Inprecor 1974–2004

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PRESENTATION

Les sociaux démocrates appliquent l'austérité

· Inprecor n° 151, 30 mai 1983 · p. 26 · 542 mots

LES GOUVERNEMENTS

SOCIAUX-DEMOCRATES

Dans les pays où des gouvernements sociaux-démocrates sont arrivés au pouvoir au cours des dernières années, ils appliquent une politique d'austérité prononcée. Les trois articles qui suivent l'analysent pour la France, l'Espagne et la Suède. C'est aussi le cas de la Grèce, bien qu'il s'agisse là d'un pays à structure économique non comparable à celui des pays précités. Quant au Portugal, Mario Soares ayant gagné les élections d'avril 1983, préfère s'allier à un parti bourgeois du centre plutôt qu'au PC (les électeurs ayant pourtant donné une majorité absolue aux deux partis ouvriers) justement pouvoir plus nettement appliquer une politique d'austérité dès son retour au gouvernement.

Le régime Mitterrand avait pourtant ouvert le septennat par une tentative timide de relance de la consommation intérieure, à la keynésienne. François Mitterrand s'était vanté, à la veille des élections de 1981, d'obtenir par cette relance, ainsi que par l'introduction des 35 heures, la création de 1,5 million d'emplois nouveaux, c'est-à-dire le retour au plein emploi (Interview au Nouvel Economiste du 20 1981). Jacques Delors prévoyait (L'Expansion du 4 septembre 1981) une croissance de 3% en 1982, une expansion de la demande intérieure de 4,5% par an. On sait ce qu'il en est advenu.

Cette tentative a lamentablement échoué comme chacun aurait pu le prévoir. Dans le cadre de la concurrence capitaliste internationale, toute politique « expansive » d'un seul concurrent relance l'inflation et le déficit de la balance des payements. Si on respecte les « règles du jeu » capitaliste, rien que la nécessité d'emprunter à l'étranger oblige alors à appliquer la déflation et l'austérité. Aujourd'hui, les gouvernants sociaux-démocrates aux abois ne croient plus au « keynésianisme national ». Ils croient qu'il faut « l'européaniser ». Faisons tous ensemble la relance par l'inflation : tel est leur mot-d'ordre. Mais outre le fait qu'il sera difficile d'obtenir l'accord de Mme Thatcher et de Helmut Kohl, quid des Etats-Unis et du Japon?

Le problème fondamental est bien simple : on ne peut rester dans le cadre du capitalisme sans se prosterner devant la logique du capitalisme, qui est celle du profit. Cela signifie, en période de crise : réduire les salaires et les allocations sociales pour relancer le taux de profit, affaiblir les syndicats et « discipliner » les ouvriers par le chômage et la peur du chômage.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut avoir la volonté politique de rompre avec la logique du capitalisme. Cela, les dirigeants sociaux-démocrates en sont incapables, à la fois par leur nature sociale, leur intégration profonde dans l'Etat bourgeois; par leur peur de tout affrontement frontal avec le Capital; par leur attachement programmatique et dogmatique à la politique de collaboration de classe, c'est-à-dire leur refus de toute rupture réelle et profonde avec la bourgeoisie.

Au fur et à mesure que la crise s'aggrave et que la politique d'austérité provoque des réactions de plus en plus hostiles au sein des travailleurs, des clivages profonds passeront à ce propos au sein des syndicats d'abord, des organisations ouvrières politiques de masse ensuite. Car les PC suivent essentiellement la même orientation que la socialdémocratie en la matière, surtout dans les pays où ils participent au gouvernement ou à la majorité parlementaire.

E.M. L'austérité à la loupe 1 (DR)

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