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AUSTRALIE La victoire électorale du Parti travailliste
Le Parti travailliste australien (Australian Labor Party, ALP) a remporté une victoire électorale sans appel aux élections fédérales du 5 mars dernier. Il se retrouve ainsi au gouvernement national pour la première fois depuis 30 ans, si l'on exclut un bref interlude de trois ans qui s'était achevé en 1975, le gouverneur général australien l'ayant expulsé du gouvernement fédéral. En effet, l'Australie faisant partie du Commonwealth, c'est toujours la Reine d'Angleterre qui en est le chef d'Etat nominal, et le gouverneur général est son mandataire.
A la tête de l'ancien gouvernement de coalition des partis conservateurs, Malcolm Fraser avait espéré tirer profit de l'impopularité du principal dirigeant travailliste de l'époque, Bill Hayden, en convoquant des élections pour le 3 février dernier. Mais, le jour même, Bill Hayden démissionnait. Son remplaçant, Bob Hawke, était considéré par les sondages d'opinion comme l'une des personnalités politiques les plus populaires du pays. Membre du Parlement depuis 1980 seulement, Hawke s'est surtout fait connaître comme dirigeant du Conseil australien des syndicats (Australian Council of Trade Unions, ACTU), fonction qu'il a occupée pendant une dizaine d'années.
L'axe de la campagne électorale du Parti travailliste a été l'appel à l'unité et à la réconciliation nationales, dont un élément fondamental était l'accord signé entre le Parti travailliste et l'ACTU sur une politique des prix et des salaires. Hawke a d'ailleurs signalé, lors de sa campagne électorale, que la caractéristique principasept années de gouvernement Fraser était « l'érosion progressive de tout national commun, les individus et groupes ayant été encouragés, explicitement et implicitement, à poursuivre leurs interets propres » (Financial Times, 7 mars 1983).
De son côté, Fraser, candidat de la que contre le Parti travailliste, sur fond d'anticommunisme. Utilisant le réflexe de la peur, il a dénoncé l'accord passé avec l'ACTU comme « le manifeste socialiste le plus extrême ». Il a prétendu qu'une victoire électorale travailliste entraînerait une fuite massive de capitaux et une dévaluation de la monnaie. La déclaration la plus fracassante du dirigeant conservateur aura été l'affirmation selon laquelle, sous un gouvernement travailliste, les économies des citoyens seraient plus en sécurité sous leurs matelas que dans les banques. Mais ce type même d'argumentation illustre également la position de faiblesse dans laquelle Fraser s'est trouvé pour mener campagne autour de son propre bilan.
En effet, même si ses conséquences sont apparues tardivement, la crise économique est maintenant une réalité en Australie. Le chômage est passé, en six mois, de 6,6 % à 10% de la population active. L'inflation est de 12,3 % par an. La production industrielle est en recul, et la sé cheresse, qui dure depuis quatre ans, a eu de graves répercussions sur la production de blé, secteur clé dans le domaine des exportations. Le Parti travailliste a promis d'augmenter les crédits alloués aux travaux publies, de réduire les impôts, de mettre immédiatement en chantier un programme de construction de logements, et a passé un accord sur les prix et les salaires avec l'ACTU. Le Monde du 22 avril 1983 signale qu'« en vertu de cet accord, les syndicats ont accepté de modérer leurs revendications salariales en échange de concessions gouvernementales sur un "salaire social" (nouveau système d'assurance-maladie, réductions d'impôts, amélio ration des prestations sociales) ».
Dès l'entrée en fonction du nouveau gouvernement fédéral, Hawke a clairement manifesté sa volonté d'abandonner ses promesses électorales. Le 8 mars, avant même qu'il n'ait prêté serment, le gouvernement travailliste avait déjà annoncé une dévaluation de 10 % du dollar australien. Cette mesure frappe durement le pouvoir d'achat des travailleurs, surtout en ce qui concerne les produits importés comme les automobiles, les denrées alimentaires, les vêtements, qui représentent environ 1/5 des denrées et services consommés en Australie. Par contre, pour les patrons, il s'agit d'une bonne nouvelle : le profit des exportateurs s'en trouvera accru et les producteurs locaux seront plus aptes a soutenir la concurrence à l'exportation. Le 11 mars, le lendemain du serment consacrant l'entrée en fonction officielle du gouvernement, face à l'annonce par la compagnie General Motors-Holden de supprimer 1400 emplois dans ses usines de Melbourne et d'Adelaide, le gouvernement travailliste se contentera d'envoyer deux éminents membres du Conseil des ministres discuter avec la di-
Comme le note, en date du 15 mars, Direct Action, organe du Parti socialiste des travailleurs (SWP), section australienne de la IVe Internationale, « le plan de Hawke pour résoudre la crise économique, qui a vu plus d'un million de personpersuader les patrons et les travailleurs de mettre de côté leurs intérêts "'sectoriels" et de "collaborer à l'effort commun" (...) Dans la situation actuelle du capitalisme, les travailleurs qui voudraient suivre le conseil de Hawke se retrouveraient dans une position de soumission face aux coups mortels des patrons contre leurs salaires, l'emploi et les conditions de travail ».
Lors de ces élections fédérales, le SWP a présenté ses propres candidats. A l'échelle nationale, les trente-huit candidats du SWP ont obtenu une moyenne de 0,5 % des suffrages exprimés. Mais dans chacune des circonscriptions où ils se présentaient, ils ont obtenu en moyenne 1 000 voix, soit 1,5 % des suffrages exprimés. La campagne électorale du SWP a été la plus étendue de toutes celles des formations de gauche, Parti communiste et Parti socialiste australiens compris. Comme l'a expliqué Direct Action, « en se présentant dans un nombre si élevé de circonscriptions, le SWP a cherché a atteindre le plus grand nombre possible de travailleurs pour leur proposer une alternative socialiste claire face à la politique pro-capitaliste préconisée par le Parti travailliste australien. Le SWP a imprimé plus de 500 000 exemplaires d'un tract diffusé au niveau national et plus de 80 000 affiches pour expliquer les axes de son programme révolutionnaire, pour demander aux électeurs de voter, en premier lieu, pour le SWP et, en second lieu, pour le Parti travailliste, de manière à exprimer leur volonté de voir un gouvernement travailliste agir dans l'intérêt des travailleurs et des paysans, et non pas dans celui des hommes d'affaires ou des banquiers auxquels Hawke fait la cour ».
Enfin, toujours d'après Direct Action, « cette élection, plus que toute autre dans les années précédentes, a clairement mis en évidence la nécessité d'un programme révolutionnaire de lutte pour la defense des intérêts des travailleurs dans la situation de crise économique la plus grave depuis un demi-siècle. C'était aussi l'occasion de mettre en avant un tel programme. Le programme du Parti travailliste australien étant un programme qui ne peut mener qu'à la défaite et à la démoralisation de la classe ouvrière, la gauche travailliste et les partis ouvriers plus petits qui n'ont pas su prévenir la classe ouvrière contre ce programme travailliste assument une bonne part de responsabilités » dans le fait qu'il soit mis en œuvre. Alors que les salaires sont gelés de puis décembre, les syndicats viennent d'accepter, lors d'une conférence organisée sous l'égide gouvernementale, de « renoncer à des augmentations de salaire en contrepartie d'un accroissement des dépenses publiques pour la création d'em plois ».