Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Les Comités de défense sandinistes (CDS) au centre de la mobilisation contre l'impérialisme

· Inprecor n° 148, 25 avril 1983 · p. 13-14 · 1 509 mots

Nicaragua

L Plus importante rense stri des ce de la serolton,

ES Comités de défense sandinistes (CDS) constituent la nicaraguayenne. Ils regroupent aujourd'hui environ un demi-million de personnes. Dans la seule ville de Managua, les membres actifs des CDS seraient environ 60 000, soit le dixième de la population de la capitale. Chaque quartier ou chaque petite ville possède son CDS. Ces comités sont centralisés nationalement. A chaque niveau, un comité exécutif de cinq personnes est élu, qui représente les CDS aux réunions de coordientre comités d'une même région. Ainsi, lorsqu'un quartier de ville tient une réunion, des représentants d'autres

CDS y participent. Il existe, enfin, un comité exécutif national des CDS. D'autre part, 9 sièges sur les 47 du Conseil d'Etat ont été attribués à des représentants des CDS.

Le mouvement des CDS trouve son origine dans les

Comités de défense civile (CDC) qui existaient durant l'insurrection contre la dictature de Somoza. Les CDC ont participé à l'aide logistique à la lutte armée menée par les troupes du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), en construisant des barricades, en préparant des hôpitaux de fortune, en stockant médicaments et nourriture pour les combattants, en montant la garde dans les quartiers libérés, en distribuant nourriture et matériel de propagande aux guérilleros du FSLN.

Les CDC ont constitué en quelque sorte un lien entre le FSLN et les masses populaires des villes et des villages, véritable trait d'union qui s'est renforcé au fur et à mesure que les zones contrôlées par les forces du FSLN s'étendaient au cours des dernières semaines de la lutte contre Somoza.

Après la victoire de l'insurrection, en juillet 1979, les CDC ont été réorganisés et transformés en CDS, auxquels il fut assigné comme tâche principale la défense de la révolution à tous les niveaux, politique, idéologique, économique et même militaire, puisque c'est dans les CDS que le FSLN puise les membres des milices populaires mises en place pour organiser, aux

Mats TINNERWALL et UlE JUNGMAR

« La soberania del pueblo ! La lucha sigue ! » (" La souveraineté du peuple !

Ces slogans retentissent au-delà des murs du centre communautaire construit dernièrement dans le quartier Carlos Fonseca Amador, site urbain récemment créé à la périphérie de Managua et qu'on a appelé du nom du dirigeant sandiniste mort au combat (1). Chaque vendredi, les Comités de défense sandinistes (CDS) de la zone y tiennent une réunion. Des repré sentants de chaque CDS de la ville y assistent, au total entre 60 et 70 personnes.

La réunion commence avec l'hymne national. Une minute de silence est ensuite observée en mémoire des quatre personnes du quartier qui ont été tuées récem ment lors d'affrontements avec les contre-révolutionnaires à la frontière avec le

Honduras. Les noms de ces quatre personnes sont lus, un à un, et après chaque nom, l'assistance crie : « Presente ! ».

Les participants à la réunion sont assis sur des bancs le long des murs. Le coordinateur local des CDS préside la réunion. Dans son intervention, il parle de la nécessité de défendre la révolution, de contre les agressions impérialistes. organe suédoise de la IVe Internationale. rendre coup pour coup à l'impérialisme. La moitié environ des participants sont des femmes. Quelques enfants jouent sur

Ce soir-là, il y a quelques points importants à débattre. Tout d'abord, le problème de l'école. Selon la loi sur l'éducation obligatoire, 1 200 enfants devraient être scolarisés dans le quartier, mais le seul bâtiment disponible ne pourrait tout au plus en contenir que quelques centaines. L'Etat n'a pas les moyens économiques de construire une école, mais peut apporter son aide sous la forme de matériaux de construction, si la population locale assure elle-même le travail. Le comité d'école en appelle à chacun pour qu'il se porte volontaire pour ce travail.

LES NÉCESSITÉS DE LA DÉFENSE

La réunion est interrompue par un camion qui remonte la rue en face du centre communautaire. Un haut-parleur diffuse des mots d'ordre contre l'impérialisme américain. Quelques jeunes gens assis à l'arrière du camion y répondent. Ils se sont engagés dans les réserves de l'armée et se rendent à la frontière nord du pays.

Le dernier point à l'ordre du jour de la réunion des CDS a justement trait à la milice. Un couple de recruteurs fait un

ATC côtés de l'Armée populaire sandiniste, la défense du pays

Toutefois, la structuration des CDS ne se fit pas sans problèmes, y compris sans certaines formes d'abus de pouvoir de la part de certains dirigeants intermédiaires. Ces problèmes ont été ouvertement débattus et les dirigeants incriminés ont été critiqués par la direction du FSLN. Le commandant Bayardo

Arce a adressé, le 7 octobre 1982, une lettre aux Comités de défense sandinistes pour réaffirmer leur rôle et dénoncer certains abus, document qui fut la base d'une discussion au sein des CDS, et que nous reproduisons plus loin en encadré.

Le reportage sur les CDS de Managua, que nous publions ci-dessous, a été réalisé pour Internationalen du 30 mars 1983, du Socialistiska Partiet (Parti socialiste, SP), section discours enflammé pour expliquer que tous ceux qui le peuvent doivent rejoindre la milice. La question est ensuite posée : combien, parmi les présents, ne peuvent pas s'enrôler dans la milice? Une seule main se lève. Beaucoup de personnes se sont inscrites pour participer à la milice. Mais, après deux heures de discussion, les visages sont tirés par la fatigue, et les enfants sont allés se coucher.

réunion prend fin aux accents d'un chant révolutionnaire.

La urbaine Carlos Fonseca zone est vieille d'un an seulement. La plupart des gens qui y vivent ont perdu leurs anciennes habitations lors des inondations qui ont ravagé le pays au printemps 1982.

Ils font montre d'un grand enthousiasme pour développer leur agglomération et d'une détermination immense pour défen-

1. Carlos Fonseca Amador est né en juin

1936. Il prend part très jeune à la lutte contre

En 1959, après avoir été exilé, il la dictature.

participe à la guérilla d'El Chaparral, où il est gravement blessé. Deux ans plus tard, il fonde le

Front sandiniste de libération nationale

(FSLN). Les années suivantes, il militera dans la clandestinité, ce qui lui vaudra la détention, la torture, puis l'expulsion du Nicaragua, Il y reviendra clandestinement & plusieurs reprises.

jusqu'à ce qu'il tombe au combat dans la rémontagneuse de Zinica, le

8 novembre gion

1976.

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CST

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dre la révolution. Les CDS sont effectivement les instruments politiques au travers desquels le peuple participe à la construction d'un nouveau Nicaragua. La tâche principale est, aujourd'hui, de répondre à tous les coups de la contre-révolution et de l'impérialisme. La menace en provenance du nord est d'ailleurs concrète.

A Managua, l'on peut voir d'énormes affiches avec le slogan: « Rappelle-toi, contre-révolutionnaire, de paires d'yeux te surveillent. » Les CDS sont appelés « les yeux et les oreilles de la révolution ». Chaque comité de quartier organise des patrouilles de surveillance la nuit, sur la base du volontariat, pour prévenir toute activité contre-révolutionnaire, mais aussi pour combattre les vols, les abus de drogue, la prostitution et les jeux d'argent illégaux. (...)

LE ROLE SOCIAL DES CDS Au niveau social, les CDS remplissent toute une série de fonctions : leurs membres prennent part aux campagnes de vaccination de masse contre la poliomyélite ou d'autres maladies, et à l'éducation des adultes, qui est très importante pour assurer le suivi de la campagne d'alphabétisation déjà entreprise. Les CDS participent aussi à la distribution des nouveaux terrains à bâtir pour les programmes de construction de logements. Ils organisent volontaire pour la construction des écoles, la réfection des routes et l'installation de l'électricité et de l'eau.

Les produits de première nécessité ne sont pas rationnés aujourd'hui au Nicaragua. Aussi, pour bloquer la spéculation et assurer l'accès pour tous à ces produits, les CDS ont commencé à organiser leur propre réseau de distribution. Dans la banlieue de Carlos Fonseca, une famille a été chargée de la distribution de ces produits. Les gens des environs peuvent venir acheter du riz, des haricots, du mais, de l'huile et du savon à bas prix. C'est aussi un moyen de maintenir le pouvoir d'achat des salaires. Les CDS veillent à ce que les prix fixés par le gouvernement soient bien

Dans le domaine de la défense militaire, le rôle des CDS est de faire campagne pour convaincre la population de s'enrôler dans la milice. Il est difficile de donner le nombre exact de ceux qui sont impliqués dans la défense militaire (armée, milice et réserves), mais le chiffre de 800 000 personnes est souvent cité, sur un total de 3 millions d'habitants. Toute la défense militaire du pays est basée sur la participation volontaire, et il n'y a pas de problèmes pour trouver des gens prêts à prendre les armes. (...)

La situation au Nicaragua est certes complexe, mais il n'y a pas de doute sur un point : les CDS sont d'une importance cruciale pour la participation de la population laborieuse au développement de la révolution.

Mats TINNERWALL UIf JUNGMAR Managua, mars 1983.

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