Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALGERIE

Un réseau s'organise autour des mosquées

· Inprecor n° 143, 14 février 1983 · p. 16 · 708 mots

Un réseau s'organise autour des mosquées mouvement étudiant et après le musellement de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA), qu'apparaît le courant intégriste en Algérie. Il se revendique de l'islam militant contre l'agression du modernisme. Il s'attaque d'une manière modérée au pouvoir et regroupe quelques anciens militants de l'Association des oulémas écartés de l'appareil d'Etat dès 1965. tuels, mais son influence de masse reste limitée. La révolution iranienne donne un nouveau souffle à ce mouvement, à partir de 1978. Ses militants s'implantent progressivement dans les quartiers. Il rencontre un certain écho auprès des masses populaires lassées de la politique d'austérité.

Ce courant bénéficie de la marge de manœuvre de cette période qu'on peut qualifier d'ouverture « démocratique », en particulier dès 1979 : liberté de prêcher sans l'accord du ministère des Affaires religieuses et disparition des imams désignés par le pouvoir. Imitant les formes d'intervention des militants de la révolution islamique, ils s'implantent dans les quartiers en se basant sur la mos-

La mosquée va être le lieu privilégié où se rallient toutes les mouvances intégristes, instituant ouvertement un réseau organisationnel informel. Tolérée par le pouvoir pour contrebalancer le courant gauche, la mouvance intégriste va connaître un essor considérable. Elle se dote, dès l'année 1979, de structures d'organisation qui serviront à son travail de masse. La mosquée devient le lieu idéal pour faire ouvertement de la politique, une tribune permanente et efficace par laquelle la mouvance intégriste capte une fraction significative de jeunes et des couches plébéiennes qui viennent renforcer massivement ce courant.

Dans les mosquées se développent des organes par le biais desquels vont être structurés un grand nombre de jeunes désœuvrés. Les « équipes sportives de croyants » en ont constitué le premier jalon, puis cela a été le tour des fameux « comités d'entretien de la mosquée », autour desquels gravitent énormément de jeunes, et qui sont plutôt des cercles larges d'islamisation où les militants intégristes font un travail de propagande. La khalka, qui permet de parfaire l'éducation idéologique, coiffe toute cette activité.

Malgré le degré d'organisation stricte qui semble exister, les intégristes ne constituent pas un parti. dividus ou de personnalités religieuses. C'est pourquoi il existe une infinité de nuances où se retrouvent, sur un programme réactionnaire qui semble constituer le consensus, Edoua », et des courants extrémistes comme « Djounoud Allah » et « Ashab el Djihad », etc.

Les uns proposent d'utiliser la violence sous toutes ses formes. Ils préconisent « une djihad (guerre sainte) permanente contre tout ce qui est contraire à la seule Constitution : le Coran ».

D'autres pensent qu'il n'y a pas lieu de rechercher des épreuves de force qui affaibliraient le mouvement, et que la seule voie reste une propagande continue au sein des masses, tout en négociant avec le pouvoir. Ces deux attitudes, qui semblent s'exclure, convergent au niveau du programme :

- Le refus de l'expression des autres courants, particulièrement les communistes ;

- Le respect de la propriété privée ; l'abrogation du droit des femmes au travail ;

- L'abrogation de la mixité dans toutes les institutions ; - La restriction de la liberté de la presse ;

- La garantie de l'institution familiale.

Cette unité programmatique entre les courants de la mouvance intégriste s'est exprimée dans un organe clandestin, Etedkir, avant même qu'elle ne se soit exprimée lors du regroupement de masse à la faculté centrale d'Alger, le vendredi 12 novembre 1982, dans le fameux programme en 14 points.

La recomposition du pouvoir autour du président Chadli Benjedid, à partir du début 1979, se poursuit. Après une offensive (en 1980 et 1981) contre le mouvement berbère (Kabylie), lequel s'est tassé l'UGTA, la répression du mouvement étudiant algérois, la normalisation de l'Union nationale des jeunesses algériennes (UNJA), le pouvoir veut en finir avec les intégristes, qui lui ont été utiles, mais dont il ne veut plus, à cause essentiellement de leur implantation en milieu populaire.

C'est dès le début des années 1970, au moment même de la mise au pas du

Ce courant intégriste connaît alors un certain succès auprès des intellec-

C'est une mouvance qui se cristallise autour d'indes courants modérés comme « Ashab Shora » et « Ashab depuis, la caporalisation de

« ET TALIAA », numéro 8

Alger, novembre 1982.

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