Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

Le rôle des mères de la Place de Mai

Inprecor n° 147, 11 avril 1983 · p. 9 · 436 mots

Argentine et Chili

« Durant des années, nous avons mené notre lutte absolument seules, sans la moindre compréhension ni le moindre soutien des partis politiques et de l'Eglise », rappelait Maria-Adela Antokonoletz, vice-présidente de l'Association des mères de la Place de mai, lors de son récent passage à Paris, en compagnie de Hebe Pastor de Bonafini, la présidente du mouvement. « Comment aurait-il pu en être autrement, ajoutait cette dernière, alors que le principal dirigeant de l'Union civique radicale, l'une des grandes organisations de la Multipartidaria, pensait qu'il fallait considérer comme morts tous les disparus? Au fond, c'était une solution qui lui convenait. Nous, de notre côté, nous avons toujours refusé cela. Nous avons toujours dit que les disparus devaient réapparaître en vie, que notre devoir n'était pas de rechercher des morts. Après tout, ne les ont-ils pas emmenés vivants de nos maisons ? »

Les mères sont sévères avec les partis politiques argentins, aujourd'hui engagés dans le dialogue avec les militaires. Avec raison et légitimement. Depuis des années, par leur refus de baisser les bras, par leur combat obstiné et de chaque instant, elles se sont affirmées, bien malgré elles, comme le secteur le plus combatif, le plus intransigeant parmi les opposants à la junte. (Cf. l'interview des Mères de la Place de mai publié dans Inprecor numéro 134, du 11 novem-

Aujourd'hui, stimulées par l'audience internationale qu'elles ont acquise et par les nouvelles possibilités de combattre que permet le contexte argentin, elles se disent optimistes. N'ont-elles pas déjà remporté une victoire considérable, en brisant la conspiration du silence sur ce qui restera comme l'un des crimes contre l'humanité commis au cours de la seconde moitié de ce siècle ? Elles ont aussi la preuve que, parmi les 25 000 à 30 000 disparus, certains sont encore en vie. Peu, très peu sans doute, mais « les sauver serait une victoire extraordinaire », affirme Maria-Adela Antokonoletz. dentes et lucides, elles soulignent que l'appareil répressif de la dictature reste intact. « Même si le nombre des disparitions a beaucoup diminué, il y en a régulièrement de nouvelles », ont-elles précisé, ajoutant que « les Ford "Falcon" vertes, sans immatriculation (véhicules utilisés pour les enlèvements) continuent de circuler ». Elles ont également rappelé qu'« au cours du mois passé avait disparu le dernier survivant du massacre de Trelew, Ticardo-René Haidar, qui venait juste de rentrer au pays, de même qu'un jeune homme de Rosario et un ancien chauffeur de la Chambre des députés aujourd'hui dissoute, qui doivent être ajoutés à la longue liste de ceux dont on est sans nouvelles ».

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