Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PARAGUAY

Derrière la stabilité apparente d'une dictature

· Inprecor n° 148, 25 avril 1983 · p. 15-17 · 3 572 mots

Syndicalisme Brésil Économie mondiale Stalinisme

Une lente recomposition ouvrière est à l'oeuvre

A stresmer a pei bien ai rende ale toi les colonso , du tes dal ferier

U pouvoir depuis bientôt trente ans, le Parti « colorado » du général Alfredo

-dernier, au terme d'un rituel électoral immuable. Aucune surprise n'était à attendre, la loi électorale garantissant au minimum deux-tiers des mandats parlemende la dietature que son pouvoir absolu soit périodiquement ratifié par une mascarade

Cette fois, le parti au pouvoir a obtenu environ 90 % des suffrages, avec plus de

900 000 votes, contre 50 000 aux libéraux-radicaux et 30 000 aux libéraux. A Ciudad-

Presidente-Stroessner, le parti officiel a recueilli 16 020 voix, contre 31 seulement aux supragets bourgeois. A Colonia-Stroessner, il a obtenu, avec 5 555 voix, la totalité des

Agé de 70 ans et assuré de voir son mandat prolongé jusqu'à 1988, le général

Stroessner a exprimé toute sa satisfaction. Cependant, les personnalités de l'opposition ont dénoncé la multiplication des fraudes et des trucages, et une délégation d'exilés

(oppositionnels et syndicalistes) a été refoulée le jour même des élections à l'aéroport

Pourtant, la réalité sociale paraguayenne n'est pas aussi immobile que les résultats électoraux pourraient le laisser penser. De lents processus sont à l'œuvre dans les

Au-delà de la stabilité

apparente de la dictature

taires au Parti « colorado ». d'Asuncion, la capitale (1). profondeurs de la société paraguayenne, et il convient de les analyser. Carlos ALONSO

Longtemps réduite au silence et écartée de la scène politique, la classe ouvrière du Paraguay donne des signes de reprise d'une activité contre la dictature sénile du général Alfredo Stroessner et les exploiteurs nationaux et étrangers. Chacune de leur côté, la bourgeoisie et la classe ouvrière du Brésil exercent une influence importante sur ce processus de recompo-

La décennie des années 1970 au Paraguay a été marquée par un développement des rapports de production capitalistes et une intégration accrue à l'économie impérialiste. Ce processus a abouti à bourgeoisie locale et celle du Brésil, tant au niveau politique qu'économique, et la coopération militaire en est un exemple

Par ailleurs, l'expérience de formation d'un parti ouvrier de masse que constitue le Parti des travailleurs (PT) du Brésil, attire l'attention des secteurs les plus conscients et les plus combatifs du mouvement syndical paraguayen. L'intégration, sous la pression inancière impérialiste, des bourgeoisies 1 ationales brésilienne et paraguayenne - notamment avec la construction du barrage d'Itaipu →, constitue la base réelle sur laquelle doit s'appuyer l'unité du prolétariat des deux pays. Pour les marxistes révolutionnaires, qui défendent avec fermeté la nécessité d'une stratégie internationaliste dans la lutte pour le socialisme, ces conditions objectives ouvrent une possibilité d'étroite coopération entre les deux pays.

PARAGUAY Néanmoins, il est important pour l'image de marque

La construction de la centrale hydroélectrique d'Itaipu (2), en 1974-1975, a marqué l'ouverture, pour le Paraguay, d'une période de prospérité économique fondée sur le développement intensif de la production capitaliste dans l'agriculture, et sur le dynamisme de la production industrielle, en particulier dans les secteurs liés au bâtiment (bois, verre, ciment, métallurgiques L'investissement en capital fixe a cru au cours de la période 1976-1978 à un rythme annuel de 25,2 %, et de 21 % en 1979. Pour la seule année 1980, les investissements directs dans l'industrie, en particulier dans le secteur agro-alimentaire, ont atteint un total de 208,7 millions de dollars et créé une demande de force de travail équivalent à 6 000 emplois. A partir de 1977, la branche de la construction civile se développe a un taux de croissance annuel de 30% et occupe en 1979

1. Le Parti communiste est interdit au Paraguay. La Démocratie-chrétienne ne peut pas participer légalement aux élections, car elle n'a pas obtenu l'agrément de la « junte électorale centrale ». Le Parti « fébrériste », proche de la dispose quant à lui de cet agrément, mais refuse de participer à la farce bourgeoises se sont regroupées dans un « Accord national ». Il s'agit du Parti lides « fébréristes », de la Démocratie-chrétienne, et du MOPOCO (Mouvement populaire colorado), scission de 1959 du Parti officiel. Dans son appel à l'abstention pour les élections de février dernier, l'« Accord national » dénonçait « le tion des institutions démocratiques. »

2. Le barrage d'Itaipu en construction sur le fleuve Parana à la frontière du Brésil, devrait être, vers 1990, le barrage le plus important de

185 000 personnes, soit 15 % de la population active. La part de l'industrie dans le Produit intérieur brut (PIB) est passée de 22,1% en 1976-1978 à 23,8% en 1979, au détriment de l'agriculture, qui recule de 33,6 % à 31,4 % au cours de la même période (3).

La production agricole continue cependant à occuper 44% de la population active, malgré les profondes modifications des rapports de production à la campagne tout au long des années 1970. Le recensement réalisé en 1980 rend compte d'une réduction absolue de la petite production marchande et d'une forte prolétarisation de la population rurale. L'expansion capitaliste à la campagne est fondée sur la culture du soja et du coton, qui occupe la majeure partie de la surface cultivée du pays, et dont la production est destinée au Marché commun européen.

L'apport de capitaux extérieurs est passe de 84,7 millions de dollars en 1974 à 491 millions en 1979, dont 231 ont éte consacrés à la construction de la centrale hydro-électrique d'Itaipu. Ce flux de capitaux a été canalisé par un système bancaire et financier qui a connu une forte expansion au cours de cette période, et a abouti à l'installation de filiales des plus grandes banques internationales.

Tout ce processus a été étroitement lié au Brésil. La construction d'Itaipu, qui a coûté environ 10 milliards de dollars, a été financée par le grand capital multinational, avec la garantie du gouvernement brésilien. De nombreuses entreprises de construction et de transport brésiliennes se sont installées dans les deux principales villes du pays, Asuncion et Ciudad-Presidente-Stroessner, pour participer à la construction du barrage et répondre aux principaux besoins à satisfaire en ce domaine. Le groupe brésilien Ferraz de Andrade, propriétaire de la Coferraz et d'autres entreprises liées à la production sidérurgique, est associé à l'Etat paraguayen, par l'intermédiaire des forces armées, dans l'entreprise ACEPAR (Aciers Paraguay), aux côtés d'une firme brésilienne (Tenenge). ACEPAR doit entrer très bientôt en activité avec un effectif de 5 000 salariés. Son installation a été financée grâce à un crédit de la Banque du Brésil.

Dans le secteur agro-industriel, l'expansion capitaliste dans l'Etat brésilien du la planète, en puissance installée. La première des 18 turbines devrait fournir de l'électricité dès 1984. Le Paraguay produit aujourd'hui environ 1 milliard de Kwh et il devrait produire vingt fois plus d'ici la fin du siècle. Le Monde du 3 octobre 1980 note à ce sujet: « Ses conséquences pour le Paraguay sont déjà perceptibles : 230 millions de dollars de rentrée annuelle de devises, c'est-à-dire le tiers du budget national, la moitié des exportations officielles. » Et le journaliste rappelait propos d'un ancien ministre français en visite à Asuncion : « Le Paraguay sera bientôt un émirat hydro-électrique de l'Amérique latine. »

3. Ajoutons que pour la seule année 1979. l'industrie du verre a connu une hausse de 379 %, celle du bois et du papier de 75 %, celle des produits métallurgiques non ferreux de 150 %. Ces données sont tirées de Progreso Economico y Social, 1980-1981, (BID), et de Informe Mundial 1980, de la Banque Mondiale.

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Parana a franchi la frontière naturelle du rio Parana et s'étend désormais à toute la zone frontalière, dans le domaine de la production mécanisée de soja et de coton. Les entreprises brésiliennes se sont installées dans la région, de même que des filiales de multinationales européennes et nord-américaines qui, comme la Gulf and Western, se consacrent également à la culture extensive de ces produits.

L'intérêt de la bourgeoisie brésilienne et des multinationales pour cette région est tel que le gouvernement brésilien a offert au Paraguay le financement d'un « chemin de fer du soja » qui relierait la région orientale du Paraguay au port brésilien de Paranagua. Le Brésil et le Paraguay maintiennent également des rapports commerciaux très étroits. En dehors de la contrebande, qui atteint un volume considérable, le Brésil a officiellement exporté en 1981 au Paraguay l'équivalent de 450 millions de dollars de produits, ce qui constitue une part quasi majoritaire des importations du pays.

Dans le secteur bancaire et financier, la présence d'importants groupes brésiliens est également significative. Au cours des dernières années, le groupe Real, le groupe Nacional (contrôlé par la famille Magalhaes Pinto), le groupe Veplan-Residencia, BANESPA (qui accorde des crédits préférentiels aux entreprises agricoles brésiliennes), la banque d'Etat du Parana, tout juste installée à Asuncion, ont commencé à opérer dans le pays.

Le secteur industriel a vu également l'apparition de puissantes entreprises brésiliennes: Hansen (produits plastiques « Tigre »), Villares (métallurgie), EbaoCavan, Odechbrecht (construction), Gomes de Almaida e Fernandez (immobilier), sans parler du groupe Ferraz de Andrade et de la Tenenge, qui participent au projet sidérurgique ACEPAR.

La collaboration croissante entre les bourgeoisies du Brésil et du Paraguay est sensible également au niveau étatique. Ainsi, la mission militaire brésilienne au Paraguay est-elle plus nombreuse celle des Etats-Unis, traditionnellement la plus importante. Il y a peu de temps, les armées des deux pays ont organisé en territolre paraguayen des opérations communes de contre-insurrection pour tester les officiers formés dans les écoles brésiliennes et américaines (dans la zone du canal de Panama). Les forces armées paraguayennes ont compté sur les conseils de l'état-major brésilien pour restructurer le leur, en particulier dans les domaines de la sécurité nationale et du renseignement. Il faut dire, au passage, que le général Joao Baptista Figueiredo, actuel président de la République du Brésil, avant d'avoir la charge de la police politique de son pays, avait été attaché militaire au Paraguay et, à ce titre, chef de la mission militaire dans le pays.

En mars 1980, un groupe de paysans de la colonie Acaray-mi, qui se trouve à quelques kilomètres de Ciudad-Presidente-Stroessner, a pris l'initiative d'un soulèvement armé rapidement écrasé par 5 000 militaires. Des sources militaires paraguayennes ont révélé que l'armée brésilienne avait mobilisé, à cette occasion, sa garnison frontalière et l'avait maintenue en état d'alerte, prête à agir, si nécessaire, à la demande du gouvernement paraguayen (4).

La décennie du miracle paraguayen n'a done abouti qu'à lier encore plus étroitement les intérêts des bourgeoisies des deux pays, dans le cadre du maintien de leur dépendance envers l'impérialisme.

UNE CLASSE OUVRIERE

RENFORCEE Parallèlement à ce développement capitaliste, la classe ouvrière du Paraguay, après plus de vingt ans d'une terrible répression, connait aujourd'hui un processus de recomposition, tant au niveau organique que politique.

En 1958, la classe ouvrière paraguayenne a subi une défaite structurelle, dans le cadre d'une lutte de résistance au plan de « stabilisation » du Fonds monétaire international (FMI) négocié par le dictateur Stroessner. La grève générale d'août 1958, appelée par la Confédération paraguayenne des travailleurs (CPT), fortement influencée par le Parti communiste, fut brisée. Le gouvernement décréta la mise sous tutelle des syndicats ayant participé à la grève. Sous l'effet du plan du FMI, l'économie du pays est entrée dans une profonde récession, qui a provoqué une importante émigration de la force de travail vers l'Argentine (environ 500 000 personnes pour la décennie des années 1960). Dans ces conditions, la classe ouvrière urbaine s'est socialement affaiblie et ses organisations se sont peu à peu transformées en simples appendices du ministère de la Justice et du Travail.

A partir de la seconde moitié des années 1970, sous l'effet du « boom d'Itai-

4. Le député et avocat brésilien Marcos Aurelio, qui mena une enquête au nom du Comité de défense des droits de l'homme dans les pays du Cône sud, en a déduit que le gouvernement du général Stroessner d'une action armée d'un groupe de paysans (la prise d'un autobus, le 8 mars 1980, pour protester contre une usurpation de terre), pour lancer une vaste opération de répression dans toute cette région ou « les ligues paysannes, proches de l'Eglise catholique, ont été longtemps actives » (Le Monde du 29 mars 1980). Le 2 avril 1980, Amnesty con Cole

0110 pu » et de l'essor des industries de construction, on assiste à une reprise des luttes sociales. En 1978, les grèves dans la construction ont donné lieu à la réorganisation de plusieurs syndicats urbains. Un secteur du parti gouvernemental (le Parti « colorado »), avec l'appui de l'Institut américain de développement du syndicalisme libre (IADSL), dont les liens avec la CIA et le Département d'Etat nord-américain sont bien connus, place Modesto Ali, bureaucrate du syndicalisme « jaune » international, à la tête de la CPT, toujours sous tutelle de l'Etat, pour impulser un processus d'« ouverture syndicale ».

Durant les années 1979-1980, les grèves s'étendent aux secteurs textile, agro-industriel, du bois, des boissons (Coca-Cola). Sous les effets de la crise économique, qui commencent à se faire sentir au début de 1981, les partisans de l'ouverture sortent de la CPT et cèdent à nouveau la place aux vieux nommés par l'Etat. 1981 est marqué par une forte répression contre les conquêtes à peine naissantes des trois années antérieures. L'offensive bourgeoise désorganise les syndicats, réduit les salaires et fait supporter aux travailleurs tout le poids de la crise.

Pourtant, en 1982, apparaissent des luttes qui modifient radicalement la stratégie et les méthodes de l'action syndicale. En pleine crise économique (5), le syndicat de la Banque du Brésil, usant de la menace de grèves progressives, obtient un pourcentage d'augmentation salariale nettement supérieur à celui proposé le patronat. La « négociation » classique entre bureaucrates syndicaux et entrepreneurs est ainsi remplacée par une tactique qu'une vingtaine de paysans avaient été tués par les forces de sécurité paraguayennes et trois cent autres emmenés dans un centre de torture

Asuncion. Un autre groupe de paysans, parmi lesquels une fillette de 12 ans, était détenu dans les villes de Villarica et Paraguari. (Le Monde du 4 avril 1980).

5. " Depuis juillet 1982, la monnaie nationale a subi une dévaluation de fait, sa parité passant de 126 guaranis pour un dollar à 160 au marché libre, et à plus de 250 au marché noir. » (Le Monde des 6 et 7 février 1983).

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combative avec une large participation de expérience importante s'est produite à l'entreprise Coca-Cola : la direction, avec l'accord du ministère du Travail et de la Centrale des travailleurs, toute la direction syndicale de l'entreprise. Différents syndicats, plus ou moins combatifs et indépendants du ministère de la Justice et du Travail, ont alors constitué un Front de solidarité syndicale. Dix-sept syndicats appellent la classe travailleuse à boycotter les produits Coca-Cola. La campagne s'étend dans les rues de la capitale et des alentours, permettant la jonction entre le mouvement universitaire classiste et le Front de solidarité syndicale. Coca-Cola, qui accuse une baisse de 60% des ventes, recule et

Un autre élément mérite d'être souligné à propos de la renaissance d'un syndicalisme de classe au Paraguay, c'est l'existence d'une presse syndicale qui propose une stratégie de lutte à partir des lieux de travail et dans l'indépendance de classe vis-à-vis des partis politiques bourgeois (qu'ils soient au gouvernement ou dans l'opposition) et de la hiérarchie catholi-

A l'apparition d'un syndicalisme de classe combatif correspond un processus de regroupements et de différenciations dans la bureaucratie syndicale. A l'origine de l'un d'eux, on trouve l'IADSL, la Fédération des travailleurs des banques, et des éléments du syndicalisme chrétien. Ces derniers, vigoureusement anticommunistes, défendent une position de « démocratisation de la dictature ». Ce regroupement, qui se définit plus ou moins comme « oppositionnel », vise à la constitution d'un mouvement syndical rénové, fondé sur la lutte pour des revendications écotout engagement politique (indépendant et de classe) des syndicats. Pour certaines tendances, qui se déclarent à gauche, la politisation des militants syndicaux est une tâche qu'elles se réservent pour une étape ultérieure. Pendant ce temps, de larges secteurs de la bureaucratie syndicale s'accomodent de l'alliance avec des bureaucrates corrompus et des agents de la CIA, quand ils ne la trouvent pas salutaire ...

L'autre pôle de regroupement au sein de la bureaucratie syndicale se situe dans l'orbite gouvernementale. On y retrouve encore la présence de TIADSL, qui soutient un secteur du Parti « colorado » au sein du gouvernement, et le ministère de la Justice et du Travail, qui recherche une formule de cooptation et d'intégration des directions du mouvement syndical. Ce groupe, qui possède des représentants à la Chambre des députés, a proposé une loi qui rencontre de sérieuses résistances du côté gouvernemental : il s'agirait de garantir aux dirigeants syndicaux une stabilité d'emploi pendant la durée de leur man-

Des syndicats qui se situent dans l'un ou l'autre de ces courants ont néanmoins participé à la formation du Front de solidarité syndicale, à l'occasion de la lutte de Coca-Cola. Très vite, les réformistes se sont inquiétés du glissement « gauchiste » de la campagne du Front de solidarité syndicale et certains ont menacé de retirer leurs syndicats de ce Front. Ces mêmes réformistes ont rejoint l'IASDL pour tenter de faire dévier le contenu de la campagne dans le sens d'un appui au projet de loi syndicale. La manœuvre n'a cependant pas donné les résultats escomptés. En tant que front syndical rassemblant des courants bureaucratiques et combatifs pour réaliser l'unité d'action sur le cas concret des licenciements à Coca-Cola, le Front de solidarité syndicale a cependant montré à la fois son efficacité et ses limites. La tentative des réformistes de le récupérer et de l'institutionnaliser n'a pu que jeter la confusion parmi les travailleurs : la constitution d'un mouvement syndical indépendant et de classe passe par un combat, dans chaque syndicat, contre les bureaucrates syndicaux proches du gouvernement. La démocratie syndicale n'a rien à voir avec les manœuvres au sommet des réformistes.

LA GAUCHE RÉVOLUTIONNAIRE

ET LES PERSPECTIVES DU MOUVEMENT OUVRIER La gauche paraguayenne a subi, au milieu des années 1970, des défaites importantes. Issus d'une scission datant de 1965, les deux partis communistes exis tant alors (respectivement pro-soviétique et pro-chinois) ont été démantelés. D'autre part, une série d'organisations qui s'étaient lancées dans la lutte armée (la majorité d'entre elles provenant de scissions du PC, les autres étant plus proches d'organisations argentines comme le Parti révolutionnaire des travailleurs-Armée ré volutionnaire du peuple, PRT-ERP, ou les Montoneros) ont été désarticulées par la répression politique du régime Stroessner. Le nationalisme révolutionnaire commun à tous les projets de lutte armée, du fait de sa mauvaise compréhension de la nature de l'impérialisme, du caractere l'Etat bourgeois et des rapports de classes i dans les pays coloniaux niaux, se trouve aujourd'hui désarmé devant les exigences d'un mouvement de masse qui trouve ses ennemis irréconciliables non seulement dans la dictature, mais aussi dans les bourgeois « natio-

La crise de l'économie capitaliste mondiale, qui affecte aussi le Paraguay, ne vient pas frapper une classe ouvrière ré. signée. Au contraire, sa capacité de combat croît avec chaque nouvelle expérience de lutte. Depuis les grèves de 1978 jusqu'au Front de solidarité syndicale, un • chemin important a été parcouru. Mais les tâches qui se posent aux marxistes révolutionnaires sont encore immen-

A la différence des autres révolutions dans l'histoire, la révolution prolétarienne exige l'intervention consciente des masses. Au Paraguay, la dietature et le poids du stalinisme ont fortement limité la formation d'une conscience révolutionnaire capable d'ouvrir, en rapport avec le développement de la lutte des classes, la voie à la construction d'un authentique parti révolutionnaire. Il en résulte que le regroupement de la gauche classiste paraguayenne ne sera viable que s'il assume la lutte, au niveau théorique comme au niveau de de masse. La leçon léniniste « Pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire » doit être assimilée. On ne peut pas davantage avancer sans assimiler les expériences les plus importantes du mouvement ouvrier au niveau mondial. Et encore moins sans acinsertion militante dans le masse pour concrétiser, dans la lutte, le mot d'ordre préconiorganisation politique des travailleurs indépendante de la bourgeoisie.

La crise des politiques de front populaire et du nationalisme révolutionnaire que dans le renforcement d'une tendance de lutte de classe dans le mouvement ouvrier, dans le mouvement étudiant et chez les travailleurs ruraux. S'engager dans cette voie signifie renforcer la lutte contre la dictature sans hypothéquer l'indépendance politique de la classe travailleuse, contrairement à ce que prétendent les courants opportunistes qui préconisent, eux, un front antidictaavec la bourgeoisie « d'opposition » à Stroessner.

La dictature de Stroessner est le produit le plus naturel du développement cal'impérialisme. Comment la renverser si on ne pas en même temps à en finir avec la domination politique et économique capital et, par conséquent, celle de l'impérialisme? Le prolétariat du Paraguay ne peut espérer une victoire qu'en assumant les tâches internationales de la lutte pour le socialisme et pour le triomphe de la révolution socialiste à l'échelle mondiale.

Les marxistes révolutionnaires du Paraguay et du Brésil ont devant eux un engagement de première importance: consolider, sur des bases politiques fermes, l'alliance étroite de la classe ouvrière paraguayenne et de la classe ouvrière bré. silienne. De fait, les leçons à tirer de la construction du Parti des travailleurs brésilien comme parti ouvrier de masse sont essentielles. Pour le mouvement syndical combatif du Paraguay, qui s'éveille à la conscience politique de classe, cela illustre la possibilité et la nécessité pour la classe ouvrière de se doter d'un parti politique indépendant.

Carlos ALONSO Février 1983.

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