Les journées et les semaines passent et le PS et le PC semblent s'installer dans la polémique sans fournir aux travailleurs les moyens d'intervenir dans le débat. "Soutenez le PS, garant de l'Union de la gcuche", déclare F.Mitterrand. "Soutenez le PCF dans son combat pour un bon programme commun" répond G. Marchais. Et la polémique se transforme en division alors que les travailleurs encaissent chaque jour un peu plus les effets du plan d'austérité.
Oú en est-on? Où va-t-on?
Finiront-ils par se mettre d'accord? Le dernier Comité central du PCF représente une escalade sérieuse dans la polémique. Le PS n'est plus seulement accusé de refuser la nationalisation des filiales, le SMIC à 2 400 F., la limitation de la hiérarchie de l à 5. Il est accusé d'être un parti au service de la grande bourgeoisie, dirigé par des technocrates de l'appareil d'Etat et en conséquence d'avoir fait un brusque tournant à droite pour gérer la crise du capitalisme. Mais peut-on sortir le pays de la crise sans marcher au socialisme ? Peut-on satisfaire les revendications des travailleurs en gardant l'économie de marché et la concurrence capitaliste, responsable justement de la crise ? Non ! Or, justement Georges Marchais réaffirme dans son rapport au Comité central : "Avons-nous cherché à 'faire passer' un pro¡et de construction d'une société socialiste ? Evidemment :10 non"! C'est-à-dire, qu'à l'évidence, le PCF se place sur le même terrain que le PS : la réforme du capitalisme. En effet, l'un et l'autre prétendent redévelopper les investissements grâce à l'accroissement des profits que permettraient une relance de la consommation intérieure. Mais le PS craignant qu'une telle relance ne débouche sur un accroissement des importations entraînant un dévaluation du franc et à sa suite, une inflation galopante, veut modérer les revendications, alors que le PCF semble envisager un repli hexagonal sous la bannière : "consommer français, produire français" Mais dans cette discussion, ni l'un-ni l'autre ne proposent de mettre à bas le capitalisme, car ce n'est pas la nationalisation de moins de 0,5% des entreprises - sur quoi porte la divergence - qui peut changer la logique du système. Dès lors, toutes les critiques faites par le PC aussi pertinentes soient-elles, apparaissent singulièrement tactiques et facilement retournables à l'expéditeur. En effet que dit le PC ? "Le PS vire à droite." Non, il ne vire pas ! Il poursuit sa ligne droitière. Ce n'est pas d'aujourd'hui que François Mitterrand déclarait qu'il n'était pas contre le plan Barre, mais qu'il ne croyait pas à son succès parce qu'il manquait au Premier ministre "un consensus social", c'est-à-dire la confiance des travailleurs. Ce n'est pas d'aujourd'hui que Gaston Defferre proposait de respecter la "liberté" des patrons de li-
cencier. Ce n'est pas d'aujourd'hui que Michel Roccard expliquait devant un parterre de patrons que les nationalisations n'échapperaient pas aux lois de la concurrence et de la rentabilité capitaliste. Mais que disait le PCF à l'époque ? Qu'il ne fallait pas tomber dans le piège d'une grève nationale prolongée contre le plan Barre et le gouvernement. Qu'il fallait garantir la "liberté" d'entreprendre pour la grande majorité du patronat "victime" des monopoles. Que les entreprises nationalisées devaient être "compétitives", "performantes". Et de citer en exemple les résultats de Renault, de la SNCF, de l'EDF, comme si ces résultats n'étaient pas le fruit de l'exploitation des travailleurs. Et le PCF traitait de "diviseurs" les militants d'extrême-gauche mettant en garde les travailleurs contre le risque d'une politique d'austérité dite de "gauche". Mais le PCF n'a-t-il pas viré à droite en abandonnant la dictature du prolétariat, en acceptant de maintenir la bombe atomique et en proposant une augmentation de 3 milliards du budget militaire, en prévoyant dans son chiffrage du Programme commun, 16 milliards pour l'augmentation des revenus des petits entrepreneurs ? "Le PS cherche de nouvelles alliances avec le centre. " Jusqu'aux élections au moins, il n'y a pas intérêt. Et Mitterrand ne s'y trompe pas qui jure solennellement qu'il n'y aura pas d'alternative pour le PS à l'Union de la gauche et annonce déjà que son parti respectera scrupuleusement la règle du désistement au second tour. Une fois arrivé au gouvernement, ce sera une autre affaire ! Mais le PCF n'entend-il pas maintenir, tout comme le PS, l'alliance avec le groupuscule des radicaux de gauche qui ne sont qu'une passerelle tendue à la bourgeoisie et une garantie contre tout "gauchissement" du Programme commun ! Mais n'est-ce pas le PC qui proposait l'alliance des gaullistes dits de "gauche" dont l'ancien ministre du Travail, Charbonnel, liquidateur de Lip ? Les gaullistes de "gauche" sont-ils plus à gauche que le PS ? Et le PCF n'est-il pas d'accord avec le PS pour garder Giscard et la Constitution de 58 qui permet au Président de dissoudre le Parlement à sa guise et de dresser mille embûches légales contre tout vote d'une majorité de gauche au Parlement ? Si le PCF refusait effectivement de suivre la politique de collaboration de classe du PS, il devrait commencer par exiger la rupture avec le groupuscule de Fabre (Président des radicaux de gauche) et autres gaullistes, Il devrait exiger la départ de Giscard et l'abrogation de la Constitution de 58. "Mitterrand, vice-président de l'Internationale socialiste s'apprête à mettre en œuvre une politique d'austérité, suivant en cela l'exemple de ses collègues anglais et portugais. " Bien vu ! Mais cela ne date pas d'aujourd'hui. Dans sa profession de foi électorale de 74, Mitterrand, candidat unique de la gauche, écrivait déjà : "Je suis socialiste comme Willy Brandt, Harold Wilson, Golda Meir, Bruno Kreisky..." Et le PCF n'y voyait rien à redire. Il est vrai que l'Union du peuple de France remplaçait alors l'Union de la gauche. Le Programme commun devait être présenté comme un simple programme de réformes et on ne devait plus dire qu'il ouvrait la voie au socialisme. Il n'était même plus nécessaire d'être partisan du socialisme pour adhérer au PCF, qui n'était d'ailleurs plus le parti des travailleurs mais celui du peuple tout entier... Les temps changent!
Mais que dit le PCF aujourd'hui de la politique du Parti communiste italien qui fait de l'austérité une vertu prolétarienne et accuse de corporatisme les travailleurs qui exigent une augmentation de salaire ? Que dit-il de la politique du Parti communiste espagnol qui la main dans la main avec le Parti socialiste espagnol vient de signer le plan Barre hispanique ? Il ne dit rien. Et cela affaiblit sacrément la crédibilité de sa polémique contre la social-démocratie internationale. Enfin, après les élections municipales, alors que le PS et le PC avaient gagné la majorité électorale, qu'or. -ils fait pour précipiter la crise du régime ? Rien ! Ni l'un, ni l'autre ! Ils se sont contentés d'attendre bien calmement! Et Barre aujourd'hui peut reconduire son plan d'austérité, șe félicitant de ce que, grâce à la division du PS et du PC, "'maintenant le gouvernement dispose d'une marge de manœuvre". En effet, la droite relève la tête n'hésitant pas à se réjouir "du succès inavouable" du plan Barre : "avoir freiné les salaires pour reconstituer les profits" comme le dit le journal patronal "L'Expansion". C'est pourquoi, la majorité des travailleurs qui sont méfiants vis-à-vis du PS ont néanmoins le sentiment que les cartes du PCF sont biseautées et que les vraies raisons de la rupture sont ailleurs. En fait, le PCF sait bien que faute de vouloir changer le système, il faudra se contenter de l'aménager et d'une manière ou d'une autre, faire supporter l'austérité aux travailleurs comme le proposent les partis communistes italien et espagnol. Mais il sait aussi que, minoritaire face à un PS de plus en plus "sûr de lui et dominateur", qui se prépare à investir l'appareil d'Etat, et talonné dans les entreprises par l'extrême-gauche et les travailleurs combatifs, il risque de perdre sur tous les tableaux : exclu de l'Etat-PS et contesté dans la classe ouvrière. Mais la direction du PCF n'a pas vocation au suicide. Par la rupture des négociations, elle fait savoir au PS que le PC n'est pas prêt à appliquer une politique de "gestion démocratique du capitalisme" en période de crise, s'il n'obtient pas, en contre-partie, une place suffisante dans l'appareil d'Etat et à la tête des entreprises nationalisées. C'est pourquoi, le PCF rappelle qu'il veut toute sa place dans un gouvernement de gauche et exige l'élection des PDG des entreprises nationalisées. Et en centrant la polémique sur les nationalisations, le SMIC, en n'hésitant pas à récupérer à son compte les position sde la CFDT sur la hiérarchie et les conseils d'ateliers, le PC tente de maintenir son image de "parti de la classe ouvrière" ', de "parti des pauvres" sans lequel le PS ne pourra pas jouir "d'un réel consensus social". Ainsi s'est enclenchée une partie de poker entre le PS et le PC, où chacun augmente la mise sans retourner les cartes. A ce jeu-là, il est bien difficile de savoir, s'ils finiront par se mettre d'accord et quelle sera la nature de l'accord : accord gouvernemental ? Simple désistement électoral ? Ou rupture complète ? Car pour faire reculer ses partenaires, le PCF n'hésite pas à brandir le chantage d'un échec électoral de la gauche. En tout cas une chose est sûre : les travailleurs ne sont que des spectateurs muets de cette partie dont ils risquent fort pourtant d'être les premiers à faires les frais
FRANCE
Les directions syndicales, au lieu de souder l'unité, ont relayé la division entre le PS et le PC, malgré le maintien de bons rapports apparents Dans un premier temps, le Bureau condéféral de la CGT a fait savoir qu'il n'aurait jamais soutenu le Programme commun si la nationalisation des 9 groupes n'incluait pas les filiales, apportant ainsi la caution de la CGT au PCF contre le PS. Il s'est quand même trouvé deux responsables confédéraux, membres du PS, Claude Germon, directeur du "Peuple" , et Pierre Carassus, secrétaire de l'Union départementale de Paris, pour protester dans "Le Monde" et "L'Unité" à défaut de pouvoir le faire dans la "Vie ouvrière" et dans "Le Peuple" (respectivement hebdomadaire et bimensuel de la CGT). Jamais aucun congrès, aucune instance de la CGT n'ont adopté une position précise sur les filiales. Par contre, le CGT s'est prononcée en congrès contre la bombe atomique et pour la réduction du service militaire à 6 mois. Ne serait-ce pas un gage d'indépendance syndicale que de rappeler ces positions alors que le PCF a tourné sur ces questions ? Dans un deuxième temps, après avoir rappelé à l'ordre les militants trop zélés qui allaient manifester devant les locaux du PS, la CGT s'efface complètement. Ce qui est aussi une manière de laisser la place au PCF. On voit de moins en moins de tracts CGT dans les entreprises et de plus en plus de tracts du PCF. Ce qui renforcera peut-être le PC mais ne permettra sûrement pas d'atteindre l'objectif des 3 millions d'adhérents fixé par la direction confédérale à la campagne d'adhésions à la CGT. La CFDT, au contraire, n'hésite pas à intervenir dans le débat. Mais c'est pour soutenir indirectement mais ouvertement le PS contre le PC, apportant ainsi sa pierre à la division. Pourtant, la CFDT est pour le SMIC à 2 400 francs en 78 et le PS est contre. La CFDT est pour la limitation de la hiérarchie des salaires de 1 à 6 et le PS est contre. La CFDT est contre la force de frappe et le PS est pour son "maintien en l'état". La CFDT est pour les conseils d'ateliers élus par les travailleurs et le PS vient tout juste à son dernier Comité directeur d'en accepter le principe, après l'avoir refusé pendant plusieurs mois en particulier lors des négociations avec le PCF. Les sections CFDT de Peugeot et Citroën demandent la nationalisation de leur trust et le PS est contre. Mais cela ne gêne même pas Edmond Maire. Malgré quelques critiques de forme, il apporte l'appui de sa confédération à son parti car selon lui, le PS tiendrait "mieux compte que le PCF des conditions nouvelles créées par la crise économique et l'environnement international, en particulier occidental" . Qu'est-ce que cela veut dire ? Que le PS n'hésite pas à modérer les mesures sociales pour tenir compte de la crise capitaliste ? On est en droit de se poser la question quand on voit la commission exécutive de la CFDT envisager une réduction massive du temps de travail sans compensation intégrale des salaires ou expliquer qu'en période de crise, l'augmentation du pouvoir d'achat doit passer par une amélioration de la qualité du travail et de la vie. Va-t-on, ici aussi, nous chanter les vertus de l'austérité ? Mais d'une austérité de "gauche" où on se serrera la ceinture mais où l'air sera moins pollué, où l'on travaillera en musique et où l'éventail des salaires sera moins ouvert! Finalement, l'activité essentielle de la CFDT en cette rentrée est moins la lutte contre l'austérité que la diffusion de sa plate-forme confédérale. Demandez le programme ! Voilà la seule perspective offerte aux travailleurs par le PS, le PC, la CFDT et la CGT:
Assez de compromissions!
Assez de division! Assez d'inaction!
Unité ouvrière! Pourtant, lors de la publication en juin dernier des plates-formes confédérales, la CFDT et la CGT avaient souligné leurs convergences. Henri Krasucki rappelait, il y a quelques semaines que le programme de la CGT sur les nationalisations allait bien au-delà des 9 nationalisations prévues par le Programme commun. Et Jean-Louis Moynot expliquait que les nationalisations devaient permettre de changer la "règle du jeu économique" . Edmond Maire, de son côté, affirmait, s'adressant aux partis de gauche avant les négociations sur la réactualisation du Programme commun, que le CFDT réclamait la nationalisation de tous les secteurs dominants de l'économie ainsi que des secteurs de l'information et de la formation, en précisant même que le marché devait obéir au plan et non le plan au marché. Alors les syndiqués de la CGT et de la CFDT sont fondés à • rappeler ensemble au PS et au PCF que leurs syndicats luttent pour la nationalisation de tous les secteurs dominants de l'économie sans indemnités pour les capitalistes, avec mise en place de conseils d'ateliers élus par les travailleurs et disposant d'un pouvoir de décision sur les conditions de travail. Tous les syndiqués de la CGT et de la CFDT sont fondés à rappeler ensemble les revendications urgentes sur lesquelles il ne saurait y avoir de transactions : le SMIC à 2 200 F , base avril 77 - une clause de garantie du pouvoir d'achat à partir des indices syndicaux - la diminution massive du temps de travail afin de fournir un emploi aux chômeurs, aux chômeuses et aux nombreuses femmes aujourd'hui confinées aux tâches ménagères. La CGT et la CFDT affirment ensemble qu'il faut aller vers les 35 heures, mais elles ne fixent pas d'échéancier précis : 2 ans ? 5 ans ? Les syndiqués et les travailleurs combleront ce "blanc". Et le simple fait que des sections syndicales CGT et CFDT rédigent des motions communes, écrivent des pétitions unitaires, sera un facteur important contre la division et la démoralisation qu'elle entraîne. Mais il faut aller plus loin. Il faut organiser l'action. Il faut, dans chaque entreprise élaborer, dans l'unité CGT-CFDT, les cahiers de revendications par atelier et par service. Il faut, dans l'unité, riposter à toute aggravation des conditions de travail, à toute amputation des acquis, à toute accentuation de la répression. Plus encore, il importe de tirer la leçon de 2 ans de lutte contre le plan Barre. Les luttes isolées comme les journées "tous ensemble" sans lendemain n'ont pas fait re-
culer le pouvoir. Malgré quelques succès locaux, dans l'ensemble, c'est l'échec : le chômage augmente, le pouvoir d'achat baisse, la répression s'intensifie et les premiers visés sont les immigrés, les femmes et les jeunes. Nous, militants révolutionnaires, nous disons : chasser Barre et Giscard, satisfaire les revendications - le SMIC à 2 400 F; l'échelle mobile des salaires; la semaine de 35 heures; la nationalisation de tous les secteurs clés sans indemnités pour les capitalistes; le contrôle des conditions de travail par les conseils d'atelier élus; les droits démocratiques pour les soldats; les mêmes droits pour les travailleurs immigrés; le moratoire nucléaire - voilà le programme qui fait l'unité des travailleurs — voilà sur quoi le PS et le PC doivent s'unir pour postuler au gouvernement. Mais contrairement au PS et au PC, nous ajoutons : entre les différentes propositions existant au sein de la classe ouvrière, entre les positions du PC, du PS et des révolutionnaires, c'est aux travailleurs de trancher. Que partout la CGT et la CFDT organisent dans les entreprises des assemblées de travailleurs ! Que dans les localités, les universités, les lycées et les collèges se tiennent des assemblées unitaires! Que partout ait AMERIQUE LATINE
Vers une nouvell
institutionnalisa
lieu le débat ! Bien sûr, s'il ne s'agit que de se quereller devant les travailleurs réunis en assemblée, cela ne fera pas avancer grand chose. Mais si les travailleurs, ces "exclus de la politique" comme dit Edmond Maire, ont leur mot à dire, s'ils peuvent trancher, si le PC et le PS s'engagent à respecter leur volonté majoritaire, alors les travailleurs viendront nombreux aux assemblées sachant que par leur participation active ils pourront enrayer la division et dépasser les divergences. D'ailleurs là où de telles assemblées ont lieu, il est frappant de noter que c'est à qui sera le plus à gauche du PS et du PC ! Comme quoi, dès qu'on discute au grand jour avec les travailleurs et non simplement au niveau des états-majors, il est plus facile de trouver des positions communes. Aujourd'hui, il est difficile de lutter contre la division, mais partout les militants révolutionnaires, les militants syndicaux qui luttent pour l'unité iront dans les meetings, dans les réunions publiques du PCF, du PS, de la CFDT, de la CGT et diront : "Pourquoi ne pas organiser une assemblée commune ? Si vous êtes de bonne foi, si vous croyez défendre réellement les intérêts des travailleurs, qu'avez-vous à craindre d'une discussion unitaire où les travailleurs pourront dire leur mot et trancher les divergences ?"
Jorge A. VALDES tion?
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