Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Du fiasco des Malouines à la « transition négociée »

· Inprecor n° 147, 11 avril 1983 · p. 5-7 · 3 574 mots

Argentine et Chili Syndicalisme France Économie mondiale

Les militaires ont annoncé des élections pour octobre 1983

E 6 décembre 1982, quelques jours seulement après l'annonce par les militaires de la tenue d'élections à la fin de

/ 1983, l'Argentine était paralysée par une grève générale de 24 heures qui toucha près de 7 millions de travailleurs. Dix jours plus tard, la manifestation « pour la démocratie et la reconstruction nationale », appelée à Buenos-Aires par la Multipartidaria, regroupa environ 120 000 manifestants et donna lieu à des phénomènes de débordement de masse des directions bourgeoises. Le Monde du 18 décembre 1982 note

« qu'au milieu de cette effervescence, les dirigeants de la Multipartidaria, manifestement dépassés par les événements (...)

abandonnèrent les lieux discrètement, après avoir distribué un document demandant la remise du pouvoir aux civils, plus tard le 12 octobre 1983"'. »

Jean-Pierre BEAUVAIS

Un pays dévasté, un pays en ruines.

Voilà le bilan qu'aurait pu tirer le général

Leopoldo Galtieri s'il avait osé célébrer, le 21 mars de cette année, le septième anniversaire de la dictature argentine.

La formule n'est pas exagérée. La presse de Buenos-Aires, pourtant toujours soumise à la censure, en apporte quotidiennement la preuve ... même quand elle ne fait que reproduire des statistiques officielles approximatives et parfois truquées. Comment masquer l'augmentation vertigineuse de la dette extérieure - qui avoisine désormais les 40 milliards de dollars — ou la persistance d'une inflation dont le taux annuel était, ces derniers mois, de l'ordre de 250%? Comment masquer que l'appareil industriel fonctionne à peine à 50% de sa capacité, ou que les entreprises de la construction travaillent à 30% de leurs possibilités ?

demi-sommeil, chantiers abandonnés, immeubles inachevés : la crise fait désormais paysage urbain des grandes cités argentines et de leurs banlieues ...

Selon les chiffres officiels, 12 % de la population en âge de travailler est sans emploi et 6% est sous-employée (il faut préciser que toute personne travaillant plus d'une heure par semaine entre dans cette dernière catégorie !). Mais on peut lire également que le nombre de cotisants aux diverses caisses de retraite a chuté d'à peu prés 2 millions. En réalité, 20 % de la population potentiellement active serait donc actuellement sans travail et sans ressources aucunes, puisque l'allocation-chômage n'existe toujours pas.

D'après le quotidien Clarin et l'hebdomadaire proche des milieux d'affaires

El Economista, de 1975 à 1981, le salaire ouvrier moyen a baissé de 40 % et, de juillet 1981 à juillet 1982, il a, à nouveau,

Du fiasco des Malouines

à la "transition négociée"

prochain devraient être le temps fort. baissé de 20 %. Alors qu'en 1975 les revenus salariaux représentaient 51 % du Produit intérieur brut (PIB), ils ne représentent plus désormais que 32,5 % d'un PIB lui-même en baisse ...

LA MISERE OUVRIERE

AU QUOTIDIEN Il y a les chiffres, et il y a la réalité quotidienne vécue par l'immense majorité du peuple argentin. Selon El Economista, sur les 8101 établissements industriels occupant plus de 25 personnes recensés en 1974, il n'en subsistait plus, en 1981, que 6 637, employant un nombre total de salariés dont le chiffre était en baisse de 34 %. Pour des centaines de milliers de travailleurs et pour leurs familles, cela a signifié s'intaller dans la misère. Une misère souvent absolue dans un pays qui, bien que dépendant, avait connu un relatif développement industriel et dont le revenu par habitant fut longtemps supérieur, et de très loin, à celui des autres pays d'Amérique latine ...

Dans les banlieues ouvrières des grands centres urbains, combien maintenant ne survivent que grâce à la solidarité familiale, à la solidarité spontanée du voisinage, ou aux distributions de nourriture et aux soupes populaires organisées par l'Eglise ? L'analphabétisme, mentation progressent rapidement. Des maladies que l'on croyait à jamais éliminées - comme la poliomyélite - réapparaissent. A la périphérie de Buenos-Aires, des bidonvilles sordides et insalubres s'étendent rapidement, semblables en apparence à ceux qui entourent tant d'autres cités latino-américaines, ou du Tiers-monde en général. Mais ceux qui s'y entassent ne sont pas des déshérités venus de zones rurales pauvres et surpeuplées. Ce sont presque tous d'anciens ouvriers, d'anciens petits employés devenus chômeurs. Chas.

ARGENTINE

Le 28 mars 1983, une nouvelle grève générale de 24 heures avait lieu à l'appel des deux CGT. Bien que décrétée « illégale » par le ministre du Travail, et alors que le ministère de l'Intérieur avait affirmé qu'il « réprimerait les actes portant atteinte à la sécurité intérieure », cette grève fut un succès. Enfin, le 30 mars 1983, une nouvelle marche « pour la paix, le pain et le travail » avait lieu à Buenos-Aires.

Ces diverses mobilisations illustrent, sept ans après le coup d'Etat des militaires argentins et après le fiasco de l'aventure militaire des Malouines, le contexte dans lequel la junte tente de mettre en place une « transition négociée » vers un régime civil, dont les élections prévues pour la fin du mois d'octobre - sés de leurs usines, chassés de leurs demeures, dont ils ne peuvent plus payer le chassés de leur quartier où la nourriture est trop chère ...

Souvent, le sort de ceux qui ont le

« privilège » de n'avoir pas perdu leur emploi est à peine plus enviable. La situation des travailleurs de l'automobile en est un exemple parmi d'autres. C'était là un secteur-clé de l'industrie argentine, entière.

ment aux mains du capital étranger.La crise a conduit des entreprises comme General Motors ou Citroën à fermer leurs usines et à se retirer du marché. C'est ainsi que les 2/3 des ouvriers de la branche se sont retrouvés sans emploi. Mais dans les usines maintenues en activité, la répression et le spectre du chômage ont permis de multiplier par deux, et parfois par trois, la productivité, tandis que les salaires réels diminuaient d'environ 70 %.

Un ouvrier de Volkswagen qui, en 1974, gagnait l'équivalent de 2 000 francs actuels par mois gagne aujourd'hui, au même poste, l'équivalent de 570 francs. Il travaillait 43 heures par semaine en 1974, il doit maintenant faire 50 heures et parfois plus ...

DU COUP D'ETAT DE 1976

A L'AVENTURE DES MALOUINES

Lorsqu'en 1976, au milieu d'une situation politique et sociale chaotique, les militaires renversèrent le gouvernement voir, l'impérialisme et la presque totalité de la bourgeoisie argentine attendaient d'eux au moins deux choses. D'une part, qu'ils mettent - enfin et pour longtemps - au pas la classe ouvrière et les masses populaires, en accentuant et systé matisant une répression déjà menée à grande échelle, en liquidant les secteurs d'avant-garde les plus combatifs, en brisant une tradition de lutte et d'organisa-

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tion vieille de plusieurs décennies. Et. d'autre part, sur la base de cette défaite infligee aux masses laborieuses, qu'ils mettent en place un regime » fort et stable » garantissant les conditions d'une surexploitation accrue des travailleurs. d'un nouveau processus d'accumulation capitaliste, d'une nouvelle insertion dans le marché mondial de l'économie dépendante du pays, en crise depuis la fin des années 1950.

Au prix d'une véritable « guerre interieure », avec ses dizaines de milliers de victimes dont 25 à 30 000 « dispa-

, ses centaines de milliers d'exiles. ses millions de sans-travail, les masses argentines ont effectivement été défaites. Mais, malgré cela, la crise économique internationale a rendu illusoire tout projet de renouveau capitaliste. Pire, les vieilles recettes monétaristes appliquées sans aucune restriction, si elles ont favorisé un temps les activités essentiellement spéculatives des secteurs financiers, ont largement contribué à accélérer la désarticulation de l'appareil économique et à amplifier les effets désastreux de la récession mondiale.

Ce ne fut donc pas un régime « fort et stable », mais une dictature discréditée et haie, inquiète des symptômes grandissants d'une sourde révolte populaire de plus en plus difficile à étouffer, ébranlée par des conflits inter-bourgeois croissants, et incapable de freiner la marche à la banqueroute, qui, ll y a un an, en avril 1982, s'est lancée dans l'aventure des Malouines. Aventure improvisée par des militaires qui n'avaient rien d'anti-impérialistes et qui ne pouvaient que sous-estimer totalement la volonté de riposte britannique. Des militaires cherchant désespérément à recomposer le cadre politique national à leur avantage, en se présentant comme les défenseurs de la « souveraineté nationale » ... Apparemment surs de leur fait et convaincus que la cause était populaire, ils espéraient, par cette fuite en avant, donner un second souffle à leur pouvoir (1).

L'opération impliquait nécessairement une relative ouverture politique à l'intérieur. Les politiciens bourgeois, péronistes, radicaux ou autres, les bureaucrates syndicaux, tous, hier encore réprimés ou muselés, furent donc invités à collaborer. Ce qu'ils s'empressèrent de faire. Avec leur aide, la population fut même invitée à manifester son soutien à cette opération. Le résultat devait être très iné. gal. Des secteurs de la petite-bourgeoisie, à la sensibilité nationaliste héritée de la tradition péroniste, répondront certes à l'appel, mais sans pour autant appuyer le régime. Dès le premier rassemblement de masse devant la Casa Rosada (palais présidentiel), et bien avant les premiers revers militaires, le général Galtieri ne s'est-il pas fait huer lorsqu'il s'est présenté comme le « porte-parole de tous les Argentins » ? Mais la classe ouvrière, écrasée par la crise et marquée par le cauchemar de la répression, restera méfiante et très largement passive, malgré la présence coloniale britannique dans l'Atlantique-Sud.

Cependant, les apprentis sorciers siégeant dans les états-majors avaient créé une situation nouvelle et, à bien des egards, irreversible. Indépendamment de l'issue de la guerre, I'« ouverture » était inscrite dans les faits. Une « ouverture » qui ne se traduisait en rien par un appui populaire à un régime par trop discrédité.

Le fiasco militaire n'a fait qu'accélérer et amplifier la dynamique engagée, d'autant que les officiers supérieurs s'entre-déchiraient publiquement sur le partage des responsabilités, et que l'effort de guerre avait encore aggravé la crise économique et ses effets sur la majorité de la population. Lorsque, dans la confusion la plus totale, le général Reynaldo Bignone est chargé par une partie de ses pairs d'assumer la Présidence de l'Etat, les jours de la dictature semblent comptés. « Le pouvoir est à prendre », osera alors écrire un des rares commentateurs écoutés de la presse argentine. C'était en juillet 1982. Et pourtant, aujourd'hui encore, et bien que des élections générales soient désormais programmées pour la fin du mois d'octobre prochain, les militaires sont encore là, avec leurs hommes et leurs institutions toujours en place.

UNE SITUATION NOUVELLE

Certes, après avoir été interdites ou dissoutes pendant des années, les principales formations politiques sont à nouveau autorisées. Elles ont été invitées, selon des modalités fixées par la Junte, à organiser des « campagnes d'affiliation » au terme desquelles, et après vérification de l'identité de leurs nouveaux membres, elles seront habilitées, ou non, à présenter des candidats lors des prochains scrutins électoraux. Des bureaucrates syndicaux qui, avant la guerre des Malouines, étaient veillée, sont devenus des « interlocuteurs

Mais, en même temps, l'appareil répressif tentaculaire est toujours sur pied, intact. Ses tortionnaires galonnés et ceux du rang sont toujours actifs et impunis. Ils sont partout. Leurs tristement célèbres

«Falcon » sillonnent toutes les nuits les rues de la capitale. Des milliers de prisonniers sont toujours entre leurs mains. Ils réussissent à imposer à presque tout le monde un silence pesant - et finalement complice — sur le sort de leurs victimes passées, notamment sur celui des « disparus », ces victimes de l'un des plus récents et monstrueux crimes perpétrés contre l'humanité. A presque tous, sauf aux Mères de la Place de mai, aux militants des associations de défense des droits de l'homme et à ceux des groupes de l'extréme gauche

Aujourd hui encore, les criminels en uniforme ne perdent pas une occasion, même par des actions confinant au ridicule, de rappeler que le pouvoir c'est la force, et que la force c'est eux. Ils le peuvent, grâce avant tout à la collaboration à la fois intéressée, effrayée et lâche de leurs « opposants », les dirigeants des principales formations politiques bourgeoises.

Des avant la guerre des Malouines, ceux-ci s'étaient, pour l'essentiel, regroupés au sein d'une coalition hétérogène, la Multipartidaria, incluant le Parti radical, le Mouvement indépendant pour le développement (MID), le Parti intransigeant, la Fédération démocrate-chrétienne et le péronisme officiel (« justicialisme ») qui reste, malgré ses divisions, la force politique disposant de la plus grande audience dans le pays.

Exprimant la position d'une ample majorité de la bourgeoisie argentine, coincidant avec le souhait des puissances impérialistes, les dirigeants bourgeois se dé clarent ouvertement, depuis la défaite, « favorables à un retour des militaires dans leurs casernes ». Sur cette base, et en usant des marges de démagogie désormais tolérées, ils s'efforcent de canaliser derrière eux l'hostilité populaire au régime. Mais après bientôt sept ans de dictature, leurs partis sont affaiblis, sclérosés. Querelles de clans et aspirations de caudillos les divisent tous. Ils craignent le vide politique et sont effrayés par l'ampleur de la crise économique et les risques d'explosion sociale qu'elle implique. Ils savent qu'ils n'ont, de leur point de vue, aucune alternative: ils acceptent et accepteront, en matière économique, les directives des experts du Fonds monétaire international (FMI) délégués par les créanciers impérialistes, directives qu'appliquent déjà aujourd'hui Reynaldo Bignone et ses ministres. Et ils n'ignorent pas que pour gouverner et continuer, pour l'essentiel, à imposer cette politique aux masses frappées par la misère, ils auront besoin des militaires. Le reste n'est que tactique.

Ainsi, par exemple, le MID, dont le dirigeant est l'ex-président de la République Arturo Frondizi, s'est prononcé pour une candidature unique à la Présidence, regroupant radicaux et péronistes sur la base d'un pacte négocié entre les dirigeants des principales formations bourgeoises. Ce genre de proposition, et bien d'autres plus éphémères, agitent

1. Cf. « La crise de la dictature à la veille de l'expédition des Malouines », B. Miralles, Inprecor numéro 123 du 19 avril 1982 et « La lutte pour le renversement de la dictature». Jorge Buarque, Inprecor numéro 134 du 11 octobre 1982.

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gine d'un incident au cours de la cérémonie organisée à La Plata par la dixième cier dégaina son pistolet, menaçant l'un d'entre eux, au milieu d'une bousculade jeux du club de gymnastique et d'escrime pour participer à la cérémonie organisée en leur honneur a gardé son calme, mais quelque 200 à 300 anciens conscrits manifestèrent bruyamment leur mécontentement, allant jusqu'à scander des mots d'ordre au contenu politique évident comme : " Elle va finir, elle les haut-parleurs qui assuraient la sonorisation des lieux, cela entraînait une va-

Schollaert entourés de tout l'état-major de la dixième brigade ont commencé à distribuer médailles et diplômes, que les protestataires se sont jetés au sol poings fermés scandant des paroles agressives à l'intention des chefs militaires sous les ordres immédiats desquels ils avaient été placés, au cours de leur service teur —, les huées et les sifflements redoublèrent au point qu'un officier exaspé.

ré dégaina son arme réglementaire et mit en joue l'un des jeunes dans un but évident d'intimidation. Tels sont les faits, comme plusieurs témoins les ont d'injures à l'officier, qu'il est impossible de reproduire ici, puis, victime d'une se sont retirés sans participer au défilé qui allait clore la cérémonie. A l'exception de l'officier mentionné précédemment, les autorités militaires ont choisi de ne pas intervenir, et aucune information n'a été donnée quant à d'éventuelbeaucoup la Multipartidaria. Elles voupossibles ruptures au sein du radicalisme et surtout du péronisme. Et, plus que tout, elles visent, dans l'immédiat, à détourner l'attention des questions essentielles qui sont posées.

LE CALENDRIER ÉLECTORAL

DE LA TRANSITION NÉGOCIÉE

L'annonce officielle du « calendrier électoral » est la preuve que, désormais, une grande majorité des militaires est acquise à l'idée d'un nécessaire retour dans les casernes. Mais pas n'importe comment ni à n'importe quel prix. Ils exigent trois pour « le maintien de l'intégrité de l'institution » : pas d'enquête sur les responsabilités dans la conduite de la guerre des Malouines, consensus tacite sur une « loi de l'oubli » à propos de la répression - en d'autres termes, les morts et les disparus doivent « disparaitre » une seconde fois —, et maintien de toutes leurs prérogatives en matière de « sécurité nationale », ce qui signifie partage du pouvoir et, dans ce cadre, liberté d'action en matière de répression. Telles sont tout à la fois les limites, les bases et le cadre de la « transition négociée » à l'œuvre depuis plusieurs brigade d'infanterie en l'honneur de ceux qui ont participé à la lutte dans l'archipel. Ils ont hué les officiers qui les commandaient durant le conflit.

de où injures et coups furent échangés.

va finir, la dictature militaire ! ".

gue d'insultes et de coups de sifflets.

et durant le conflit.

rapportés à l'agence de presse DYN.

crise de nerfs, il a été évacué par quatre ou cinq de ses camarades les arrestations. » mois déjà. « Transition négociée »désormais officialisée depuis l'acceptation publique par les principaux dirigeants de la

Multipartidaria le pouvoir militaire.

Ce « dialogue », discret et officieux hier, officiel aujourd'hui, ne peut que satisfaire la junte : il lui a permis, dans les marges étroites déterminées par la crise généralisée que traverse l'Argentine, et après le fiasco des Malouines, de reprendre l'initiative politique. Pourra-t-elle la garder jusqu'aux échéances électorales et imposer, au-delà, une forme plus discrète mais très réelle de participation au pouvoir, le tout sans avoir à rendre compte de ses crimes ?

Pour une grande part, la réponse à cette question dépend du rythme de réorganisation, de remobilisation de la classe ouvrière. C'est elle qui a été frappée de plein fouet par l'effet combiné de la répression et de la crise. Elle a été réduite numériquement. Ses militants combatifs ont été les plus décimés. Ses structures d'organisation, notamment celles au sein des entreprises, conquêtes du combat de plusieurs générations, lées. Ses membres doivent dépenser une énergie considérable pour « joindre les deux bouts ». Ou simplement survivre.

Malgré tout, la confiance renaît. Lente-

Quand les anciens combattants des Malouines refusent leurs décorations

« Un groupe d'anciens soldats ayant combattu aux Malouines a été à l'ori-

« Ils se sont jetés au sol, le martelant de leurs poings. C'est alors qu'un offi-

« La majorité des quelque 2 500 anciens combattants réunis sur le terrain

« De plus, chaque fois qu'il était fait mention d'une autorité militaire par

« C'est précisément lorsque les généraux Juan Carlos Trimarco et Alberto

« Lorsque le général Schollaert prit ensuite la parole — il fut le seul ora-

« Le jeune ainsi concerné, loin de se calmer, a, au contraire, lancé une série

« A la suite de cet incident, environ 300 des anciens combattants présents

Extrait du quotidien argentin « LA VOZ » ment. Avec beaucoup de prudence. Des conflits surgissent. Des luttes se prolongent. Des structures issues de la base apparaissent progressivement dans les usines et les bureaux. C'est encore un tiellement défensif. Mais déjà les travailleurs ne sont plus ces protagonistes passifs et silencieux que les directions bour geoises auraient souhaité qu'ils fussent pour être assurées de mener à bien leur prétendu dialogue avec les militaires bureaucratie syndicale - qui est l'une des composantes du péronisme - se trouve placée, à bien des égards, dans une position quelque peu nouvelle. En premier lieu, elle sort structurellement affaiblie des sept années de dictature. Ensuite, elle est plus profondé ment divisée que jamais auparavant. Ce sont des divisions sur la base d'intérêts

Get de cliques qui expliquent, l'essentiel, l'existence actuelle de deux pôles syndicaux organisés, la CGT dite « Azopardo » et la CGT dite « Brasil » (2). Mais, au-delà de ces divisions, la bureaucratie a développé ses propres for mes de collaboration avec la dictature, parallèlement à la Multipartidaria. Dans ce cadre et dans la perspective d'une « normalisation » prochaine, par les militaires, de la vie syndicale, son rôle va s'accroître rapidement. Mais les facteurs de crise au sein de cette bureaucratie, alimentes par sa situation profondément contradictoire, vont tendre à s'accentuer.

La grève nationale convoquée le 6 décembre 1982 par les organisations syndicales, bien qu'elle n'ait donné lieu à aucune manifestation, a été largement suivie. Quelques jours plus tard, le 16 décembre, les dirigeants de la Multipartidaria convoquaient, avec l'accord tacite de la junte, un grand rassemblement de soutien à leur politique. Rapidement débordés, ils ont préféré disparaître alors que plusieurs cortèges, à forte composante ouvrière, transformaient cette action en une mobilisation de masse contre la dictature.

Cette journée a marqué, sans contestation possible, un tournant : des secteurs de masse significatifs ont montré qu'ils reprenaient confiance, qu'ils étaient prets à affronter les sbires de la dictature, à lutter pour son renversement. Les mobilisations nationales des masses travailleuses d'Argentine prévues pour les jours prochains devraient en apporter la confir-

Jean-Pierre BEAUVAIS Mars 1983. 2. La CGT-Azopardo - le gouvernement lui a cédé les vieilles installations de la CGT, rue Azopardo, d'où son nom - est le produit de l'unification des fractions les plus « jaunes » de la bureaucratie syndicale. Elle est issue de la CNT-20 (Confédération nationale des travailleurs) et elle est prête à tout type d'accord avec la dictature militaire. La CGT-Brasil - du nom de la rue où se trouvent ses locaux - représente le péronisme justicialiste. Il y a quelques semaines, elle a pris le nom de CGT-République argentine. Les directions de ces deux centrales sont des fractions syndicales bureaucratiques. Cf. sur ce thème, « Plans de la junte et manœuvres de la bureaucratie syndicale ». Inprecor numéro 129, du 29 juin 1982.

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