ISRAËL Pour beaucoup de commentateurs, en Israel, et à l'étranger, le résultat des dernières élections à la Knesset, le parlement israélien, signifiait un tournant dans la vie politique de l'Etat juif. En effet, après avoir dirigé le mouvement sioniste puis l'Etat d'israel pendant plus de 40 ans, sans interruption, les partis sionistes ouvriers devaient laisser la place au Likoud, coalition de partis d'extrême-droite dirigée par l'ancien chef des terroristes du Etsel, Menahem Begin. La fin de l'hégémonie travailliste et la victoire de ceux qui pendant près de 20 ans avaient été considérés par le pouvoir sioniste comme des extrémistes mystiques et dangereux pour l'Etat juif et exclus de toutes responsabilités politiques, marque sans aucun doute la fin définitive de toute une période et représente donc un événement politique dont il s'agit d'analyser les causes. Mais ce qui n'est pas moins important, c'est de voir dans quelle mesure le changement de direction à la tête de l'Etat șioniste marque également un tournant significatif dans la politique de cet Etat. Une compréhension exacte de la politique du nouveau gouvernement israélien est d'autant plus importante que la stratégie de l'ensemble des forces révolutionnaires de l'Orient arabe en dépend. Les causes de la victoire du Likoud Il faut se fair à l'évidence : l'électeur israélien n'a pas choisi lors des dernières élections entre deux programmes, l'un plus modéré et l'autre plus extrémiste. Les partisans de Menahem Begin et ceux de Itshak Rabin ont voté pour des plates-formes quasiment identiques, pour le moins en ce qui concerne ce qui reste déterminant dans la politique de l'Etat sioniste, les rapports israélo-arabes; au cours de la campagne électorale, les dirigeant du Likoud ont tout fait pour apparaître comme un parti prêt à une solution négociée avec les gouvernements arabes dans des termes à peu près les mêmes que ceux définis par le gouvernement travailliste. Au niveau de la politique économique et sociale, c'est de politique d'austérité dont parlaient, de façon à peu près semblable, les travaillistes et le Likoud, ce dernier étant plus hostile à la Histadrouth, ce qui n'était pas pour déplaire à certaines couches d'électeurs ouvriers.
Michel WARSHAWSKY La victoire du Likoud est la conséquence d'un double phénomène, déterminé par les deux dernières guerres auxquelles a été mêlé l'Etat juif. La guerre de juin 67 avait provoqué des changements profonds dans la structure sociale et dans l'idéologie dominante de l'Etat sioniste : la bourgeoisie israélienne s'est sensiblement renforcée à la suite d'un boom économique certain et l'idéologie dominante a connu un profond changement, caractérisé par un renforcement du nationalisme et du mysticisme religieux. L'occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, leur colonisation accélérée et le refus total de reconnaître le fait palestinien étaient dans les faits ce pour quoi les partis sionistes d'extrême-droite s'étaient battus, contre la direction travailliste, pendant près de 20 ans. Le Parti travailliste faisait la politique de Begin et donnait en cela une nouvelle crédibilité à une ligne politique qui avait été décrite pendant de nombreuses années comme utopique et dangereuse. La réalité de l'après 67 et la politique travailliste ayant mis fin à l'isolement relatif des partis composant aujourd'hui le Likoud, il ne manquait plus qu'une crise de la direction travailliste pour permettre à Menahem Begin de revendiquer et d'obtenir la direction de l'Etat juif. Cette crise de direction c'est la guerre d'octobre qui va l'enclencher. La défaite politique grave de l'Etat d'Israel va obliger la vieille direction Meir-Sapir à laisser la place à une nouvelle équipe qui s'est avérée complètement inapte à redonner aux masses israéliennes confiance et sentiment de sécurité, qui avaient été profondément ébranlés à la suite de la guerre d'octobre. Les nombreux scandales financiers et autres affaires de corruption allaient donner le coup de grâce à l'hégémonie travailliste. La victoire du Likoud, c'est avant tout la défaite du Parti travailliste dont l'inefficacité et les tensions internes de plus en plus aigues vont provoquer une scission qui va permettre la constitution du Mouvement démocratique pour le changement (Dash) formation hétérogène sur le plan politique et composée de généraux, de chefs de services de sécurité divers, de patrons de l'industrie appartenant à l'Histadrouth et d'industriels privés, unis autour d'un programme de "retour à l'ordre et à la propreté" et décidés à mener une campagne contre le régime "corrompu des partis politiques". Ce sont les 15 députés
que le Dash a gagné au Parti travailliste qui vont permettre au Likoud de devenir majoritaire et d'être appelé à constituer le nouveau gouvernement. La même politique moins l'hypocrisie A entendre les commentateurs, immédiatement après les élecfions en mai dernier, un véritable tremblement de terre allait secouer l'Etat d'Israel avec l'arrivée au pouvoir de Menahem Begin. Aujourd'hui, 4 mois plus tard, c'est un sentiment de continuité qui a fait place à la crainte de rupture. Le nouveau gouvernement a fait de son mieux, et avec un succès certain, pour se donner une image de modération et de respectabilité. Ceux-là même qui avaient depuis 1948 fait de la surenchère nationaliste leur programme et s'étaient donnés l'image des gardiens du Grand Israel contre les capitulards travaillistes, sont obligés aujourd'hui dans les faits d'avouer que leurs adversaires avaient mis en pratique leur propre politique. Comme tous les gouvernements qui l'ont précédé, le premier geste de l'équipe Begin a été de faire le traditionnel pélerinage à Washington, afin d'y défendre les grandes lignes de la politique israélienne et ... de présenter le traditionnel carnet de commandes, en armes et en prêts avantageux. Les deux objectifs étant étroitement liés, Begin se devait de répéter les grandes lignes de la politique de ses prédécesseurs : Israel est toujours prêt à mener des pourparlers de paix avec les différents gouvernements arabes et a accepté de se retirer de l'essentiel des territoires égyptiens et même syriens occupés en juin 67, mais en aucun cas, Israël n'est prêt à se retirer des territoires de la Palestine historique, sans parler évidemment de son refus de tout pourparler avec l'OLP. En arrivant à Washington, Begin avait certains atouts dans son jeu : il venait sans trop de problèmes de mettre sur pied très rapidement une nouvelle coalition jouissant d'une majorité assez confortable à la Knesset; il avait réussi à la surprise de beaucoup, à gagner le soutien de l'ensemble de la communauté juive aux USA; le vote de la population juive prouvait assez clairement que sa grande majorité n'était pas favorable à une solution négociée qui ne soit pas en accord avec la stratégie du Likoud. Et pourtant, ce voyage s'est soldé par un échec. Les effets théatraux et la démagogie facile n'ont pas été suffisants pour masquer le refus d'Israel de faire un quelconque pas en vue d'un compromis acceptable par les différents régimes arabes. Les conceptions différentes qu'ont les USA et Israël quant aux modalités de la prochaine conférence de Genève apparaissent au grand jour dès le moment où le gouvernement sioniste se refuse à faire des déclarations ambigues et à apparaître hypocritement comme étant prêt à tout négocier. Sans des pressions très dures - auxquelles les réactions israéliennes sont difficilement prévisibles - Israel n'est pas prêt à accepter une solution où l'OLP soit intégrée. Le gouvernement Begin le dit sans faux-fuyant et ajoute même que c'est l'ensemble de la question de la souveraineté israélienne sur la "Palestine historique" qui n'est pas négociable.
Le problème du nouveau gouvernement ne réside pas au niveau de sa stratégie, qui reste fondamentalement celle de ses prédécesseurs, mais au niveau de la couverture qu'il doit donner aujourd'hui aux critiques démagogiques qu'il a faites dans le passé aux partis au pouvoir. En effet, alors que la coalition travailliste mettait sur pied 80 colonies dans les territoires occupés après juin 67, dicrétement et en évitant à tout prix les déclarations tonitruantes, l'opposition de droite faisait de la surenchère et soutenait les extrémistes du Bloc de la foi qui exigeaient : "Des colonies partout et tout de suite". Aujourd'hui, le Bloc de la foi et la base du Likoud exigent de ce dernier qu'il applique ce à quoi il s'était engagé, et donne un soutien inconditionnel aux entreprises colonisatrices des partisans du Grand Israël. C'est ici que le conflit avec Washington est le plus évident, et met très clairement en lumière que les intérêts de Tel-Aviv ne cofncident pas nécessairement avec ceux de son allié le plus important. Comme le disait déjà, il y a deux ans, le rapport Brooking, l'intérêt des USA exige un mouvement permanent, même s'il se fait en millimètres ;Israel par contre reste intéressé à bloquer tout processus, au moins en ce qui concerne la question palestinienne. Le nouveau gouvernement israélien reste donc confronté aux mêmes problèmes que ses prédécesseurs, aggravés par les engagements qu'il avait pris alors qu'il était encore dans l'opposition. Au niveau de la politique économique et sociale, la situation est, pour l'équipe Begin, un peu meilleure. En effet, le bilan du Parti travailliste était catastrophique : malgré une chute réelle du pouvoir d'achat des travailluers, la crise économique n'a pas pu être jugulée et un sentiment général d'absence de plan économique cohérent permettait aux partis de l'opposition, Likoud et Dash, de se poser comme ceux qui étaient capables de remettre à flot l'économie israélienne. Relativement peu mêlés aux scandales financiers, les dirigeants du Likoud jouissent d'un certain capital de confiance auprès des travailleurs. Il s'agissait donc pour les économistes au pouvoir de mettre rapidement leurs plans à exécution. Contrairement au Parti travailliste qui a de tout temps lié une phraséologie "ouvrière" à une politique offensive contre les travailleurs, le Likoud n'a jamais caché ses objectifs : renforcer la législation anti-grève, réduire de plus de 10 % le pouvoir d'achat des travailleurs et "rationaliser l'emploi" par la création d'un "volant de chômage minimum". Très significativement, le ministre des Finances Simha Ehrlich a choisi le tristement célèbre Milton Friedman comme conseiller économique, et celui-ci s'est empressé de venir en Israel afin d'aider le nouveau gouvernement à mettre de l'ordre dans l'économie. En l'espace de trois mois, le nouveau gouvernement a réussi, sans provoquer de riposte significative de la part des travailleurs, à réduire les subventions aux produits de première nécessité de plus de 20%, de supprimer les allocations familiales pour les deux premiers enfants, de dégraisser le secteur public de plusieurs milliers d'emplois et de faire voter la première lecture d'un projet de loi visant à interdire le droit de grève dans les secteurs "vitaux" de l'économie. Parallèlement, toute
ISRAEL une série de mesures ont été prises pour faciliter les investissements et augmenter le taux de profit des entreprises, surtout sur le plan fiscal. Ce succès dans la première étape du plan économique du nouveau gouvernement est dû, d'une part à l'espoir, partagé par de larges couches de travailleurs, que la nouvelle équipe dirigeante est capable de réorganiser le système économique dominé, dès avant la création de l'Etat d'Israel, par le mouvement sioniste ouvrier, et d'autre part, à l'incapacité totale de la direction de la Histadrouth de lancer une contre offensive ouvrière. Les élections à la Histadrouth Les élections à la Knesset ayant été anticipées, pour la première fois depuis de nombreuses années, celles de la Histadrouth se déroulaient un mois après, et non avant, comme c'était généralement le cas. Or, si dans le passé les résultats étaient plus ou moins les mêmes dans les deux scrutins - l'électorat étant quasi identique, de même que les listes en présence - il n'en a pas été de même cette fois-ci. Le Parti travailliste a su regagner presque toutes les voix qu'il avait perdues en faveur des formations de droite et conserver ainsi la majorité absolue dans l'appareil dirigeant de ce qui est un Etat dans l'Etat sioniste. Tout d'abord, une défaite aux élections à la Histadrouth signifiait non seulement un arrêt de mort pour le Parti travailliste qui ne se serait pas relevé d'une double défaite, dans l'état de crise dans lequel il se trouve, mais aussi et surtout, la perte de la base matérielle la plus importante pour la bureaucratie travailliste habituée pendant plus de 40 ans - comme l'ont montré les derniers scandales - à confondre ses propres proches et les caisses de ses partis avec celles de l'Etat et des divers structures politiques, dont la Histadrouth. Cette préoccupation est évidente si l'on voit que les membres des kibboutzim dont une forte minorité s'était, aux élections à la Knesset, tournée vers les partis de droite, ont voté quasi unanimement pour le bloc travailliste. Avec l'énergie de quelqu'un qui joue sa dernière carte, le Parti travailliste s'est réellement mobilisé pour les élections à la Histadrouth. Le pays était couvert d'affiches et de bombages, des centaines de meetings ont été organisés dans les quartiers et les centres industriels, et l'ensemble du mouvement kibboutzique a mis ses moyens et ses membres à la disposition de l'appareil travailliste. Le style est devenu soudain très "lutte de classes" , et l'on a pu voir verton los conties
Shimon Péres parler de socialisme et du danger que constitue le grand capital qui veut remettre en question les conquêtes ouvrières. Il est vrai que certains dirigeants du Likoud n'ont pas pris suffisamment au sérieux ces élections et ont fait des déclarations susceptibles d'effrayer nombre dé travailleurs de secteurs privilégiés, en parlant de démantèlement de l'industrie histadroutique et de la remise en question de nombre de ses privilèges. La remise en cause des.structures de la Histadrouth et des privilèges de certaines couches qu'elle organise était un danger suffisant pour que la bureaucratie travailliste se mobilise avec énergie pour conserver sa main-mise sur cet immense appareil. La deuxième raison de la victoire travailliste aux élections à la Histadrouth nous ramène aux causes réelles de la victoire du Likoud, moins de deux mois auparavant. Des milliers d'électeurs avaient voté Likoud pour exprimer leur défiance par rapport au bloc travailliste, pas pour mettre Begin au pouvoir. Les résultats de leur vote les ont souvent effrayés, et ils ont essayé de les atténuer en revotant travailliste pour la Histadrouth. D'autant plus que, contrairement à certains dirigeants du Hérout de Menahem Begin qui ont une démagogie ouvrière et une base populaire, les dirigeants libéraux eux n'ont jamais caché leur haine de classe et leurs projets une fois au pouvoir. Nombreux ont été ceux qui craignaient ou espéraient qu'une victoire travailliste à la Histadrouth allait obliger ceux-ci à utiliser cet appareil pour lancer une offensive contre le Likoud et regagner la confiance des électeurs. Il n'en a évidemment rien été. La Histadrouth n'est pas une organisation de classe et la pression des travailleurs ne peut s'y faire sentir. Ses objectifs et ceux de sa direction travailliste sont les mêmes que ceux du Likoud : soumettre les travailleurs à l'intérêt national à la mobilisation de l'Etat sioniste contre les pays arabes. Tant que les privilèges de la bureaucratie ne seront pas remis en question - et ce n'est pas l'intérêt de l'Etat sioniste - les dirigeants du Likoud peuvent compter sur la "compréhension" de la direction de la Histadrouth. Les travailleurs ne sont d'ailleurs pas prêts aujourd'hui à être utilisés par la direction travailliste contre le gouvernement qui a encore la confiance d'une grande partie d'entre eux. Une tentative d'arrêt de travail appelée en juillet par la direction de la Histadrouth après la réduction de certaines subventions aux produits de première nécessité a d'ailleurs rencontré l'indifférence, voire l'hositilité des travailleurs. Seule une réelle mobilisation, sur une base de classe claire serait susceptible de mobiliser la classe ouvrière israélienne qui est loin d'apprécier les mesures antiouvrières du nouveau gouvernement. Mais cela, jamais la direction de la Histadrouth ne le fera. C'est la raison pour laquelle les travailleurs restent dans l'expectative et ne semblent pas prêts à riposter aux attaques de plus en plus dures contre leur pouvoir d'achat et leurs droits. Un nouveau style Si, sur le plan des grandes lignes politiques et économiques, il n'y a pas eu de changements substantiels avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement Begin, il serait faux de ne faire aucune différence entre les deux grands courants politiques israéliens. L'idéologie mystico-religieuse de Menahem Begin et d'une partie du Likoud a une influence à divers niveaux de la vie politique et sociale d'Israël : de profondes réformes sont mises en place dans le contenu et la forme de l'enseignement public, avec intensification de l'éducation civique et religieuse; les déclarations officielles sont parsemées d'expressions religieuses telles que "si Dieu veut", "avec l'aide de Dieu", etc.; la radio et la télévision sont reprises en main et les "éléments antipatriotiques et défaitistes" censurés avant d'être exclus. D'une façon générale, on peut dire qu'il y a en Israel le sentiment qu'un ordre nouveau s'installe, basé sur les valeurs traditionnelles, mais un peu mis à mal par le régime corrompu du Parti travailliste, du patriotisme, du chauvinisme et du mysticisme religieux. Un tel état d'esprit ne peut pas être sans conséquence au niveau de la pratique des diverses institutions
de l'Etat juif et de son personnel dont une partie sera petit à petit renouvelée.
Mais l'ordre nouveau a déjà dès aujourd'hui des incidences très concrètes dans certains domaines de la vie sociale. Les premières victimes du nouveau gouvernement ont été les femmes. En effet, les partis religieux avec lesquels le Likoud •a mis sur pied sa coalition gouvernementale ont exigé et obtenu que la législation autorisant. - avec de nombreuses limites - l'avortement, soit abolie et que les pouvoirs des autorités religieuses sur la vie familiale soient encore accrus. Pour les femmes, le nouveau gouvernement signifie un réel retour en arrière, et tout laisse penser qu'il en sera de même au niveau de la culture (plusieurs émissions télévisées ont été récemment censurées) et surtout des libertés.
C'est au niveau des libertés qu'il faut s'attendre à de nets changements de la part du nouveau gouvernement. Ayant fait du retour à l'ordre et de la main dure contre les "fauteurs de troubles" le centre de sa campagne électorale et croyant sincèrement que les problèmes de l'Etat juif sont avant tout causés par ces "fauteurs de troubles" , la direction du Likoud va sans aucun doute tenter de mettre certaines limites aux libertés existant encore en Israël. Avant tout contre les Arabes et nous y reviendrons, mais aussi contre tout élément considéré comme extrémiste par les gens au pouvoir. Les menaces officielles faites aux dirigeants de la Ligue communiste révolutionnaire (section israélienne de la IVe Internationale) pour leur activité politique au sein de la population palestinienne sont sans équivoques : le nouveau gouvernement de tolérera pas ce que son prédécesseur avait toléré. Il est vrai que le Likoud peut se permettre plus facilement que le bloc travailliste une répression sélective; ce dernier en effet se sentait souvent limité dans ses gestes par ses amis sociaux-démocrates et autres libéraux dont il prenait les avis et les critiques rela• tivement au sérieux. Tel n'est pas le cas de Menahem Begin qui, avant la dernière guerre mondiale voyait en Mussolini un allié et dont les amis sont Vorster et lan Smith, et ce ne sont pas eux qui se révolteront si les dernières libertés démocratiques sont bafouées en Israel. Les palestiniens sous l'occupation Pour ce qui est de la population palestinienne sous occupation israélienne, il faut faire une différence entre ceux qui se trouvent en Israel depuis 1948 et ceux qui habitent les territoires occupés en 1967. Paradoxalement, ce sont les premiers, citoyens formels de l'Etat juif, qui vont davantage souffrir de l'ordre nouveau israélien. Ce n'est pas par hasard si l'une des premières déclarations de la nouvelle équipe dirigeante concernait ceux que les sionistes nomment les "Arabes d'Israe|" : "Nous allons aider les éléments positifs au sein de la population arabe, avait déclaré Amnon Lin, l'homme qui avait exigé de mettre le PC hors-la-loi et qui vient d'être nommé responsable du secteur arabe, mais utiliser une main ferme contre les éléments subversifs qui n'ont aucune fidélité pour l'Etat d'İsrael. " Et c'est effectivement ce que le nouveau gouvernement a commencé à faire : d'une part toute une série de déclarations affirmant que les réfugiés de Bir'em et de Ikrit seraient enfin réintégrés dans leurs villages (ils votent en grande majorité pour les partis sionistes de droite), ce qui a provoqué une vague de critiques de la part du Parti travailliste, et d'autre part, toute une série de mesures d'intimidation contre des éléments présumés radicaux: arrestation d'une compagnie théâtrale, infiltration d'indicateurs dans les mariages arabes qui souvent deviennent des manifestations culturelles arabes, interrogatoires de dirigeants nationalistes connus, etc. Cette politique a comme premier effet de provoquer une certaine expectative au sein de la population palestinienne d'Israel, nombreux militants préférant attendre de voir la politique du nouveau gouvernement pour reprendre une activité politique normale. Envers la population des territoires occupés en 1967, l'attitude du gouvernement Begin est dictée avant tout par la volonté d'intégrer rapidement ces territoires à l'Etat d'Israel. C'est ce qui explique le projet visant à octroyer aux habitants des territoires occupés les mêmes droits sociaux qu'aux citoyens israéliens, mais surtout aussi le plan de quadrillage du général Sharon, ministre de l'agriculture et responsable de la commission ministérielle des colonisations, qui prévoit la constitution rapide de centres industriels (juifs) à travers l'ensemble de la Cisjordanie, reliés entre eux par de grandes routes stratégiques. Le seul problème pour ces deux projets est celui du financement et il n'st pas évident que les USA soient prêts à payer pour ce type de projets. Cepa:dant, les projets annexionnistes peuvent avoir paradoxalement au moins un effet positif : une certaine possibilité d'activité politique légale ouvrirait de nouvelles potentialités aux forces politiques qui luttent dans des conditions très difficiles contre l'occupant sioniste. Or, le projet annexionniste exige précisément une relative libéralisation du régime politique en vigueur. Toujours est-il que, jusqu'à présent, le nouveau gouvernement n'a pas eu à utiliser de méthodes répressives particulièrement dures, non pas tant par souci de libéralisme, mais parce que la mobilisation connaît aujourd'hui un certain recul. La gauche face à la nouvelle situation Le Parti travailliste n'étant pas sorti de la crise profonde qui le traverse, on pourrait s'attendre à un renforcement substantiel des forces politiques se trouvant sur sa gauche et de leurs activités. Rien n'est moins vrai. La gauche sioniste est sortie laminée des dernières élections, alors que, pour la première fois elle se présentait unie devant les électeurs. Cela ne serait pas si grave pour elle si elle envisageait de contrebalancer sa faiblesse électorale par une réelle politique de mobilisation dans la rue; or, même sur des bases sionistes, il est possible d'initier une mobilisation contre les aspects les plus flagrants de la politique gouvernementale. Et pourtant, et quoique que les forces sionistes de gauche reconnaissent - avec beaucoup d'exagération même - que la politique du gouvernement Begin est suicidaire, elles n'ont jamais été si incapables de lancer une contre-offensive politique. Avant les élections, les sionistes de gauche justifiaient leurs hésita-
ISRAËL tions et leurs reculs par la crainte que l'extrême-droite ne tire profit de leurs attaques contre le gouvernement travailliste. On a vu combien cette tactique a été efficace ! Maintenant que le Likoud a quand même gagné les élections, l'argument est inversé, mais les conclusions pratiques restent les mêmes : il faut unir les forces ouvrières et saines d'esprit (le Parti travailliste et la gauche sioniste) avant de lancer une contre-offensive contre le Likoud. Se mettant complètement à la remorque d'un Parti travailliste paralysé et en aucun cas prêt à briser l'union nationale, la gauche sioniste se condamne à l'immobilisme. Ce qui est plus grave, c'est que le Parti communiste développe une stratégie analogue. La priorité pour lui est "d'arrêter la droite chauvine" et de mettre sur pied un large front des forces réalistes, dont le Parti travailliste serait l'élément déterminant. Si pour les partis sionistes de gauche, cette stratégie a sa cohérence, elle devient franchement absurde de la part du PC, qui, malgré ses capitulations successives devant le sionisme, continue - et continuera - à être considéré par l'ensemble des formations sionistes, comme un parti ennemi, se trouvant hors du "consensus national" Hors des joutes oratoires à la Knesset, la seule riposte de masse aux projets réactionnaires du nouveau gouvernement -et celle-ci reste évidemment très limitée - est à mettre au compte du mouvement féministe. Celui-ci a déjà organisé, dans le cadre d'une large campagne contre les nouvelles lois visant à interdire à nouveau l'avortement et à renforcer le pouvoir des autorités religieuses sur les questions familiales, plusieurs mobilisations qui ont réussi à alerter de larges couches au sein de la population. Le mouvement féministe prépare pour cet automne une série de campagnes centrales, qui seront sans doute les seules initiatives contre l'ordre nouveau du gouvernement Begin. Les militants révolutionnaires soutiennent évidemment cette mobilisation qui, à leurs yeux, devrait servir de modèle au type de riposte qu'il est nécessaire et possible d'organiser aujourd'hui. De larges fronts unis pour la défense des libertés démocratiques, contre les projets d'annexion des territoires occupés et les nouveaux plans de colonisation, pour la défense des droits des travailleurs, etc. Mais ce qui est aujourd'hui central dans la stratégie des oragnisations antisionistes c'est de lutter contre tout type d'illusion visant à défendre un sionisme modéré, incarné par le Parti travailliste, face à un sionisme extrémiste et dangereux que représenterait le gouvernement actuel. Cette mystification, qui vise à donner un soutien au parti travailliste "pour arrêter la droite chauvine" est ce quie peut le plus paralyser le début d'une mobilisation des travailleurs juifs pour la défense de leurs intérêts immédi Le sionisme ouvrier n'est pas plus progressiste ni plus ouvrier que celui de Menahem Begin et Ariel Sharon : tous deux visent à embrigader les travailleurs juifs derrière la politique expansioniste de l'Etat colonial et au renforcement des capacités militaires de l'Etat juif. Que le Parti travailliste n'est pas plus à gauche que le gouvernement actuel, il suffit pour s'en convaincre de voir que les critiques actuelles du parti de Shimon Peres et Itshak Rabin se font d'un point de vue encore plus chauvin que le gouvernement en place : il s'oppose au retour des habitants de Ikrit et Birem dans leur village, il attaque le document de travail élaboré par Moshe Dayan et
Cyrus Vance au nom de la "capitulation de l'équipe Begin devant les pressions américaines et de sa modération suicidaire... L'alternative, pour les travailleurs israéliens, au gouvernement Begin, c'est leur mobilisation indépendante pour la défense de l'emploi, du pouvoir d'achat et des libertés; c'est la prise de conscience que toute attaque contre les libertés des masses palestiniennes, toute intensification de la répression, la poursuite de l'occupation - c'est eux qui devront en faire les frais, et au prix fort, en vies humaines, par la réduction de leur niveau de vie et l'érosion de leurs propres droits démocratiques. Face aux tentatives diverses de mettre sur pied des "fronts de la paix" ou des "fronts des forces ouvrières", qui ne sont que des variantes visant à mettre les travailleurs à la remorque du Parti travailliste, les communistes révolutionnaires appellent à la formation d'un large front uni antisioniste qui regrouperait autour d'un programme d'action intransigeant sur la défense de l'ensemble des droits démocratiques toutes les forces politiques qui luttent contre l'oppression nationale du peuple arabe palestinien. Cette perspective, qui a été au centre de la campagne électorale de la Ligue communiste révolutionnaire (Matzpen marxiste), trouve aujourd'hui un écho certain au sein des couches les plus radicalisées de la population palestinienne d'Israël, et de leurs organisations, et peut prochainement se concrétiser par une série d'initiatives unitaires contre les mesures gouvernementales les plus flagrantes. Ce qui sera bien plus difficile mais non moins important, c'est de mobiliser de plus en plus de travailleurs juifs autour de ces initiatives et de faire comprendre, dans l'action et par une agitation systématique, que l'intérêt des travailleurs juifs exige une rupture avec l'Union nationale et la fusion entre la lutte qu'ils mènent, d'une façon encore dispersée pour la défense de leurs intérêts immédiats, et la lutte de libération nationale des masses palestiniennes.
,Sm$ bi leur Le gouvernement Begin, comme réalisation du sionisme dans sa logique ultime, va permettre, à l'intérieur comme à l'extérieur, de démystifier toute une série de fausses vérités concernant l'Etat juif. Les militants antisionistes feront tout pour que les masses juives et arabes sachent en tirer les conséquences qui s'imposent, et avant tout s'unir pour construire dans la lutte l'alternative à l'ordre nouveau qui s'installe en Israel. Non pas un retour à la situation antérieure aux dernières élections, mais une alternative qui mettrait fin à la racine de l'oppression que partagent, de façon très différente certes, les masses juives et arabes — le colonialisme sioniste. collemi selleud