Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Après la défaite de la droite aux élections municipales, le Parlement est dissous

· Inprecor n° 143, 14 février 1983 · p. 10-11 · 1 855 mots

Portugal Syndicalisme

l'issue d'une entrevue entre le président de la République, Ramalho Eanes, et le

A Parlement pes pois et avril, est seme to fans et, il le deb de ta tero Premier ministre démissionnaire, Pinto Balsemao, un décret de dissolution du législatives anticipées pour le 25 avril, exactement neuf ans après le début de la « révolution des œillets ». La défaite, lors des élections municipales du 12 décembre dernier, de l'Alliance démocratique (AD) au pouvoir, rendait cette issue quasiment inévitable.

luation ;

-Impôts supplémentaires sur les profits croissants des gros actionnaires. Les fonds ainsi recueillis pourraient être utilisés pour financer des investissements productifs.

- Le mouvement syndical ne doit pas accepter la réforme fiscale décidée par le gouvernement social-démocrate : si le gouvernement maintient cette réforme qui favorise les riches, les travailleurs doivent veiller à obtenir des compensations salariales au cours des négociations contractuelles. Du travail pour tous

Malgré les promesses du gouvernement d'entreprendre un programme d'investissements afin de créer de nouveaux emplois, la vague de licenciements et de chômage continue, dans le secteur privé comme public. re passer une loi interdisant le lock-out. droit de licencier.

Il doit, de plus, bloquer les licenciements en cours ou prévus dans le secteur public productif.

Pour la société dans son ensemble, le coût économique et humain du chômage est plus élevé que le coût du maintien de la production. Il faut instaurer une réduetion du temps de travail, sans réduction de salaire et avec embauche pour les emplois rendus disponibles.

Le gouvernement doit aussi lever le secret sur les transactions bancaires et préparer la nationalisation des banques et de tous les instituts de crédit.

Les sociaux-démocrates au pouvoir doivent joindre leurs forces à celles du mouvement ouvrier européen pour demander une réduction généralisée de la semaine de travail, afin de fournir des emplois aux chômeurs. Il faut établir un plan pour aller vers la semaine de 30 heures. Les syndicats locaux doivent avoir un

PORTUGAL Francisco LOUÇA

« En deux années de gouvernement, nous avons perdu 600 000 voix, parce que, deux années durant, le gouvernement à mal gouverné, en particulier en ce qui concerne l'économie. Si nous avions eu d'élections municipales, l'Alliance démocratique (AD) aurait perdu la majorité absolue et le Parti socialiste (PS) serait devenu le principal parti du pays. Il y aurait

Alliance démocratique (AD)

Parti socialiste

APU (Alliance du peuple uni, coalition contrôlée par le PCP)

PS et APU

En 1980, après un an de gouvernement, PAD (coalition de partis bourgeois, notamment le PSD et le CDS) avaient obtenu une victoire significative. Le Parti communiste portugais (PCP), avec un million de voix, stagnait électorale-

Après la défaite de la droite aux municipales, le Parlement est dissous eu une nouvelle fois une majorité de gauche et nous nous retrouverions probablement avec un gouvernement PS - Parti social-démocrate (PSD). »

Celui qui fait ce bilan des élections municipales du dimanche 12 décembre

1982 n'est autre que le vice-Premier ministre, Freitas do Amaral, président du deuxième parti bourgeois, le Centre démocrate et social (CDS). Les résultats lui donnent en effet entièrement raison

Législatives (1980)

Municipales (1982)

2 868 076 (47,2 %)

2 183 289 (42,5 %)

1 673 279 (27,7 %)

1 632 588 (31,8 %)

1 061 490 (20,7 %)

1 009 505 (16,7 %)

2 682 784 (44,4 %)

2 694 028 (52,2 %)

ment, et le PS restait bien en deçà de ses résultats de 1975 ou 1976, payant de ce recul électoral le prix de la politique d'austérité et de répression menée quand il était au gouvernement.

Depuis lors, la division du mouve-

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Carneiro jusqu'à sa mort.

do Amaral.

PSD et le CDS, au gouvernement depuis 1979.

Mario Soares.

portugais (PCP). ment ouvrier s'est aggravée. Le PS a con- législation électorale grave crise discussion du soutien à la candidature présidentielle du général Ramalho Eanes :

général, Mario Soares, s'était alors « autosuspendu » de ses fonetions pour protester contre le soutien du PS au président qui l'avait démis de sa charge de Premier ministre. Les relations déjà conflictives entre le PS et le PCP se sont encore détériorées. Le PS est allé jusqu'à refuser toute rencontre avec la direction du PCP, et il a appuyé le gouvernement quand la police de choc a ouvert le feu, le 1er Mai, à Porto, deuxième ville du pays, sur un rassemblement de la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), en assassinant deux travailleurs.

Mais, en même temps, le gouvernement et la coalition de droite connaissaient un processus de désagrégation accé. léré. A l'origine, il y avait l'échec flagrant du projet politique élaboré par le défunt leader charismatique du Parti social-démocrate (PSD), Sa Carneiro, qui misait sur les prémisses suivantes :

- Que l'AD remporte une large majorité parlementaire, pour provoquer une forte polarisation entre le gouvernement et le PCP, affaiblir le PS et l'obliger à participer à une révision de fond en comble de la Constitution. De fait, la Constitution de 1976, utilisée par le gouvernement de Mario Soares comme un instrument fondamental de défense de la propriété privée (début des attaques contre la Réforme agraire, réorganisation des forces également certains droits des travailleurs (comme le contrôle ouvrier), qui ont été et demeurent un obstacle à l'intensification de l'exploitation de la force de travail et à la politique d'austérité et du chômage. L'AD n'est pas parvenue à abolir tous ces droits dans la nouvelle Constitution ;

Que l'AD remporte les élections présidentielles autour de la candidature du général Soares Carneiro, ancien directeur d'un camp de concentration en Angola pendant la guerre coloniale. Mais le président Ramalho Eanes, soutenu par les partis réformistes et par de larges secteurs de la bourgeoisie, a gagné les élections présidentielles dès le premier tour, ce qui a accentué la désorientation de l'AD après la disparition de Sa Carneiro dans un accident d'aviation à la veille des élections ;

- Que l'AD se transforme en front permanent de toute la droite et modifie la

Le Portugal en sigles PSD (Parti social-démocrate) : principal parti bourgeois, dirigé par Sa CDS (Centre démocrate et social) : second parti bourgeois, appuyé en partie sur l'appareil salazariste. Jusqu'en décembre dernier, son président était Freitas AD (Alliance démocratique) : coalition des partis bourgeois, notamment le PS (Parti socialiste) : parti adhérent à la lle Internationale et dirigé par APU (Alliance du peuple uni) : coalition contrôlée par le Parti communiste afin d'assurer son propre contrôle sur le pouvoir politique. Mais ces lois ne sont pas passées. Finalement, une riposte du mouvement ouvrier a commencé à s'exprimer à travers les deux grèves générales de 24 heures convoquées par la CGTP en 1982, et à travers les prises de position antigouvernementales de la centrale minoritaire, l'Union générale des travailleurs (UGT). Les élections municipales de décembre 1982 ont porté un coup mortel à l'AD, qui a perdu plus d'un demi-million de voix, et qui a été battue de plus de 10% par l'ensemble des partis ouvriers. La gauche a pris à l'AD une trentaine de municipalités et se retrouve avec la majorité des conseillers municipaux à Lisbonne et Porto, et avec la présidence du conseil municipal de Coimbra, troisième ville Le PS est le grand bénéficiaire de la défaite de l'AD, mais le PCP maintient ses positions : dans plus de 90% des mairies qu'il dirige, il a obtenu la majorité absolue, et il a renforcé son avantage électoral vis-à-vis du PS dans la circonscription de Lisbonne, qui est appelée à élire 56 des 246 députés au Parlement. A partir de ces résultats, la crise de l'AD a fait boule de neige. Le président du PSD, Pinto Balsemao, a démissionné de son poste de Premier ministre et proposé son remplacement par un illustre inconnu, Victor Crespo. Le président du CDS, Freitas do Amaral, se refusant à participer à un tel gouvernement, a déde son parti. Pendant deux semaines, on a assisté à un incroyable feuilleton de réunions, accusations, propositions et contre-propositions, la majorité des dirigeants bourgeois en venant à reconnaître que l'AD était incapable de former un nouveau gouvernement, que le inévitable, et qu'une nouvelle majorité en sortirait. Mais, en fin de compte, le CDS et le PSD sont arrivés à un accord pour un nouveau gouvernement et l'ont présenté au président Ramalho Eanes, qui peut parfaitement le récuser et organiser des élections. Une chose cependant est sûre : plus discrédités encore qu'au moment élections municipales de décembre 1982, les partis bourgeois se présenteront séparément aux prochaines élections générales, et le PS sera le parti qui obtiendra le plus de voix. Dans cette nouvelle conjoncture, plusieurs tactiques se dessinent :

— Celle de Mario Soares : tirant parti de l'échec électoral de l'AD et en dépit de son immobilisme, de sa conciliation avec la droite et de l'existence d'une centrale syndicale (l'UGT) dont la direction est depuis trois ans paritaire entre le PS et l'AD, Mario Soares pourra être chargé de former un gouvernement après les életions. Son projet est celui d'une alliance gouvernementale avec le PSD et la préparation de sa propre candidature à la présidence de la République pour 1986.

Celle de Freitas do Amaral : en abandonnant le CDS et le gouvernement, Freitas do Amaral prépare également sa candidature présidentielle, comptant sur fait qu'il apparaîtra comme le seul candidat fort d'une droite divisée et sans alternative. Une partie du PSD semble d'ores et déjà disposée à l'appuyer.

- Celle du général Ramalho Eanes : cherchant à créer une conjoncture favorable à la création d'un nouveau parti regroupant un secteur du Parti socialiste, de l'AD et y compris une partie de l'électorat du PCP. Cette possibilité pourrait surgir du discrédit d'un gouvernement du « centre » (autrement dit d'une coalition

Comme on le voit, tous misent sur la fin de l'AD. Victor Crespo, proposé comme candidat Premier ministre, sera tout au plus un « gérant » provisoire chargé de prendre des mesures économiques immé diates et drastiques : après l'augmentation du prix de l'essence (qui est déjà le plus élevé d'Europe), un nouveau Budget général de l'Etat procèdera à des coupes sombres. Le Budget pour 1983 n'est en effet toujours pas approuvé, ce qui donne une idée des déséquilibres politiques et de leurs conséquences économiques et finan-

Cette crise de l'AD annonce l'ouverture d'une nouvelle phase politique au Portugal. Ainsi, on a connu en 1974 et 1975 une crise prérévolutionnaire ; en 1975-1979, le pays a été dirigé par un gouvernement de collaboration de classe ; en 1979-1982, l'AD a gouverné en tant que bloc entièrement bourgeois disposant pour la première fois d'une légère majorité électorale. Nous revenons à présent à l'instabilité gouvernementale, à la crise politique permanente, avec la particularité que la division de l'AD annonce non seulement sa déroute aux prochaines élections, mais aussi de possibles scissions dans chacun des partis qui la composent.

L'expression des revendications politiques, économiques et sociales du mouvement ouvrier, avant et pendant cette campagne électorale, la lutte pour l'unité ouvrière dans les mobilisations et au Parlement, apparaissent ainsi comme les objectifs fondamentaux les plus à même de tirer parti de la crise de la droite et de l'approfondir, et de lutter pour gouvernement des partis ouvriers.

Lisbonne, 7 février 1983.

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