Au cours du même trimestre, le même hebdomadaire britannique, Economist, est paru avec deux titres qui semblent indépendants l'un de l'autre, mais qui expriment une cohérence interne. Le numéro du 16 octobre 1982 titrait : « The crash of 1982 ») (« Le krach de 1982 »), et celui du 29 janvier 1983 : « Cheaper oil makes you strong » (« Du pétrole moins cher vous rend fort »).
En réalité, le « pétrole moins cher » ne nous « renforce » pas du tout, au contraire, il augmente le danger d'un « krach bancaire ». Mais ce danger existe indépendamment de l'évolution actuelle du prix du pétrole. Au début de 1983, le système capitaliste n'entre pas seulement dans la quatrième année d'une récession et dans la dixième année d'une stagnation de longue durée. En même temps, il est menacé par le danger d'un effondrement financier qui ressemble à celui des années
Le processus qui se trouve à l'origine de ce danger est banal. Pendant plus de deux décennies, on a essayé de retarder l'éclatement d'une crise économique grave par l'injection de crédits. Cela vaut pour tous les sujets économiques. Des pays souverains ont financé leurs importations et leur « facture pétrolière » fortement majorée à partir de 1973 par des milliards de crédits. De grandes sociétés comme Chrysler, Massey-Ferguson, Alpha (Mexique), Rio Tinto (Espagne), AEG-Teleurs bilans déséquilibrés par la même méthode. D'autres ont financé de nouveaux investissements que la concurrence leur imposait par le crédit. Enfin, partout dans le monde, des millions de salariés et de membres des classes moyennes ont tenté d'élever leur niveau de vie sur la base de crédits (achats à tempérament, hypothèques).
Cependant, cette spirale des dettes et de l'inflation a ses limites. Elles sont atteintes lorsque les coûts de ces crédits, c'est-à-dire les paiements des intérêts et des acomptes (le service de la dette) absorbent ou dépassent la majeure partie des profits des sociétés ou une fraction déterion de l'OPEP minée du revenu des ménages. A partir de ce moment, les nouveaux crédits ne serfinancer les intérêts et les acomptes et n'élargissent plus les ventes on s'engage sur une pente raide : les faillites d'Etats, d'entreprises et de ménages. Du moment que plusieurs de ces sujets économiques courent le danger de ne plus être en mesure d'acquitter leurs dettes, les banques elles-mêmes commencent à vaciller.
Il y a quelques années, un des plus grands problèmes ues centres financiers capitalistes semblait être celui de récupérer l'argent prêté aux pays membres du COMECON. Cette situation représentait un fardeau pour les banques occidentales les plus engagées. Ce fardeau s'est encore alourdi au cours des années 1981-1982. Non seulement il a été nécessaire de rééchelonner les dettes de la Pologne, mais encore celles de la Roumanie et de la Yougoslavie (1). Aussi considérables que soient ces montants en chiffres absolus, tenant compte du fait que le risque est souvent concentré sur quelques grandes banques, aujourd'hui ces risques s'avèrent modestes en comparaison avec ceux engendrés par le système capitaliste lui-
Les chiffres suivants illustrent la situation d'endettement actuelle :
- L'endettement total des pays sousdéveloppés non producteurs de pétrole s'élevait fin 1982 à 520 milliards de dollars. Par rapport à la fin de 1981, cet endettement s'est accru de 15 %. Le service de la dette de tous les pays sous-développés a quadruplé au cours des six dernières années ; il atteint 131 milliards de dollars pour l'année 1982.
1. En 1982, on a dû procéder au rééchelonnement de la dette de deux pays du COMECON : la Pologne, avec un montant de charges principales et d'intéréts de 4,6 milliards de dollars, et la Roumanie, avec 4 milliards de dollars. On doit y ajouter le Vietnam, qui est formellement membre du COMECON, et dont les arriérés s'élèvent à 3,5 milliards. Fin 1982, les négociations sur le rééchelonnement de la dette yougoslave sont toujours en cours, cette dette se situe dans un même ordre de grandeur. (Source : Banque des réglements internationaux-BRI).
- En l'espace de trois ans, les pays d'Amérique latine ont presque doublé leurs dettes à l'égard des banques impérialistes. En 1979, ils ne devaient « que » 170 milliards de dollars aux banques de New York, Londres, Francfort, Tokyo, Paris. Au début de 1983, on en est à 320 milliards de dollars de dettes. Ce montant représente 40% du PNB total du continent ou le triple des devises annuellement rapportées par les exportations. En 1982, le service de la dette absorbait déjà 50 % des devises ainsi gagnées.
- Deux pays dans lesquels les idéologues bourgeois avaient placé leurs espoirs, le Mexique, « pays pétrolier », et le Brésil, « pays du miracle économique », sont maintenant les premiers candidats à la faillite publique. Pendant que les pays membres du COMECON réunis totalisent une dette à l'Ouest de 60 à 70 milliards de dollars US, ces deux pays doivent chacun de 90 à 100 milliards de dollars. Là aussi, on un accroissement explosif des dettes. De 1979 à 1982, le Mexique recevait des crédits pour un montant de 40 milliards de dollars. Le seul montant requis dans le cadre de la révision de la dette mexicaine, et pour lequel on cherche au début de 1983 de nouveaux créditeurs internationaux, s'éléve à 25 milliards de dollars, ce qui représente la totalité de la dette publique de la Pologne.
— Cette liste de pays peut être allongée indéfiniment. En 1982 et 1983 on assistait à une inflation de révision de dettes. Pendant qu'au cours des années 1975 et 1976, respectivement deux et quatre pays n'étaient plus en mesure de financer le service de leur dette comme con-
Men 1982, on comptait 22 pays qui étaient candidats à la révision. L'évolution des sommes d'argent impayables impressionnante. 1974, on atteignait un record d'après-guerre avec 1,4 milliards de dollars US d'intérêts et d'acomptes non payés (révisés). En 1979, ce record était déjà battu avec un montant de 2,3 milliards de dollars. Puis, on avançait coup sur coup : 1980: 4,9 milliards de dollars; 1981: 10,8 milliards de dollars; 1982: 38 milliards de dollars. Ce dernier chiffre n'inclut pas encore les révisions brésiliennes.
- A l'insolvabilité des pays s'ajoute l'insolvabilité d'un nombre grandissant de sociétés, dont les créditeurs sont souvent les mêmes banques qui ont accordé des
Etats défaillants. exemples : le géant canadien de l'énergie, Dome Petroleum, a une dette de 7,4 milliards de dollars ; les constructeurs de machines agricoles nord-américains Massey-Ferguson et International Harvester ont 4 milliards de dollars. La plus grande société privée du Mexique, le Grupo Industrial Alpha, a 2 milliards de dollars de dettes extérieures. La plus grande société industrielle espagnole, l'Union Explosivos Rio Tinto (ERT), a 1 milliard de dollars de dettes à court terme, sans compter les dettes à long terme. AEG-Telefunken, la deuxième société électrique de la RFA, a 2.8 milliards de dollars de dettes. Les dettes de Chrysler, la troisième société automobile des USA, sont du même ordre de grandeur.
Jusqu'ici, les pétrodollars, les excédents de la balance des paiements de quelques pays membres de l'OPEP, déposés dans les banques occidentales, avaient conservé et élargi la « liquidité » du système bancaire international. Maintenant, ces pays retirent ces dépôts, risquant d'aggraver ainsi la chute du système bancaire international dans l'insolvabilité.
pétrole avait opéré une énorme redistribution de la plus-value mondiale en faveur des pays exportateurs de pétrole et des grandes compagnies pétrolières. Mais l'affaire n'en resta pas là. Ces pays ne thésaurisaient pas eux-mêmes les centaines de milliards de pétrodollars. D'une part, ils commandaient des marchandises aux centres impérialistes, c'est-à-dire qu'ils ouvraient un nouveau marché pour les exportations japonaises, nord-américaines et ouest-européennes. La plus grande partie des pétrodollars fut placée dans les banques impérialistes. Ce furent donc les pétrodollars qui, pendant la période 1974-1982, permirent aux centres impérialistes d'amortir les manifestations de la crise, en élargissant constamment les possibilités crédit, donc en créant une demande artificielle.
Maintenant, on est confronté à une évolution contraire : l'affluence des pétro- et La condamne se rome, en encore, les nouveaux placements des pays de l'OPEP dans les centres impérialistes furent de l'ordre de 113 milliards de dollars. En 1982, on a assisté pour la première fois, à un retrait net d'argent OPEP des banques internationales. Pour la première fois aussi, la balance des paiements des pays de l'OPEP dans leur ensemble pourrait être déficitaire en 1982. En même temps, ces pays apparaissent maintenant sur les marchés de crédits inter1976, leur dette globale n'était que de 36 milliards de dollars; en 1982, elle avait triplé pour atteindre jusqu'à 160 milliards de dollars. Ce processus va se renforcer au cours de 1983, par suite de la chute des prix du pétrole, mais aussi par l'arrêt de de leurs projets d'industrialisation. La cause fondamentale de ce retournement réside dans le fait que la hausse du prix du pétrole avait provoqué trois réactions : en premier lieu, des « économies d'énergie », done une réduction des achats; en deuxième lieu, la substitution d'autres sources d'énergie au pétrole : en troisième lieu, l'augmentation de la production pétrolière dans les pays non membres de l'OPEP. En 1979, les pays membres de l'OPEP produisent encore 30 millions de barils par jour, les pays producteurs non membres de l'OPEP en produisant pour leur part 18 millions par jour. Au premier trimestre de 1982, les deux groupes étaient à égalité, avec une production de 20 millions de barils par jour. Au début de 1983, le groupe OPEP produisait 17 millions de barils par jour et les pays non membres 20 millions. Le grand capital impérialiste est effrayé par les conséquences possibles de ce retrait des pétrodollars sur la « liquidité » du système bancaire international, retrait qui n'est que très partiellement compensé par l'afflux de liquidités japonaises. Aussi, après avoir dénoncé pendant des années la « hausse du prix du pétrole » comme responsable de la crise, il dénonce maintenant la baisse du prix du pétrole comme responsable du risque de krach bancaire. Il est vrai qu'une baisse des prix du pétrole mène à un nouveau rétrécissement du marché d'exportation pour les marchandises impérialistes. En 1982 déjà, on pouvait constater un premier déclin absolu des exportations de pays de l'OCDE vers les pays de l'OPEP d'environ 4 %. En outre, les premiers déficits de la balance des paiements des pays de l'OPEP, la crise prolongée dans les centres impérialistes et la faillite de sociétés, pourraient aboutir à un retrait des investissements de l'OPEP dans le secteur productif (comme Krupp, Hoechst, Mercedes). La faillite de la société sidérurgique Korf (en RFA, et aux USA en janvier 1983), dont le capital était pour un tiers originaire du Koweit, servir d'avertissement aux gouvernements de l'OPEP. La production pétrolière dans de nouvelles régions comme la mer du Nord, l'Alaska, partiellement le Mexique et le Venezuela, a été basée sur la supposition d'un prix élevé du pétrole. Cela vaut également en partie pour la production du gaz naturel. Le prix du pétrole a déjà baissé, passant de 35 à 30 dollars le baril. Dans l'éventualité d'une chute des prix à 25 dollars le baril ou en-dessous, cette production n'est plus rentable. Des investissements énormes seront dès lors en friche, ce qui conduira à des faillites. De plus, les balances des paiements de certains pays deviendront déficitaires, accentuant la crise dans des pays impérialistes, notamment en GrandeBretagne et en Norvège.
Certains pays producteurs de pétrole, qui se trouvent déjà au bord de l'effondrement économique, seront précipités dans le gouffre. Cela vaut en particulier pour le Mexique, le Nigeria et, généralement, pour tous les pays producteurs très peuplés, comme l'Indonésie, l'Iran et l'Algérie.
On pourrait invoquer le fait que des prix peu élevés aident les pays du « Tiers Monde » non producteurs de pétrole à surmonter la crise. Mais, pour eux, le tournant vient cinq années trop tard. Entretemps, le problème majeur de ces pays n'est plus la facture pétrolière élevée mais la charge accablante de leur dette extérieure, qui a été provoquée pour une bonne partie par les importations coûteuses du pétrole au cours des années 1974-1982. Les facteurs négatifs que nous venons d'énumérer interviennent à un moment où ils peuvent avoir un effet explosif. Le rétrécissement du marché OPEP de marchandises et d'investissements impérialistes se produit alors que tous les débouchés sont contractés (les échanges avec l'Est, le « Tiers Monde ») et font l'objet d'une concurrence interimpérialiste accrue. Le tarissement de la source des pétrodollars frappe un marché
financier international déjà secoué. Par le biais du marché des « eurodollars », il atteint le secteur du crédit qui n'est contrôaucun gouvernement et aucune banque centrale, sur lequel il n'existe même pas de statistiques exactes, et qui est dominé par l'anarchie et la concurrence capitaliste classique.
Dans ces conditions, le danger du krach bancaire augmente. Ce n'est nullement un refrain de prophètes de malheur de gauche, mais c'est déjà une réalité économique. Dans toutes les régions, de grandes banques sont menacées :
- En novembre 1982, le plus important journal économique du Japon, le Nihon Kezai Shimburu, annonçait que 22 pays avaient des retards de paiements à l'égard des banques japonaises. Les banques japonaises se sont fortement engagées au Mexique et au Venezuela.
33 banques étaient mises en faillite en 1982. Jusque-là, le record d'après-guerre était de 16
1976. Fin 1982, 302 banques se trouvaient officiellement sous la surveillance des instances d'inspection. Début 1983, un nombre de banques assez importantes du Texas, qui ont voulu profiter du boom au Mexique, sont menacées de faillite, notamment à cause de crédits non garantis à des sociétés privées mexicaines, comme le groupe Alpha.
- En Europe occidentale, la faillite de la plus importante banque privée itala Banco Ambrosiano, qui était liée au Vatican, a déjà causé pas mal d'inouest-allemande, la Dresdner Bank, a été au moins ébranlée par la combinaison de pertes considérables dues aux crédits à la Pologne et à la société allemande AEG. C'est aussi le cas pour la Kommerzbank et la Bank für Gemeinwirtschaft (la dernière a été touchée en plus par les pertes dans l'affaire de la société de logements Neue
- Début 1983, la plus grande banque du Venezuela, la Banco de los Trabajado-
- Début 1983, l'Etat chilien a dû nationaliser cinq banques qui étaient au bord de la faillite. Les banques internationales ont d'énormes craintes à propos des emprunts qu'elles ont accordé à ces banques (estimés à 4 milliards de dollars) à cause du fait qu'on ne voit pas très bien comment le Chili, déjà fortement endetté, va pouvoir les rembourser (la dette publique chilienne s'élèverait à 16 milliards de dollars ; une renégociation de cette dette est attendue en 1983).
Il y a déjà un cas où la crise de - plus exactement, les conséquences de la chute des prix du pétrole et de la restriction de la production — se combinent avec des résultats de la spéculation bancaire pour provoquer un krach financier d'une grande ampleur : c'est celui du Koweit. Ce petit pays du golfe Persique est le plus riche du monde du point de vue des revenus par tête d'habitant. Il est aussi celui où la constitution d'un capital financier autonome a pris le plus tions pétrolières.
crédit, en payant se constante des Ces chèques dettes même escomptés.
concerne une avril 1983).
Comme la grande masse de cette dette est interne au Koweit, les conséquences du krach pour l'économie capitaliste internationale seront limitées, mais pas nulles : réduction des placements koweitiens à l'étranger, ventes de certains investissements passés, réduction de l'aide à des pays sous-développés, réduction d'importations en provenance des pays impérialistes, ete.
C'est clair : le potentiel qui pourrait déclencher un krach bancaire, et par conséquent un véritable effondrement économique, se renforce. Et, en dépit d'innombrables déclarations en sens contraire, tout indique que le robinet des crédits va continuer à couler au cours de l'année 1983. Il y a trois causes à cela :
1) Le retour à une politique généralisée de crédit restrictive augmenterait à
2. La banque allemande Bank für Gemeinwirtschaft et la banque vénézuélienne Banco de los Trabajadores sont propriété syndicale. Les menaces qui pésent SUL elles sont en même temps des menaces sur l'argent que les travailleurs organisés y ont investi.Ceci nous confronte à une problématique particulière. Plus la crise s'approfondit, plus il devient clair qu'un engagement syndical dans des secteurs purement capitalistes mène à l'impasse, en entraínant des pertes immenses et un affaiblissement du mouvement ouvrier organisé. L'Allemagne nous montre un exemple encore plus instructif avec la crise dramatique de la plus grande société de construction immobilière d'Europe, la Neue Heimat, appartenant de même au syndicat et ayant des liens étroits avec la Bank für Gemeinwirtschaft. Plusieurs centaines de millions de ces pays rents. Un accord de révision datant de 1981 a dû être annulé purement et simplement en 1982, étant basé sur un montant global de dettes extérieures complètement inexact (4).
3) La crise économique prolongée dans les centres impérialistes exerce une pression renforcée en faveur d'une extension encore plus grande du crédit. Déjà en 1981-1982, des taux d'intérêts élevés et les autorisations de crédit modérément restrictives ont provoqué la faillite de la faillite de nombre de sociétés et menacé beaucoup d'autres du même sort. Il n'y a qu'un assouplissement des restrictions du crédit qui peut tirer ces sociétés hors de la zone de danger. Voilà la raison de la diminude DM, provenant des caisses syndicales, ont dû étre employés pour soutenir cette société purement capitaliste.
3. Pour le reste, même les montants absolus que les banquiers internationaux ont réservé au « cas d'urgence » d'un krach bancaire international sont plutôt modestes. Le « fonds des pompiers » que les banquiers les plus importants ont constitué fin 1982 représenterait 20 milliards de dollars US. De toute facon, il ne pourra entrer en action qu'avec l'accord de tous les banquiers impliqués.
4. En 1981, on parlait d'une dette extérieure soudanaise évaluée à 4 milliards de dollars. En mai 1982, on l'évaluait déjà à 5 milliards, et à la fin de 1982, on parle d'une dette de 6,5 milliards à 8 milliards de dollars. (Handelsblatt, 20 octobre 1982).
tion des taux d'escompte à partir du milieu de l'année 1982.
Enfin, de nouveaux clients inattendus apparaissent sur le marché du crédit international. Les grands pays impérialistes, qui atteignent la limite de l'endettement intérieur, s'adressent de plus en plus aux internationales. Au départ, sont accueillis comme de « bons » clients. Assez vite, ils sont observés d'un œil critique. La France et l'Italie représentent les cas les plus spectaculaires.
Fin 1982, la dette extérieure de l'Italie est évaluée à 50 milliards de dollars. Le service de la dette absorbait, en 1982, la totalité des revenus provenant du tourisme, qui jouent un rôle important dans l'équilibre de la balance des paiements. En 1982, la France cherchait à obtenir un « Jumbo » (crédit volumineux) de plus de 4 milliards de dollars à l'étranger. En partie pour des raisons politiques, le monde de la finance internationale se montrait sceptique dès le début, surtout parce que l'Etat français n'apparaissait pas tant que tel, mais à travers des sociétés nationalisées, pour lesquelles l'Etat à son tour se portait garant. Jusque-là, le montant de la dette extérieure française fut traité comme un secret. Sur l'insistance de banques américaines, le gouvernement français chiffrait finalement la dette à 15 milliards de francs. La bombe éclatait en novembre 1982. Par une indiscrétion dé. libérée des banques américaines, il fut didette publique extérieure de la France s'élevait à 320 milliards de FF (45 milliards de dollars) et qu'elle avait doublé au cours des deux années suivant l'entrée en fonction de François Mitterrand. Début février 1983, les banquiers internationaux s'attendent déjà à un nouveau « Jumbo » français de plus de 3 milliards de dollars. D'autres demandes de crédits considérables sont attendues de la part de la Suède, du Danemark, de l'Espagne et du Portugal.
Vu l'état des statistiques, cela n'a pas beaucoup de sens de calculer le degré de probabilité d'un krach bancaire international. Ce qu'il y a de certain, c'est que le risque d'un « big crash » s'est aceru considérablement au cours de la nouvelle récession internationale. Et il s'accroît d'autant plus que, au fur et à mesure que la dépression se prolonge, la liste de faillites de toutes tailles s'allongera également, absorbant en même temps les réserves des banques, des pays et des sociétés capitalistes. L'important journal des milieux économiques allemands, le Handelsblatt du 18 août 1982, résume ainsi la situation : « Don't rock the boat » (« Ne secouez pas le bateau »). Voilà l'attitude prédominante des banques internationales importantes. En effet, les banques internationales sont toutes dans le même bateau. D'ailleurs, elles sont dotées d'une conscience de classe historique beaucoup plus élevée que la plus grande partie du mouvement ouvrier. L'article susmentionné poursuit ainsi : « Avec un rien de sentimentalité (!), les chroniqueurs américains se rappellent le bon vieux temps, quand il suffisait de canonnières et de quelques compagnies de fusilliers marins pour forcer les pays d'Amérique latine et des Caraibes à payer leurs dettes. » Ce temps est effectivement révolu.
Winfried WOLf, Francfort, avril 1983.