Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Le mouvement syndical face à la crise économique

· Inprecor n° 147, 11 avril 1983 · p. 13-14, 14-19 · 6 350 mots

Syndicalisme Allemagne Économie mondiale

Le mouvement syndical dans la nouvelle conjoncture économique

Reprise du débat sur les 35h et la nationalisation de la sidérurgie

A le porta au gouvernement, le nouveau chancelier Helmut la suite du renversement d'alliance gouvernementale qui

• Kohl déclarait, le 13 octobre dernier : « La coalition du centre, qui rassemble la CDU (Union chrétienne-démocrate), la CSU (Union chrétienne-sociale) et le FDP (Parti libéral-démocratique), commence à travailler dans la situation de crise économique la plus grave que la RFA ait connue depuis sa création. » (Le Monde diplomatique, mars 1983.) La victoire électorale de cette coalition réactionnaire, le 6 mars dernier, sanctionnait la faillite du modèle social-démocrate de gestion du capitalisme, qui s'accomodait de plus en plus mal de la crise économique. Dès la première étape de cette crise, en 1974, la période de l'âge d'or de la RFA, qui connut dans les années 1955 et suivantes un taux de croissance allant jusqu'à 12 %, était révolue.

Parallèlement s'ouvrait une ère de remise en cause des acquis sociaux obtenus par les travailleurs dans la période antérieure. Alors que le chômage grimpait à une vitesse vertigineuse, les allocations sociales étaient réduites par le gouvernement à direction social-démocrate SPD (Parti social-démocrate)-FDP. En septembre 1982, les chômeurs officiellement recensés mettaient en moyenne huit mois et demi pour retrouver du travail. Moins de la moitié d'entre eux avait encore droit à des allocations-chômage, 17 % ne percevaient plus d'indemnité journalière minimale, et plus d'un tiers n'avait droit à aucune forme d'allocation. En janvier 1983, 10 % de la population active se trouvait au chômage (2,5 millions de personnes)

La restructuration capitaliste de l'industrie et l'introduction de l'électronique dans la production et le secteur tertiaire a mis en danger, ces dernières années, des secteurs de travailleurs qualifiés considérés comme l'ossature du mouvement syndical allemand. A la fin 1982, avant même la rupture de la coalition gouvernementale SPD-FDP, la pression de la base syndicale avait amené la bureaucratie de la principale confédération syndicale, la Deutsche Gewerkschaftsbund (DGB), à envisager des mobilisations qui risquaient de s'opposer au gouvernement.

En janvier de cette année, plusieurs assemblées de délégués du personnel des entreprises de la métallurgie reprirent les termes d'une résolution adoptée par les 1 000 délégués des usines du groupe Hoesch (sidérurgie) réclamant un combat résolu dans ce secteur. Le 2 février à Duisburg, une assemblée de délégués des principales entreprises sidérurgiques vota en faveur de la nationalisation de ce secteur. Leur texte affirme que « le système économique capitaliste ne prend pas en compte les intérêts vitaux du pays, de l'Etat, et les intérêts sociaux du peuple allemand ». L'ampleur de ce mouvement a contraint les permanents syndicaux locaux à s'y rallier, les mettant ainsi en contradiction avec la bureaucratie de l'IG Metall (fédération des syndicats de la métallurgie), qui s'opposa fermement, lors d'une réunion de son conseil syndical, le 9 janvier, à toute perspective de nationalisation. Eugen Loderer, dirigeant de l'IG Metall affirma que « la nationalisation n'est pas une voie praticable ». Certes, la prudence des bureaucrates syndicaux était aussi à mettre en relation avec la proximité des élections du 6 mars.

En attendant, les dirigeants sociaux-démocrates trouvent sans doute une certaine satisfaction à laisser la coalition CDU/CSU-FDP s'engager dans une politique d'austérité à outrance, politique qu'ils auraient eu, eux-mêmes, beaucoup de problèmes à mettre en œuvre, sans pour autant la désavouer sur le fond.

DOSSIER - RFA Le 23 mars dernier, Heiner Geissler, représentant de la CDU et ministre de la Jeunesse, de la Famille et de la Santé déclarait : « Nous demanderons des efforts à tous les citoyens pour relancer l'économie et lutter contre le chômage. » (Le Monde, 25 mars 1983). Parmi ces « efforts », il annonça des coupes dans les budgets de l'Office fédéral du travail et de la fonction publique.

Le dossier que nous publions ci-après, qui a été rédigé avant les élections du 6 mars dernier par un camarade du Gruppe Internationale Marxisten (GIM), section allemande de la IVe Internationale, présente une analyse d'ensemble de l'état du mouvement syndical en RFA et met en perspective les batailles syndicales et les axes de lutte pour les mois à venir.

« Du travail, pas de bombes ! » (DR) IEN KLASSE platze

Statt

Raketen

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Peter BARTELHEIMER

Pendant des dizaines d'années, les syndicats ouest-allemands ont été dominés par l'idéologie réformiste, qui fait du Capital et du Travail des « partenaires sociaux ». Les dirigeants syndicaux ont fait l'éloge de l'« économie sociale de marché ». La lutte des classes passait pour une obscénité et ne servait plus guère aux (SPD) ou aux bureaucrates syndicaux que pour reprocher aux patrons de la mener d'en haut, contre les travailleurs.

Mais la base objective qui permit aux syndicats de se muer en « partenaires sociaux » du Capital devait disparaître avec la première grande crise économique de 1974-1975, qui mit fin au plein emploi et qui fit monter le chiffre du chômage jusqu'au million de personnes. Ce n'est pourtant qu'avec la seconde crise économique mondiale, qui frappa la République fédérale d'Allemagne (RFA) à la fin de 1980, que l'état d'esprit des travailleurs se modifia durablement. En effet, c'est alors seulement que la crise affecta aussi les forment la colonne vertébrale du mouvement syndical. Et c'est à ce moment-là structurelle du système capitaliste, dans laquelle même une reprise économique conjoncturelle ne permettrait pas d'améliorer la situation des travailleurs. Alors s'est fait jour l'idée qu'il n'était plus possible de faire confiance au gouvernement social-démocrate pour « éviter le pire ».

Après la Grande-Bretagne, la RFA était le pays de la Communauté éco nomique européenne (CEE) où le chômaaugmentait le plus rapidement. Le nombre de chômeurs officiels était encore, en 1981, de 1,27 million de personnes. En 1982, il y en avait déjà 1,83 million. En janvier 1983, on atteignait presque les 2,5 millions de chômeurs, dont 30 % de moins de 25 ans. A cela, il faut ajouter 1,2 million de travailleurs à temps partiel et environ 800 000 chômeurs non offi-

1982, environ 16 000 faillites d'entre elles, celle du trust AEG-Telefunken (électronique), a entraîné à elle seule la perte de 50 000 emplois. Pas un jour ne se passe sans de nouveaux licenciements collectifs. Le syndicat de la métallurgie IG Metall (1) a publié récemment « livre blanc » dans lequel il présente 65 cas de licenciements collectifs et de fermetures d'entreprises pour l'année qui provoquèrent la 60 000 emplois. Depuis 1980, les revenus et les salaires de ceux qui travaillent perdent, d'année pouvoir d'achat réel. En 1981 et 1982, les négociations salariales aboutirent, pour la première fois, à des augmentations qui restaient en-deçà du taux d'inflation officiel (2). Si l'on tient compte qu'en même temps il y a augmentation des prélèvements pôts et sécurité sociale), il faut alors constater une baisse du salaire réel de 4 à 5 % entre 1980 et 1982.

Le niveau de vie des travailleurs a avec la politique d'austérité mise en place par le gouvernement d'Helmut Schmidt et que le gouvernement d'Helmut Kohl, qui lui a succédé, n'a fait que renforcer. Les contributions des salariés aux charges sociales ont été constamment augmentées. Depuis le début de 1982, la cotisation de chômage est passée de 3 à 4,6 % du salaire (3). Cela n'a pas empêché que, simultanément, les prestations sociales ont été, de leur côté, brusquement réduites. Ainsi, un chômeur qui refuse une offre d'emploi parce qu'elle ne correspond pas à sa qualification ou à son précédent salaire perd le droit à ses allocations-chômage pendant deux mois.

La méthode de calcul de l'allocation-chômage a d'ailleurs été modifiée de maniére à ce que les chômeurs ne percoivent, aujourd'hui, que 62 % de leur dernier salaire net, au lieu de 68 % précédemment. L'assurance-chômage ne verse à la caisse de retraite plus que la moitié de la cotisation-retraite pour les chômeurs. Malgré l'assurance-maladie obligatoire, il faut maintenant payer une contribution supplémentaire pour les deux pred'hospitalisation. Les bourses d'Etat pour les étudiants ont été supprimées, les étudiants ayant désormais accès à des crédits remboursables à la place d'allocations d'études. La TVA (Taxe à la valeur ajoutée) doit augmenter de 1 %

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en juillet 1983, pour passer à 14 %. L'aide sociale pour les personnes sans aucun revenu n'augmente plus depuis années, et ne suffit même pas à leur assurer le minimum vital. Ces mesures ont ébranlé la confiance des travailleurs d'Allemagne de l'Ouest dans l'« Etat social », c'est-à-dire la confiance en un système d'assurances sociales dans lequel ils voyaient l'acquis le plus important des dernières décennies.

PUISSANCE ORGANISATIONNELLE

ET PARALYSIE POLITIQUE DES SYNDICATS Contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays d'Europe occidentale, l'augmentation brutale du chômage en RFA n'a pas encore conduit à un affaiblissement organisationnel des syndicats. Les salariés continuent à se tourner vers les

1. La Deutsche Gewerkschaftsbund (DGB) est une confédération qui comprend 17 syndicats de branche, qui mènent chacun leur propre politique. C'est la plus grosse confédération syndicale d'Allemagne.

2. En 1981, les salaires ont augmenté en moyenne de 4,8 %. Le taux d'inflation officiel était de 5,9 %. En 1982, les augmentations salariales de 4,5 % ont fait face à des augmentations de prix de 5 %. Aujourd'hui, dans les négociations, les patrons ne proposent plus que des hausses salariales de 1,8 %.

3. Les contributions ne sont payées que pour moitié par les patrons, le reste est retiré du salaire brut du travailleur.

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UNIGSBURGER GEWERKSCHAFTsyndicats pour être défendus, cours de ces dernières années qui ont été particulièrement noires. Malgré le recul du nombre des salariés, du fait du chômale nombre syndiqués de la Deutsche Gewerkschatfsbund (DGB) a encore continué à augmenter légèrement en 1981 (8 millions de membres pour une population salariée d'environ 22,5 millions). Ce n'est qu'en 1982 que le nombre de syndiqués a globalement commencé à baisser un peu. En réalité, le secteur industriel avait déjà enregistré auparavant baisse du taux de syndicalisation, mais elle était compensée par l'augmentation continuelle du degré d'organisation syndicale dans le secteur tertiaire. Cependant, même les pertes dans le secteur industriel ne prennent pas, jusqu'ici, des proportions atteint son chiffre record en 1979, avec 2,68 millions de syndiqués. Jusqu'à la fin de 1981, le syndicat de la métallurgie a perdu environ 62 000 membres, et dans les premiers mois de 1982, il en a perdu encore 49 000. Au même moment, le nombre de salariés dans la métallurgie baissait d'environ 180 000 personnes, pour atteindre le chiffre total de 4,2 millions de travailleurs. Si l'on fait exception de l'industrie chimique, où la « coopération » entre le syndicat et la direction de l'organisation syndicale, la majorité des travailleurs des grandes entreprises est toujours syndiquée.

Néanmoins, malgré leur force organisationnelle maintenue, les syndicats sont restés passifs face à la crise. En 1978, il y a eu cinq grèves importantes, parmi lesquelles celle menée par les sidérurgistes pour la semaine de 35 heures et qui dura six semaines. Mais la défaite enregistrée par l'IG Metall (fédération syndicale la plus importante de la DGB) lors de cette grève a eu l'effet d'un traumatisme sur les directions syndicales (4). Depuis lors, aucun syndicat n'a pris le risque de lancer une grève sur ce thème, hormis le petit syndicat des travailleurs des postes, qui réclamait la réduction du temps de travail pour les travailleurs en équipe. Cette action isolée ne dura que cinq jours. Pendant toutes ces années, la direction syndicale de la DGB n'a pas pris la moindre initiative de lutte. Elle a tellement réduit les critères servant au calcul des revendications salariales qu'elle en est venue à n'avoir pour objectif que le simple alignement des salaires sur le taux officiel d'inflation alors que, dans les année 1970, l'exigence de la hausse du salaire réel était toujours mise en rapport avec l'augmentation de la productivité et que l'écart entre salaire brut et salaire net était pris en compte. Mais la DGB n'a même pas réussi à imposer cet alignement. La baisse du réel des travailleurs ne pouvait donc plus être masquée par les statistiques. La réduction du temps de travail ne fut plus exigée que pour certaines catégories de travailleurs (les travailleurs âgés et ceux qui travaillent en 2X8). Mais, hormis quelques milliers l'industrie alimentaire et des postes, il n'y

Der IG METALL

eût aucun succès. Le plus souvent, n'arriva même pas à l'étape de la négociation sur ces revendications.

LA REMISE EN CAUSE DES « PLANS SOCIAUX » Alors que quelques dirigeants syndicaux avaient pris bien trop à la lettre l'invitation des patrons à s'intégrer au système de l'économie de marché témoignent les multiples affaires de corruption touchant des dirigeants de la DGB (5) - les militants syndicaux dans les entreprises faisaient de leur côté l'expérience qu'il n'était plus possible pour eux de continuer à accepter les règles de ce système. Pour ceux qui en doutaient encore, la faillite d'AEG fut un exem ple survenu bien à propos. Les représentants de l'IG Metall présents dans les instances de « cogestion » du second trust de l'électronique de RFA s'étaient montrés prêts à toutes les concessions. Des 170 500 salariés qu'employait AEG de par le monde en 1974, 50 000 ont été li-

4. Durant l'hiver 1978-1979, 10 000 sidérurgistes ont mené une lutte de six semaines pour les 35 heures. L'IG Metall mit fin à la grẻve en abandonnant cette revendication et en signant un accord pour la sixiême semaine de congés payés et l'attribution de jours de congés supplémentaires pour les travailleurs en équipe. Cette défaite fut à l'origine d'une période de paralysie du mouvement syndical, car la grève de la sidérurgie toucha doublement la direction de l'IG Metall. D'un côté, le patronat se montra déterminé à utiliser le chômage comme une ardurablement l'organisation syndicale et les patrons se mirent d'accord pour exclure à priori la question de la réduction du temps de travail de toutes les négociations avec les syndicats dans tous les secteurs. Mais, d'autre part, la dureté de la lutte des sidérurgistes, à laquelle le patronat avait réagi par le lock-out. entraîna une radicalisation des travailleurs qui s'exprima notamment par le rejet, par la majorité des grévistes, du compromis accepté par PIG Metall et imposé grâce aux votes des non-gré-

5. Les scandales impliquant des dirigeants

EN HINTER DER FORDERN

Manifestation de l'IG Metall (DR) cenciés entre 1974 et 1982, alors que la ment. Le chiffre d'affaires réalisé par salarié passait de 70 352 DM (1 deutsche mark vaut environ 3 francs français) à 120 300 DM. Les délégués du personnel avaient même été jusqu'à accepter que la majeure partie des fonds destinés à la retraite des travailleurs soit gaspillée pour «assainir la l'entreprise. Le manque à gagner de 1,8 milliard de DM sur les trois dernières anqui a finalement conduit AEG à la faillite, correspond à peu près aux intérêts que les banques ont gagné sur les dettes contractées par le trust AEG pendant cette période.

Pourtant, l'IG Metall a laissé faire lorsque les délégués syndicaux de chaque établissement du trust AEG, chacun de leur côté, tentèrent d'« éviter le pire » pour établissement, et qu'ainsi les groupe se retrouvèrent dans une situation de concurrence désespérée pour les quelques emplois qui restaient. La direction de l'IG Metall se syndicaux sont nombreux. En février 1982 par exemple, l'hebdomadaire der Spiegel révéla les spéculations des administrateurs de l'entreprise immobilière Neue Heimat appartenant à la DGB. On y dénoncait un trou de 400 millions de DM. Le conseil d'administration de cette société comprenait de nombreux hauts responsables syndicaux, dont Vetter, secrétaire confédéral de la DGB, et Loderer, secrétaire de l'IG Metall. A la même époque, une banque appartenant à la DGB demandait Pourtant aux fédérations syndicales de puiser dans leurs cotisations une somme de 550 millions de DM pour combler le déficit de la Neue Heimat! Juste avant l'ouverture du congrès de la DGB, à Berlin en mai 1982, c'est l'hebdomadaire Stern qui publia une liste de 24 permanents syndicaux accusés de garder pour eux-mêmes les sommes qu'ils percevaient pour leur participation dans les conseils d'administration des grandes entreprises au titre de la « cogestion ». alors que les résolutions syndicales prévoient qu'elles doivent étre versées à un fonds syndical destiné à donner la possibilité de faire des études à des enfants de travailleurs.

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le gouvernement sauverait du gouffre le de l'IG Metall. Les délégués ont refusé de prononça pour l'attribution de nouvelles subventions gouvernementales au trust. Elle ne fit absolument rien pour la mobilisation commune des travailleurs de tout le groupe AEG pour le maintien de tous les emplois. L'expérience d'AEG a montré -malgré quelques luttes isolées dans certaines villes que l'IG Metall n'était pas capable de défendre l'emploi des travailleurs, ceci notamment du fait de la pratique des « plans sociaux » qui a cours depuis des années. La loi oblige en effet les employeurs à conclure avec le comité d'entreprise un contrat financier de compensation en cas de licenciements collectifs. D'après ce contrat, et suivant leur âge et leur ancienneté, les travailleurs perçoivent indemnité d'emploi (indemnité qui est ensuite grande partie déduite de leurs allocations-

Ces deux dernières années, les travailleurs de plusieurs entreprises ont cependant remis en cause cette pratique. Ils préféraient lutter pour le maintien de leurs emplois plutôt que d'attendre la conclusion d'un « plan social ». A cette occasion, des moyens de lutte, tels que l'occupation de l'entreprise ou le blocage de la production furent redécouverts. En 1975, l'occupation de l'entreprise de fabrication de ciment Seibel, dans la petite ville d'Erwitte, en Westphalie, était restée une action isolée. En 1981 et 1982, il y eut au moins huit occupations d'entrepri ses de ce genre. On peut citer, pour exemple, le cas de l'entreprise Vidéocolor d'Ulm. Rachetée par la société française Thomson-Brandt, elle devait être mise en liquidation. Le 18 novembre 1981, les dé. légués du personnel décidèrent de mettre en place un système de surveillance de l'entreprise pour empêcher le démantèlement des machines. Le 11 janvier 1982, le personnel se mit en grève et occupa l'établissement. La lutte ne réussit cependant pas à empêcher la fermeture de l'entreprise, mais elle fut soutenue par l'union locale de l'IG Metall. Un comité de grève fut mis en place. Il fonctionne encore pour faire profiter le personnel d'autres entreprises en danger de licenciement de leur expérience et leur permettre de mieux dé. fendre leurs emplois. Un acquis important de toutes ces luttes fut la solidarité entre travailleurs allemands et travailleurs immigrés.

NATIONALISER

L'INDUSTRIE SIDÉRURGIQUE Depuis des années, l'IG Metall comptait sur l'action des groupes sidérurgiques, du gouvernement et de la commission de la CE à Bruxelles pour résoudre la crise de la sidérurgie. A cet effet, elle prit constamment parti pour les groupes sidérurgiques allemands dans la concurrence interacharnée qui se livrait sur le marché mondial de l'acier. L'IG Metall exigeait, par exemple, du cartel de l'acier de la CEE, une fixation des prix, ainsi que des quotas de production avantageant les industries allemandes, sans jamais prendre en compte les conséquences fâcheuses ces dispositions pouvaient avoir

Franz Josef Strauss tes (CDU). (DR) pour les travailleurs des acieries des autres pays. Le syndicat espérait, par ailleurs, que trust Hoesch, en lui accordant la subvention publique nécessaire à sa fusion avec Krupp et le groupe nationalisé Salzgitter. Il pensait qu'en contrepartie de nouvelles subventions se chiffrant en milliards de DM, les trusts allemands de l'acier s'engageraient à ne plus liquider d'entreprises avant d'avoir trouvé des « emplois de remplacement ». Mais la réalité fut tout

L'industrie sidérurgique de la CEE obtint, durant ces dix dernières années, des subventions se chiffrant à 100 milliards de DM. En même temps, les groupes de tous les pays réduisirent leurs emplois d'un tiers (6). En novembre 1982, le ministre de l'Economie, - qui était déjà au même poste dans le gouvernement précédent dirigé par Helmut Sehmidt — expliquait qu'il fallait tendre à réduire les subventions au profit d'une « véritable » économie de marché. Une des commissions consultatives de son ministère proposait la fusion de toutes les entreprises sidérurgiques en deux grands groupes, ce qui impliquait la suppression de 100 000 emplois dans les années à venir. La faillite du petit groupe ouest-allemand Korf, au début de cette année, a contribué à noircir encore le tableau.

Les représentants des délégués d'entreprises des trois établissements Hoesch de Dortmund en vinrent à la conclusion, fin 1982, après une rencontre avec le responsable de l'IG Metall, que les conceptions et les méthodes utilisées jusque-là par le syndicat avaient échoué. Un rassemblement des délégués syndicaux de l'IG Metall de Dortmund adopta, le 13 décembre 1982, une résolution proposant sidérurgique ouest-allemande. Ils convoquerent une conférence de tous les délégués du groupe Hoesch pour le 7 janvier 1983, qui a réuni environ 1 000 personnes pour discuter de cette proposition. L'ambiance était tellement tendue que les membres de la direction de l'IG Metall présents à Dortmund ont préféré ne pas s'opposer à la tenue de la réunion. Ce qui fut décidé ce jour-là représente un des chrétiens-sociaux (CSU) et Helmut Kohl des chrétiens-démocradéfi à la fois au gouvernement, au patronat de la sidérurgie et à la direction se laisser diviser entre les différentes ré gions ou entreprises auxquelles ils appartenaient. « Nous ne voulons pas une solution au problème de Hoesch sur le dos de ceux de Saarstahl, de Krupp ou d'autres encore. Nous voulons une solution d'ensemble qui permette de résoudre la crise sidérurgique dans l'intérêt de tous les travailleurs », devait déclarer l'un d'entre eux. Les délégués exigèrent aussi la convocation d'une conférence de la branche syndicale de la sidérurgie réunissant non seulement les délégués de comités d'entreprise mais aussi tous les délégués syndicaux et les délégués du personnel de toutes les entreprises sidérurgiques de la RFA.

La résolution des sidérurgistes laissait pourtant en suspens d'importantes questions au sujet desquelles le GIM a avancé des réponses plus approfondies dans un texte dont nous publions des extraits ci-apres. Mais les sidérurgistes avaient rompu avec un tabou (7). Ils avaient à nouveau mis la question de l'expropriation des capitaux à l'ordre du jour du mouvement ouvrier allemand. Cette revendication apparaîtra aussi, désormais, dans d'autres secteurs, comme réponse aux menaces de licenciements collectifs et ne pourra donc plus être ignorée.

Aujourd'hui, plus personne ne doute, dans le mouvement syndical, du caractère

6. Dans l'industrie sidérurgique de la CEE, les emplois sont passés de 800 000 en 1974 a 560 000 en 1982, et encore, sur ce dernier chiffre, 40 % des travailleurs sont touchés par le chômage technique. Dans la même période en RFA, les travailleurs de la sidérurgie passéren de 343 000 a 259 000, dont 37% sont au c' mage technique

7. Les revendications des délégués présents le 7 janvier 1983 ne dépassaient pourtant pas la doctrine syndicale générale de l'IG Metall ni même, d'ailleurs, les lois des Länder (Etats) sur la socialisation de la production. Ainsi, l'article 27 de la Constitution du Land de Rhénanie-Westphalie, où se concentrent la plupart des usines sidérurgiques, précise : « Les grandes entreprises de l'industrie de base et des entreprises qui, par leur monopole, occupent une position spéciale, doivent étre transférées à la propriété publique.»

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néfaste des conséquences de la décision de l'IG Metall d'avoir accepté, en 1978, un compromis sur le dos des sidérurgistes en grève. Cela a laissé la fédération complètement désarmée face aux effets combinés de la crise de surproduction capitaliste et de la vague de restructuration. Car le compromis négocié avec le patronat de l'acier, et qui devait être repris dans toute la métallurgie et dans de nombreux autres secteurs de l'économie, a obligé les syndicats à reconnaître les 40 heures comme base de négociation de toutes les conventions collectives pendant les cinq années à venir en échange de la sixième semaine de congés payés. Or, c'est précisément dans ces années-là que l'économie mondiale a connu une nouvelle dépression. En même temps, la mise en application de la nouvelle technologie électronique dans presque tous les secteurs de contre les travailleurs qualifiés qui, aujourd'hui, ne sont pas à l'abri de la déqualification, des licenciements et du chôma-

LA REPRISE DU COMBAT Si PIG Metall avait pris le chemin de la lutte pour les 35 heures lors de la grève de 1978-1979, la plupart des emplois supprimés depuis lors auraient pu être conservés. Au lieu de cela, le recul de l'IG Metall a, entre autres conséquences, coupé court pour un certain temps à la poursuite du débat, dans le mouvement syndical, sur la réduction du temps de travail. Mais, avec l'approche de la date à laquelle expire l'accord passé entre PIG Metall et le patronat sur la semaine de 40 heures (31 décembre 1983) →, la discussion est repartie. La direction de l'IG Metall cherche un moyen d'éviter, encore une fois, cette confrontation inévitable avec le patronat. Fin 1981, elle s'était prononcée pour une baisse de l'age de la retraite à 60 ans (ce que le patronat considère comme tout à fait négociable) et avait laissé entendre qu'elle était prête à prolonger l'accord des 40 heures en échange de l'acceptation de cette revendi-

L'application de cet « échange » proposé par la direction de l'IG Metall aurait signifié une véritable catastrophe pour la lutte syndicale, car l'âge de la retraite (63 ans) ne s'applique pratiquement plus que pour une minorité de travailleurs. En effet, les grandes entreprises ont, ces dernières années, accordé la retraite anticipée à beaucoup de travailleurs agés de 58 à 59 ans, dans le cadre de « plans sociaux » mis en place pour supprimer un certain nombre d'emplois sans avoir à recourir à des licenciements. Par ailleurs, les cadences ont tellement augmenté que très peu de travailleurs tiennent jusqu'à leur 63e année et qu'aujourd'hui presque 60 % des hommes sont obligés d'arrêter le travail avant l'âge de la retraite. Ainsi, la proposition de l'IG Metall n'aurait en fait concerné que 57 250 travailleurs dans de l'industrie métallurgique.

L'abaissement de l'âge de la retraite par un accord conclu dans le cadre de la convention collective n'est donc un point de départ efficace ni pour la redistribution du travail entre tous ni pour briser l'intensité du rythme de travail.

La direction de l'IG Metall a senti assez rapidement le danger de renoncer à une réduction du temps de travail hebdomadaire contre une mesure aussi dérisoire. La résolution votée par les délégués de l'usine de machines-outils MAN-GHH Sterkrade dans la Ruhr, le 16 juin 1982, reprise ensuite dans diverses entreprises, précisait : « La direction de l'IG Metall (...) doit, sans tarder, préparer activement la lutte pour les 35 heures. Il faut dès à présent une campagne d explication sur la nécessité de la réduction du temps de travail, à tous les niveaux de l'organisation syndicale. Pour cela, le travail en liaison avec les autres fédérations de la DGB est pour toute forme de réduction du temps de travail qui permette de réduire l'usure de la force de travail. Ceci vaut aussi pour le nombre d'années de travail. Mais cela nécessite une initiative politique de l'ensemble de la DGB (...) pour mener une campagne qui vise à imposer la baisse lé gale de l'âge de la retraite. C'est pourquoi nous nous prononçons contre les négociations qui visent à renoncer aux 35 heures avec maintien du salaire en échange d'une baisse négociée de l'âge de la retraite. La semaine des 35 heures est indiscutablement la forme de réduction du temps de travail la plus créatrice d'emplois: elle créerait immédiatement 1,5 million d'emplois nouveaux. Pour cela, il faut exiger du patronat la mise en place des emplois correspondants avec maintien ou amélioration des conditions de travail. » De nombreuses protestations de ce type conduiront finalement la direction de l'IG Metall, lors d'une réunion plénière les 19 et 20 juin 1982, à poser la question de la réduction du travail hebdomadaire comme « le point central qui dominera les 1980 ». Le 23 janvier 1983, l'IG Metall fit une conférence de presse dans laquelle elle présenta un programme d'action pour exiger les 35 heures. Bien que la discussion au sein de l'IG Metall ait divisé la fédération entre les syndicats qui approuvent les 35 heures et ceux qui approuvent l'abaissement de l'âge de la retraite, le fait que la plus importante fédération de la DGB se soit prononcée pour les 35 heures indique la voie que doit emprunter l'ensemble du mouvement syndical. C'est la première fois depuis la grève de la sidérurgie de 1978-1979 qu'une bataille syndicale avec un enjeu stratégique aussi important se profile à l'horizon.

De même que la revendication des travailleurs de la sidérurgie de nationalisation de leurs entreprises, la revendication d'une réduction du temps de travail hebdomadaire a une signification stratégique. La préparation de la lutte pour les 35 heures a mis en relief au moins trois sont discutés actuellement dans l'IG Metall et dans les autres fédérations de la DGB. D'abord avec une orientation qui vise à imposer les 35 heures avec l'exigence du maintien du même salaire, les syndicats se trouvent en opposi-

8. Dans les industries de la machine-outil, de l'automobile et de l'électronique, 100 000 emplois sont perdus chaque année du fait de la mise en place de la micro-électronique (d'après les estimations de la DGB). Fin 1977, entre 300 et 600 robots industriels étaient en service. En 1980, il y en a déjà 1 255 et en 1990, il doit y en avoir 40 000. Avec le maintien des 40 heures hebdomadaires et une croissance (optimiste) de 2,5 a 3 %, cela signifierait une perte d'emplois de 4 millions d'ici à 1990, en RFA.

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Arbeit füralle tion au Parti social-démocrate (SPD) (voir encadré en fin d'article). Ensuite, il faut empêcher que la réduction du temps de travail ait pour conséquence une intensification des cadences. Cette réduction doit servir à l'embauche de nouveau personnel. Ce problème a impulsé la

" Du travail pour tous ! » (DR)

discussion autour de la question de savoir s'il n'était pas utile de chiffrer d'ores et déjà les emplois correspondants, de les inclure dans les conventions collectives et de contrôler activement leur mise en application au niveau de l'entreprise. L'ébauche d'une convention collective réalisée par l'union locale de Bade-Wurtemberg de l'IG Metall pourrait servir à poser des jalons en ce domaine. D'après ce projet, la division du travail sur les chaines et les machines ne doit pas être augmentée; un cycle de travail doit faire au moins 2 minutes et demie, Les postes de travail qui ne correspondent pas à ces critères doivent béneficier de pauses supplémentaires. Les travailleurs et le comité d'entreprise doivent obtenir le droit de s'opposer à l'organisation du travail ou aux temps fixés pour le salaire aux pièces. Ils doivent pouvoir arrêter le travail dès qu'ils pensent que leur santé est en danger et que les conditions d'hygiène et de sécurité ne sont pas respectées. Ce type de discussion introduit pour la première fois des débats sur le contrôle ouvrier de la production, de façon massive, dans les syndicats. Enfin, la revendication des 35 heures permet de prendre conscience que les syndicats doivent se préparer à un conflit central avec le patronat. Cela implique que les syndicats devront abandonner leur attitude corporatiste en vue de l'organisation d'une lutte commune. De nouvelles formes d'action sont débattues. A travers cette discussion, le dogme syndical qui prétend que la capacité de lutte dépend des finances du syndicat, c'est-à-dire de sa possibilité de payer les salaires des grévistes et des travailleurs lock-outés, est battue en brèche. La réflexion porte aussi bien sur la combinaison de grèves d'avertissement avec des manifestations de rue, que sur la nécessité de lutter sans argent, s'il le faut. En décembre 1982, siégea à

Francfort le premier congrès national des comités de chômeurs avec 1500

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MITBESTIM

'chtet participants. La mise en place de comités de chômeurs a montré que le syndicat doit savoir intégrer les sans-travail en lutte, et pour cela il faut leur ouvrir lacces aux structures syndicales (9).

CESSER D'ETRE

UNE « FORCE AVEUGLE » L'historien ouest-allemand Theo Pirker a caractérisé les syndicats de l'après-guerre comme une « force Cette expression désignait le acritique des directions syndicales à la politique du SPD et leur compréhension traditionnellement apolitique de la lutte syndicale. Tout le temps que la social-démocratie a siégé à Bonn (de 1966 à 1969 dans une grande coalition incluant la CDU/CSU, ou de 1969 à 1982 dans la coalition socialo-libérale), les directions syndicales se sont toujours plus comportées comme le troisième partenaire de la coalition au pouvoir. La loyauté envers les « amis du parti » au gouvernement amena la direction syndicale de la DGB à mesurer ses exigences dans les dernières années de prospérité et à freiner la radicalisation des travailleurs dans les années de crise 1974-1975 et 1981-1982. Mais, déjà l'année dernière avant le changement politique intervenu à Bonn, un nombre grandissant de syndiqués exigeait de leur organisation syndicale une activité politiquement indépendante.

D'abord, les manifestations de masse du mouvement pour la paix provoquérent de nombreux débats au sein du syndicat. Mais ce sont les actions contre le démantèlement des acquis sociaux qui furent décisives. Elles mirent fin à la vieille division du travail entre DGB et SPD, selon laquelle seul le parti pouvait se prononcer sur les questions politiques. Et ces actions se dirigèrent, pour la première fois, directement contre le gouvernement d'Helmut Schmidt, malgré la place majoritaire qu'y occupait le SPD.

Le dirigeant de l'IG Metall de la région de Stuttgart, Steinkühler, qui est membre de l'aile gauche de la direction syndicale et qui a de bonnes chances de remplacer Eugen Loderer lors du congrès de l'automne prochain, prit l'initiative de préparer une manifestation régionale de la DGB en protestation contre le premier budget d'austérité de l'automne 1981. La direction confédérale était hostile à cette manifestation, signe évident d'une volonté de riposte. Une partie de l'appareil syndical local boycotta même sa préparation. Le ministre social-démocrate des Finances de l'époque écrivit à Steinkühler (membre de la commission du Land de

SPD) « de faire disparaître rapidement cet appel ». Mais, le 7 novembre 1981, 70 000 syndicalistes manifestaient à Stuttgart. Le premier pas était fait.

Au printemps 1982, un « comité d'initiative Sécurité sociale (ISS) » se mit en place en dehors des structures syndicales, mais avec des dirigeants syndicaux comme le secrétaire du syndicat de l'imprimerie Druck und Papier, en commun avec l'organisation de jeunesse proche du SPD (les Faucons), et avec la participation de représentants de l'extrême gauche et des écologistes (les « Verts »). Ce comité d'initiative commença à organiser le refus du budget et de la politique d'austérité.

Lorsqu'il appela à une manifestation nationale pour le 23 août 1982, dans la de la Ruhr, l'appareil syndical a craint de perdre le contrôle du développecette dynamique. En août, la DGB appela elle-même à de grandes manifestations dans toutes les régions d'Allemagne. Le secrétaire syndical de l'IG Chemie, et d'autres défenseurs d'une politique de « partenaires sociaux », critiquèrent cette décision comme une tentative de renversement du gouvernement d'Helmut Schmidt. Mais la majorité de la direction de la DGB pensait qu'elle ne pouvait permettre de prendre ainsi en compte les problèmes de la coalition gouvernementale en danger, pour déterminer sa politique.

Alors qu'en septembre 1982, après l'éclatement coalition gouvernementale SPD-FDP, les partis bourgeois

9. L'organisation syndicale n'est pas ouverte aux personnes qui ne travaillent pas. Ceux qui n'étaient pas syndiqués avant d'être au chômage ou les jeunes chômeurs à la recherche d'un premier emploi ne peuvent done pas se syndiquer.

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CDU/CSU et FDP formèrent une coalition gouvernementale derrière Helmut Kohl, les manifestations prévues devinrent la plus grande mobilisation syndicale depuis trente ans. Entre le 23 août et le 6 novembre 1982, 600 000 syndiqués descendirent dans la rue. La perspective des élections a ensuite momentanément mis fin à cette mobilisation. Le SPD dans lopposition, avec son nouveau dirigeant, Hans-Jochen Vogel, n'a aucun mal maintenant à afficher son accord avec toutes les revendications syndicales. La plupart des militants syndicaux voient les élections du 6 mars comme un moyen d'empêcher le « tournant politique » entrepris par le patronat et comme un moyen de renverser la droite (10). Mais ni la démonstration de force de lautomne dernier ni la nature des derniers budgets d'austérité votés par le SPD ne tomberont désormais dans l'oubli.

La direction du SPD a réagi à ces perspectives inconfortables en annonçant que le parti ne comptait pas du tout former, en cas de victoire le 6 mars, un gouvernement SPD minoritaire avec les voix des « Verts ». Pour se justifier, le SPD utilise adroitement la campagne de calomnies de la droite contre le « chaos rouge et vert ». Le secrétaire de l'IG Metall, Eugen Loderer, a sommé le SPD de « tolérer » plutôt un gouvernement chrétien-démocrate que de gouverner avec les voix des « Verts ». Et le président de la Confédération de l'industrie et du commerce allemands, Wolf von Amerongen, un des porte-parole les plus importants du capital allemand, a avancé l'idée d'une « communauté d'intérêts » entre les tenants de l'économie et le syndicat contre une coalition rouge et verte.

Contre cette orientation, on peut citer ici l'appel lancé par Jakob Moneta, ancien rédacteur en chef du journal de l'IG Metall, Metall. Cet appel, qui s'adresse aux manifestants de septembre 1982, propose au SPD de « tout faire pour mettre fin, le 6 mars, à la politique du patronat, pour défendre les "Verts" contre les attaques de la droite, et pour former un gouvernement avec leur appui ». Cette prise de position, que nos camarades du GIM ont diffusée dans les structures syndicales, exigeait en même temps du SPD la satisfaction d'un certain nombre de revendications : refus d'implanter les fusées Cruise et Pershing, marche arrière sur toutes les coupes dans le domaine des acquis sociaux de ces dernières années, loi pour les 35 heures hebdomadaires sans diminution de salaire et avec embauche sidérurgie et d'autres groupes industriels importants.

Peter BARTELHEIMER Francfort, 11 février 1983. 10. Cet article a été rédigé avant les élections du 6 mars dernier. Voir également la déclaration du GIM publiée dans Inprecor, numéro 146, du 28 mars 1983.

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