Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLITIQUES IMPERIALISTES

Qu'est-ce qui va succéder aux politiques économiques de Reagan et Thatcher ?

· Inprecor n° 151, 30 mai 1983 · p. 22-25 · 5 027 mots

Grande-Bretagne États-Unis Économie mondiale France

POLITIQUES IMPERIALISTES aux p de Rea

André GUNDER-FRANK

La politique keynesienne de régulation de la demande a été remplacée par la politique dite monétariste et de « relance de l'offre » par le président des Etats-Unis Reagan, le premier-ministre britannique Mme Thatcher et divers autres gouvernements. Quelle a été l'origine de ce changement de théorie et de politique économiques ? Quelles sont ses chances de succès ou d'échec ? Qu'est-ce qui va arriver au moment des élections en 1984 aux Etats-Unis (et sans doute auparavant en Grande-Bretagne).

MONTÉE ET DECLIN

DU KEYNÉSIANISME La « révolution keynesienne » a été le produit d'une grande crise capitaliste de la demande solvable au cours des années 1930, postérieure à la défaite politique de la classe ouvrière des pays capitalistes les plus importants au cours des années 1920. Cette révolution a été associée avec un début de « régulation de la demande globale » (du pouvoir d'achat globalement disponible dans chaque pays) dans un sens expansionniste par les gouvernements de la GrandeBretagne, des Etats-Unis, de l'Allemagne et d'ailleurs. A part l'exception partielle du réarmement allemand, cette gestion expansionniste de la demande globale sous l'inspiration de Keynes n'a pas réussi à surmonter la crise économique. Il y avait toujours 10 millions de chômeurs aux Etats-Unis jusqu'à la deuxième guerre mondiale.

Le keynesianisme est devenu la nouvelle orthodoxie en théorie et en politique économiques après la deuxième guerre mondiale, en association étroite avec la généralisation de « l'état du bien-être » et avec la social-démocratie, qui étaient des composantes de l'économie politique d'expansion d'après-guerre à l'Ouest. La « révolution keynesienne » a abandonné l'hypothèse fondamentale de la théorie et de la politique économique classiques bourgeoises du 19€ siècle, selon laquelle toute offre (production) accrue crée sa propre demande sur un marché libre (loi dite de Say ou des débouchés). Keynes affirma au contraire que la demande globalement disponible pouvait être insuffisante pour absorber toute la production, et qu'il fallait amplifier cette demande globale par des mesures étatiques. Les « sages » du keynesianisme, tel le prix Nobel et conseiller du président des olitiques économiques agan et de Thatcher?

Etats-Unis Paul Samuelson, poussaient l'audace jusqu'à affirmer que l'expansion d'après-guerre elle-même était le produit de leur théorie et de la politique économique qu'elle inspirait. Ils estimaient que les « coussins d'absorption des chocs » qu'ils avaient introduits dans l'économie sous forme de stabilisateurs de la demande globale assureraient la prospérité continue, et transformeraient le dinosaure du cycle d'avant-guerre, avec ses crises périodiques,

La crise économique des années 1970 a obligé Paul Samuelson et d'autres keynesiens à avaler leurs propres paroles. L'évolution des faits rend crédible l'hypothèse selon laquelle le succès d'après-guerre du keynesianisme était bien plus la consél'expansion d'après-guerre et de la démocratie politique cause. Cette expansion succédé à la stagnation antérieure, vu le cours normal d'accumulation du capital, inégal dans le temps. Elle était à son tour normalement suivie par une autre longue période de stagnation et de retour au

Cette crise renouvelée d'accumulation capital a commencé au milieu années 1960 et est devenue universellement apparente à partir de la récession 1973-5. Des économistes en retard sur les événements ont finalement découvert crise au cours de la reprise économique non succès de 1975-79 nouvelle récession qui lui a succédé. La crise économique s'est manifestée à travers la stagnation de la croissance et des investissements, le chômage qui en découle, et sa combinaison avec l'inflation en « stagflation » dans une économie de plus en plus dominée par des monopoles. Le développement cette nouvelle crise économique mondiale a engendré la crise et la banqueroute du keynesianisme. Il fut remplacé par une nouvelle orthodoxie de retour au monétarisme classique et à une politique néo-classique qui mise avant tout sur l'accroissement de l'offre. Ce tournant néo-conservateur dans la théorie et la politique économique a été une des composantes les plus importantes du tournant à droite sous Reagan aux Etats-Unis et sous Mme Thatcher en Grande-Bretagne. - Par une ironie du sort, les attaques récentes contre le keynesianisme n'ont pas été basées sur les principales faiblesses théoriques du keynesianisme, qui sont partagées par ses rivaux conservateurs. Le keynesianisme plutôt sommaire du début mettait la « loi de Say » sur sa tête en supposant qu'une demande suffisante créerait sa propre offre (l'expansion nécessaire de la production pour éviter l'inflation). Aussi bien la théorie classique/néoclassique de l'économie de marché que la théorie keynesienne qui l'avait remplacée assument un marché complètement dominé par la libre concurrence. En réalité, « marché » est substantiellement dominé par des monopoles, et ce dans des proportions croissantes, surtout au cours de périodes de stagnation, quand le capital devient encore plus concentré et centralisé. C'est précisément la structure monopoliste de l'économie qui engendre simultanément le chômage et la stagnation d'une part, l'inflation de l'autre. La théorie keynesienne qui prétend que l'offre (la production) répond aux fluctuations de la demande, ne peut pas expliquer l'apparition simultanée du chômage et de l'inflation. Et la politique keynesienne d'expansion de la demande ne peut pas combattre la « stagflation » dans une économie monopolisée, car l'expansion de la demande stimule l'inflation de même que la contraction de la demande stimule le chômage.

La base monopoliste de la « stagflation » offre également une explication particulière de l'inflation. Celle-ci n'est causée fondamentalement ni par l'expansion monétaire, ni par la hausse des prix de certaines marchandises (le pétrole 1) ni par l'augmentation « excessive » des salaires. Elle résulte essentiellement du haut niveau et de la rigidité des profits monopolistiques dans des industries hautement concentrées (y compris l'industrie pétrolière).

Un autre talon d'Achille du keynesianisme, c'est sa tendance à dépendre d'un Etat fort pour réaliser ses politiques de « stabilisation » expansives ou contractives. Cela fut relativement facile dans le cadre des économies nationales fortement autarciques des années 1930 et 1940, ou dans celui d'une économie mondiale largement hégémonisée par une seule puissance impérialiste comme la Grande-Bretagne à partir de la deuxième moitié du 19º siècle ou les Etats-Unis au milieu du 20º siècle. Ce talon d'Achille nationaliste ou impérialiste du keynesianisme est devenu apparent au cours des années 1970, avec le déclin de l'hégémonie américaine. Au cours des années 1970 sont apparues dans une mesure croissante des économies nationales largement ouvertes (contrairement aux années 1930, mais peut-être similaires à celles des années 1920), I'« internationalisation du capital et de l'économie ». Cela entraîna une incapacité croissante de toutes les économies nationales ou Etats nationaux à imposer leur

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propre politique monétaire ou fiscale à d'autres économies nationales ou à l'économie mondiale comme un tout. Les EtatsUnis avaient encore cette capacité au cours des années 1950 (Plan Marshall) ou 1960 (investissements étrangers par le moyen de l'impression « libre » de dollars pour financer la guerre du Vietnam). Ils l'ont ensuite perdue d'abord à l'égard de la France, de l'Allemagne et du Japon, puis par rapport aux pays de l'OPEP, comme suite de l'affaiblissement et de la défaite des Etats-Unis au Vietnam.

Au cours des années 1970 - et des années 1980, à moins que l'économie mondiale connaisse un autre effondrement, ce qui est possible - en l'absence d'un Etat capable d'imposer sa politique à l'échelle internationale, des politiques keynesiennes nationales sont devenues inapplicables dans le cadre de la réalité internationale économique et politique telle qu'elle est. La preuve en a été apportée en pratique. La théorie keynesienne de la « locomotive », c'est-à-dire de mesures expansionnistes prises par à-coup par des gouvernements nationaux et se répercutant par la suite à l'échelle internationale, n'a fonctionné ni en ce Etats-Unis, ni en ce qui concerne le Japon, l'Allemagne ou la France. La locomotive keynesienne ne peut certainement pas partir de la Grande-Bretagne, où la politique économique nationale a simplement stimulé l'évasion des capitaux hors de l'industrie britannique, dont les avatars ont été à leur tour largement influencés par la montée et le déclin des « pétro-livressterling », en réponse aux fluctuations de la demande et de l'offre du pétrole sur le marché mondial.

La théorie keynesienne macroéconomique est inapplicable à l'économie internationale, peut-être parce qu'elle ne reconnaît même pas son importance. Ces deux talons d'Achille du keynesianisme: son incapacité d'intégrer dans l'analyse la contradiction concurrence/monopoles et la contradiction économie nationale/économie internationale, correspondent à son refus de reconnaître, pour ne pas dire à résoudre, la nature de classe de l'Etat et la structure impérialiste de l'économie internationale. Mais ils ne sont pas la base de la plupart des attaques courantes contre le keynesianisme, ne fût-ce que parce que ceux qui l'attaquent souffrent eux-mêmes des mêmes déficiences. L'attaque contre le keynesianisme est menée par la droite et répond à d'autres motifs.

La raison économique et politique fondamentale de la banqueroute du keynesianisme et de son remplacement par le monétarisme et par une stimulation de l'offre, c'est l'étape actuelle de la crise économique capitaliste et les besoins économiques de la bourgeoisie qui en découlent et qui se reflètent dans le comportement de ses représentants au sein de l'Etat et ailleurs, y compris au sein des Universités. L'arrivée d'une nouvelle onde longue de suraccumulation du capital et de taux de profit réduits a rendu la politique keynesienne d'expansion de la demande inappropriée par rapport aux besoins présents du Capital. Elle place au centre des intérêts économiques et politiques de la bourgeoisie la nécessité de la réduction des coûts. Ce tournant des priorités d'intérêts économiques implique un tournant politique vers la droite. D'où le recours généralisé à des politiques monétaristes restrictives et à des politiques économiques mettant l'accent sur l'offre stimulée par la réduction des coûts. Les idéologues univerrationalisation « scientifique » pour tournant. Puisque le taux de profit est bas depuis la fin des années 1960, qu'il y a une productive excédentaire et des disponibilités larges de capitaux financiers non investis productivement l'objectif principal du Capital est de relever le taux de profit. Le principal mécanisme pour y réduire les production privés et sociaux, et d'éliminer les capitaux qui n'arrivent pas à ce but dans une mesure satisfaisante. Les principaux moyens pour réduire les coûts (et pour augmenter l'offre, comme l'affirment les apologistes du capital) ce sont : la réduction des salaires réels directs ; la réduction des salaires sociaux « improductifs » en matière de santé, d'éducation et dans d'autres domaines - donc : adieu à l'Etat du bien-être ! - la réduction des impôts qui financent ces dépenses ; l'élimination des régulations qui, à frais élevés, protègent les consommateurs d'abus dans le domaine de l'environnement, de l'emballage,

Get qui sont considérés comme des augmentations des coûts par le Capital.

Un autre moyen pour réduire les coûts, c'est l'introduction de certaines technologies innovatrices, comme les micro-composants ou les robots, qui n'entraînent pas d'énormes investissements nouveaux, non encore justifiés par les perspectives profit. Il faut placer dans la même catégorie la tendance au transfert de la production hors des vieilles régions industrielles d'Europe occidentale et du Nord-Est des Etats-Unis, où les coûts sont élevés, vers le sud-ouest des USA non-syndiqué et le Tiers-Monde, surtout l'Asie orientale, ainsi que vers les pays dits socialistes, où les coûts de la main-d'œuvre, des matières premières, ainsi que celui de l'infrastructure, du contrôle de la pollution et des impôts sont plus bas.

Mais la relocalisation de la production industrielle à travers de tels transferts, et la des nouveaux sites de production en plate-formes pour l'exportation vers le marché mondial, impliquent qu'on y impose des mesures d'austérité encore plus graves qu'en Occident, accompagnées de mesures de répression politique comme ce fut ou c'est le cas en Corée du sud, aux Philippines, en Israël, en Egypte, au Maroc, en Tunisie, au Chili et en

La concurrence commerciale que subissent les zones du monde ancienindustrialisées et les menaces crédibles qui y pèsent sur la production et sur l'emploi, servent aussi à y arracher une majeure « discipline du travail » et l'acceptation de réductions des coûts du travail, ce qui entraîne des réductions ultérieures à l'échelle mondiale.

Entre-temps, le vieil « Etat du bien-être » dans le Nord industrialisé, la politique d'industrialisation par « substitution des importations » dans le Sud, et la politique de planification autonome et de bien-être social dans l'Est dit socialiste (ne sont-elles pas, elles aussi, d'inspiration keynesienne ?) sont universellement sacrifiées à la nouvelle « orthodoxie » économique de l'austérité, de stimulation de l'offre et d'incitation pour un plus haut degré de compétitivité sur le marché mondial.

MONÉTARISME

ET « ÉCONOMIE DE L'OFFRE » :

LA NOUVELLE ORTHODOXIE

La nouvelle orthodoxie, une espèce de « Keynesianisme à l'envers », est représentée par une alliance de monétaristes, d'économistes partisans de la stimulation de l'offre et de keynesianistes militaires. Les monétaristes sont menés par le prix Nobel Milton Friedman. Ils ont plusieurs centres de pouvoir, entre autre la U.S. Federal Reserve (Banque Centrale des Etats-Unis) présidé successivement Arthur Burns et par Paul Volcker. Ils affirment que la quantité de monnaie est la seule variable qui détermine le niveau des prix - ce qui revient à dire que trop de monnaie pour attraper trop peu de biens produit l'inflation - et que trop de dépenses d'Etat veut dire trop de monnaie. conséquent , ils veulent réduire considérablement les deux pour combattre l'inflation, qu'ils estiment le plus grand mal, même si cela implique une augmentation du chômage.

Parmi les nouveaux prophètes de l'offre, il faut mentionner Arthur Laffer et George Gilder. Ils ont trouvé leur premier représentant dans la grande politique chez le parlementaire américain Jack Kemp, qui introduisit une proposition de loi pour réduire les impôts fédéraux de 30% et qui proposait de trancher le nœud gordien du keynesianisme et de la stagflation en promettant une réduction simultanée du chômage et de l'inflation comme résultat de l'augmentation de l'offre par le stimulant des réductions d'impôts. Ce nouvel évangile a été suivi par Ronald Reagan, comme Margaret Thatcher l'avait déjà fait avant lui. Il n'existe plus d'autres économistes qui croient, qu'une réduction de 10% d'impôts férait augmenter sensiblement l'épargne ou les investissements et que l'effet sur l'inflation serait plus grand que 1%. De l'autre côté, une réduction de l'impôt en faveur des riches peut effectuer une redistribution massive des revenus. Les monétaristes et les partisans de la stimulation de l'offre sont soutenus par un keynesianisme plus traditionnel survivant chez les partisans des dépenses militaires. Mme. Thatcher, Mr. Reagan et Mr. Carter avant lui, ont augmenté sensiblement les dépenses militaires pour l'équipement et pour l'industrie de haute technologie. Pour justifier ces augmentations des dépenses militaires dans le cadre de la compression générale des budgets, il fallait réchauffer une nouvelle hystérie de « guerre froide » contre « le militarisme et le terrorisme soviétique ». Cette nouvelle politique militariste aux Etats-Unis - où on est arrivé au bout du syndrome Vietnamien - représente aussi un effort pour étendre le contrôle des Etats-Unis sur les marchés et sur l'offre des matières premières provenant du Tiers Monde. Que cela est bien la raison pour l'augmentation des dépenses militaires américaines est mis à nu par le faitqu'elle a

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laquelle une réduction des impôts pour la mondiale d'aujourd'hui sont minimes. Par surtout servi à acheter des armes et à créer la « Rapid Deployment Force », qui est destinée au Tiers Monde, plutôt qu'à la préparation d'une confrontation directe avec l'Union Soviétique.

Cependant, dès le moment ou Reagan et Thatcher arrivaient au pouvoir, une division sérieuse sur la mise en application de cette politique économique se présentait dans leurs rangs. En Grande-Bretagne, ce conflit s'est manifesté au sein du Parti conservateur au pouvoir, où l'aile dirigée par l'ex-Premier ministre Edward Heath et qui représente des intérêts industriels importants, s'est opposé au démantèlement de l'industrie, favorisé par la hausse de la Livre Sterling, par les taux d'intérêts élevés et par la politique d'aide aux investissements à l'étranger. Après l'euphorie initiale, il était évident que poursuivre les réductions d'impôts, comme Mme. Thatcher (et un peu plus tard Mr. Reagan) l' avait promis, était impossible.

Dans le gouvernement Reagan, les économistes politiciens étaient divisés entre monétaristes économistes de l'offre, et parmi ces derniers entre ceux qui se trouvaient manifestement dans le camp capital et ceux qui étaient plus « populistes ». Les monétaristes Reaganiens sont en faveur des taux d'intérêts élevés qui visent à la stimulation des investissements par réductions d'impôt comme proposé par les partisans de la « politique de l'offre ». Les monétaristes avaient gagné la bataille pour les taux d'intérêts élevés. Mais les partisans de la « politique de l'offre » avaient gagné la bataille pour la réductions des impôts. La question se pose de savoir si ces mesures de politique économique permettront à leur partisans de tenir leurs promesses de réduire l'inflation et le chômage, de relancer les investissements et la productivité et de rétablir la force et la dignité nationales.

En Grande-Bretagne, en Australie et en Nouvelle Zélande, où ces mesures ont déjà été utilisées pendant plusieurs années, la faillite économique et la désillusion politique continuent de s'accentuer. Pendant le• gouvernement de Thatcher en GrandeBretagne, le chômage a augmenté d'un million à trois millions sans réduction durable de l'inflation. Au début, les partisans des théories conservatrices n'ont eu aucune difficulté à persuader les milieux d'affaires à accepter les réductions d'impôts, l'élimination des obligations de prendre en charge quelques coûts sociaux externes de leur chasse aux profits par dérégulation, ou par une réduction des dépenses sociales de l'Etat qui sont sacrifiées aux nouvelles vaches sacrées des monétaristes et des économistes de l'offre. Cependant, ces mêmes milieux d'affaires ont complètement omis de répondre positivement par une augmentation des investissements ou des progrès technologiques non militaires.

Il n'y a d'ailleurs aucune raison pour qu'ils agissent autrement. Avec une capacité excédentaire de production dans les grandes industries, un surplus de capital liquide dans leurs comptes et dans le système bancaire et avec le détournement de la recherche technologique vers des buts militaires, il n'y a pas de raison pour bourgeoisie, ou une exemption des règlefaveur de la protection de l'environnement et des consommateurs, capitalistes à augmenter les beaucoup d'évidence théorique ni pratique que cette « économie de l'offre » et de transferts de revenus des pauvres aux riches entraîne la croissance promise de la production, des investissements et de la producest sans fondement. Pour des raisons identiques, la promesse d'un accroissement des revenus fiscaux, et d'une baisse du déficit budgétaire est illusoire. Au contraire, l'accroissement continuel des dépenses militaires financées par des déficits budgétaires sans fin et l'incapacité de la part des autorités monétaires pour limiter réellement l'offre d'argent dont la vie industrielle a tant besoin pour soutenir ses hausses de prix monopolistes, sont de l'oxygène pour de futurs grands incendies inflationnistesL'échec flagrant du Thatcherisme et des Reaganomics, l'incapacité de produire les résultats promis par les partisans de l'économie de l'offre et du monétarisme, ne causeront pas de surprises, ni parmi la plupart des économistes n'ayant jamais accepté en théorie ces promesses, ni parmi les industriels n'ayant pas accepté les obligations correspondantes en pratique, même en considérant chaque économie nationale.

QUEL AVENIR POUR 1984? Que faire quand l'échec des Reagonomies et du Thatcherisme sera éclatant ? Certains sont en faveur d'un retour à la néo-orthodoxie keynésienne. théorie a été abandonnée comme impraticable ou du moins inadaptée aux circonstances actuelles par un nombre croissant de théoriciens économiques, d'industriels et de politiciens nationaux. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, le keynésianisme était déjà abandonné par le travailliste James Callaghan et par le président démocrate Jimmy Carter bien avant que Margaret Thatcher et Ronald Reagan eussent ramené l'orthodoxie monétariste et l'orthodoxie de « l'économie de l'offre » à leurs conclusions logiques. Eduard Kennedy faisait exception parmi les grands politiciens américains. Son effort pour être nommé président des Etats-Unis a été battu sur le plan tactique par les crises d'Iran et d'Afghanistan, sur le plan stratégique par son programme keynésien à l'intérieur. Il y a Pierre Trudeau qui présente encore de nos iours pour le Canada un plan nationale keynésien modifié, sur un programme d'énergie et de matières premières « national », financé par une position de ressources priviligée dans l'économie mondiale d'aujourd'hui.

Mitterrand a eu électoral pour un programme keynésien en France et la gauche du Labour en cherche un en Grande-Bretagne. Mitterrand a dû regarder rapidement la réalité en face. Les perspectives d'une réalisation couronnée de succès de tels plans keynésiens nationaux dans le contexte actuel manque de possibilité d'avoir recours à des alternatives keynésiennes réalisables après l'échec du monétarisme et de la « politique de l'offre » à la Reagan et Thatcher, la politique économique bourgeoise qui suit contrôle des salaires, des prix, des investissements et peut-être des importations. Cette nouvelle tentation pourrait être présentée comme « planification concertée de contrôle de l'Etat, à la place d'une « politique de l'offre » par les seuls stimulants du marché. Aux USA, le retour à l'interventionisme étatique a été proposé par un large groupe politico-économique, s'étendant du financier de Wall Street Felix Rohatyn (qui a déjà sauvé la ville de New York d'une crise fiscale au moyen d'une «planification municipal aux dépens des pauvres et qui propose une solution identique au niveau national), et de Business Week (dans son numéro spécial sur la ré-industrialisation de l'Amérique) aux déclarations faites par les syndicats AFL-CIO (la déclaration dite de : « Bar Habour ») où l'on plaide aussi en faveur d'un « nouveau contrat social », par l'économiste et Prix Nobel Wassily Leontieff (dans le New York Times), par le Center for Economic Alternatives de Gar Alperovitz, par Michael Harrington des Democratic Socialist, par David Gordon, membre éminent de la Union for Radical Political Economics (URPE), et par l'Institute for Labor Education and Research (ILER), c'est-à-dire par la nouvelle socialdémocratie américaine. Ainsi, ces secteurs de la gauche des Etats-Unis courent le risque de devenir la queue social-démocrate que remue le chien monopoliste. Même l'Americain Enterprise Institute, institution pro-Reagan, après avoir obser vé que les faits ne promettent rien de positif pour le programme Reagan, et certainement pas en ce qui concerne la productivité, s'est posé la question « Que faire si cela ne marche pas ? ». Il a répondu partiellement : « Dans ces circonstances, une deuxième option serait une espèce de contrôle des prix et des salaires ». (AIE Economist, april 1981, pp. 7-8). Pour le de pareils contrôles restent l'anathème pour les Reaganistes et les Thatcheristes et sont des cris dans le désert. Mais si Nixon était capable d'imposer un contrôle des prix et des salaires le 15 août 1971 - à un moment où les problèmes économiques étaient bien moins graves qu'aujourd'hui, pourquoi une partie significative des Républicains et peut-être même Ronald Reagan lui-même ne seraient-ils pas eu mesure d'opter en faveur de tels contrôles, vu qu'ils ne voient pas d'autre alternative économique valable pour préparer les élections de 1984. Indépendamment du fait que les Républicains seront capables ou non de faire face à ce défi, les démocrates, qui ne peuvent plus reprendre le keynesianisme orthodoxe du passé, et qui ne voient, eux non plus, aucune alternative plus valable à présenter, seraient les candidats idéaux pour présenter aux prochaines élections - et en cas de succès : pour la prochaine administration -la bannière de tels « contrôles concértés ». En Grande-Bretagne, la planification des investissements et le contrôle des importations figurent comme points principaux dans le programme de la gauche travailliste

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STICE AFL-CIO JE. JOBS JOBS AFL CIO JOBS AFL-CH INDIANA JOP Manifestation contre les « reaganomics » a Indianapolis, aux USA. (DR) de Tony Benn, qui prêche l'abandon du Marché Commun et des armes nucléaires britanniques et américaines. Le Labour Party lui , qui ne peut pas se référer au programme économique de Thatcher, est incapable de présenter une stratégie économique alternative plausible. Similairement, la nouvelle alliance des sociaux-démocrates et des libéraux, s'est faite sans aucun programme économique. Le programme national énergétique et le programme de ressources et d'investissement industriel de Pierre Trudeau au Canada, ainsi que le nouveau programme économique de François Mitterrand sont basés en grande partie sur le « contrôle concerté Etat/ patrons » de l'investissement des salaires, des prix et peut-être aussi d'une fraction du commerce extérieur. Tout cela nous mène inévitablement à la question : politique du contrôle concerté par et pour quelle partie du peuple ? Il n'est pas besoin d'être grand économiste pour voir que la tendance pour arriver à un consensus politique, entre les représentants du gouvernement, ceux du grand capital et ceux des travailleurs dans un état bourgeois a tendance à se réaliser par une politique économique en faveur du capital ou de quelques secteurs du capital, accompagnée de la répression politique nécessaire. Ainsi, il n'est point surprenant de constater que l'exercice de tels contrôles, exactement comme les Reaganomics et le Thatcherisme, s'effectue aux dépens des couches non priviligiées de la population, avant tout les travailleurs non-organisés, les fonctionnaires faisant face à des réductions, et les minorités nationales ainsi que les travailleurs immigrés. La conséquence politique semble mener à la rebellion de ces couches de la population. Ainsi, la répression ne s'arrêtera pas. Aux Etats-Unis, comme le sud-ouest est la nouvelle « terre promise » pour la population, les politiques électoralistes peuvent se permettre d'abandonner la population du nord-est, région en pleine régression économique. En même temps, les rebellions des minorités nationales seront confrontées avec la répression politique de la part de l'extrême dirigée par des sénateurs comme Storm Thurmond (Commissaire de Justice du Sénat) et Jesse Helms (Commission des Affaires étrangères), et des organisations comme la « Majorité Morale », les mouvements idéologiques du « droit à la vie » de la « défense de la famille », qui cherchent à remettre les femmes à leur place.

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3.E.W.g AFL GIO

NO REAGANOMICS RAD MORE JOBS précisément au moment où la crise économique aggrave le chômage et favorise donc une réduction d'offre de main-d'œuvre féminine La répression très dure de la récente grève des enseignants au Quebec par le gouvernement du Parti Québecois de M. Levesque est l'indice d'une tendance qui va dans le même sens.

Les forces politiques de l'extrême droite aux USA qui se sont jusqu'aujourd'hui par les priorités Reagan, pourraient finalement prendre leurs désirs pour la réalité si elles étaient orchestrée par l'Etat, lorsque leurs programmes sociaux ultra-réactionnaires deviennent des priorités de premier ordre pour l'administration économiquement et compenser politiquement la faillite croissante du programme initial et le début de la « planification publique concertée ». La perspective d'un plus grand chauvinisme national et d'une politique extérieure plus belligérente est la d'Achille qui est commun au Keynésianisme, aux Reaganomics, à la politique monétariste à la Thatcher, et aux partisans de la « programmation concertée », savoir les limites de toute politique économique nationale dans le cadre d'une crise mondiale. Dans une économie internatiomonétaristes ont autant d'effets pervers de « retours de manivelle » venant de l'extérieur que les mesures keynésiennes. Les taux d'intérêts élevés et les monnaies fortes provoquent des problèmes de déficits commerciaux et de fuites capitaux productifs, de même que l'inflation nationale « excessive » provoque des déficits croissants de la balance des paiements et des fuites de capitaux spéculatifs. Même si des réductions d'impôts menaient à des stimulations pour les investissements, il n'y a aucune garantie que ces investissements seraient faits au pays même. Le désinvestissement effectif dans l'industrie et la fuite du capital de la Grande Bretagne en réponse à la politique de Mme Thatcher a atteint des niveaux sans précédent. Le programme militaire américain peut aggraver le problème de la productivité dans le secteur civil, exception faite pour le cas où la technologie militaire avancée trouve des applications immédiates ailleurs. Les effets des contrôles ou de la programmation nationale sont aussi limités par l'économie internationale. Sans doute, l'efficacité des contrôles est plus grande dans l'économie américaine, même si le commerce extérieur, exprimé en pourcentage du Produit National Brut, a augmenté de 5 à 10% au cours des années 1970. Dans le contexte d'une économie ouverte de la GrandeBretagne, dépendante du commerce extérieur, un programme de planification néokeynésien accompagné de contrôles pour les importations venant de l'extérieur du Marché Commun, programme proposé par Tony Benn, exigerait la réorganisation sur grande échelle de toute la société. Même dans ce cas, les chances de succès seraient minimes, à moins que toute l'économie mondiale capitaliste ne s'écroule. Le programme keynésien à court terme de Mitterrand pour la France et les propositions pour réorienter les investissements industriels, n'impliquent point l'abandon du Marché Commun Européen. On connaît la suite. Le programme n'avait de chance de succès-la France restant membre du Marché Commun, -que si elle pouvait persuader ses partenaires de suivre la même politique. Même dans ce cas, les oppositions compétitives et les obstacles du reste du monde capitaliste devraient être pris en considération. La résistance de la RFA et de la France, qui dépendent en partie du commerce avec PURSS et l'Europe de l'Est, à se joindre aux embargos contre l'URSS proclamés par le président Carter aux Etats-Unis, et la désillusion croissante en Europe de l'Ouest concernant la stratégie nucléaire belliqueuse de Carter et Reagan contre PURSS, sont d'autres manifestations des rivalités nationalistes et des dissensions croissantes entre puissances impérialistes.

En l'absence d'une puissance mondiale hégémonique sur le plan économique, politique et militaire, il est difficile de voir comment une expansion « keynésienne »,

« monétariste » ou « la programmation » concertée et contrôlée de l'économie nationale pourraient effectivement arrêter ou renverser la crise économique, comme leurs partisans le promettent pour les années que le monde économique capitaliste continue à fonctionner. C'est la raison pour laquelle la faillite de ces mesures économiques nationales et l'exacerbation de la concurrence internationale peuvent conduire écroulement sérieux du commerce international ou au moins à la formation de blocs politique rivaux (Etats-Unis, Japon, Asie d'Est, l'Europe de l'Ouest, Afrique et peut-être le Moyen Orient).

L'écroulement multipolaire de l'économie mondiale, et la formation de nouveaux blocs, pourraient menacer de nouveau le monde entier d'une guerre à grande échelle qui rendrait toutes les mesures mentionnées superflues, C'est pourquoi le développement d'un autre mouvement même plus massif que celui contre la guerre du Vietnam, allié au mouvement naissant contre les armes nucléaires en Europe de l'Ouest, est une composante essentielle alternative politique progressive contre les Reaganomics aux Etats-Unis. •

André GUNDER-FRANK, avril 1983.

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