Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

L'état-major réagit à l'enquête sur le MAS

Inprecor n° 146, 28 mars 1983 · p. 27 · 673 mots

COLOMBIE L'état-major réagit à l'enquête sur le MAS

Le Procureur général de la République colombienne, Carlos Jimenez Gomez, vient de rendre publiques les conclusions d'une enquête sur l'activité d'organismes paramilitaires comme le MAS (Muerte a los Secuestradores, Mort aux séquestrateurs). Cette enquête a été réclamée par le Président de la République, Belisario Betancur, confronté à la pression sur lui par le Mouvement pour la défense des droits civiques et les organisations ouvrières et populaires. Les résultats de cette enquête confirment les multiples dénonciations concernant l'implication, dans ces activités terroristes contre-révolutionnaires, de militaires, de propriétaires terriens, d'éleveurs de bétail et d'entrepreneurs. Ainsi, le Procureur général a-t-il affirmé : « A la lumière des preuves rassemblées jusqu'à ce moment de l'instruction, il existe des charges suffisantes pour déférer en justice un nombre total de 163 personnes, dont 59 sont des membres des forces armées régulieres. » (Uno mas Uno du 20 février 1983). Parmi cette liste de 163 personnes figurent de nombreux gros propriétaires-éleveurs et des commerçants de la région de Magdalena Medio, située à quelque 350 km au nord de la capitale, Bogota.

Dans la seule année 1982, le MAS a commis 96 assassinats, dont ceux de 25 dirigeants syndicaux, de 6 conseillers municipaux de l'opposition et de 8 dirigeants du Mouvement pour la défense des droits civiques. 59 personnes ont été menacées de morts par cette organisation, dont les dirigeants du Comité permanent de défense des droits humains, Alfredo Vazquez Carrizoza Let notre camarade Socorro Ramirez, rection du Parti socialiste révolutionnaire (PSR, section colombienne de la IVe Internationale). 65 personnes ont par ailleurs été enlevées par le MAS, dont un autre dirigeant du PSR, le camarade Ricardo Sanchez, au nombre desquelles 46 ont gouvernement cette organisation était purement et simplement niée, tandis que les chefs militaires justifiaient mê me indirectement sa raison d'être. Des secteurs liés à la mafia de la drogue et de contrebande ont reconnu publiquement apporter leur appui financier aux activités du MAS. En octobre 1981, un petit avion lâcha, au-dessus de la ville de Cali, des milliers de tracts sur lesquels on pouvait lire : «"Tous les preneurs d'otages, de droit commun ou subversifs ... seront exécutés, pendus aux arbres des parcs ou fusilles, et marqués du sigle de notre groupe." Les tracts étaient signés MAS-Groupe d'action de la mafia, et le signe était une croix noire. » (Uno mas Uno du 28 février 1983.)

Dès qu'ont été connus les noms des personnes impliquées dans les macabres activités du MAS, l'état-major de l'armée a tenu un banquet en l'honneur du général Fernando Landazabal Reyes, ministre de la Défense, et une retenue financière obligatoire équivalant à un jour de salaire a été annoncée, pour assurer la défense des militaires impliqués dans cette affaire. Cette retenue, bien qu'illégale, a d'ailleurs été appliquée tous les effectifs des forces armées. Le général en retraite Navas Pardo a, quant à lui, fait une apologie ouverte du coup d'Etat.

Les regroupements de capitalistes, comme l'Association (ANDI), la Fédération (FEDEGAN), l'Association des petits industriels (ACOPI), entre autres, et certains éditorialistes de la presse bourgeoise, s'empressèrent de faire chorus avec les forces armées en exerçant des pressions pour réclamer la démission du Procureur

Des arguments fallacieux furent également avancés pour empêcher le déroulement de l'enquête. L'on déclara, par exemple, dans certains cercles réactionnaires, que le Procureur avait violé le secret de l'instruction et le droit de la dé fense des personnes impliquées. La position du Président Belisario Betancur resta provocatrice de la hiérarchie militaire.

Mais les secteurs démocratiques du mouvement ouvrier et populaire se sont prononcés contre toute intimidation visant à entraver la marche de l'instruction et pour que les personnes incriminées soient déférées devant la justice ordinaire et non pas devant des tribunaux militaires. Malgré toutes ces pressions réactionnaires, ces courants réclament que l'enquête soit menée à son terme en toute indépendance de la justice et qu'elle soit sanctionnée non seulement par la dissolugroupes paramilitaires comme ceux qui portent des noms tels que Les Grillons, La Marque noire, Mort aux communistes, Escadron de la mort, etc.

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