Nous reproduisons ici le texte du rapport politique que le camarade Jack Barnes, secrétaire national du Socialist Workers Party (SWP), a prononcé au 29e congrès de ce parti (voir le compte-rendu du congrès dans le n° 13, nouvelle série d' "Inprecor" , 29 septembre 1977). La ligne générale de ce rapport a été adoptée à la séance du 7 août 1977.
.. I) L'offensive internationale des capitalistes américains. Au cours des six premiers mois de son administration, James Eari Carter s'est entouré d'un manteau d' "ordre moral" , de piété, de compassion et d' "engagement sans compromis et inconditionnel pour les droits de l'homme" '. C'est une attitude qui convient à un prêcheur laïc de l'Eglise baptiste, qui mena sa campagne électorale sur les promesses que voici : - élargir les droits démocratiques à l'intérieur et à l'extérieur des Etats-Unis ; - réduire les dépenses d'armement; - protéger l'environnement, la santé et la sécurité des citoyens: - éliminer les ventes d'armes et l'aide à des dictatures de par le monde; - rétablir le libre-échange et de bons rapports internationaux; - assurer un emploi à tous et contrôler l'inflation; - inaugurer une ère de gouvernement ouvert, après le scandale de Watergate, et s'engager à plus de justice après huit ans de dure administration républicaine. Mais Carter a en fait déjà violé toutes ces promesses au cours de son premier semestre d'administration. Sous le drapeau de l'austérité, des économies d'énergie et de l'équilibre du budget, chacune de ces huit promesses s'est transformée en son contraire. L'administration Carter a lancé ou accéléré une offensive mondiale sur trois fronts : d'abord contre les alliés-concurrents impérialistes des Etats-Unis, ensuite contre le monde colonial et semi colonial et enfin contre l'Union soviétique. Inutile d'ajouter que ce sont les ouvriers et les paysans qui subissent partout les effets de cette offensive. Alliés et concurrents Regardons d'abord cette offensive mondiale sur le plan économique. Les pays de l'OTAN et le Japon peuvent être appelés des alliés des Etats-Unis ; mais leurs intérêts ne sont pas iden-
Jack BARNES tiques à ceux de leur "partenaire" américain. La classe dominante américaine emploie contre ses concurrents la manière forte comme elle ne l'a plus fait depuis des années. L'impérialisme américain est sorti de la crise du pétrole et de la dépression de 1974-75 en position relativement renforcée par rapport au reste du monde capitaliste. La domination des grands trusts du pétrole s'est appesantie. La reprise économique, si elle n'est pas très sensible pour les masses, a été plus forte aux Etats-Unis qu'ailleurs. Les dirigeants américains ont ainsi obtenu un levier supplémentaire et ils l'ont utilisé au maximum. (II ne faut pas oublier que les filiales étrangères des monopoles américains constituent la troisième puissance économique du monde). Ils ont imposé une dévaluation de fait du dollar afin d'améliorer la vente à l'étranger de leurs marchandises. Ils ont obligé le Japon et d'autres pays à accepter les accords dits "de marché bien ordonné", qui sont en réalité une forme de protectionnisme. Le Marché commun est moins "commun" que jamais depuis dix ans. Les faibles s'affaiblissent et les forts deviennent relativement plus forts encore. Même l'offensive de Carter en faveur des "droits de l'homme" a partiellement comme but d'obliger les alliés-concurrents de l'impérialisme américain à accroître leurs contributions aux dépenses d'armements qu'entraîne l'effort de jouer le rôle de gendarme capitaliste de par le monde. Les Etats-Unis restent les principaux banquiers du monde. A travers leurs banques et la domination qu'ils exercent sur les organismes financiers internationaux, ils imposent des conditions pour des prêts non seulement aux pays coloniaux, mais même aux puissances impérialistes avancées d'Europe et d'ailleurs. Sous couvert de garantir le monde contre les risques du plutonium et des réacteurs nucléaires sürrégénérateurs: , Carter a déclenché une nouvelle offensive en vue d'imposer un monopole américain de fait des procédés d'enrichissement de l'uranium, afin d'obliger ses amis étrangers à acheter des produits américains. Lorsque le premier ministre italien Andreotti quitta Washington après une visite chaleureuse en juillet, le "New York Times" a conclu son rapport par la remarque que voici : "Le Premier ministre parît particulièrement satisfait de la promesse de M. Carter d'aider l'Italie à trouver un approvisionnement adéquat d'uranium et de l'engagement de crédits américains de la Banque Import-Export pour contribuer au financement de 8 centrales nucléaires sup-
plémentaires à construire en Italie. " Si le plan de Carter ne tend pas réellement à supprimer la prolifération nucléaire dans le monde, il tend certainement à obliger d'autres pays à acheter des marchandises américaines. Sur le plan politique, Carter est le seul chef d'Etat impérialiste qui peut être sûr de rester en place pendant quatre ans. Aucun des dirigeants qu'il rencontre couramment ne restera probablement en fonction pendant toute cette période. Dans certains pays d'Europe comme la France et l'Italie, la possibilité d'un gouvernement de coalition incluant le Parti communiste, comme résultat des prochaines élections, est apparue pour la première fois depuis des décennies. Le «nouvel ordre moral» Dans le monde colonial et semi colonial, Carter était confronté au problème du rétablissement du prestige des Etats-Unis qui avait reçu un coup après le rôle de Nixon au Vietnam, le scandale de Watergate et le coup d'Etat de Pinochet au Chili. A cette fin, il a promis un "nouvel ordre moral". Au moins en Amérique latine, le mot provoque de mauvaises réminiscences. Les habitants de l'Amérique latine se souviennent de Woodrow Wilson qui allait assurer la démocratie dans le monde. Mais lorsqu'il fut confronté à la première révolution populaire de masse du XXe siècle dans notre hémisphère, il a envoyé les troupes américaines au Mexique afin d'écraser cette révolution. Ils se rappelent aussi Franklin Delano Roosevelt, un autre président démocrate habitué à utiliser des formules pieuses, qui avait promis une "politique de bon voisinage" et les "quatre
, - mais qui donna son soutien à des dictateurs comme Somoza ou Batista à travers toute l'Amérique latine. Ils se rappellent |' "Alliance pour le progrès" de John F. Kennedy qui a réagi devant la révolution cubaine de la même manière dont Wilson avait réagi devant la révolution mexicaine. Après que Castro lui ait infligé une défaite à Playa Giron, Kennedy eût recours à une tactique de répression sophistiquée pour écraser des luttes insurrectionnelles et ouvrir la voie à l'établissement des régimes militaires d'aujourd'hui en Amérique y a donc une base solide aux soupçons nourris contre Carter. Sa promesse d'en finir avec l'aide militaire aux dictatures s'est déjà montrée fausse et mensongère. Sur la base de statistiques gouvernementales, une agence a révélé que l'aide étrangère a été légèrement réduite dans les cas de l'Argentine, du Brésil, du Nicaragua, de l'Indonésie, des Philippines et de la Corée du sud. Mais il s'agit en fait d'un truquage. Alors que l'aide directe à l'étranger a été réduite, l'aide en provenance la "Import-Export Bank", des organismes financiers internationaux et des grandes banques commerciales de New York, aplus que triplé depuis 1970. Cette méthode d'aide indirecte a un avantage par rapport à l'aide gouvernementale directe : la loi sur la liberté de l'information n'y est pas applicable et personne ne peut donc découvrir combien d'argent va exactement On a donné une large publicité au fait que des accords d'aide militaire ont été rompus avec certaines dictatures qui piétinent les droits de l'homme, comme le Brésil ou l'Argentine. Mais le même rapport explique également comment cela s'applique en pratique. L'Argentine par exemple dispose encore d'un crédit non dépensé de 54 millions de dollars - près de quatre fois la somme qui a été refusée dans le nouvel accord sur les armements. Toute cette somme peut être utilisée pour acheter des armes aux Etats-Unis. La même règle s'applique au Zafte, à Israel, à l'Iran. "Achetez des marchandises américaines et serrez la ceinture à vos ouvriers pour les payer ": voilà le véritable "dialogue nord-sud" style Carter. Les réalités de la détente L'offensive américaine contre l'Union soviétique a reçu le plus de publicité. Rappelons-nous les promesses de la détente et ce que nous avions dit de sa réalité. En vérité il ne peut y avoir sur l'arène mondiale de détente dans la lutte des classes. Cette force subversive puissante, le capitalisme des monopoles, intensifiera la lutte de classe inpendamment de tout arrangement conclu ou de tout accord signé. Il y a sans aucun doute collaboration - non pas une collaboration pour la paix et le progrès mais une collaboration du Kremlin pour aider les impérialistes américains à jouer le rôle de gendarme mordial. En réalité, il n'y a pas moyen d'effacer l'antagonisme fondamental de l' impérialisme américain à l'égard des rappports de propriété collectivisés en Union soviétique, malgré les manœuvres que Washington et Moscou peuvent engager dans l'arène diplomatique. La politique de la détente fut imposée à la classe dominante américaine au début des années 70, par suite d'une combinaison de la crise économique qui marqua la fin de la direction quasi absolue des Etats-Unis dans le monde impérialiste, du sentiment massif de la population américaine contre la guerre du Vietnam et de la nécessité de "régulariser" le poids énorme du budget militaire. Mais nous, marxistes, nous avons aussi insisté sur le fait que maigré la nécessité pour les dirigeants américains d'avoir recours à l'aide des staliniens pour freiner la lutte de classe, et malgré leur désir d'étendre des marchés dans les Etats ouvriers, ils continueraient à porter des coups, à exercer des pressions et à commettre des agressions. Loin de signaler la fin des guerres, la détente serait marquée par de nouvelles guerres. Loin d'impliquer le désarmement, elle impliquerait une poursuite de la course aux arments. Ce pronostic a été confirmé. Examinons de plus près l'offensive antisoviétique de Carter. D'abord sur le front militaire. Carter commença par proposer un budget militaire supérieur à celui de Ford. Ce fut l'un de ses premiers actes de gouvernement. Mais plus important encore que cet accroissement du budget militaire fut une série de décisions de Carter de produire de nouvelles armes. En premier lieu, accompagné d'un brouhaha sur la suppression du bombardier B-1, il y a eu la décision de fabriquer la fusée de croisière "Cruise" Il s'agit d'un petit avion sans pilote qui transporte des bombes nucléaires et qui peut être lancé par les bombardiers américains en activité pour pénétrer les défenses de l'Union soviétique. En deuxième lieu, il y a les MX - des fusées nouvelles, mobiles, très précises qui transportent douze bombes à hydrogène et qui sont mieux protégées contre les armes défensives que toute autre fusée existante. On s'attend à ce qu'elles soient mises en chantier bientôt.
USA Last but not least, il y a l'arme favorite du Pentagone, la bombe à neutrons, l'arme idéale pour les capitalistes. La bombe à neutrons a pour but d'irradier et de détruire les êtres humains, tout en laissant intacts les immeubles et les usines, que les capitalistes placent au-dessus de toute , autre valeur. Comme un dirigeant haut placé du Pentagone l'a dit : "Nous désirons... défendre un territoire sans détruire ce que nous désirons sauver. " Le "Christian Science Monitor" a résumé la portée du programme d'armement de Carter de la manière suivante: "Tout indique que l'administration Carter a l'intention d'aller de l'avant avec toute une génération d'armes nouvelles, pour lesquelles l'Union soviétique n'a pas d'équivalent pour l'instant et pour lesquelles elle pourrait bien ne pas trouver d'équivalent avant longtemps... Les trois nouvelles armes américaines (la bombe à neutrons, le missile "Cruise" et le MX), prises ensemble, pourraient modifier l'équilibre stratégique de manière très importante en faveur des Etats-Unis." Une fois de plus, comme ce fut le cas à chaque tournant de la situation depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, c'est l'impérialisme américain qui a initié l'escalade dans des armes de plus en plus sinistres. Les promesses de Salt-l et de Salt-Il se sont avérées trompeuses. Un éditorial publié dans le numéro du 10 juillet du "New York Times" et intitulé "Ce qui trouble M. Brejnev", explique une chose très lourde de conséquences. Dans le cadre de la politique d'avertissements accompagnés de bruits de bottes, adres. sés à Brejnev, l'éditorial souligne que "les nouvelles technologies en matière de missiles de croisière et d'autres types d'armes à haute précision de guidage, effacent la distinction entre armes nucléaires et non-nucléaires, entre armes stratégiques et tactiques, au fur et à mesure que la diffusion des armes nucléaires s'accentue" . Imaginez-vous ce qu'ils auraient fait avec une gentille petite bombe à neutrons "tactique" au Vietnam ? Que pourraient-ils faire en Afrique ? Loin d'écarter l'emploi d'armes nucléaires, les nouvelles technologies militaires accentuent encore la tentation pour l'impérialisme de les employer à l'avenir. Quant à l'aspect commercial de la détente, encore plus de faits ont été publiés concernant l'offensive contre l'Union soviétique. Il faut se rappeler les perspectives prétendument ouvertes par la détente - important accroissement des échanges commerciaux, importants nouveaux débouchés pour des marchandises et des investissements de capitaux américains. Mais en vérité, bien peu de ces promesses ont été tenues. L'éditorial du "New York Times" du 10 juillet cité plus haut explique ce qu'il y a derrière cette évolution : "Moscou n'est pas présente dans l'étape actuelle des négociations commerciales globales. Elle ne participe pas à la réforme du système monétaire international... La bureaucratie soviétique n'est simplement pas prête à relâcher son contrôle sur la vie économique soviétique et à accepter les incertitudes d'une participation pleine et entière dans une économie mondiale multilatérale...Si les successeurs de M. Brejney continuent sur cette voie... ils seront les laissés-pour-compte d'un système international qui pourrait offrir d'importants avantages à ceux qui seraient prêts à prendre le risque d'interdépendance et d'une plus grande ouverture. " Sans parler des grandes menaces s'ils ne font pas face aux nouvelles réalités stratégiques.
A franchement parler, si le monopole étatique du commerce: extérieur n'est pas affaibli en URSS, si l'Union soviétique: : n'est pas ouverte à la pénétration du capital américain, alors les véritables buts économiques des impérialistes, sous-jacents à la détente, ne seront pas réalisés. Leur but reste ce qu'ilot a toujours été et ce qu'il sera toujours : ce genre de sape des fondements économiques de l'Etat ouvrier, en vue de la réintroduction des rapports de propriété capitalistes. L'instabilité sociale et politique en Europe, et les dissensions croissantes, au sein du mouvement stalinien mondial, présentent en même temps un problème à double tranchant pour Carter. Il ne devrait pas y avoir de malentendu sur une question : lesdits eurocommunistes s'adaptent, du moins en paroles, aux préoccupations et exigences démocratiques des travailleurs d'Europe et, des travailleurs du monde entier. Dans un sens, la fissure entre Moscou et les eurocommunistes. donne à Carter un peu plus de marge de manœuvre - mais pas trop de marge. Les impérialistes restent encore opposés à la" participation des communistes à des gouvernements de coalf tion. Elle ne sera acceptée qu'en tant que solution de derniér recours. Mais dans un autre sens, la perspective d'une lutte" internationale au sein du mouvement stalinien mondial autour des droits démocratiques inquiète l'administration Carter. Car la principale chose qu'elle demande de la bureaucratie soviétique et des partis staliniens partout dans le monde, c'est la stabilité. Les impérialistes américains sont adversaires de gouvernements démocratiques par la majorité du peuple dans tous les pays. Ils ne désirent point que les travailleurs d'Europe* orientale er d'Union soviétique prennent le pouvoir afin de*" mieux défendre les rapports de propriété socialistes dans ces") pays. Ils désirent la stabilité jusqu'au moment où ils pourronf renverser ces rapports de propriété. Dans un éditorial publié peu de temps avant celui qui étaitoo intitulé "Ce qui trouble M. Brejnev" , dans son numéro du lef"! juillet, le "New York Times" indiqua que |' "Occident" est opposé à "tout défi au pouvoir totalitaire en Europe orientale" "Pareil défi représenterait une invitation à des insurrections que l'Occidentne pourrait pas appuyer pleinement sans prendre des risques inacceptables..." En d'autres termes, pas de révólution politique en faveur de la démocratie ouvrière. Le message de l'impérialisme à Brejnev et ses héritiers est le suivant: nous serrons la vis, vous gardez le contrôle et vous préservez le statu quo. Les faiblesses du capitalisme mondial Mais il y a un autre aspect à l'offensive internationale de ave Carter et cet aspect est plus important pour nous. C'est la si situation actuelle du capitalisme mondial. A part la reprise: économique qui s'est produite aux Etats-Unis, l'économie capitaliste reste enfoncée dans une récession mondiale. La production industrielle est en déclin même au Japon. Il y a des vie taux d'inflation supérieurs à 10% non seulement au Portugals3 et en Espagne, mais en Italie, en Grande-Bretagne et le 3b Canada est au niveau le plus élevé de ce point de vue depuis la grande crise de 1929. La sécurité sociale et d'autres avantages, tous les acquis ques les travailleurs américains et européens ont considérés comme étant garantis une fois pour toutes, sont remis en question. Le
cadre de cette offensive n'est pas la force accrue du capitalisme mondial mais sa faiblesse accrue. Il n'y a pas de retour possible à l'expansion économique des années 50 et 60, dont les puissances majeures ont le plus profité, mais où il y avait aussi des miettes pour les puissances mineures. Chaque mesure telle que la dévaluation imposée du dollar américain, en vue de donner des avantages compétitifs aux exportations américaines, risque d'entraîner un effondrement de tout le système monétaire. Le protectionnisme entraîne simplement la menace d'une guerre commerciale mondiale. La semaine dernière, le gouvernement français a fait une proposition modeste concernant le commerce international. Il disait en substance : cessons de parler de libre-échange; il est fini depuis les années 60. Nous proposons que les grandes puissances capitalistes se réunissent et s'assurent avant tout leurs propres débouchés. Ce serait plus hônnête et moins dangereux que les restrictions semi secrètes courantes. Chaque "succès" de l'offensive américaine - tentative d'imposer des budgets militaires plus élevés à leurs alliés afin de payer une partie des coûts de la police mondiale, un taux d'inflation supérieur par suite de leurs mesures protectionnistes - affaiblit le système capitaliste international, ralentit la croissance des alliés des Etats-Unis et menace leur propre La pression pour qu'on se serre la ceinture provoque chaque fois de nouvelles résistances. L'an dernier, nous avons vu des manifestations massives dans les pays coloniaux. En Egypte, celles-ci avaient été déclenchées par une hausse du prix du pain. Au Pérou, par une hausse du prix des vivres et des tarifs des autobus. Il y eut une grève générale dans ce pays. Au Brésil, les manifestations les plus larges depuis plus d'une décennie ont éclaté. En Turquie, des femmes qui portent encore des voiles sont descendues dans la rue en criant : "De l'eau, de l'électricité, des routes ! " Et en Afrique du Sud, pays auquel Andrew Young (représentant de l'administration Carter aux Nations Unies, avec rang d'ambassadeur et ancien militant du mouvement pour les droits civiques des noirs - NDT) se rend pour défendre le système de la libre entreprise, la jeunesse noire a manifesré qu'elle était prête à renverser ce système. C'est au sein des pays impérialistes eux-mêmes qu'existe le problème le plus grave pour la classe dominante. La crise dù capitalisme a accentué la lutte de classe en Europe, au Canada, en Australie et au Japon. Les"victoires" américaines qui aggravent la pression sur les travailleurs de ces pays, ont déjà contribué à provoquer une montée révolutionnaire au Portugal, une radicalisation en Espagne, des mobilisations ouvières en Italie et en France, et une résistance en GrandeBretagne. Voila les risques politiques qu'implique l'offensive de l'impérialisme américain. Mais les dirigeants des Etats-Unis n'ont pas le choix. En plus de leurs efforts pour dire "non" au mouvement ouvrier, ils doivent aussi s'efforcer de dire "non" au mouvement des femmes, "non" aux aspirations à une sécurité et à une assistance sociales normales, "non" à ceux qui exigent un environnement viable et des conditions d'hygiène et de sécurité décentes sur les lieux de travail, "non" aux nationalités opprimées. En conséquence, la résistance née de ces différentes sources se combinent. Il y a quelques semaines, 200000 personnes ont organisé une marche à Bilbao, dans le Pays Basque, contre les centrales nucléaires. Leur mot d'ordre était : "Mieux vaut être actifs aujourd'hui que radioactifs demain. " La semaine dernière, 30 000 personnes ont manifesté en France. En ce qui concerne les nationalités opprimées, la pression en faveur de l'austérité a alimenté une montée de luttes de libération nationale à travers toute l'Europe. En Espagne, la lutte pour l'autodétermination est une des questions cruciales qui alimentent la lutte de classe. En France, où la bourgeoisie a cru que cette question avait été réglée il y a quelques siècles déjà, le problème des nationalités relève la tête en Corse, en Bretagne et ailleurs. En Grande-Bretagne - longtemps la principale puissance capitaliste et impérialiste du monde - les Ecossais et les Gallois rejoignent les Irlandais pour essayer d'imposer leurs revendications d'autodétermination. Au Canada, la classe dominante regarde avec effroi ce qui pourrait arriver au Québec. Plus la pression dans le sens de l'austérité augmente sur les travailleurs, plus leur potentiel de résistance devient explosif. Cela s'applique identiquement aux trois secteurs de la révolution mondiale - le monde colonial, les pays impérialistes et les Etats ouvriers - qui réagissent l'un sur l'autre et se renforcent mutuellement. Cette interaction apparaît de la manière la plus nette en Europe où la lutte des travailleurs d'Europe de l'Est, dirigée par les ouvriers polonais, s'imbrique avec la lutte des ouvriers d'Europe occidentale en direction du socialisme. Plus les ouvriers réclament la liberté, la démocratie et une vie décente - en un mot le socialisme - et plus Carter et Brejnev sont résolus, en partant de leurs points de vue respectifs, à maintenir le statu quo. L'offensive capitaliste aux USA Nous ne devons pas oublier que l'objectif essentiel de l'offensive de Carter n'est pas à l'étranger mais aux Etats-Unis même.. Conserver le contrôle sur les travailleurs américains, voilà le problème principal pour sa classe. La férocité, l'arrogance, la conscience de classe et la froide brutalité de la politique étrangère américaine ne sont qu'une extension de la politique intérieure de la classe dominante des Etats-Unis. Il y a deux aspects contradictoires de ce problème - l'image de Carter et sa tâche. L'image du président n'est pas une petite question pour la classe dominante américaine. Après le Vietnam, le scandale de Watergate, le Chili et la crise économique, il y avait nécessité urgente à ce que Carter rétablisse et consolide l'autorité du gouvernement. Il donna l'impression d'être du côté du peuple et contre la corruption. Après janvier 1977, un Congrès démocrate et un Président démocrate collaboraient enfin de nouveau "pour le bien du peuple ": telle était l'impression que la classe dominante voulait créer. Ce serait un gouvernement qui sympathiserait avec "ceux qui dépendent le plus de lui", comme Carter l'a répété encore et toujours. La véritable tâche de Carter Mais la véritable tâche de Carter était bien différente. Cette tâche, ce fut celle de continuer à faire baisser le niveau de vie, un processus commencé par Nixon en 1971 avec le bloca-
USA ge des salaires. L'objectif assigné à Carter était de profiter des coups très durs portés aux masses laborieuses par la crise de 1974-75. Il devait prendre comme modèle applicable à l'échelle nationale les restrictions sévères imposées aux habitants de New York. Au cours des six premiers mois de l'administration Carter, le peuple américain a reçu beaucoup de sourires et de discours moralisateurs, parce que l'administration n'avait pas l'intention de lui donner plus que ça. Lorsque les six mois suivants auront passé, il y aura moins de sourires et des discours plus sévères. Même si la classe dominante américains est relativement forte par rapport à ses concurrents capitalistes, elle est relativement faible par rapport aux revendications qu'avancent les masses laborieuses américaines. Nous devrions nous arrêter un instant et comparer ses problèmes à ceux auxquels Roosevelt devait faire face au cours des années 30 et Kennedy au cours des années 60. Dans le cas de Roosevelt, la lutte des travailleurs a pu arracher une concession massive : la sécurité sociale. Ce fut une réforme sociale réelle qui fut ainsi imposée. Simultanément, Roosevelt utilisa ses dépenses massives de réarmement pour sortir l'économie américaine du marasme des années 30 après la nouvelle crise de 1937-38. Ces deux issues sont toutes les deux fermées pour Carter. Il est inconcevable que le capitalisme américain puisse accorder une concession massive pour satisfaire ne füt-ce qu'une fraction des besoins du peuple américain. Et les dépenses d'armement sont déjà à un tel niveau astronomique que de nouvelles augmentations qualitatives ne feraient qu'accentuer de manière désastreuse l'inflation, sans faire sortir l'économie de la dépression. Kennedy, suivi par Lyndon Johnson, pouvait se permettre une solution différente. Ils profitèrent de l'expansion la plus massive du capitalisme américain - la plus longue vague d'expansion et de boom économique dans l'histoire du capitalisme. Voilà la base pour accorder des emplois et diverses autres concessions. Mais l'économie capitaliste évolue aujourd'hui en sens inverse. Truman pouvait au moins promettre la plein emploi, promulguer la loi sur le plein emploi" au cours de la montée de luttes ouvrières dans l'immédiat après-guerre. Mais l'administration Carter a commencé à expliquer que le plein emploi est "démodé". Maintenant le concept utilisé est celui d'un "niveau raisonnable de l'emploi". Non pas raisonnable du point de vue des travailleurs mais raisonnable de leur point de vue et de celui des riches qu'ils représentent. Non, les capitalistes américains, dans leur offensive, n'ont pas les choix qui étaient encore offerts à leurs prédécesseurs. Il est difficile pour des victimes individuelles de saisir l'ampleur de cette campagne concertée parce qu'elle frappe tant de gens de manière si différente. En fait, notre congrès a pour but de discuter, point par point, le caractère de cette offensive, ses effets, les réactions qu'elle provoque, et la manière de s'y opposer - dans le mouvement ouvrier, parmi les femmes, les Chicanos, les Portoricains, les travailleurs sans-papiers (immigrés dits "illégaux" - NDT), la communauté noire et la jeunesse. Et finalement, nous devons discuter et prendre des décisions pour savoir comment nous organiser pour diriger cette lutte d'opposition.
Le trio en action Il est important de jeter un coup d'œil sur le cadre institutionnel de cette offensive. Pour la première fois depuis longtemps, les trois branches du gouvernement de la classe dominante frappent sur le même clou dans cette campagne. La Maison-Blanche, le Congrès (Parlement -NDT) et la Coursuprême - ceux que Fránk Lovell appelle les "représentants réactionnaires en robe des riches au pouvoir" - travaillent la main dans la main pour la même opération. Pour juger l'action de ce trio, commençons par son fer de lance, l'administration Carter. Une de ses premières décisions a été l'annonce que la promesse faite au cours de la campagne électorale d'introduire un service national de santé serait ajournée. Au lieu de ce projet, Carter introduira dans un an, une loi en vue de contrôler dans une certaine mesure l'augmentation des frais médicaux. Voilà à quoi est réduit, jusqu'a présent, le plan de santé national. Le second projet important concernait la solution de la crise de l'énergie. Nous savons maintenant ce qu'il signifie. Les prix seront augmentés. Les centrales nucléaires seront multipliées. On prononcera des homélies contre les "alcooliques de l'énergie". On accentuera l'exploitation des couches de charbon de surface. On réduira les obligations de sécurité non seulement concernant les mineurs, mais concernant tous les travailleurs. Et on déclenchera un véritable assaut, appuyé par le gouvernement, contre le syndicat des mineurs United Mine Workers. Quant aux projets de la Maison-Blanche en matière d'assistance publique, ils commencent par réduire l'emploi des "tickets donnant droit aux vivres" (technique par laquelle ceux qui bénéficient de l'assistance publique reçoivent des bons donnant droit à des distributions gratuites de produits de première nécessité - NDT). Ils avancent l'idée du "salut par le travail et non par l'assistance" . Cela signifie en pratique obliger le maximum de personnes à accepter un emploi rétribué à un tarif plus bas que le salaire minimum légal, comme précondition pour avoir droit à une quelconque aide publique. Un autre projet pris en considération concerne l'obligation faite à un nombre croissant de mères de familles d'accepter des emplois pour des salaires dérisoires. Jusqu'ici, il fallait qu'un enfant soit âgé de 18 ans au minimum avant de pouvoir obliger une mère aidée par l'assistance publique à accepter un emploi. Carter veut maintenant réduire cet âge à 14 ans. Hier, quand ce plan a été présenté au Congrès, le sénateur Russel Long a exprimé l'opinion que l'âge limite auquel un enfant a besoin de sa mère toute la journée était l'ağe de six ans. La Maison-Blanche était, semble-t-il, assez "réceptive" à la proposition du sénateur Long. Mais sur l'in-. flation on ne prévoit pas d'action effective. Les attaques contre les travailleurs immigrés sans papiers valables n'en sont qu'à leur étape initiale. A ce propos, l'administration a été d'une franchise brutale. L'équivalent chicano d'Andrew Young, le nouveau directeur à l'Immigration, Leonel Castillo, a déclaré au "Los Angeles Times" du 18 juillet quel est l'objectif réel de cette campagne. "Des fractions
de l'économie américaine gagnent beaucoup d'argent aux dépens des étrangers" , affirma-t-il. " Certaines sociétés les emploient et ne les payent pas beaucoup. De ce point de vue, c'est une bonne chose. Cela augmente le prot tationd b maintient les salaires à bas niveau Quelles sont les initiatives de la Maison-Blanche pour accroître l'emploi ? Nous avons le taux de chômage le plus élevé en période de reprise économique. Le genre d'opération qu'ils veulent nous imposer en ce domaine est révélé par le fait que les fonds destinés à fabriquer la bombe à neutrons étaient cachés dans le budget pour... créer des emplois ! Et en ce qui concerne la sécurité sociale, une nouvelle proposition modeste a été avancée la semaine passée. Le ministre du Commerce a proposé de retarder le paiement des retraites jusqu'à l'âge de 68 ans au lieu de 65 ans, étant donné que les ressources du système de la sécurité sociale sont réduites. Bien que ce ne soit pas encore une proposition "officielle", la Maison-Blanche la prend en considération. Voilà en ce qui concerne sept des programmes initiaux de l'administration Carter. Le Congrès et les «réactionnaires de robe» Le Congrès apporte sa part à l'effort. D'abord, ces représentants des grands trusts ont réduit la durée de l'allocation fédérale de chômage de 26 à 13 semaines. Et récemment, ils ont déclaré que le chômage est assez bas pour qu'il ne soit même pas possible de recevoir les allocations des 13 semaines supplémentaires des fonds de l'Etat fédéral dans de nombreux Etats. Ensuite, la Chambre des réprésentants a commencé à tailler dans la loi sur l'assistance légale. Cette loi est censée accorder des fonds à un certain nombre d'avocats pour qu'ils aident les gens les plus pauvres à lutter légalement pour leurs droits. Le Congrès a adopté des amendements stipulant que sous aucune condition, une aide légale ne pouvait être accordée dans un litige quelconque concernant les droits des homosexuels. Il ajouta qu'aucune poursuite légale ne pouvait être engagée en matière de ségrégation scolaire avec de l'argent obtenu sur la base de cette loi. Le Sénat y a mis du sien en ajoutant un amendement qui refuse qu'un couple homosexuel soit logé dans un logement subventionné par des fonds publics. Et aucun subside gouvernemental ne peut être supprimé à un district scolaire qui défie les lois concernant la déségrégation raciale ou l'emploi des bus pour aider la déségrégation. Il a également adopté l'amendement Hyde qui dénie aux femmes tout accès à des fonds fédéraux à des fins d'avortement. Simultanément, les neuf "réactionnaires de robe" (membres de la Cour suprême - NDT), participent aussi à la campagne commune. Récemment, ils ont réduit un nombre considérable de droits des partis minoritaires pour la participation aux élections rendant plus difficile pour d'autres formations que les démocrates ou les républicains l'inscription sur les machines de vote. Le prétexte invoqué, c'est qu'il ne serait pas démocratique d'avoir des bulletins de vote "surchargés". Leur interprétation de la Constitution, c'est que tout ce qui™ est supérieur à deux représente une surcharge insupportable! Ils ont aussi commencé à dégager la voie pour une large réintroduction de la peine de mort. Ils refusent de casser les verdicts scandaleux de Gary Tyler, des dix de Wilmington, le mauvais coup monté contre les Indiens américains mois après mois, scandales judiciaires typiques dont sont victimes les minorités raciales et nationales aux USA. Pour démontrer qu'elle est au diapason avec la Chambre des représentants et le Sénat en matière de droits des homosexuels, la Cour suprême a confirmé le caractère constitutionnel des lois contre la sodomie promulguées par certains Etats. Elle a aussi décidé que les systèmes d'ancienneté discriminatoires, qui perpétuent les pratiques d'embauche discriminatoires à l'encontre des femmes et des nationalités opprimées et qui datent d'avant 1964, sont parfaitement légaux. Car, dit-elle, on ne peut pas démontrer "l'intention" discriminatoire, puisque les lois contre la discrimination dans l'embauche n'avaient pas encore été adoptées à l'époque. La Cour suprême a en outre décidé que les femmes n'ont pas droit à l'allocation médicale en cas de grossesse. Des "droits des Etats" peuvent dorénavant être invoqués pour arrêter tout paiement de fonds gouvernementaux pour l'avortement, ou pour des traitements médicaux liés à l'avortement. Elle a décidé que l'Etat a autant d'intérêt vital dans la reproduction qu'une femme a d'intérêt vital à l'égard de son propre corps. Et même encore plus d'intéraf, quand il y a conflit entre les deux. Il faut démontrer "l'intention" discriminatoire : voilà la nouvelle doctrine de la Cour Suprême. Si vous voulez être transporté par autobus vers une école sans ségrégation; si vous voulez un logement décent; si vous voulez des droits d'embauche égaux; il ne suffit pas de démontrer que la discrimination existe. Il ne suffit pas de démontrer qu'il y a eu discrimination depuis des décennies, ou même depuis des siècles. Il ne suffit pas de démontrer qu'il y a une trame que chacun peut observer. Il faut démontrer en outre "'l'intention", le dessein délibéré, non l'état de fait. La victime doit démontrer "l'intention" du criminel. La Cour Suprême a également décidé que les familles d'ouvriers qui sont en grève ou qui sont licenciés "pour une cause valable" - évidemment, c'est le patron et non l'ouvrier qui décide si la cause est "valable" ! - n'ont plus droit aux avantages de l'assi stance publique ou aux allocations de chômage. Voilà quelques-une des contributions de la Cour Suprême des Etats-Unis. Cette liste est loin d'être complète. Mais c'est seulement en compilant pareille liste qu'ont peut se rendre compte où elle mène et jusqu'où elle veut aller. «Ils ne peuvent aller nulle part ailleurs» Tout cela a été accompagné de sermons de Carter. Il a donné une leçon au chef de la National Urban League (une organisation noire fort modérée - NDT), Vernon Jordan, lui expliquant que c'est de la démagogie de suggérer, comme Jordan l'avait fait, que les engagements de Carter à l'égard des pauvres n'ont pas été tenus. Ce qui est pire, dit Carter, c'est qu'en faisant de telles déclarations "démagogiques" , des dirigeants noirs feront croire aux opprimés et aux rejetés "que ni moi-même, ni les membres de mon cabinet, ni le Congrès ne les aiment" . Cela fait du tort aux pauvres, voyez-vous, car cela leur enlève "l'espoir d'une vie meilleure", et la compréhension de ce que nous sommes le
"dernier espoir des pauvres". Carter a fait aussi un sermon aux femmes, leur expliquant qu'il ne peut y avoir des quotas d'embauche pour les Noirs, les Chicanos ou les femmes, car tout ce qui s'oppose à la "sélection fondée sur le mérite" est anticonstitutionnel. En expliquant aux femmes son attitude à l'égard de l'avortement, Carter a repris un thème qu'il désire enfoncer dans le crâne de tout ouvrier et de toute personne opprimée. Comme il l'a dit lui-même : "'Il y a beaucoup de choses dans la vie qui ne sont pas équitables, que des riches peuvent avoir alors que les pauvres ne peuvent pas les avoir. Mais je ne crois pas que le gouvernement fédéral devrait agir pour rendre les chances exactement égales pour tous, surtout lorsqu'un facteur moral est en jeu." Evidemment, quand il s'agit de garantir les profits des fabricants d'armes, de promulguer des droits de douane protectionnistes, d'accorder des subsides énormes aux trusts, de distribuer des cadeaux aux dictateurs, c'est différent. Mais il s'agit à chaque fois du même "facteur moral" : la morale capitaliste. Andrew Young a tenu une conférence de presse lors du congrès de la National Urban League pour insister sur le même thème que Carter. A la question : "Ne croyez-vous pas qu'une réaction de ce genre obligera beaucoup d'Américains noirs à se détourner du Parti démocrate ?" , il répondit au nom de son Président et en regardant droit dans les caméras de la télévision : "Ils ne peuvent aller nulle part ailleurs." Des conquêtes remises en question Cette liste incomplète clarifie une chose. La classe dominante américaine ne se contente pas de conserver ses positions. Elle ne se contente pas de dire à chaque travailleur : "Plus de concessions ! Réduisez vos espérances ! N'espérez pas de conquêtes supplémentaires. " Elle est également en train de reprendre des concessions accordées au cours des années 60. Elle est obligée de reprendre des concessions accordées au cours des années 60. Elle est obligée de reprendre certaines concessions qu'elle avait dû accorder au cours du plus long boom capitaliste qui: ait jamais existé. Elle doit abolir les gains économiques des masses et les lois qui auraient pu transformer des promesses d'une vie meilleure en un début de réalité, - les lois sur la déségrégation raciale, sur l'action affirmative (lois qui encouragent les patrons à embaucher de préférence les membres des minorités nationales - NDT)), sur l'avortement, sur l'éducation et toute une série de droits pour les masses laborieuses. Elle essaye même de supprimer les garanties légales antérieures qui sont les fondements des droits de la classe ouvrière, pour lesquels avecses alliés, elle a mené de grandes batailles. Elle essaye d'obtenir de la Cour Suprême un jugement disant que les espérances ouvrières sont contraires à la Constitution. Elle s'oppose à l'Amendement sur l'Egalité des droits (amendement à la Constitution des Etats-Unis déclarant non constitutionnelle toute discrimination contre les femmes - NDT) pour une bonne raison de leur propre point de vue. Cet amendement représente en effet un obstacle dans ses efforts pour abaisser le niveau de vie des travailleurs. Il va dans le sens inverse de ses efforts pour s'opposer à toute reconnaissance légale de l'extension des droits à l'égalité.
Examinons les deux précédentes montées de la classe ouvrière et de la population noire qui avaient empêché des attaques massives préparées par la classe dominante qui lui avaient arraché des avantages ou des promesses importantes. C'était la montée des années 30 qui vit la naissance du CIO (Comité d'organisation industrielle, centrale syndicale plus radicale qui assure l'organisation massive des ouvriers de la grande industrie américaine au cours des années 30. Plus tard, elle fusionna avec la centrale plus conservatrice AFL - NDT), et la résistance de la population noire, des soldats et des syndicats américains à la fin de la Deuxième Guerre mondiale devant les plans réactionnaires de la classe dominante. Quelles étaient les concessions et les promesses gagnées au cours de ces deux montées ? Au cours des années 30, les deux principales conquêtes furent la sécurité sociale et la Loi nationale sur les relations du Travail, qui légalisait le droit d'organisation syndicale à l'entreprise, fût-ce avec des restrictions. La montée de 1944-46 n'aboutit pas à de nouvelles concessions de l'ampleur de la sécurité sociale. Mais elle arracha des promesses et bloqua l'offensive patronale. La loi sur le plein emploi de 1946 représente la promesse la plus importante. En outre, la montée de luttes de l'immédiat après-guerre empêcha les Etats-Unis d'étendre la guerre en une nouvelle attaque contre l'Union soviétique et empêcha les patrons d'appliquer le projet qu'ils avaient conçu de faire sauter le CIO. Mais à présent, chacune de ces conquêtes ou de ces promesses commence à être remise en question. On est en train de saper, d'attaquer, non seulement ce que vous avez gagné au cours des années 60, mais aussi ce que ceux qui se sont battus avant vous - vos parents, vos grands-parents, les exploités et opprimés des générations précédentes - ont gagné au cours des années 30 et 40. Non seulement on déclare aujourd'hui que le plein emploi est devenu un concept "démode", mais on s'attaque de plus en plus à la sécurité sociale et on cherche à la réduire plutôt qu'à l'étendre. En ce qui concerne le droit de former des syndicats, le "New York Times" donna récemment des conseils aux patrons qui soutiennent quelques-uns des projets de loi frauduleux de Carter et Meany (George Meany est le vieux chef ultra-conservateur et anticommuniste de la confédération syndicale AFL-CIO - NDT). Le "New York Times" est en faveur de l'adoption de certaines de ces mesures et indique, que dans le fond, au cours des dix dernières années, la loi confirmant les droits à l'organisation syndicale a été substantiellement érodée. Les patrons favorables à l'open-shop (droit pour les patrons d'embaucher des non-membres des syndicats - NDT), ont trouvé le moyen de retarder systématiquement la tenue des élections qui détermineraient à quel syndicat les travailleurs de l'entreprise désireraient s'affilier, pour licencier ou intimider des travailleurs syndiqués, pour engager des poursuites contre les syndicats, etc. dans le but d'empêcher dans les faits l'organisation de sections syndicales dans leurs entreprises. Le "New York Times" ne s'inquiète pas tellement de l'extension de ces pratiques, mais du fait que si l'on va trop loin dans cette voie, les travailleurs pourraient commencer à se rebeller. (La fin de cet article paraîtra dans le prochain numéro d' "Inprecor")