La situation financière du Mexique suscite des craintes croissantes. Depuis quelques mois, les doutes et les hypothèses pessimistes sur l'avenir économique du pays sont quotidiennement exprimés par les experts des milieux financiers internationaux. L'endettement extérieur ne cesse de croître à une vitesse impressionnante depuis quelques années. Le Mexique est devenu un des pays les plus endettés du monde, le total de sa dette extérieure s'élevant à environ 78 milliards de dollars au 31 août 1982 (avec une forte proportion d'obligations à court terme). Les menaces d'insolvabilité et le risque d'une cessation de paiement, qui avaient provoqué une véritable panique en novembre 1982, expliquent l'hésitation des banquiers à s'engager au Mexique dans les circonstances actuelles. La crédibilité du pays commence à être mise en cause publiquement sur la scène financière internationale.
Il est, cependant, difficile pour les grandes banques internationales d'ignorer les besoins d'emprunteurs sur lesquels ils ont des créances très importantes. Leur dénier l'accès à de nouveaux crédits pourrait les précipiter dans une crise financière intolérable, dont les prêteurs seraient les premiers à faire les frais. Ainsi, ce sont les créditeurs actuels du Mexique (1) qui ont été obligés de venir à son secours, afin d'éviter une suspension unilatérale des paiements qui aurait risqué d'avoir des répercussions dramatiques sur tout le système bancaire international.
Quoi qu'il en soit, la situation financière du Mexique ne fait qu'empirer depuis un certain temps. Un pays, qui pendant très longtemps a été réputé en Amérique Latine par sa stabilité des prix au taux de change, depuis une dizaine d'années subit une forte inflation et un endettement extérieur croissant. Les déséquilibres monétaires et financiers sont devenus le corollaire d'un important processus d'industrialisation par substitutions d'importations. Ce processus a conduit ce pays à devenir une puissance économique du «TiersMonde» avec des infrastructures matérielles et humaines qui en font un pays qualifié comme semi-industrialisé (14ème au monde par son PNB en 1980 selon les sources de la Banque Mondiale). Mais il a en même temps accentué les déséquilibres structurels.
Le nouveau paradis de l'or noir, avec des réserves pétrolières qui le placent parmi les tout premiers producteurs de pétrole au monde (2), n'a pas réussi à surmonter ses difficultés. Malgré le boom pétrolier exceptionnel de ces dernières années, qui a fortement accéléré la croissance du Produit Intérieur Brut (8,3% pour 1980 et 8,1% pour 1981), ou plutôt à cause du boom, tous les déséquilibres sont en train de s'aggraver et tout particulièrement l'inflation (3).
Dans ce contexte notre but est d'avancer quelques idées sur les causes de ces déséquilibres monétaires et financiers. Plus particulièrement, nous nous proposons de montrer que les déréglements financiers et monétaires, que connaît l'économie mexicaine aujourd'hui, ne sont qu'une manifestation de la crise d'un modèle d'accumulation, et qu'ils ne doivent en aucun cas être considérés comme la cause de cette crise. Contrairement au courant néoclassique (et forcement monétariste), nous pensons qu'il n'y a pas de dichotomie «économie réelle - économie monétaire» et que les phénomènes monétaires ne doivent pas être séparés de ceux de l'économie réelle. C'est dans la transformation des conditions structurelles de l'économie mexicaine qu'il convient de rechercher les fondements de la crise du système financier et monétaire. La situation que traverse actuellement l'économie mexicaine est le résultat -précipité brusquement par la crise de l'économie mondiale- du modèle d'industrialisation suivi depuis longtemps.
I.- LES LIMITES FINANCIERES
A LA CROISSANCE MEXICAINE
Jusqu'à présent, le financement de la croissance rapide du Mexique a pu être réalisée de façon assez souple, du fait de l'accès relativement large qu'il a eu aux marchés internationaux de capitaux, sans compter l'obtention de prêts publics dont il a bénéficié. Il n'en reste pas moins que le financement de la croissance mexicaine se fait de plus en plus par recours à des prêts bancaires dont les coûts sont élevés. Si l'accès du Mexique aux capitaux internationaux a été grandement facilité depuis la découverte des ressources pétrolières, il l'a été, à mesure que son endettement augmentait, à des conditions de moins en moins favorables.
De plus, et c'est là un point fondamental, il y a des limites objectives à l'endettement (1) Selon la presse financière internationale les banques américaines seraient créancières de 60% des 78 milliards et le Japon interviendrait pour 10 milliards. En outre, neuf des plus grandes banques américaines auraient prêté au Mexique l'équivalent de deux cinquièmes de leur capital et de leurs réserves. cf. Le Monde, 21 août 1982 et The Economist, 9 octobre 1982. (2) Le Mexique est situé au deuxième rang mondial pour les réserves prouvées de pétrole derrière l'Arabie Saoudite, mais avant le Koweit et l'URSS, ef Problèmes Economi. ques, La Documentation Française. 7 juillet 1982. p.16. D'autre part, le Mexique est actuellement le quatrième producteur de pétrole après T'URSS, les Etats-Unis er l'Arabie Saoudite, alors qu'en 1976, il était au ISème rang.
d'un pays. On en arrive, en effet, dans certains pays sous-développés, au point où les importations de matières premières et de biens d'équipement et les charges d'intérêts couvrent presque l'ensemble des recettes d'exportation. Aussi, à recettes d'exportation données, et à moins que les importations de matières premières ou de biens d'équipement ne diminuent, «un nouvel endettement de ces pays se traduira par des charges d'intérêts accrues, qui imposeront un niveau d'endettement encore supérieur et donc, en fin de compte, un processus cumulatif où charges d'intérêts ei besoins d'emprunts se développeront de façon auto-entretenue. Dans ces conditions, aucun privé n'accepterait de continuer à prêter au pays considéré» (4).
Or les importations de matières premières d'équipement -du fait du faible développement du secteur I (5) -sont essentielles pour la reproduction du capital. Il y a une incapacité structurelle des économies sous-développées à produire de façon interne les biens d'équipement nécessaires à leur croissance, de telle sorte que la transformation de la plus-value en capital passe partiellement par la capacité de transformer les monnaies des pays sous-développés en devises, capacité qui est étroitement liée à l'évolution de la balance des paiements. La disponibilité de devises devient chaque fois plus un élément stratégique pour assurer la reproduction élargie du capital. Il n'y a donc pas lieu d'éspérer une diminution des importations de matières premières et de biens d'équipement, à moins que les pays considérés cassent leur croissance.
Une autre alternative est bien sûr possible: l'augmentation des exportations. Mais là, les pays sous-développés se heurtent à la résistance des pays industrialisés qui, vu les hauts niveaux de chômage qu'ils connaissent aujourd'hui, ont du mal à accepter une augmentation nouvelle de leurs importations en provenance des pays sous-développés.
Ainsi, le Mexique, pris entre les tentations protectionnistes des Etats-Unis et la rigidité structurelle des besoins d'importa(3) 29,8% en 1980 et 28,7% en 1981 selon l'indice national des prix au consommateur. cf. Informe Anuul, Banco de Mexico, 1982, p.146. (4) « Vers des limites financières à la croissance». Economie Prospective Internationale N° 3. Juillet 1980. p.115. (5) Même des pays semi-industrialisés comme le Mexique se caractérisent par un faible développement du secteur des biens d'équipement. Ainsi, signalons simplement à titre d'illustration qu'en 1979, 45% de la demande intérieure de machines de ce pays était satisfaite par des importations. cf. Economie Prospective Internationale N°10. p.186.
tions de son expansion économique (6), risque d'être contraint, dans l'avenir, à réduire dramatiquement sa croissance.
Nous pouvons illustrer ce propos en calculant pour le Mexique le rapport:
Paiements d'intérêts Exportations de biens et services -Importations de matières premières et de biens d'équipements
En 1977, ce rapport a été de 0,50 en 1978, il monte à 0,60. Pour 1981, le rapport était déjà de 0,80. Mais le danger est que, plus ce rapport se rapproche de 1, plus le risque de réduction de la croissance du fait de la contrainte financière extérieure apparaît grand. Et pour les pays où ce rapport dépasse 1, le risque devient une réalité.
Le Mexique, de même que d'autres pays sous-développés «en voie d'industrialisation rapide» (comme la Corée du Sud), a soutenu depuis longtemps sa croissance en s'endettant. Malgré l'importance des découvertes pétrolières, qui a constitué une véritable manne tombée du ciel, les limites financières à la croissance s'approchent et risquent de bloquer le processus de reproduction élargie du capital.
Les déréglements financiers et monétaires que connaît l'économie mexicaine aujourd'hui ne sont qu'une manifestation de cette crise. L'analyse de l'évolution financière et monétaire du Mexique, tout en étant très importante, ne nous dit rien en elle-même, si nous ne l'accompagnons pas d'une analyse structurelle de la dynamique de l'accumulation du capital. C'est le moment de passer du répérage des phénomènes à leur explication.
II.- CRISE CONJONCTURELLE OU CRISE STRUCTURELLE ? A la fin des années soixante-dix, il y avait certains économistes mexicains qui rendaient responsable de l'origine de la crise une politique économique «mauvaise» ou «inappropriée». Ces économistes, liés pour la plupart au FMI et / ou partisans de l'économie enseignée à Chicago, pensaient qu'il y avait eu au Mexique, dans la première moitié des années soixante-dix, une utilisation inappropriée des dépenses publiques. Cette politique se servant du financement direct de la Banque Centrale au gouvernement fédéral, aurait entraîné un processus inflationniste dont l'origine monétaire aurait été évidente. D'après ces auteurs, le recours excessif à des sources monétaires de financement du déficit a provoqué une rupture de l'équilibre du marché monétaire. S'appuyant sur l'analyse d'un de leurs maîtres (Patinkin), ces auteurs pensent que l'augmentation de l'offre de monnaie aurait entraîné une augmentation des encaisses réelles, qui aurait conduit à une augmentation de la demande. Cette augmentation de la demande aurait butée contre des limites bien précises de la capacité installée, encourageant une augmentation du niveau général des prix. L'effet de l'inflation sur le système financier aurait été celui de provoquer une conversion de la quasi-monnaie en actifs liquides, la «dolarisation» du système en réponse au risque de dévaluation (7), et la fuite de capitaux. La déstabilisation du système financier, à côté des déséquilibres de la balance des paiements, aurait conduit finalement -en 1976- à la dévaluation du peso. En quelques mots, pour ces auteurs mexicains, l'origine de la crise se trouve dans la gestion désordonnée des finances publiques.
On voit sans difficulté que les anciens élèves de Chicago ont très bien appris la leçon: l'économie réelle est fondamentalement stable. Les phénomènes monétaires provoquent des perturbations de l'extérieur et puisque les phénomènes monétaires sont soumis à une contrainte étatique, le plus commode est de faire porter à l'Etat mexicain la responsabi-
Cependant, un certain marxisme mexicain ne manque pas d'analyses simplistes sur «la crise mexicaine» qui a été péremptoirement qualifiée de globale. Ainsi, la «loi de la baisse tendancielle du taux de profit» est invoquée pour brandir une seule explication de laquelle tout semble découler implacablement.
Nous nous proposons d'aller au-delà de ces explications simplistes style «mauvaise politique économique» ou«loi tendancielle de la baisse du taux de profit» pour arriver à bien cerner les obstacles que connaît à l'heure actuelle le modèle d'accumulation mexicain.
Comme on sait, la dynamique de l'accumulation peut être représentée par le cycle du capital - argent développé par Marx dans le Tome Il du Capital. Se servant des notations habituelles, ce cycle peut être exprimé par:
FT A ...P...M'- A'
MP La particularité de ce cycle quand il est utilisé pour étudier la dynamique de l'accumulation dans les pays sous-développés vient du fait que ces pays ont une incapacité structurelle à produire la plupart des biens de capital nécessaires à leur croissance. Cependant, pour certains auteurs, le secteur exportateur devrait être considéré comme l'équivalent du secteur des biens de production (secteur 1) des pays capitalistes développés, car il fournirait les devises grâce auxquelles les biens de production pourraient être importés. Ainsi, les pays sous-développés pourraient, grâce aux ressources obtenues par leur exportations, profiter d'une très grande possibilité de choix de techniques. Nous croyons que ce type d'approche est tout-à-fait erronée puisqu'elle néglige le problème de la transformation d'argent en capital-argent, à la suite, par exemple, d'une crise du secteur exportateur et à un manque corrélatif de financement de l'extérieur qui empêche la transformation des pesos en devises étrangères fortes. Autrement dit, l'affirmation que le secteur exportateur doit être considéré comme l'équivalent du secteur des biens de production des pays capitalistes développés est tout-à-fait erronée, car elle néglige le fait que la transformation de la plus-value en capital passe partiellement par la capacité de transformer des pesos en devises, capacité qui est étroitement liéè à l'évolution de la balance des paiements.
A partir de l'examen du cycle du capital-argent et des conditions des pays sousdéveloppés, on déduit que la disponibilité de devises devient chaque fois plus un élément stratégique pour assurer la reproduction élargie du capital. Seules les devises étrangères fortes garantissent la matérialisation de l'accumulation du capital dans l'industrie, soit la possibilité d'accomplir l'acte A-MP, si l'on prend en considération le faible développement de l'industrie des biens de capital.
Ce qui vient d'être dit ne signifie pas qu'il y ait des pays avec un processus d'accumulation de capital entièrement endogène. Aussi bien les pays développés capitalistes que les pays sous-développés font partie intégrante du processus productif situé à l'échelle mondiale. La place différente qu'occupent les pays développés, le rôle différent qu'ils jouent, n'implique en aucune manière qu'une articulation entre le secteur I et le secteur Il puisse s'effectuer de manière purement intérieure dans un cas et pas dans l'autre. Les deux groupes de pays dépendent d'importations de moyens de production pour que leur procès d'accumulation puisse se dérouler. Il s'agit d'une différence de nature quantitative mais certainement pas qualitatif. Cependant, nous ne devons pas perdre de vue que les pays sous-développés sont fortement tributaires de la possibilité effective d'importer une quantité massive de biens d'équipement, en fonction de l'état de leur balance des paiements.
Ainsi, au Mexique le processus d'industrialisation rend nécessaire l'importation d'un montant chaque fois plus grand de machines et de matières premières. La croissance des importations face à une croissance plus lente des exportations (pour la plupart des produits agro-extractifs) provoque un déficit croissant de la balance commerciale. D'autre part, les revenus nets du compte des services diminuent, en bonne mesure, à cause des investissements étrangers au Mexique, qui ont provoqué une très forte sortie de profits.
Mais la condition subordonnée du capitalisme mexicain (la dépendance technologique) (8) fait que l'accumulation du capital passe par l'extérieur, le cycle du capital-argent s'articule avec l'extérieur, ce qui rend primordiale la disposition d'une quantité abondante de devises pour l'achat à l'extérieur de biens d'équipement et de matières premières nécessaires à la continuation de la croissance industrielle. D'autre part, les devises sont très importantes du point de vue de l'investissement étranger, puisque le manque de devises empêcherait, ou du moins freinerait la sortie des profits. Les devises sont tellement importantes qu'à un moment donné, leur insuffisance peut freiner le taux d'investissement et (6) En 1981, les biens intermédiaires et les biens de capital représentaient 88% des importations. cf. Informe Anual. Banco de Mexico 1981. p.170. (7) A ce sujet il faut dire que les épargnants mexicains ont été encouragés, par les dévaluations du peso en 1948 et 1949, mais surtout par celle de 1954, à solliciter aux autorités des instruments pour éliminer le risque de pertes de valeur provoqué par la dépréciation du peso. Dans un effort pour éviter que le rejet de cette requête reflète en mouvements de capital du pays vers les marchés financiers étrangers, les autorités mexicaines ont permis l'introduction d'obligations en dollars par les institutions financières opérant à l'intérieur du pays. Il faut attirer l'attention sur le fait qu'avec l'instauration de cette mesure la fonction de réserve de valeur de la monnaie pourrait aussi bien être accomplie par le peso que par le dollar! (8) cf. Hector Guillen Romo. La Dépendance technologique dans les pays sousdéveloppés. Exemple du Mexique. Thèse d'Etat. Université de Paris I. 1975.
Les cinq plus gros débiteurs d'Amérique Latine
Tableau 1 Evolution des transferts nets de la dette extérieure publique (à plus d'un an) en millions de $ EU Moyennes annuelles 1975/1978
Nouveaux engagements 7 059,3
Versements effectifs bruts 6 223,7
Paiement principal du service de la dette (remboursements) 2 145,1
Versements nets 4 078,6
Paiements intérêts du service de la dette 1 264,1
Transferts nets 2 814,5 Source: Banque Mondiale de 1975 à 1980 -Problèmes Economiques. La Documentation le taux de croissance du pays.
Ce fait a provoqué le recours croissant au crédit extérieur, élément chaque fois plus nécessaire de la croissance économique mexicaine depuis plus de vingt ans. La dépendance financière vis-à-vis de l'extérieur a augmenté, le taux de croissance del'économie devenait une fonction chaque fois plus directe du crédit extérieur. Le crédit extérieur s'est élevé d'une année à l'autre depuis longtemps, mais les sommes utilisables chaque année diminuent à cause de l'amortissement des dettes antérieures. On doit recourir à de nouveaux prêts pour payer les dettes contractées auparavant. Plus particulièrement, depuis trois ans le Mexique ne bénéficie en fait pas d'apports financiers extérieurs nets.
En effet, les transferts nets de l'endettement public extérieur (à plus d'un an) n'ont représenté en moyenne annuelle entre 1979-1981 qu'un flux de $622,5 millions de dollars (voir tableau 1). L'Etat mexicain commence à s'endetter pour payer ses dettes. Ainsi, l'économie mexicaine est un exemple qui illustre parfaitement le phénomène que la CEPAL appelle la «spirale d'endettement».
La situation que traverse actuellement l'économie mexicaine est le résultat du modèle d'industrialisation suivi. Le mode d'accumulation tourné vers le marché intérieur, c'est-à-dire le processus de substitution d'importations, à la particularité d'engendrer un déficit croissant. Ce n'est pas un hasard Tableau 2
Au 31 décembre 1981
Chili Vénézuela
Au 30 juin 1982
Argentine Brésil(9)
Au 31 août 1982
Mexique Source: Banques Centrales et Le Monde, 14 septembre 1982.
1979 1980 1981 13 101,9 6 732,4 14 900 10 761,3 8 551,5 12 000 7 178,2 4 047,9 6 500 3 583,2 4 503,5 5 500 2 874,7 3 844,7 5 000 708.4 659,2 500 Estimations en 1981 Française. 7 juillet 1982, p.18. si en Amérique Latine les économies qui ont avancé le plus dans le processus d'industrialisation par substitution d'importations sont devenues les économies les plus endettées de la région (Brésil, Mexique, Argentine) et sont classées parmi les plus endettées du TiersMonde. (Voir Tableau 2). Ainsi, la compréhension des problèmes que connaît à l'heure actuelle l'économie mexicaine demande de dépasser le cadre financier-monétaire que nous avons ébauché jusqu'ici et de jeter un regard sur les transformations structurelles de l'économie mexicaine, c'est-à-dire de faire le point sur le modèle mexicain d'accumulation.
III.- DE LA SUBSTITUTION D'IMPORTATIONS
A L'EXPORTATION MASSIVE
DE PRODUITS PÉTROLIERS Le modèle mexicain d'accumulation s'est caractérisé, pendant très longtemps, par son aspect excluant et non exportateur. En ce qui concerne l'aspect excluant, il faut dire que l'existence du modèle dépend principalement de la capacité des couches sociales aisées et moyennes à modifier la répartition des revenus en leur faveur. Le revenu des classes populaires reste très marginal au niveau de la demande qui s'adresse au secteur dynamique et leader de l'économie: le secteur des biens
Dette Dette Dette totale publique privée 12,6 4,6 3,0 25,0 19,0 6,0 36,6 21,3 15.3 64,0 42,9 21,1 78,0 61,8 16.2 durables. En ce qui concerne l'aspect non exportateur, il faut dire que le processus d'industrialisation qu'y s'est entamé a vu la création d'une grande quantité de firmes nationales et multinationales qui produisent essentiellement pour un marché intérieur solidement protégé, où 90% des importations sont sous le régime de licences.
La difficulté de continuer à faire appel au crédit extérieur puisque la capacité d'endettement est sur le point d'atteindre la limite, oblige l'Etat à une révision de la stratégie du secteur extérieur. Dans cette nouvelle stratégie, l'industrie devait, entre 1970 et 1976, devenir le fer de lance du secteur exportateur. Cela nous explique les besoins manifestés par les responsables économiques mexicains de trouver des marchés extérieurs pour les produits manufacturés. A ce sujet, au début de la décennie précédente, dans les milieux officiels mexicains, on annonçait l'intention d'instaurer une politique de diversification du marché extérieur pour les produits d'exportation mexicains. Il s'agissait d'opèrer une révision totale du système de protection afin d'améliorer la position compétitive internationale des articles manufacturés mexicains à travers certains avantages fiscaux, de telle sorte que la production pour l'exportation soit très attirante par rapport à la production destinée à un marché intérieur solidement protégé. Nous étions en face d'une nouvelle orthodoxie qui, au Mexique et dans d'autres pays du «Tiers-Monde», prônait la poursuite de la croissance à travers l'exportation des produits manufacturés. L'industrialisation par le développement d'exportations manufacturières devrait prendre le relais de l'indusd'importations.
Il était évident que dans cette nouvelle stratégie pour surmonter l'endettement extérieur, le rôle des firmes multinationales visant à l'exportation devait être fondamental. Les firmes multinationales devraient devenir les acteurs principaux de cette nouvelle stratégie d'exportation de produits manufacturés, de même qu'elles l'ont été dans la stratégie précédente d'industrialisation par substitution d'importations. L'analyse de l'évidence empirique nous dit que cette nouvelle stratégie a commencé à avoir des effets au Mexique, puisqu'entre 1970 et 1974 le poids relatif des exportations manufacturières dans l'ensemble des exportations s'accroît de 33,2% à 48,8%. Cependant, il faut être clair sur le fait que cette croissance des exportations manufacturières s'est produite dans un contexte mondial de transfert à la périphérie de certaines industries qui ont perdu leur rôle clé à l'intérieur du système productif des pays centraux: textile, sidérurgie, automobile, etc. On est ainsi en face d'une nouvelle division internationale du travail, division qui fait que quelques pays périphériques comme le Mexique exportent non seulement biens et matières premières d'origine agricole, mais aussi une gamme bien délimitée de produits indus(9) La dette du Brésil ne comprend pas les emprunts à court terme. Y compris ces emprunts (à moins d'un an), elle peut être estimée à 80 milliards de dollars. Pour le Vénézuela, cette dette comporte 9,3 milliards à court terme. Enfin, pour l'Argentine, les emprunts arrivant à échéance d'ici à la fin de l'année représentent 12,8 milliards de dollars, dont 6,9 milliards pour le secteur public et 5,9 milliards pour le secteur privé. Au total, les dettes étrangères de ces 5 pays représentent 216 milliards de dollars au moins pour l'ensemble de l'Amérique Latine et 240 milliards de dollars.
triels. Ainsi, dès le début, les posibilités d'exportations sont limitées à certains produits: le Mexique n'a exporté que des produits agricoles transformés (les 3/4), textiles (fils et tissus), cuirs et chaussures, metaux non ferreux et récemment des matériaux de construction.
Mais pour le Mexique, la délocalisation a signifié aussi un processus de délocalisationsegmentation de la ligne de production. En effet, depuis quelques années, on assiste à l'implantation, par de grandes firmes américaines, d'industries combinées à des jumelages d'usines de part et d'autre de la frontière mexico-américaine où l'on utilise une main-d'oeuvre bon marché et soumise à des conditions de travail épuisantes surtout pour le montage d'appareillage électrique et électronique et à la fabrication de chaussures et vêtements.
Il faut dire qu'au cours des dix dernières années la progression des exportations manufacturières mexicaines a été la plus remarquable dans les industries électromécaniques. Or, une part importante de ces industries est installée à la frontière des Etats-Unis, sous la forme de «maquiladoras» qui importent des pièces et réexportent des produits finis. Au cours des dernières années, les «maquiladoras» ont assuré prés des trois quarts des exportations mexicaines de produits électromécaniques. Cependant, ces industries importent l'essentiel de leurs biens intermédiaires et de leurs équipements et les salaires qu'elles versent représentent presque la seule valeur ajoutée par le Mexique. Il n'est dont pas surprenant de constater que ces industries tournées vers l'exportation ont très peu d'effets d'entraînement sur l'ensemble du tissu industriel. L'intérêt des métropoles à délocaliser certaines opérations de production à la périphérie a pour but la recherche du profit sur la base de l'inégalité des rémunérations de la force de travail et de la possibilité d'imposer des conditions de travail épuisantes qui permettent d'élever l'intensité et la productivité du travail. En fait, il s'agit d'une façon de lutter contre la baisse du taux moyen de profit des capitaux dans les économies des métropoles qui se manifeste depuis la fin des années soixante.
Mais à la suite des changements intervenus dans l'économie mondiale après le premier choc pétrolier de 1973 (hausse spectacuBidonuille à Mexico. (DR)
laire du prix du pétrole) et des importantes découvertes pétrolières au Mexique, la stratégie de développement des exportations manufacturières et des exportations des «maquiladoras» a été fortement évincée au profit d'une stratégie de développement des exportations pétrolières. Ces dernières se développent à une vitesse impressionnante dés 1974 et arrivent à représenter en 1978 presque un tiers des exportations mexicaines. Donc, à partir de 1975, les exportations de produits manufacturiers commencent à perdre de l'importance relativement dans le total des exportations (14,3% en 1981) au profit des industries extractives (61% en 1981). Il va sans dire que l'impératif d'exporter un montant aceru de ressources pétrolières -avec le risque de devenir une économie purement pétrolière- répond à la nécessité d'obtenir des devises pour alléger le poids de la dette extérieure.
Nous pensons que le Mexique est en face d'un changement du mode d'accumulation. La stratégie d'exportation massive de produits pétroliers commence à se substituer à celle tournée purement et simplement vers le marché intérieur. Ce changement du mode d'accumulation a été rendu nécessaire par les changements intervenus dans l'économie mondiale aprés le premier choc pétrolier, par les importantes découvertes pétrolières, et surtout par l'alourdissement de la dette extérieure à des niveaux considérés comme dangereux.
Néanmoins, ce changement fait surgir de nouveaux problèmes. Ainsi, le Mexique a continué en 1981 à vivre sous les effets d'un boom économique qui a commencé en 1978 et dont le moteur a été sans doute la production pétrolière en forte augmentation depuis quelques années (hausse de 21,7% en 1980 et de 16,1% en 1981). Or, des études empiriques sur l'économie mexicaine (10) ont montré qu'en des périodes de croissance élevée telle que la période 1978-1981, les fractions de la demande de produits industriels dont le dynamisme est le plus grand sont ceux dont le contenu en importations est le plus fort (biens de consommation durable et surtout biens de capital). Ce fait réduit sensiblement l'effet d'entraînement industrialisant du dynamisme de la demande provoqué par le boom pétrolier et implique également l'apparition de situations critiques dans les échanges extérieurs en périodes de forte croissance (montée vertigineuse des importations de biens d'équipement et intermédiaires en bonne mesure pour le développement de l'industrie pétrolière) (11).
Ces situations critiques deviennent dramatiques dans un contexte de ralentissement de la demande mondiale provoqué par la crise, qui empêche une augmentation suffisante des exportations mexicaines. Ainsi, nous pensons que l'élément essentiel dans la forte dégradation du compte courant de la balance des paiements depuis 1978 (cf. Tableau 3) provient d'un différentiel de croissance trop important entre la demande intérieure et la demande mondiale.
On doit constater que le boom pétrolier ne permet pas, à lui seul, de contrebalancer la dégradation des échanges extérieurs. Bien mieux, à cause de la structure sectorielle de la croissance qui favorise des secteurs à haut contenu importé, le boom pétrolier, au milieu d'une sévère crise internationale, a aggravé les déséquilibres que depuis un certain temps subit l'économie mexicaine. Tableau 3 DEFICIT DU COMPTE COURANT DE LA BALANCE DES PAIEMENTS (millions de dollars)
Année Déficit 1978 2,462,5 1979 4 856,4 1980 6 596,6 1981 11 704,1 Source: 1978 et 1981. Informes Anuales del Banco de Mexico; 1979 et 1980 Boletin mensual de Informacion Economica. Vol. V.4. SPP. Tableau 4.I.
IV.- UN NOUVEL ORDRE MONETAIRE MEXICAIN Dans l'économie d'endettement international qu'est devenue l'économie mondiale, l'avenir d'un pays fortement débiteur comme le Mexique dépend de plusieurs facteurs dont les plus importants sont la croissance des exportations, l'évolution des termes de l'échange et les taux d'intérêts réels appliqués aux nouveaux emprunts et au refinancement de la dette passée. Or, à partir de 1981, la situation est devenue particulièrement grave pour le Mexique du fait de la baisse du prix du pétrole et de l'augmentation des taux d'intérêts. Ces deux facteurs ont à eux seuls fait perdre 10 milliards de dollars au Mexique.
Les mesures prises par le gouvernement mexicain dés le début de 1982, à savoir la dévaluation du 17 février (environ 70%), le programme d'austérité gouvernemental du 20 avril (réduction des dépenses publiques, restriction du crédit, taux d'intérêts élevés, (10) cf. «La evolucion reciente y las perspectivas de la economia mexicana». Economia Mexicana. Nº2. 1980. (11) Il faut dire qu'en 1978 et 1979, les importations de l'in-. dustrie pétrolière représentaient en moyenne 13,45% des importations du Mexique. ef. La industria petrolera de Mexico. SPP. PEMEX. p.54.
• Pour 1983, le gouvernement lui-même s'attend à moins 3%. La Banque Internationale du
Chile
Uruguay
Bolivie
Argentine
Venezuela
Mexique
Brésil
Pérou
Colombia
Equateur
(Source : Commission Economique des Nations-Unies pour l'Amérique Latine CENAL)
Développement conteste d'ailleurs le chiffre de 1982 et l'évalue à - 1%. etc...) et l'instauration du double taux de change, avaient pour but de faire face à la crise financière. Même si ces mesures ont porté des fruits au niveau de la balance des paiements, elles n'ont pas été capables d'enrayer la forte inflation qui sévissait dans ce pays dès le début de l'année et qui atteint une rythme annuel de 90%. Or, ce n'est pas en vain que l'histoire économique nous a appris à craindre une forte inflation. Tout d'abord, l'inflation bouleverse les comptabilités, en y juxtaposant des enregistrements de valeurs d'époques différentes dont les supports matériels ne sont plus comparables. Elle constitue un masque qui déforme les réalités économiques rendant tout calcul économique illusoire. «Elle crée une incertitude générale sur les conditions réelles de valorisation. Les prix ne livrent plus qu'une information ambigüe. On ne sait plus si l'on fait des profits ou des pertes» (12). On assiste à un brouillage dans la formation de la valeur, c'est-à-dire à l'absence d'une référence unanime mettant en cause la fonction d'unité de compte de l'équivalent général.
Ensuite, face à l'incertitude, à l'inquiètude produite par l'instabilité monétaire, les possédants se précipitent à la recherche des objets (or, dollars, etc..) dont la substance serait en quelque sorte larichesse elle-même et les mettrait à l'abri de l'instabilité. Au bout d'un certain temps, les individus convergent sur un objet unique qui aurait la capacité de les protéger contre les pertes de valeur dues à la dépréciation monétaire. Cet objet commence à accomplir la fonction de réserve de valeur de la monnaie centrale et aussi d'unité de compte, dans la mesure où l'on assiste au développement de comptabilités parallèles en or ou en dollars; les procédures d'indexation des prix sur le cours du dollar ou de l'or ont tendance à se généraliser (13).
Au Mexique, le voisinage avec les EtatsUnis et la possibilité que donnait le système bancaire aux Mexicains de posséder des comptes en dollars ont tout fait pour que le dollar commençât à substituer le peso mexicain dans l'accomplissement des fonctions de la monnaie centrale (14). La fuite de capitaux vers les Etats-Unis (facilitée par l'absence de contrôle de changes) et la croissance des comptes libéllés en dollars dans les banques mexicaines ont représenté une véritable stratégie spéculative face aux menaces d'hyperinflation.
A ce sujet, il faut rappeler que le président Lopez Castillo dans son discours à la
LA RÉCESSION EN AMÉRIQUE LATINE ÉVOLUTION DU PRODUIT NATIONAL BRUT EN 1982 en % par rapport à 1981 par tête d'habitant - 13,0% - 14,3%
9,5% - 10,0%
7,5% - 9,9%
5,0% - 6,1%
0,0% - 3,3%
0,0% - 2,9% + 0,5% ° 1,9% + 1,0% - 2,0% + 1,5% - 0,8% + 2,0% - 1,1% nation a signalé -s'appuyant sur des sondages et des enquêtes réalisés à l'étranger- que les Mexicains conseillés et appuyés par les banques privées, avaient, au cours des dernières années, déposé 14 milliards de dollars dans des comptes en banque aux Etats-Unis, et qu'ils avaient achetés des biens immobiliers pour une valeur de 31 milliards de dollars dont 9 seulement étaient déjà payés. Enfin, au Mexique même, les résidents détenaient au mois d'août 1982 plus de 12 milliards de dollars dans des comptes spéciaux en dollars.
Cette situation a créé une crise de liquidité insurmontable, de telle sorte qu'à la fin du mois d'août, les réserves de la Banque Centrale étaient tombées à un niveau très bas, équivalent au montant de deux semaines d'importations. Ainsi, la panique, la spéculation et les achats massifs de dollars par la bourgeoisie et de larges secteurs des couches moyennes pendant le mois d'août 1982 ont été taire qui était en train de s'aggraver.
A la base de cette crise, il y avait l'émergence d'énormes dettes, résultat du modèle d'accumulation, dont l'extinction (le remboursements'avérait incompatible avec l'ancien ordre monétaire. Les méthodes de gestion monétaire antérieures s'avéraient inappropriées et dans certains cas même néfastes.
Ces circonstances rendaient nécessaire un acte discrétionnaire de l'Etat pour éviter l'effondrement du système.
Il fallait une révision des règles centrales de gestion de la monnaie et donc une initiative dans ce sens là. Il fallait intervenir avant que la crise n'atteignit sa phase ultime en paralysant l'échange élémentaire, donc en annihilant la fonction la plus vitale de la monnaie centrale, (celle de servir de moyen de circulation). C'est ainsi qu'au Mexique le ler septembre 1982 le président annonce au pays la sanction politique qui va essayer de mettre un terme à l'instabilité financière et monétaire:
la nationalisation des banques privées et l'in-
(12) cf. Michel Aglietta et André Orléans, La violence de la monnaie, PUF. Paris 1982, p.215.
(13) Pour une analyse détaillée des crises financières et de leur dénouement, le lecteur peut consulter P'ouvrage d'Aglietta et Orléans.
(14) Il existait une véritable soumission monétaire du
Mexique vis à vis des Etats-Unis, dans la mesure où l'absence de contrôle deschanges et l'importance des transactions en dollars (le tiers des engagements du système bancaire mexicain était libellé en dollars) rendait nécessaire stauration d'un rigide contrôle de changes (15). Il n'y a pas de doute que la naissance de ce nouvel ordre monétaire basé sur la nationalisation du système bancaire et le contrôle de changes généralisé constitue une victoire de la fraction keynesienne à l'intérieur de l'appareil d'Etat à l'encontre des forces monétaristes. En effet, il n'y a pas de mesure plus typiquement keynesienne que la lutte contre la spéculation et le pouvoir de l'argent. Souvenons- nous du dilemme esprit de spéculation -esprit d'entreprise posé par Keynes dans la Théorie Générale et de tout son mépris et même sa haine contre le pouvoir de l'argent. Keynes appelait de ses voeux l'abolition de la toute puissance de l'argent et pour cela il prônait la réalisation de réformes monétai-
Ainsi, la nationalisation du système bancaire mexicain et l'instauration du contrôle de changes qui l'a accompagnée représente un coup au capital financier ou rentier privé (par nature spéculatif) avec le souci de mettre les finances au service du capital productif.
A cet égard, les mesures prises par le gouvernement mexicain ne constituent en aucune manière un pas vers le socialisme. Elles se situent bien évidemment dans le cadre d'une domination de classe conservée et défendue par la bourgeoisie, puisque ces mesures ont justement pour objectif d'assurer à terme la reproduction du système d'exploitation. Dans cette conjoncture l'Etat mexicain est apparu pour ce qu'il est, le gardien des intérêts de l'ensemble de la classe capitaliste (capital en général). Autrement dit, l'Etat mexicain a accompli parfaitement son rôle d'assurer la défense des intérêts généraux du capital, c'est-à-dire d'assurer la reproduction d'ensemble du rapport capitaliste d'exploitation et donc la poursuite de l'accumulation
Néanmoins, le problème de la dette n'étant pas résolu avec la nationalisation, le gouvernement mexicain s'est vu contraint de signer au mois de novembre 1982 une «lettre d'intention» avec le F.M.I., en échange de son aide et de demander un nouveau report du paiement de la dette à ses principaux créanciers. Plus particulièrement, la «lettre d'intention» (considérée comme une sorte de garantie par la plupart des organismes financiers) engage, le gouvernement mexicain à appliquer un sévère programme d'austérité de facture typiquement monétariste. En effet, ce programme prévoit une réduction draconienne du déficit budgétaire, une limitation de l'accroissement de la dette extérieure et laisse entrevoir la possibilité d'un assouplissement du contrôle de changes (16). Ainsi, dans les années à venir la forte récession de l'année 1982 risque de s'aggraver avec toutes les conséquences que cela comporte pour le niveau de vie des travailleurs.
Hector GUILLEN, Paris, octobre 1982. l'alignement des taux d'intérêts internes sur les taux pratiqués aux Etats-Unis. (15) Ces mesures ont été accompagnées de l'interdiction d'ouvrir des comptes en dollars dans le système bancaire mexicain, de telle sorte que les comptes qui existaient en dollars ont été convertis en comptes en pesos. (16) Plus particulièrement, le déficit budgétaire, qui correspond aujourd hui à 16,5% du PIB, devra être ramené dès 1983 à 8,5, puis à 5,5% en 1984 et à 3,5% en 1985. D'autre part, l'accroissement net de la dette extérieure ne devra pas depasser 5 milliards de dollars en 1983. cf. Carta de intencion de Mexico al FMI. El Financiero. I1 novembre 1982.