Nous publions ci-dessous le texte d'une lettre adressée le 7 octobre 1982 par le commandant Bayardo Arce, coordinateur de la Commission politique du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), aux Comités de défense sandinistes (CDS) des municipalités, des villages Bayardo ARCE adresse ses salutations aux 459 750 membres des CDS de l'ensemble du pays qui, en menant quotidiennement leurs tâches à bien, renforcent la défense du pays et préservent les acquis de notre peuple. C'est précisément la raison pour laquelle nous voulons vous réitérer les idées directrices soulignées par votre coordinateur national, le commandant Leticia Herrera, et par Sergio Ramirez, lors de la célébration du quatrième anniversaire des CDS.
Nous affirmons que l'ensemble des membres des CDS, pleinement impliqués dans leurs tâches et qui travaillent avec un sens des responsabilités toujours plus grand, contribuent de façon décisive à la voie par laquelle la révolution du peuple sandiniste s'attaque aux problèmes hérités du passé. Cela est aussi vrai par rapport aux difficultés nées de la politique de guerre qui cherche à étrangler notre volonté d'être respectés, souverains et indépendants.
Nous croyons fermement que la direction des CDS et leurs membres doivent posséder des qualités que l'on peut évaluer selon les critères suivants : participation aux activités de défense; respect pour les lois de la révolution ; discipline et respect dans la mise en œuvre des directives des supérieurs hiérarchiques immé.
Les principes fondamentaux des CDS diats; volonté d'être les meilleurs serviteurs du peuple, en évitant l'opportunisme, la bureaucratisation, le favoritisme et les attitudes de petit chef et en luttant contre ces attitudes.
Dans ce cadre, une inquiétude s'est fait jour au sein du Directoire national Nous considérons de notre devoir de vous l'exposer. Des signes montrent que nombre de coordinateurs n'ont pas bien compris le sens des directives révolutionnaires. S'appuyant sur son caractère convaincant, cette politique a pour but de gagner la sympathie de secteurs qui, de par leur situation, devraient être en faveur de la dé-
Nous faisons référence aux attitudes et aux actions arbitraires, qui ont des effets contraires aux principes sandinistes. Citons pour exemple :
- L'autorisation d'occupation arbitraire de terres ou de bâtiments, bien que tous les efforts légaux soient faits pour donner une terre à tous ceux qui en ont besoin ou qui le méritent.
- Le retrait de la carte de distribution de sucre à quelqu'un qui n'a pas encore compris la révolution, au lieu d'utiliser les acquis de la révolution pour augmenter le niveau de conscience de cette personne. Nous savons que cette méthode est utilisée, à l'occasion, pour faire pression sur les gens afin qu'ils participent aux activités des CDS, qui sont supposées être volontaires.
- Le harcèlement, en paroles et en actions, de citoyens qui professent une autre idéologie, qu'elle soit religieuse ou politique, ou qui travaillent avec des individus ou dans des institutions qui ne s'identifient pas à la révolution.
- Des attitudes arrogantes et hautaines d'autorité qui ne font que discréditer l'organisation, en créant de petits groupes d'élite et en encourageant la division et les intrigues entre membres d'une même communauté.
- L'utilisation de sa position dans le but de transformer des problèmes personnels en problèmes de l'organisation, ou en menant des campagnes destructrices dans l'intention de discréditer des per sonnes avec lesquelles on est en conflit.
- L'abus excessif de son autorité et l'utilisation de sa responsabilité dans l'organisation comme moyen d'obtenir des avantages personnels ou familiaux. Un cas concret serait, par exemple, d'attribuer des terrains à des gens de sa famille, en faisant fi des recommandations de l'Etat révolutionnaire. Cela ne peut qu'encourager des pratiques et des conceptions qui renvoient au régime somoziste.
- De tolérer ou de pousser à des excès dans la vigilance révolutionnaire (tours de garde volontaires la nuit), en prenant tout particulièrement des mesures répressives contre ceux qui ne participent pas à cette tâche. Il est des cas où cela est allé jusqu'à défoncer la porte de quelqu'un ou bien à jeter le doute contre des gens, en oubliant que la participation aux activités des CDS est volon-
Il est absolument nécessaire que nous révisions nos positions et que nous procé. dions aux corrections qui s'imposent. Nous avons pensé qu'il faudra nous rencontrer prochainement pour discuter de ces questions de façon interne. Aujourd'hui plus que jamais, l'unité nationale est le facteur déterminant dans notre défense. C'est pourquoi nous avons avancé ces quelques idées sur lesquelles vous allez sans nul doute apporter vos commentaires.
Commandant Bayardo ARCE, coordinateur de la Commission politique du FSLN, Managua, 7 octobre 1982.