NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
COLOMBIE
La lutte des femmes et la mobilisation du 8 mars
Le 8 mars dernier, des manifestations, des débats, des conférences ont eu lieu dans différentes villes de Colombie pour célébrer la Journée internationale consacrée aux femmes. A Bogota, les femmes qui participaient aux divers groupes féministes ont organisé, dans l'unité, une semaine mobilisation pour faire connaître la situation des femmes et leurs principales revendications. Cette semaine s'est terminée par une audience avec le président de la République, au cours de laquelle les femmes ont présenté un ensemble de revendications concrètes.
Une des principales exigences avait trait à la fermeture des garderies qui dépendent de l'Institut colombien du bien-être familial. La décision a été prise par son directeur, qui a affirmé que cette fermeture n'était pas due à des raisons financières, mais due au fait que « l'Etat ne peut aider à la dissolution des familles, en remplaçant les femmes dans le domaine de l'éducation des enfants ». C'est là un problème essentiel pour les femmes travailleuses, dans la mesure où la majorité des entreprises, des services et des institutions étatiques ne mettent pas de garderies à leur disposition. Cette décision fait donc partie de la politique d'un gouvernement qui, par ailleurs, a supprimé le service chargé, auprès de la Présidence de la République, de s'occuper des problème des femmes, pour le transformer en bureau chargé de la famille.
Cette offensive contre le droit au travail des femmes se combine avec une campagne idéologique visant à culpabiliser les femmes qui acceptent des emplois ou des responsabilités en dehors du foyer. Cette campagne a été jusqu'à faire porter aux femmes la responsabilité de l'insécurité croissante, parce que « si les femmes sont hors du foyer, cela signifie que leurs enfants sont abandonnés à eux-mêmes ». C'est une manière, cela ne fait aucun doute, de chercher à se décharger de la responsabilité du chômage, des bas salaires et de la délinquance croissante sur les femmes qui travaillent.
Un fait est tout particulièrement dénoncé aujourd'hui par le mouvement féministe : c'est l'obligation imposée aux femmes, à l'embauche dans de nombreuses entreprises, de présenter un certificat garantissant qu'elles ont été stérilisées ou qu'elles utilisent un moyen contraceptif, assurant qu'elles n'auront pas d'enfant pendant la durée de leur contrat de travail. Les patrons veulent ainsi éviter d'avoir à payer les allocations sociales de maternité. Ces exigences sont à mettre en relation avec les pratiques de stérilisation forcée qui, pendant des décennies, se sont développées dans le cadre d'une campagne de contrôle des naissances impulsée par l'impérialisme et le pouvoir local.
De même, alors qu'il y a environ un demi-million d'avortements par an, :on s'obstine à maintenir une pénalisation de l'avortement ne tenant même pas compte des cas de viol, de danger de mort pour la mère ou de malformations du fœtus. Une campagne totalement hypocrite prétend défendre le « droit à la vie » pour s'opposer à toute forme de légalisation de l'avortement, tout en se taisant sur les centaines de milliers d'enfants qui meurent de malnutrition ou sur les violences que subissent quotidiennement les femmes.
La lutte de libération des femmes à connu des faits nouveaux et très positifs au cours de ces dernières années. Les divers groupes féministes ont ouvert des maisons de femmes qui offrent des services de divers ordres : aide juridique, centres de santé et d'information sur la sexualité, solidarité contre toutes agressions et les viols, formation et débats sur des thèmes divers, etc.
Ces maisons de femmes fonctionnent dans plusieurs villes du pays et ont sans aucun doute ouvert une nouvelle perspective pour les groupes de femmes en orientant leurs préoccupations vers un terrain plus concret. La journée du 8 mars dernier, de même que les précédentes mobilisations de novembre 1981 et 1982 « contre les violences à l'encontre des femmes », dont le principe avait été décidé à l'occasion de la première rencontre des femmes latino-américaines, ont été d'une grande importance pour le mouvement de libération des femmes. Non seulement les groupes de femmes y ont participé, mais également de très nombreuses commissions syndicales de femmes et des délégations des partis de gauche.
La participation du Parti communiste est digne d'attention, dans la mesure où, auparavant, cette organisation était totalement opposée à la lutte des femmes. Ce parti considérait en effet le féminisme comme une préoccupation spécifique des femmes bourgeoises ou des pays impérialistes, et accusait les femmes socialistes et les groupes féministes d'introduire des thèmes de division dans la classe ouvrière. De son côté, lors de la commémoration du centenaire de la mort de Karl Marx, un groupe maoiste ultra sectaire comme le MOIR a, pour la première fois de son histoire, programmé conférence sur les femmes, ce qui dénote un changement positif par rapport à son attitude antérieure, caractérisée par un mépris total pour la situation et la lutte des femmes.
Le mouvement de lutte des femmes colombien a connu plusieurs étapes. Depuis 1977, divers groupes ont commencé à se constituer, dans le but d'étudier et d'analyser les diverses formes prises par l'oppression des femmes. Cela fut entrepris parallèlement à la campagne autour des élections législatives et présidentielles de 1978 de la coalition ouvrière et socialiste UNIOS qui, dans son programme, avançait, pour la première fois dans ce pays, la lutte pour le droit des femmes. De plus, la coalition s'était donnée une femme comme porte-parole publie de ses propositions et comme candidate à l'élection présidentielle, en l'occurrence notre camarade Socorro Ramirez, dirigeante du Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale.
Une seconde étape a vu des conflits intervenir entre les divers groupes féministes sur la conception de l'autonomie des groupes, de leur relation avec les partis politiques et les syndicats, avec les mou-
vements révolutionnaires, et sur la nature politique du mouvement lui-même. Cela explique les multiples débats au cours de la rencontre féministe latino-américaine, s'est tenue à Bogota en 1981. Au cours de cette rencontre, les débats sectaiont été surmontés au profit d'un échange d'expériences positives illustrant de quelle manière des femmes articulaient leur engagement dans la lutte des femmes avec les processus révolutionnaires.
Enfin, l'époque présente est caractérisée par une orientation du mouvement femmes vers les besoins réels et concrets des femmes, ce qui a permis aux groupes d'unifier leurs actions. La célébration du 8 mars en a été une preuve tangible.