Nous publions ici la fin du rapport politique du camarade Jack Barnes au XXIXe congrès du Socialist Workers Party (SWP), l'organisation trotskyste des Etats-Unis. La première partie du rapport est parue dans le dernier numéro d' "Inprecor". Elle traitait de l'offensive de la classe dominante américaine; celle-ci analyse la riposte de la classe ouvrière et présente les tâches du SWP. Nous publions également la conclusion de Jack Barnes qui faisait suite aux débats du congrès sur son rapport. Pourquoi la classe dominante a-t-elle dû accorder des concessions chaque fois dans le passé ? Il y a cela trois raisons principales. D'abord, pour apaiser les masses laborieuses et leurs alliés, car les maîtres du pays étaient inquiets de ce qui pourrait arriver s'ils n'accordaient pas ces concessions. En deuxième lieu, pour démontrer que le régime capitaliste est réformable. Et en troisième lieu, pour souligner l'idée que si un patron individuel effectivement vous exploite ou vous traite comme un raciste ou un sexiste, le gouvernement d'en haut, ou du moins une section de ce gouvernement, viendra à votre aide. Cela avait pour but de renforcer l'illusion que le gouvernement se trouve au-dessus des conflits sociaux et n'est pas responsable des maux de l'oppression de classe. Mais aujourd'hui, c'est le gouvernement lui-même, à travers les deux partis capitalistes qui organise la suppression de ces concessions. Ce rôle du gouvernement, des tribunaux et du Parlement place de plus en plus de points d'interrogation sur l'opportunité d'une stratégie qui consiste à se fier à ces institutions. Il fait douter de la possibilité de réformer, sinon le système, du moins le Parti démocrate. Voilà le problème auquel la classe dominante va être confrontée au fur et à mesure au'elle approfondit son attaque. Elle a peur que les travailleurs tirent cette conclusion et que ce ne soit le prélude à leur effort pour agir de manière indépendante et massive. Il existe quatre questions importantes que nous devons discuter à ce stade de l'offensive capitaliste : 1) Quels sont les effets de cette offensive sur la classe ouvrière, les nationalités opprimées, les femmes ? 2) Quelles modifications dans la situation politique et dans la polarisation de classe cette offensive a-t-elle provoquées ? 3) Où en est la radicalisation des masses ? 4) Quelles implications cela a-t-il pour le tourant du Parti ?
Jack BARNES Des réponses précises et détaillées doivent être apportées à ces quatre questions. Tout d'abord, les effets de cette offensive sur la classe ouvrière peuvent être résumés simplement : les travailleurs l'ont pris de plein fouet. Telle est la situation depuis le gel des salaires décrété par Nixon en 1971, mais elle s'est considérablement aggravée avec la dépression de 1974-1975. Pas de solutions individuelles Les solutions individuelles - par opposition aux solutions collectives - ont perdu beaucoup de leur crédibilité. Un rapport de l'université du Michigan, résumé dans le "New York Times" , concluait : "Les caractéristiques individuelles telles que l'ambition, la prévision, l'épargne, l'effort... sont largement autonome par rapport au statut social ou au progrès économique. " Aussi ambitieux soient-ils comme individus, la plupart des Américains n'y voient plus une solution. Cette même étude confirme que tous les gains individuels des travailleurs sont précaires. Dans les cinq dernières années, le revenu réel n'a augmenté que pour les 30% d'Américains qui se trouvent en haut de l'échelle sociale - les dirigeants, leurs serviteurs hautement payés et la couche supérieure des travailleurs. Pour le reste d'entre nous, le revenu réel a chuté. Selon l'étude, 7 familles sur 10 sont "économiquement vulnérables" et ont une chance égale de passer plusieurs années dans la pauvreté. La pauvreté les guette à l'occasion d'un licenciement ou de quelques pourcents en plus d'inflation. Si vous êtes habitués à penser à l'amélioration de votre avenir au travers de solutions individuelles, ce rapport est de très mauvais augure. Mais quelle est la solution de rechange ? Ici, il est essentiel de souligner le rôle réactionnaire et pernicieux de la bureaucratie syndicale et de ceux qui la copient dans les directions du mouvement noir et du mouvement des femmes. La confiance des travailleurs et des opprimés américains dans leur propre force n'a pas été brisée. Ils n'ont pas été battus ou écrasés dans une bataille. Mais ils ont été paralysés parce que personne ne les a conduits dans la bonne direction. Les grandes batailles de classes n'ont pas encore eu lieu. Elles sont toujours à venir. Mais les travailleurs sont dans l'impasse par la faute de ceux qui prêchent la collaboration de classe et qui,
USA en pratique, les font dépendre de ceux qui les attaquent. Nous nous trouvons dans ce qu'on pourrait appeler une période préparatoire où des centaines de milliers de gens sont plus intéressés par les réponses à ces questions que par l'action immédiate. Pourquoi les dirigeants officiels ne dirigent-ils pas ? Que pouvons-nous faire ? Quelle est l'alternative ? Ces interrogations s'accompagnent de la conviction qu'il n'y aura pas d'amélioration de la situation et qu'on peut se contenter d'attendre pour la faire changer. La signification de «la nouvelle droite» On a beaucoup parlé de la montée d'une "nouvelle droite" Les éléments en sont perceptibles avec des organisations comme le ROAR de Boston (Restore Our Alienated Rights : Rétablissez nos droit bafoués) qui s'opposent à la déségrégation, au busing, à l'éducation bilingue et bi-culturelle ; des organisations comme "Le Droit de vivre" , des organisations de patrons contre le monopole syndical sur l'embauche; Phyllis Schlafly et les forces qui s'opposent à l'amendement à la Constitution sur l'égalité des droits entre les sexes (ERA : Equal Rights Amendment); les groupes qui sont pour le rétablissement de la peine de mort; Anita Bryant et les groupes antihomosexuels. Il y a les groupes profascistes et le regain de publicité dont jouissent le Ku Klux Klan et les nazis. Dans ces circonstances, les attaques racistes ont été encouragées. De nouvelles agressions se sont produites contre des Noirs à Carson Beach, à Boston. Une fois de plus, au Marquette Park de Chicago, les racistes ont frappé. En même temps, des modifications sont apparues dans les sondages d'opinion publique. Un léger déclin du soutien à l'ERA, aux assurances sociales, à l'abolition de la peine de mort, aux revendications positives. Il est important d'examiner ces développements de plus près. Ils ne reflètent ni la croissance et le déchaînement de forces d'extrême-droite ou fascistes dans ce pays, ni un tournant essentiellement conservateur dans l'attitude des exploités, des opprimés et des jeunes. Ces modifications traduisent l'impact de l'offensive gouvernementale; les frustrations et les hésitations entretenues par l'absence de toute riposte effective et de masse par les syndicats; la démoralisation et la paralysie auxquelles aboutit l'orientation des dirigeants ouvriers qui tentent de convaincre la base qu'il faut s'en remettre à ceux qui sont justement les stratèges de cette offensive. Ce sont ces facteurs et non la montée de la réaction, qui sont à la source du problème. Le glissement à droite appu ent reflète l'offensive gouvernementale et sa pression, et non pas les défaites des travailleurs. Les batailles décisives n'ont pas encore été livrées. Il est vrai que les forces de droite ont repris du poil de la bête. Mais il n'existe pas de mouvement fasciste ascendant. La droite a été encouragée par les initiatives des républicains et des démocrates à la Maison-Blanche, au Congrès et à la Cour Suprême. C'est cela qu'il faut comprendre pour apprécier correctement la politique américaine actuelle. Ceux qui dépeignent les petites formations néofascistes sans influence comme le danger principal - ainsi que commence à le faire le "Daily World" le journal du Parti communiste - dégagent essentiellement les responsabilités des partis et du gouvernement capitalistes.
C'est avant tout le Parti démocrate au pouvoir qui met ces attaques en pratique et ce sont ses initiatives qui donnent confiance et protection à l'extrême-droite. C'est le gouvernement de la classe dominante, dirigé par Carter, qui mène cette offensive. Les illusions persistantes envers le Parti démocrate et Carter constituent le pire des problèmes. Toute offensive de la classe dominante représente la putréfaction des valeurs bourgeoises et de leur écran libéral, cela n'est pas nouveau. Mais nous n'assistons pas encore au financement, à l'organisation, à la libération de forces d'extrême-droite massives. Cette situation ne peut se réaliser que si les travailleurs livrent la bataille et la perdent. Pas avant. Au même moment, la classe dirigeante n'est pas totalement certaine de ses tentatives. Presque toutes les initiatives de l'administration, si vous les examinez avec soin, débutent comme des ballons d'essai. Vous vous souvenez du ballon d'essai à propos de l'imposition de cartes d'identité pour tous les travailleurs ? Cela devait faire partie du plan de Carter pour les travailleurs sans permis de travail. Nous devions tous avoir des cartes. Ils ont tenté de l'imposer mais pour le moment ils ont dû remettre le projet dans un tiroir. Les changements dans l'opinion publique Examinons de plus près quelques-uns des sondages. Quand vous voyez le compte-rendu de tels sondages dans les journaux, soyez sûrs de tout lire. Trouvez la répartition par classe, par sexe et par âge. Laissez-moi vous donnez un exemple à l'aide de trois sondages qui sont parus la semaine dernière. A propos du premier, le titre du journal disait en première page : "L'opinion publique apprécie Carter. " Mais à l'intérieur on pouvait lire le titre complet : "L'opinion publique apprécie Carter plus pour son style que pour son programme. " En réalité que montrait le sondage ? En avril 1977, 70% des personnes interrogées pensaient que Carter serait capable de rétablir la confiance dans le gouvernement. Aujourd'hui, le chiffre est tombé à 61%. Quand il est arrivé à la Présidence, plus de 50% croyaient que Carter réduirait le chômage de façon significative. En un peu plus de 6 mois, on en est à 37%. Quand il est entré à la Maison-Blanche, près de 40% pensaient qu'il allait équilibrer le budget et contrôler l'inflation. Actuellement, ils sont 23%. Il y a six mois, 83% des Noirs interrogés étaient favorables à l'administration Carter et croyaient qu'il donnerait des avantages à ceux qui l'avaient élu, c'est-à-dire la couche décisive de plus de 90% des électeurs noirs. Désormais le pourcentage est de 14%. Second sondage, le titre de la première page dit : "L'opinion publique est contre la sécurité sociale. " A l'intérieur du journal on peut lire le titre complet : "L'opinion publique est contre la sécurité sociale, mais pour des programmes d'assistance. " Le sondage demandait : "Pensez-vous que les gens ont besoin de la sécurité sociale ou qu'ils peuvent vivre sans elle ?" 54% répondaient qu'ils pouvaient s'en passer. "Etes-vous pour un programme national de santé ?" "Oui", répondaient 81%. "Pour une aide aux familles pauvres ayant des enfants à charge ?" "Oui", disaient 81%. "Des soins gratuits pour les pauvres, financés par le gouvernement ?" "Oui" di-
saient 82%. Ainsi, lorsqu'on passe de la rhétorique et des mythes de la sécurité sociale aux faits concrets, les chiffres changent énormément. La même semaine, on fit un sondage sur l'attitude des gens envers la situation à l'embauche et les garanties spéciales pour certaines catégories. A la question : "Etes-vous pour donner 'une attention particulière' aux problèmes des Noirs ?" 71% répondaient "non". Mais quand on leur demandait : "Etes-vous en faveur de la sécurité de l'emploi pour les Noirs ? " 74% répondaient "oui". Soit dit en passant, à la question sur "une attention particulière aux problèmes des Noirs" ', la majorité des Noirs répondait favorablement. Le commentaire du sondage remarquait que les "Blancs pauvres" se prononçaient davantage pour des garanties spéciales accordées à certaines catégories que les "Blancs aisés" "Etes-vous pour accorder une considération spéciale aux femmes ?" "'Non" répondaient 72%. Mais à la question : "Etes-vous pour imposer la garantie de l'emploi en faveur des femmes ? ", 74% répondaient "oui" Enfin, ils demandèrent si "le gouvernement devait faire passer des lois pour garantir un emploi aux homosexuels ". 50% se prononcèrent en faveur de telles lois, et seulement 35% contre. C'est un changement considérable par rapport à la situation d'il y a dix ans. Les sondages donnaient la répartition des réponses. Parmi les personnes âgées de plus de 65 ans, dont l'opinion s'est formée bien avant les années 60, il n'y avait que 23% de personnes interrogées qui étaient favorables à ces lois. Près de la moitié des personnes entre 45 et 64 ans étaient pour; 73% de tous ceux qui avaient moins de 30 ans étaient en faveur de lois pour la garantie de l'emploi des hosexuels et des lesbiennes. Nous pouvons en tirer une leçon. Il ne faut pas seulement examiner les sondages de près, mais il faut chercher à voir comment les opinions différentes par classe, par nationalité, par sexes et par âge apparaissent dans les sondages. C'est cela qui nous intéresse car on y voit émerger le caractère contradictoire de la polarisation de classe de "l'opinion publique". «Les droits humains commencent par chez nous" Le dernier sondage sur les homosexuels nous amène à traiter de trois évènements qui se sont produits au cours des derniers mois et qui jettent une nouvelle lumière sur le stade actuel de la radicalisation. Il s'agit d'abord de la réaction des militants homosexuels, des militantes lesbiennes et des centaines de milliers de leurs partisans, à l'offensive dirigée par Anita Bryant avec succès à Miami; il s'agit ensuite de ce qui s'est passé à New York en juillet lorsque l'électricité est tombée en panne pendant 24 heures; enfin, il s'agit du mouvement antinucléaire montant. Les centaines de milliers de manifestants qui sont descendus dans la rue pour protester contre la campagne d'Anita Bryant, portaient le slogan : "Les droits humains commencent par chez nous." J'estime que c'est le meilleur mot d'ordre contre Carter. Si nous nous en tenons à ce mot d'ordre et l'appliquons partout, nous ne pouvons manquer notre objectif car l'administration Carter ne mettra pas longtemps avant de tomber le masque. Les droits humains sont bien la dernière chose qu'elle veuille défendre et étendre, aussi bien ici qu'ailleurs dans le monde. Ces réactions furent une explosion spontanée. Les manifestations n'étaient pas organisées et préparées partout. Des centaines de milliers de défenseurs des droits des homosexuels et des lesbiennes réagirent. Ils avaient été touchés émotionnellement, politiquement et intellectuellement par la défaite du décret sur les droits des homosexuels et des lesbiennes lors de la consultation de Miami. Et ils sortirent tous pour dire ce qu'ils ressentaient. Au contraire de tant d'autres mouvements, il n'y avait aucun bureaucrate, aucune direction chevauchant le mouvement pour le paralyser. L'ampleur du soutien fut remarquable. Nous avons même vu des syndicats soutenir les professeurs homosexuels par la voix de sections locales et même du secrétaire général de la Fédération américaine des enseignants, Albert Shanker. Pour la première fois nous avons vu d'autres dirigeants et aussi la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People : Association nationale pour le progrès des gens de couleur) soutenir ce mouvement. Comme le disait Joel Aber, notre candidat lors des élections à la mairie de New Orleans, dans un rassemblement de plusieurs milliers de personnes dans cette ville : "Ils veulent que les Noirs retournent aux plantations, que les travailleurs retombent sous la coupe des patrons de droit divin et que les homosexuels rentrent dans le placard. " Voilà pourquoi tout le monde doit se dresser et se battre. des centaines de milliers de ces manifestants sont d'accord avec Joel Aber. C'est pourquoi ces manifestations ont eu un effet tellement stimulant pour le moral des opprimés, des exploités et pour tous ceux qui veulent combattre la répression. L'une des meilleures indications de cet état d'esprit se trouve dans un article qu'Ed Heisler m'a montré il y a 5 jours et qu'il avait découpé dans un hebdomadaire de Whitesburg (Kentucky). Le journaliste relatait la tenue d'une réunion de dirigeants de la section locale du syndicat des mineurs. Ceux-ci discutaient pour savoir s'ils devaient organiser une manifestation devant le Congrès, à Washington, pour protester contre les attaques qui sont portées contre leur caisse de maladie. L'un des dirigeants défendit le principe de la manifestation en disant : "Si les homosexuels de ce pays peuvent gagner leur reconnaissance, alors les mineurs doivent faire pareil." Je n'ai aucun moyen de connaître ses opinions sur l'homosexualité, mais cette déclaration politique qu'il a faite doit être soutenue. La révolte des "animaux» Ce qui s'est produit lors de la panne d'électricité de New York doit également être souligné. Après les émeutes du ghetto en 1967, la classe dominante a beaucoup parlé de procéder à des réformes pour alléger ce qu'elle appelle "le problème de la ville", plutôt que le problème du capitalisme et du racisme. Mais en 1971, avec Nixon, elle décidait que les besoins sociaux des grandes villes devaient être froidement sacrifiés. Si vous avez en mémoire ce que Dick Roberts écrivait à propos des plans de la bourgeoisie à cette époque, tout ce qui est arrivé depuis ne constitue guère une surprise. La décision des cercles dirigeants était donc de sacrifier des centaines de milliers d'êtres humains des grands centres métropolitains. Quelles sont les données sur le chômage des Noirs à New York et dans les autres grandes villes américaines ? Les chiffres les plus élevés ont été fournis par la Urban League (Ligue urbaine). Certains ont dit qu'ils étaient probablement gonflés par l'impar-
USA tialité de l'Urban League. Je crois qu'ils montraient que 55 ou 60% peut-être des jeunes Noirs étaient chômeurs dans les villes où lasituation est la pire. Il ya 5 jours, on publie un rapport - un rapport fait par le gouvernement et non par l'Urban League ; par le gouvernement fédéral et non l'administration de New York ou d'un Etat à la recherche de crédits. Ce rapport traitait du chômage de tous les jeunes de 16 à 19 ans et pas simplement de ceux qui n'ont pas abandonné la recherche d'un emploi et sont ainsi officiellement enregistrés comme chômeurs. Cette étude montrait qu'en juin 1977, 86% des jeunes Noirs de New York n'avaient pas de travail. Si c'est exact, il doit y avoir plus de 90% des jeunes Portoricains de New York qui sont dans la même situation. L'étude révélait aussi que 74% des jeunes Blancs n'ont pas d'emploi. Tels sont les faits rapportés par le gouvernement fédéral sur le chômage des jeunes à New York. Et New York n'est pas la seule ville à être afligée de ce fléau. A Philadelphie, 72% des jeunes sont chômeurs; à Washington, 74%; à Détroit, 74%; à Baltimore, 77%. De 1970 à 1976, à l'exception de Houston (Texas), le chômage des jeunes n'a pas cessé d'augmenter dans les principales villes du pays. Tel est l'avenir que le capitalisme offre à la vaste majorité de la jeunesse ouvrière des grandes villes américaines. Cela constitue une bombe à retardement qui menace les capitalistes dans le monde entier. C'est cette explosion qu'ils redoutent car rien n'est réglé, rien n'est stabilisé. Si vous avez des doutes sur la radicalisation de la jeunesse non scolarisée, vous auriez dû vous trouver dans les rues de New York il y a quelques jours. Un problème supplémentaire s'est posé pour les gouvernants. Quand l'explosion a commencé, les dirigeants "responsables" ne dirigeaient pas et ne pouvaient pas diriger. Tous les journaux se lamentaient : "Où sont donc passés les dirigeants noirs ?" Nous pouvons le leur dire. Les futurs dirigeants noirs étaient avec les masses dans la rue. C'est là qu'étaient les véritables dirigeants noirs. C'est le seul endroit où se trouvent les futurs dirigeants. A New York, nous avons vu la haine et la crainte que les gouvernants ont pour leurs victimes. Il fallait lire les journaux de New York tous les jours pour constater la profondeur de leurs sentiments. Ils commencèrent par appeler les militants "extrémistes". Ce sont des extrémistes tout comme les syndicalistes, tout comme les femmes. Et puis ils ont dit franchement ce qu'ils pensaient : "Ce sont des animaux, ce sont des animaux. " Voilà leur réponse : dénier toute humanité aux victimes de leur système quand les victimes passent à l'action directe contre leurs exploiteurs. «Il vaut mieux être actif aujourd'hui..." Le mouvement contre l'énergie nucléaire qui est récemment apparu sur une échelle considérable et nationale, nous donne aussi des indications sur le stade actuel de la radicalisation. Les organisations de ce mouvement ce sont souvent données des noms d'animaux comme clams, ormeaux, huîtres. Contrairement aux capitalistes, ces êtres-là ne tuent jamais pour de l'argent, ce qui les place d'emblée au-dessus d'eux. La montée du mouvement antinucléaire n'est pas seulement le reflet d'un autre aspect de la radicalisation et de son potentiel, elle représente une dénonciation de l'absurdité du système fondé sur le profit et de ses dangers si nous ne parvenons pas à nous en débarrasser. Dans le système, ce qui est décisif, ce n'est pas la sécurité ou les besoins des futures générations, mais les profits des plus puissants des monopoles. Derrière le plan Carter pour l'énergie, se trouvait la décision d'extraire plus de charbon et d'implanter davantage de centrales nucléaires, indépendamment de ce qui pourra arriver aux générations futures ou des dégâts causés à la vie, au corps et à la santé des travailleurs d'aujourd'hui. Considérant que cela fait partie du privilège d'avoir un emploi, les patrons attendent des travailleurs qu'ils avalent, respirent et soient au contact de la poussière de charbon, du pétrole, des vapeurs de coke, du benzène, des dérivés des gaz de moutarde, du vinyl chloride, d'oxide ferreux, de l'amiante et d'innombrables autres poisons. Le gouvernement a même admis, l'autre jour, qu'il ne savait pas ce qu'il était advenu de 4 tonnes d'uranium enrichi et de plutonium fabriqués dans les centrales nuclaires du pays. 4 tonnes! Vous en avez peut-être dans votre poche ou dans votre corps. Le mouvement antinucléaire - qui dans le monde entier, proclame : "Non à l'atome" et "mieux vaut être actif aujourd'hui que radio-actif demain" - dit une vérité essentielle. Il met aussi en cause le droit du gouvernement capitaliste de prendre des décisions, en matière d'énergie nucléaire, qui concernent l'humanité pour des millions d'années. Le mouvement met en relief une loi fondamentale du capitalisme, à savoir qu'au stade de son déclin, les forces productives se transforment de plus en plus en forces de destruction. Destruction des travailleurs, de l'environnement, voire de l'humanité . Marx a découvert cette loi et le mouvement antinucléaire est en train de la populariser massivement. Nous aboutissons ici à un autre exemple frappant de collaboration de classe. Ce qui est bon pour les patrons est bon pour les travailleurs voilà ce que dit la bureaucratie syndicale à propos de l'industrie de l'énergie nucléaire. De plus en plus de travailleurs ne sont pas d'accord. Le gouverneur du New Hampshire a utilisé deux qualificatifs contre les manifestants qui protestaient contre la construction de la centrale de Seabrook : "extrémistes" et "animaux". Oui, il a même dit animaux" parce qu'ils étaient venus protester, comme c'est leur droit. Les capitalistes et les partisans de la collaboration de classes ont tort. La grande source d'énergie de l'avenir n'est pas nucléaire, mais sociale et politique - c'est l'énergie qui réside parmi les travailleurs. Pour nous, ce n'est pas qu'un slogan ou un souhait. L'énergie nucléaire n'est pas la force qui réorganisera et étendra la richesse de l'humanité et qui nous conduira à un nouveau stade du progrès social. Elle ne le fera pas et elle ne pourra pas le faire. Il n'y a qu'une force au monde • qui puisse le faire. Ce sont les travailleurs, en prenant en main toutes les forces productives et en les organisant rationnellement, en les développant pour le bien de toute l'humanité. Le début de la radicalisation Cela nous amène à l'analyse du niveau actuel de la radicalisation en liaison avec le tournant de notre parti. Il ne faut pas perdre de vue les implications de ces développements, en particulier les implications de la croissance d'un mouvement antinucléaire international malgré le tir de barrage de la propagande gouvernementale de ces 4 dernières années sur la
crise de l'énergie et les économies d'énergie. En Corée, il est survenu un incident qu'on a peu remarqué. Lorsque le secrétaire d'Etat à la Défense est arrivé en Corée du Sud, il y a 15 jours, 17 Gl's lui ont remis une pétition contre le soutien américain à la dictature de Park. Les Gl's repoussaient comme "propagande militaire primaire" l'idée que les troupes américaines stationnaient en Corée pour défendre un gouvernement démocratique. Ils disaient : "Nous croyons que les gens qui risquent leur vie à cause de décisions politiques ont le droit de participer à ces décisions. " Ils disaient aussi qu'ils étaient outrés par la corruption du Congrès par les pots de vin de la CIA sud-coréenne. Cela se passait dans l'armée "nouvelle, hautement disciplinée et formée de volontaires. " Les Gl's sont-ils prêts pour une nouvelle guerre ? Les futurs conscrits sont-ils prêts pour une nouvelle guerre ? Ceux qui ont exproprié à New York ce qu'on leur avait volé, sont-ils prêts pour une nouvelle guerre ? Et les Noirs, et les populations d'origine latino-américaines ? Acceptent-ils l'idée qu'ils doivent vivre dans l'inégalité ? Que la discrimination est constitutionnelle ? Que l'égalité ne fait pas partie des préoccupations du gouvernement ? Et accepteront-ils d'être renvoyés ? Parcourez toute cette liste de questions, point par point; partout la réponse est : non. Ces gens sont prêts à agir par eux-mêmes et pour eux-mêmes, si une direction leur montre la voie. Cela a été démontré dans les manifestations pour les droits des homosexuels, dans les manifestations antinucléaires. Les métallurgistes de Mesabi et les mineus de Virginie occidentale le montrent, chacun à leur façon. Les métallurgistes qui soutenaient la campagne syndicale de Sadlowski ? Les jeunes militants mineurs ? Ils étaient tous appelés "extrémistes" . Universellement on les condamnait comme des "extrémistes" tandis que les propriétaires des mines les traitaient comme des "animaux". Constituent-ils donc une exception sans importance ? Nous répondons : non. Ces événements marquent le début de la radicalisation de la classe ouvrière, de notre classe. Ce ne sont pas des exceptions. Ils ne sont peut-être pas encore généralisés, mais ils représentent l'avant-garde de ce qui se prépare. Ce n'est qu'un début, mais c'est le début de quelque chose de nouveau dans notre expérience directe. Le combat pour la démocratie syndicale, pour le contrôle des travailleurs sur leurs syndicats, pour qu'ils soient leurs intruments, ce combat-là vient d'en bas. Ces tentatives de riposter continueront malgré les faux départs et les mauvais dirigeants. Et les implications de ce processus sont profondément révolutionnaires. Comme les méthodes de collaboration de classe donnent de moins en moins de résultats et de plus en plus de défaites, les illusions en Carter et envers le Parti démocrate tendront à disparaître. L'alternative à l'impasse de la collaboration de classe n'est peut-être pas encore claire, mais la disposition au combat pour le changement est claire, elle. Le SWP se trouve dans une phase préparatoire d'explication, de croissance modeste et d'organisation - pas dans une phase de direction d'action de masse et de recrutement à grande échelle. Mais nous devons surtout être clairs sur deux choses. D'abord, les partisans de la collaboration de classe n'ont rien à donner à la masse de ceux qui sont tournés vers eux. Les Carter, les démocrates, les tribunaux ne peuvent donner à un nombre croissant de travailleurs ce que ces derniers sont en droit d'attendre. Les choses empireront pour eux. C'est l'offensive de la classe dominante qui est la grande force subversive. Les attaques vont stimuler les luttes défensives. Certaines seront battues. Certaines s'arrêteront dans une impasse. Certaines chercheront à se limiter aux revendications économiques. Certains se transformeront spontanément en action directe. Certaines, au début, se retrouveront sans direction. Mais au cours de tout ce processus, de nouveaux dirigeants apparaîtront, ouverts à de nouvelles idées et les luttes poseront de façon pressante de nouvelles questions politiques. Dans ce processus, un parti révolutionnaire de travailleurs bolchéviques croîtra et fera ses preuves. Nous devons nous souvenir des conseils que Trotsky nous donnait à propos de la politique américaine. Il nous avertissait : attention à la confusion concernant l'arriération des travailleurs américains. Le fait qu'il n'existe aucun parti social-démocrate de masse, aucun parti stalinien de masse et qu'ils ne peuvent donc pas contrôler le mouvement ouvrier, tout cela a un aspect négatif. Il révèle l'absence de développement politique historique dans la conscience de la classe ouvrière américaine. Mais cela comporte aussi un aspect positif. Les réformistes, en plus de la bureaucratie syndicale ne sont pas assis sur le dos des travailleurs américains. Les travailleurs peuvent agir et changer à une vitesse inattendue. Trotsky comprenait la spécificité de la politique américaine. Nous n'agissons pas comme si une explosion allait se produire demain, mais nous nous préparons et nous nous organisons parce qu'elle peut se produire. Le tournant du SWP Dans la prochaine montée, dans la prochaine vague de radicalisation, le SWP ne peut répéter ce qu'il fit dans les années 60. Nous échouerions si nous essayions. Ce que nous avons fait n'était pas faux. Fondamentalement, tout était juste, y compris l'expulsion du sectarisme, de l'ouvrièrisme et de l'opportunisme hors de notre organisation. Sans cela, nous ne serions pas là aujourd'hui. Mais la simple répétition de la tactique appliquée dans les années 60 ne suffit pas et est promise à l'échec. Parce que cette prochaine montée, cette nouvelle vague de radicalisation, tout en possédant des aspects similaires à celle des années 60, en différera essentiellement par un aspect. Dès le début, le rôle du mouvement ouvrier organisé, de la classe ouvrière, et la bataille à l'intérieur du mouvement ouvrier à propos de son rôle, seront des questions clés. Nous ne connaîtrons pas de nouveau la situation des années 60, quand le mouvement ouvrier resta, pendant près de dix ans, à l'écart des questions politiques nationales les plus brûlantes comme le combat contre la guerre du Vietnam. Ce qui se passe nous montre déjà qu'il s'agira d'une lutte combinée. Les questions économiques, sociales et politiques seront toutes posées à l'intérieur comme à l'extérieur du mouvement ouvrier. La main d'œuvre actuelle a des caractéristiques différentes. La "nouvelle majorité" véritable, c'est celle de la classe ouvrière américaine : les jeunes travailleurs, les femmes, les nationalités opprimées. De là viendront les nouveaux dirigeants. Si cela est vrai, si cette période doit être différente, si la classe ouvrière a changé, alors ce parti doit aussi changer. Non pas en perdant de sa souplesse, de son dynamisme, de sa politique et des candidats aux élections qui la défendent;
USA non pas en perdant ses bonnes traditions d'organisation de parti léniniste - mais en modifiant l'accumulation d'expérience directe dans le mouvement ouvrier et dans le mouvement des opprimés. Il sera différent par les membres et les sympathisants, par le nombre de lecteurs de notre presse, par notre audience, notre influence, notre réputation et la confiance dont nous jouissons. Dans la prochaine vague de radicalisation, ce parti doit aussi avoir changé de composition sociale par rapport aux années 60. Si tout cela est vrai, nous devons continuer à approfondir le tournant engagé. Nous devons propager notre politique dans les usines et dans les organisations et les communautés d'opprimés. Nous n'aurons pas les mêmes possibilités, les mêmes tâches et les mêmes épreuves que celles de la précédente phase de radicalisation. Mais nous aurons des possibilités, des tâches, des épreuves plus importantes, historiques en vérité. Nous proposons de poursuivre cette orientation, non parce que nous l'avons trouvée dans un livre ou parce qu'elle correspond à nos souhaits, mais parce que nous croyons qu'une analyse honnête, scientifique et lucide de la réalité présente nous montre que le capitalisme créera les conditions de notre victoire. Si nous poursuivons l'orientation que nous nous sommes donnée, jusqu'au bout, alors, un jour viendra où les George Meany, les Andrew Young, les Leonel Castillo et les Eleanor Smeal s'adresseront à la maiorité des travailleurs américains en action - qu'ils considèrent comme des "extrêmistes" et des "animaux - pour leur dire, d'unair suffisant comme l'a fait Andrew Young : "Mais vous n'avez nulle part ailleurs où aller. " Et la réponse des travailleurs sera : "Si, nous avons le parti révolutionnaire des 'animaux' et des 'extrémistes' Nous le connaissons, nous avons confiance en lui et il s'appelle Socialist Workers Party."
Conclusion des débats
J'aimerais dire quelque chose sur la question soulevée pendant la discussion, de l'Union soviétique, des armes nucléaires et du désarmement. Ce n'est pas une question nouvelle pour nous. Trotsky nous a enseigné notre position fondamentale qui est o expliquée dans son ouvrage capital "Défense du marxisme"... La défense de l'URSS est une partie nécessairé de la défense du prolétariat mondial dans sa lutte pour le socialisme. Bien sûr cela ne donne pas la réponse à toutes les questions. Cela indique par où commencer. Nous commençons par le fait que l'expansionnisme et la guerre sont inhérents au capitalisme. co Il est doté d'une soif insatiable de profits et d'une propension à l'expansionnisme. Ce caractère agressif ne constitue pas une caractéristique de l'économie planifiée de l'Union soviétique, en dépit de la dégénérescence de sa direction. Depuis la Seconde Guerre mondiale, toutes les escalades de la course massive aux armements, sans exception, ont été préparées et mises en pratique par la classe dirigeante américaine. Il existe deux aspects à la défense de l'URSS - l'aspect politique et l'aspect militaire. Le premier est de loin le plus important. La défense politique de l'URSS et de tous les Etats ouvriers signifie avant tout, mobiliser et stimuler les masses populaires pour le soutien aux luttes du prolétariat, pour la défense des conquêtes du prolétariat et pour qu'elles s'organisent pour accomplir la tâche qu'elles sont les seules à pouvoir accomplir: désarmer ! les lanceurs de bombes de leur propre pays. lI n'existe qu'une force au monde qui puisse désarmer l'impérialisme américain : la classe ouvrière américaine et ses alliés. Aucune puissance militaire d'aucun Etat ouvrier, dégénéré ou pas, ne peut y parvenir, quelle que soit sa puissance. De ce point de vue, nous nous opposons à tout acte de la bureaucratie soviétique qui constitue un obstacle aux luttes mondiales de la classe ouvrière ou rabaisse sa capacité à agir consciemment et collectivement. Les actes de la bureaucratie soviétique sont souvent contradictoires. Quand elle défend l'URSS contre l'invasion d'une armée étrangère - comme lors de la Seconde Guerre mondiale - c'est progressiste. Les moyens qu'elle emploie pour le faire peuvent être réactionnaires (par exemple la propagande chauvine, la restriction des droits des travailleurs, le pillage des territoires occupés, le meurtre systématique des révolutionnaires, etc.) Nous prenons ces deux aspects en considération dans notre position. Apprécier certaines initiatives militaires du Kremlin et les condamner n'est pas un fait nouveau non plus. En 1963, la bureaucratie soviétique a rompu l'accord sur l'interdiction des essais nucléaires atmosphériques. "The Militant" condamne aussitôt cette initiative dans un éditorial. "The Militant" expliqua que les quelques gains technologiques minimes de ces essais étaient largement compensés par l'effet démoralisateur de cette initiative sur le prolétariat mondial et par le prétexte qu'ils fournissaient aux fauteurs de guerre impérialistes pour se draper dans la bannière du désarmement. Ces essais contribuèrent à désorienter le sentiment croissant des masses en faveur du désarmement dans le monde capitaliste. La meilleure défense de l'Union soviétique ne réside pas seulement dans l'établissement et le renforcement de la supériorité de l'économie planifiée sur l'anarchie capitaliste, mais dans la capacité des socialistes au pouvoir, d'un Etat ouvrier, d'étendre la démocratie d'une façon jamais vue sous le capitalisme le plus progessif, de favoriser un nouvel épanouissement de la science, de la littérature, de l'art et de l'activité créatrice de la large majorité de la société. Joseph Hansen, dans son article du 24 juin paru dans "The Militant" mettait en relief l'orientation que pourrait adopter une direction révolutionnaire. Que se serait-il passé, demandait Joseph Hansen, si au lieu de dépendre de l'initiative de Carter, Brejnev avait pris les devants ? Que serait-il passé si l'URSS avait proposé à Carter : débarrassons-nous de toutes les armes qui sont en nombre suffisant pour rayer chacun de la carte ? Carter n'aurait jamais pu accepter une telle proposition. Cette initiative aurait été bien meilleure que toute la publicité faite au refus de Brejnev face aux propositions de Carter d'avancer vers le désarmement Bien que leurs fondements économiques soient différents, on ne peut pas plus compter sur la bureaucratie soviétique que sur la classe dominante américaine pour désarmer les fauteurs de guerre et avancer vers le socialisme. De même que la IVe Internationale, nous nous sommes prononcés depuis plus de 20 ans pour le désarmement nucléaire inconditionnel et immédiat de toutes les puissances impérialistes. Mais cette position ne vaut pas pour l'Union soviétique. Ni le SWP, ni la IVe
Internationale n'appellent au désarmement unilatéral de l'URSS face à l'arsenal de Washington. Mais nous soulignons comment se conduirait une direction révolutionnaire dans un Etat ouvrier, sur cette question; comment elle procéderait à une diplomatie ouverte, à des négociations dénuées de tout secret sur ces questions de vie ou de mort; comment elle essayerait de se débarrasser de ces instruments de mort aussi vite que possible au lieu de s'engager dans une folle course aux armements avec la classe dominante américaine. Qu'a dit Gromyko de Carter, une semaine après le fiasco des négociations sur le désarmement? "Nos partenaires ont abandonné leur approche constructive. " "Nos partenaires" "nos copains". C'est bien de cette façon que la bureaucratie soviétique perçoit la classe dirigeante américaine: comme ses partenaires. De la même façon, les bureaucrates syndicaux considèrent les patrons comme leurs partenaires. La collaboration de classe à tous les niveaux participe à l'intensification de la folie capitaliste. La bureaucratie soviétique et les bureaucrates syndicaux américains sont des dirigeants de cette espèce. Ceci est lié à la question de l'énergie nucléaire. Nous avons la responsabilité de montrer exactement ce que la bureaucratie soviétique fait dans ce domaine. Elle avance comme les capitalistes américains avec la même absence de préoccupation, le même mépris des travailleurs et de ceux qui vivent dans ces conditions. A ce niveau, il n'y a aucune différence entre les deux. Dans ce domaine, nous sommes solidaires de tous ceux qui, dans le monde, luttent pour mettre fin à l'expansion incontrôlée de l'énergie nucléaire, que ce soit sous forme d'armes ou sous forme de centrale. La question nucléaire est aussi un révélateur de la nature du mouvement stalinien. Le PCF fait pression pour l'extension de l'énergie nucléaire. Il est à droite des sociaux-démocrates sur cette question. Les staliniens français se prononcent pour le maintien de la force de frappe sous commandement militaire français. Le PCI est un grand défenseur des tarifs préférentiels. Le PCF soutient l'intensification du protectionnisme en matière de produits agricoles. La collaboration de classe pousse toujours davantage à renforcer la folie de la société capitaliste à tous les niveaux. Notre position fondamentale sur l'énergie nucléaire est claire. Nous avons besoin de développer la discussion pour améliorer notre compréhension et notre analyse. Mais certaines parties de notre programme sont simples. Nous proposons la fermeture totale de l'industrie nucléaire dans le pays; la nationalisation sous contrôle ouvrier de tout le secteur énergétique; l'ouverture des livres de comptes des grandes compagnies pour en finir avec l'hypocrisie et la fraude régnant autour de la crise de l'énergie. La bureaucratie syndicale parle d'un prétendu compromis : en échange d'emplois plus nombreux on accepte de produire des choses dangereuses. Mais c'est une farce complète. Il y a moins d'emplois. Les termes de l'échange seront: moins d'emplois pour moins de travailleurs dans des conditions de sécurité pires, sans parler de ce qui arrivera aux généra -tions futures. C'est là que le mouvement antinucléaire et les modifications dans le mouvement ouvrier peuvent commencer à se rencontrer.
Nous ne sommes pas seulement pour la fermeture de toutes les centrales nucléaires, foncièrement dangereuses sous lecapitalisme, mais nous disons qu'un Etat ouvrier dans le pays commencerait par les fermer toutes. Il les fermerait et, ensuite, mettrait en œuvre un programme de recherches sur une grande échelle, organisé par les travailleurs concernés, afin de progresser avec des sources énergétiques sûres, efficaces et non dangereuses. C'est simple, c'est direct et c'est cela quenous devons développer, expliquer et populariser. Notre positionsur cette question est étroitement liée à celle que nous avons sur d'autres questions. Il y a deux ans, lorsque nous avons adopté nos thèses sur "Les perspectives du socialisme en Amérique", nous avons discuté de l'action affirmative (des clauses spéciales pour certaines catégories de travailleurs dans les contrats de travail). Nous devons être tout à fait clairs sur de telles questions. De même qu'à propos de l'énergie nucléaire, l'action affirmative n'est pas une position que nous appelons le mouvement ouvrier à soutenir en dépit du fait que cela implique que les travailleurs aient quelques chose à y perdre. Non! Au contraire, les travailleurs perdront plus en n'adoptant pas cette position. L'action affirmative n'est pas une conception morale selon laquelle les travailleurs blancs et mâles se sacrifient, par charité, pour aider les travailleuses, les travailleurs noirs et ceux d'origine latino-américaine. Les structures et le niveau des salaires ainsi que les conditions de travail de toute la classe ouvrière sont viciés par la discrimination, le racisme et le sexisme. Toute la structure salariale est construite depuis la base, sans exception. Cela concerne tous les salariés. La capacité de la classe dirigeante de rogner l'action affirmative, les quotas, porte des coups sévères à l'un des fondements les plus importants de la classe ouvrière, c'est-à-dire les aspirations véritables des travailleurs, ce à quoi ils pensent qu'ils ont droit et pour lequel ils sont prêts à se battre. Dans la mesure où les aspirations s'étendent, où le moral s'améliore, où les batailles sont gagnées, la classe ouvrière tout entière se renforce. Le processus accomplit quelques chose que la bureaucratie soviétique, que les bureaucrates des PC, que les bureaucrates syndicaux ne peuvent voir : cela affaiblit l'ennemi. Cet ennemi c'est le patron et son gouvernement. Là, nous nous trouvons à l'exact opposé de ceux qui pratiquent la collaboration de classes. Au contraire de Brejnev, nous ne voyons parmi les capitalistes aucun partenaire. Nous disons que tout ce qui affaiblit l'en• nemi fait progresser la lutte pour le socialisme. Voilà ce qu'est une position de classe. La lutte pour l'action affirmative, la lutte contre l'énergie nucléaire, contre la répression des travailleurs prétendument "illégaux" , contre le refus de la bureaucratie syndicale d'organiser les chômeurs - voilà des revendications de la classe ouvrière. Elles renforceront notre classe contre l'ennemi de classe. Elles réduiront les divisions que les patrons ont créées et utilisées pour mieux nous exploiter et nous opprimer. Elles ouvriront la voie vers le programme d'un parti ouvrier indépendant, d'un parti qui se batte pour les intérêts de la classe ouvrière et ne collabore pas avec les exploiteurs et les oppresseurs.