acte outrageant et hostile à l'égard du peuple japonais" Zenko Suzuki, un des dirigeant du PLD était envoyé à Moscou et la presse bourgeoise assurait massivement la couverture des négociations. Pour la presse, Suzuki "défendait notre intérêt national" contre les Russes qui "négociaient en nous mettant le couteau sous la gorge"

Tous les partis d'opposition - y compris le PS et le PC - se sont joints à cet hystérique concert antisoviétique. Le PC a même essayé de surpasser les autres partis dans la défense "de la position de notre pays". Cela a profondément désorienté la classe ouvrière. La période pré-électorale n'a pas été dominée par un conflit entre les partis ouvriers et le PLD, mais par une campagne nationaliste dans laquelle les directions réformistes se sont alignées sur la politique du gouvernement PLD et lui ont assuré leur plein soutien. Aux yeux des travailleurs, le PS et le. PC ne sont pas apparus comme les dirigeants de la lutte contre le régime Fukuda. Plus, pour des couches petites bourgeoises, telles que les paysans et les petits pêcheurs, le mouvement ouvrier n'a offert aucune alternative à la politique du principal parti bourgeois sur cette question importante. Les conditions d'existence des petits pêcheurs sont menacées par l'aggravation de la pollution industrielle et par la politique gouvernementale en faveur des grandes corporations. Mais on leur a dit que l'Union soviétique - et non les capitalistes japonais - portait la responsabilité de ces problèmes. Au même moment, il n'existait, au sein du mouvement ouvrier, aucune alternative crédible au PS et au PC. Tous ces facteurs ont conduit un grand nombre de travailleurs à se tourner vers les partis d'opposition du "centre" à la recherche d'une alternative au PLD, pour lequel ils éprouvent une défiance justifiée et au PS et au PC dont le refus d'engager une lutte contre le gouvernement capitaliste les a déçus. L'offensive sélective du PLD Le fait que le PLD n'ait pas perdu sa majorité parlementaire lors des récentes élections ne veut certainement pas dire pour autant que la crise à long terme du parti dominant a été résolue. Le régime du parti gouvernemental unique du PLD, maintenu depuis les années 50 grâce à cette majorité parlementaire, continue à être miné par des contradictions croissantes. Il est vrai que Fukuda a réussi à prendre dans une certaine mesure l'initiative durant la dernière période et a été à même d'éviter une désastreuse défaite lors des élections à la Chambre haute. Mais il ne s'agit là que d'une interruption temporaire et limitée de la tendance à long terme au déclin du principal parti bourgeois. Dès maintenant, le PLD va devoir s'appuyer de façon croissante sur une alliance avec le droitier Parti socialiste démocratique pour faire adopter sa politique dans la Diète. Fukuda a la réputation d'être un tenant de la "ligne dure" au sein du PLD, et la formation du cabinet Fukuda fin 1976 reflète la volonté d'importants secteurs de la classe dominante de s'attaquer aux problèmes laissés sans solution par le précédent gouvernement de Takeo Miki. Miki représentait l'aile "modérée" du PLD, prête à faire certaines concessions au mouvement ouvrier et ne désirant pas prendre la responsabilité de mesures trop impopulaires. La position de Miki avait été affaiblie par l'éclatement du scandale Lockheed. Pourtant, quand Fukuda entra en fonction, il n'hésita pas à annoncer une série de graves offensives antiouvrières qui du point de vue des capitalistes avaient beaucoup trop tardé. Parmi ces mesures, un programme de rationalisation massive

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des chemins de fer nationaux, très fortement endettés, programme qui comporte l'élimination de 50000 emplois. Fukuda annonçait aussi l'application rapide d'un certain nombre de projets industriels de grande importance telle la construction de centrales électro-nucléaires qui avaitété retardée sérieusement du fait de l'opposition de la population concernée et de groupes écologiques. Il s'engagea aussi dans une orientation de soutien politique et économique aux dictatures de Park en Corée du Sud et de l'ASEAN (5). Le gouvernement PLD, sous la direction de Fukuda, prit de même une attitude très dure face au problème des augmentations de salaires lors de l'offensive du printemps 1977 et de l'augmentation des prix du riz à la production (6). Tout cela n'implique cependant pas que le gouvernement vise à provoquer une confrontation ouverte avec les principaux secteurs du mouvement ouvrier dirigés par la social-démocratie. La politique de Fukuda vise plutôt à une répression sélective des luttes qui ont commencé à échapper au contrôle des directions réformistes. Cela est particulièrement clair dans le cas de la lutte contre le nouvel aéroport international de Tokyo, construit près du village de Sanrizuka, dans les environs de la ville de Narita. Le PS et le PC ont refusé de soutenir activement ce combat, mais douze années de résistance déterminée par les paysans de Sanrizuka et leurs sympathisants dans le pays ont empêché l'ouverture de l'aéroport. Nombre de projets de construction dont l'existence est liée à cet aéroport ont vu leur mise en œuvre considérablement retardée. En janvier 1977, Fukuda affirma que son gouvernement emploierait tous les moyens pour assurer l'ouverture de l'aéroport à la fin de l'année. En mai, il mobilisa des milliers de policiers anti-émeutes pour occuper illégalement et abattre les tours métalliques que les paysans avaient construites près de la piste pour interdire les envols. Quand des manifestants se rassemblèrent en signe de protestation, la police les attaqua brutalement, tuant l'un d'entre eux et en blessant beaucoup d'autres. L'objectif poursuivi par cette politique de répression sélective est d'écraser celles des luttes qui vont au-delà des limites imposées par les directions du PS et du PC, aidant ainsi les réformistes à poursuivre et accentuer leur orientation de collaboration de classe. En s'attaquant violemment aux luttes militantes qui exercent une pression de gauche sur le PS et le PC, Fukuda espère amener ces partis encore plus à droite, en direction d'une collaboration accrue avec le gouvernement. Le tournant à droite des réformistes Les mêmes facteurs internationaux et nationaux qui conduisent l'impérialisme japonais vers une crise et qui minent le système de parti gouvernemental unique du PLD, provoquent d'importants changements au sein des syndicats et des partis ouvriers sous direction réformiste. Durant les années 50 et 60, l'économie capitaliste japonaise connût une longue période d'expansion extrêmement rapide. Le PLD maintint une majorité stable à la Diète et le PS et le PC occupèrent la position de partis d'opposition, luttant contre le gouvernement PLD pour obtenir des réformes mais sans perspectives à court terme de remplacement du PLD au pouvoir. Tout au long de cette période de prospérité, les syndicats du Sohyo engagèrent une série de luttes qui réussirent à imposer des concessions à la bourgeoisie. Mais avec le choc de la récession internationale, le capitalisme japonais a perdu la marge de manœuvre qui lui permettait de, faire des concessions comme par le passé. Le PS, le PC et le Sohyo ne sont plus à même d'imposer des réformes à travers les mêmes formes de lutte, hier efficaces. Face à une résistance décidée de la part de la bourgeoi sie, les réformistes n'ont pas répliqué en mobilisant les travailleurs en vue d'un combat plus dur, mais ont essayé d'obtenir des réformes en accroissant leur collaboration avec la bourgeoisie et son Etat. Cette orientation s'illustre de bien des façons, depuis la diffusion de schémas visant ă assurer la "participation des travailleurs à la gestion" dans les ateliers et les bureaux jusqu'a l'appel à la constitution d'un gouvernement de coalition entre les partis conservateurs et réformistes. Tel est l'objectif stratégique auquel les directions du PS et du PC subordonnent les luttes des travailleurs. L'un des facteurs importants qui expliquent ce tournant à droite des sociaux-démocrates et des staliniens est la détente qui s'est produite d'une part entre les USA et le Japon et d'autre part entre l'Union soviétique et la Chine. Durant les années 50 et 60, quand la tension ouverte, voire la menace de guerre, caractérisait les rapports entre l'impérialisme américain et les Etats ouvriers, et s'affirmait comme la principale question en matière de politique étrangère au Japon, le PS et tout particulièrement le PC ont gagné leur soutien en étant identifiés aux pays "social istes" d'Asie et en s'opposant à la politique belliciste de Washington. Mais depuis l'établissement de la détente, les réformistes se sont sentis plus libres de capituler face au PLD sur ces questions comme sur les autres. Le problème du Traité de sécurité nippo-américain est l'exemple le plus clair de cette évolution. Et aujourd'hui, tous les courants qui défendent la formation d'un gouvernement de coalition, y compris la fraction de droite du PS, le PSD et le parti Komei, soutiennent activement l'actuelle politique étrangère de la direction chinoise. Ils essayent de constituer leur gouvernement de coalition sur une orientation de "coexistence pacifique USA-Japon-Chine" En particulier, la politique étrangère de la bureaucratie chinoise, lèche-bottes de l'impérialisme US sous prétexte que l'Union soviétique est "l'ennemi principal", a eu un effet terriblement désorientant sur la classe ouvrière japonaise. Elle a aidé les directions du PS et du PC à diriger leur feu contre l'URSS plutôt que contre l'impérialisme japonais sur des questions comme les droits de pêche ou la revendication gouvernementale d'une restitution de territoires septentrionaux de l'ancien empire nippon occupés par l'Union soviétique à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Tension au sein des partis ouvriers Cela ne veut cependant pas dire que les directions réformistes ont été capables de prendre leur tournant à droite sans rencontrer de résistance au sein de leurs propres organisations. Depuis maintenant plusieurs années, la direction du PC domi-

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JAPON née par Kenji Miyamoto met au point une orientation ouvertement réformiste. Cette ligne représente pour l'essentiel la même capitulation devant le nationalisme bourgeois que ce qui est récemment devenu connu sous le nom d' "eurocommunisme". Le PC japonais a donné une place très importante dans sa presse à l'évolution en cours des partis communistes français, italien et espagnol, ne cachant pas sa satisfaction, soulignant le thème de l'indépendance face au PC soviétique, mais n'insistant par contre pas sur la question des droits démocratiques en URSS aussi nettement que certains des eurocommunistes. Beaucoup de membre du PC ont eu des doutes en ce qui concerne la ligne Miyamoto, mais acceptaient de s'y rallier entre 1965 et 1974, tant que le PC enregistrait des gains électoraux et que la perspective parlementaire avait une certaines crédibilité. Mais après deux défaites électorales successives et avec le recul de la direction sur des questions comme le Traité de sécurité et le droit de grève dans le secteur public, un mécontement croissant se manifeste parmi les membres du Parti. Cette tendance s'est reflétée dans l'indolence de la campagne électorale de soutien aux candidats du PC, et surtout dans l'approfondissement de la crise des jeunesses staliniennes. Le journal du PC, "Akahata", a souvent publié des critiques de la politique du Kremlin. Mais lorsqu'un article récent de la "Pravda" suggéra que la défaite électorale du PC lors des élections à la Chambre haute était due au phénomème d'adaptation du Parti au chauvinisme national sur la question des territoires septentrionaux, la direction du PC publia une réponse dont le ton était inhabituellement violent. Il semble que l'article de la "Pravda" ait touché un point particulièrement sensible, contenant en l'occurence un grain de vérité et entrant en résonnance avec un mécontentement croissant dans les rangs du PC. Dans le Parti socialiste, comme au sein des syndicats du Sohyo, un courant substantiel dirigé par la fraction Kyokai (7) a résisté à certains aspects du tournant opéré en direction d'une politique de collaboration de classe plus franche. Cela a ouvert une crise profonde dans les rangs du PS, dans la mesure où la tendance de droite semble être prête à courir le risque d'une scission pour forcer les dissidents à appliquer sa ligne. La fraction Kyokai continue à appeler à l'abrogation du Traité de sécurité et s'est refusée jusqu'à maintenant à participer à la campagne pour la restitution par l'URSS des territoires septentrionaux. Elle insiste aussi sur le fait que tout gouvernement de coalition auquel le PS se joindrait devrait aussi inclure le PC, ce qu'un certain nombre de secteurs de la droite du PS ne sont pas prêts à admettre. Le dirigeant le plus connu de la fraction Kyokai est Itsuro Sakisaka, un universitaire marxiste vieillissant qui se définit lui-même comme "léniniste" et qui a su gagner à sa personne une base substantielle dans les jeunesse du PS. Mais la fraction Kyokai n'en est pas moins fondée, en dernière analyse, sur une aile de la bureaucratie du Sohyo; c'est-à-dire essentiellement sur des bureaucrates qui continuent de défendre l'ancienne ligne d'alliance Sohyo-PS-PC avec un visage de gauche, en opposition à une colition conservateurs-réformistes qui excluerait

Mais à cause du caractère bureaucratique de sa base, la fraction Kyokai est incapable d'en appeler aux militants des syndicats du Sohyo pour faire face à l'actuelle offensive de la droite du PS. En fait, les syndicats Sohyo dirigés par la fraction Kyokai sont parmi les plus connus pour l'ampleur de la répression bureaucratique des initiatives de jeunes syndicalistes radicaux. Il semble probable que pour maintenir leurs positions dans la bureaucratie du Sohyo, les dirigeants de la fraction Kyokai devront accepter un jour ou l'autre un compromis et faire la paix avec la tendance de droite du PS. Les luttes indépendantes Ces développements doivent être replacés dans le contexte de l'évolution historique de la gauche japonaise. La radicalisation de la jeunesse à la fin des années 60 donna naissance à • la "nouvelle gauche" japonaise, composée en majorité d'étudiants, attirant néanmoins un certain nombre de jeunes travailleurs. Mais la "nouvelle gauche" s'affaissa du fait d'une forte répression étatique bourgeoise à la suite de laquelle, les courants ultra-gauches connurent un rapide processus de dégénérescence politique. Ce processus tut symbolisé avant tout par l'escalade de la violence sectaire entre la fraction Kakumaru, la fraction Chukaku et la fraction Kaiho (8). Au début des années 70, une nouvelle montée spontanée de luttes militantes de jeunes travailleurs se produisit dans les syndicats du Sohyo face au programme de rationalisation et d'autres attaques du gouvernement dans le secteur public. Mais dans un climat politique marqué par la dégénérescence de la "nouvelle gauche", ces mouvements de jeunes syndicalistes radicaux ne pouvaient être regroupés en un courant politique à l'échelle nationale capable de résister à la direction social-démocrate. En conséquence, leurs luttes spontanées restèrent dispersées et furent défaites par une combinaison de répression gouvernemrntale et de mesures bureaucratiques. C'est pourquoi, le récent tournant à droite des directions du PS et du PC, malgré les désillusions qu'il a provoquées chez nombre de travailleurs qui ont abandonné leur allégeance passée, n'a pas eu à faire face à une opposition effective. Il n'existe aucune tendance de gauche crédible à même d'engager une lutte contre les abandons des sociaux-démocrates et des staliniens. Dans ce contexte, la montée spectaculaire des luttes contre le nouvel aéroport international de Tokyo en avril et mai de cette années prend une signification considérable. Ce combat n'est plus seulement celui d'un petit groupe de paysans soutenus par les formations de la "nouvelle gauche" et les trotskystes: il commence à devenir un pôle d'attraction pour de larges couches de travailleurs que le réformisme des directions du PS, du PC et du Sohyo s'est aliéné. Il commence aussi à recevoir le soutien de paysans de nombreuses parties du pays qui sont en voie de radicalisation et s'affirment de plus en plus prêts à engager la lutte contre le gouvernement PLD. L'importance de la lutte contre le nouvel aéroport de Sanrizuka réside en ce qu'elle contient un précieux potentiel de focalisation d'un nouveau courant politique en face des directions réformistes.

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En troisième lieu, il y a la masse des paysans qui sont frappés par la politique agricole du PLD et qui manifestent leurs sympathies à l'égard de ceux de Sanrizuka. Certain d'entre eux commencent aussi à participer à la lutte contre l'aéroport. La tâche centrale des marxistes-révolutionnaires dans la nouvelle situation ouverte par la montée de la lutte de Sanrizuka, est de rassembler un courant politique indépendant du PS et du PC à l'échelle nationale. Une alternative politique effective aux réformistes ne pourra en effet pas surgir de luttes spontanées du type de celles que nous avons connues au début des années 70. L'action d'une direction politique consciente sera décisive dès les débuts de ce processus visant à constituer un tel courant. L'analyse et la stratégie mises en avant par la Ligue communiste révolutionnaire (section japonaise de la IVe Internationale) procèdent de la reconnaissance de ce fait fondamental Deux autres tâches, interdépendantes, s'imposent aussi de façon urgente dans la période que nous traversons. Il est d'abord indispensable d'animer une campagne de solidarité envers les peuples d'Asie face à la capitulation des réformistes devant l'intérêt national. Nous devons constituer parmi les travailleurs un courant internationaliste massif, complètement indépendant de l'impérialisme japonais. En ce sens, la campagne de solidarité avec les Sud-coréens et les peuples des pays de l'ASEAN est cruciale. A la suite de la Corée du Sud, les pays de l'ASEAN sont en effet en passe de devenir une zone économique importante pour l'impérialisme japonais. Au début août, Fukuda a fait une tournée dans ces pays et en Birmanie. Pour la première fois, un Premier ministre japonais s'est rendu au sommet de l'ASEAN. A cette occasion, l'implication de l'impérialisme japonais auprès des régimes de cette région s'est accrue. Dans le passé, la pénétration économique de cette zone par le capital nippon était essentiellement le fait d'entreprises individuelles. Maintenant, c'est la bourgeoisie dans son ensemble qui commence à offrir son soutien économique et politique aux régimes contre révolutionnaires de l'ASEAN, en coordination avec les classes dominantes australiennes et néozélandaises. Fukuda a promis un pont d'or pour assurer la stabilité des gouvernements réactionnaires de cette région. La deuxième de ces tâches est de lutter contre le plan Fukuda de restructuration économique et sociale qui vise à résoudre la crise de l'impérialisme japonais. Si le PLD réussissait dans son offensive sélective actuelle, il poursuivrait une rationalisation complète de l'économie japonaise, aux dépens de la classe ouvrière, en s'attaquant d'abord aux chemins de fer nationaux. Nous devons préparer la classe ouvrière à cette offensive à l'aide du programme de transition. Un autre point de polarisation des luttes indépendantes concerne le refus par la Cour suprême d'étudier le cas d'Ishikawa. Ishikawa, un membre de la communauté Buraku (minorité formée par les "hors castes" japonais et soumise à une sévère discrimination) fut inculpé à tort de viol et meurtre en 1963. Son cas est devenu le point de ralliement du mouvement de libération Buraku. La Ligue de libération buraku, avec des groupes d'étudiants et de travailleurs, avait demandé que que la Cour suprême accepte de le recevoir en appel. A la suite du refus de cette instance, une manifestation de protestation nationale rassembla 40000 personnes. Bien que certains dirigeants de la Ligue de libération buraku soient des membres du PS, cette lutte s'est développée en dehors du cadre de ce parti. Trois couches sociales peuvent principalement fournir la base du développement d'un nouveau courant politique en opposition aux directions réformistes. La première est composée de travailleurs d'ağe moyen, membres des syndicats du Sohyo, désenchantés par la politique de la bureaucratie. Elle comprend beaucoup de militants qui formèrent l'ossature du Sohyo durant les années 50 et 60. Un front uni regroupant ces cadres syndicaux a récemment commencé à publier une revue nommée "Informations ouvrières" (Workers News), qui porte sur les questions d'actualité dans le mouvement syndical. Il y aussi les jeunes travailleurs radicalisés dans les syndicats du Sohyo qui se sont séparés des directions bureaucratiques et réformistes. Un certain nombre de jeunes syndicalistes a déjà commencé à participer à la lutte contre l'aéroport de Sanrizuka. Cette couche est particulièrement importante en ce qui concerne son impact militant sur les cadres syndicaux. Ces cadres ne peuvent en effet évoluer au-delà d'une position centriste de gauche sans l'existence et l'influence d'un mouvement national de jeunes travailleurs, courant de gauche indépendant des partis réformistes. NOTES 1) La Diète est le parlement national au Japon. 2) Sohyo est l'abréviation usuelle de Nihon Rodo Kumiai Sohyogikai, Conseil général des syndicats du Japon, la plus importante des confédérations japonaises. 3) Korokyo est l'abréviation usuelle de Kokyo Kigyotai Rodo Kumiai Kigyotai, le Conseil national des syndicats de travailleurs de la Fonction publique. 4) "L'Offensive de printemps" (Shunto) est la campagne unitaire menée par les syndicats ouvriers japonais en avril de chaque année, au moment du renouvellement de la plupart des contrats collectifs. 5) L'ASEAN, Association des nations du Sud-est asiatique, comprend les Philippines, la Thatlande, la Malaysie, Singapour et l'Indonésie. 6) En vue de stabiliser les prix et la fourniture du plus important des produits agricoles, le gouvernement japonais achète le riz aux paysans à un prix fixe et le revend aux détaillants à un autre prix fixe, plus bas que le premier. Depuis l'été, une série d'enquêtes publiques ont lieu pour fixer le "prix à la production" que les paysans recevront pour leur culture. 7) Kyokai est l'abrévation usuelle de Shakaishugi Kyokai-Ha, la Fraction de l'Association socialiste du PS et de sa jeunesse. 8) Les Fractions Kakumaru ("marxistes-révolutionnaires") et Chukaku ("Noyau central"') apparurent en tant que formations indépendantes au début des années 60, à la suite de la rupture de la Ligue communiste révolutionnaire, regroupement de dissidents antistaliniens qui avaient été expulsés du PC. La fraction Kaiho ("Libération") fut expulsée de la jeunesse du PS à la fin des années 60. Ces trois formations sont devenues les plus importantes organisations de la "nouvelle gauche" , regroupant des milliers de membres à la fin des années 60.

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