Inprecor 1974–2004

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RFA

Débat avec un représentant de l'aile socialiste des Verts

Inprecor n° 152, 6 juin 1983 · p. 15-18 · 4 221 mots

Allemagne Écologie Syndicalisme

Au mois de mars dernier, le Parti socialiste ouvrier (PSO), section suisse de la IVe Internationale, organisait mun avec le POCH (Organisations progressistes de Suisse) deux meetings-débats sur la situation politique en République fédérale d'Allemagne après les élections législatives du 6 mars 1983.

Nous publions ci-après les extraits les significatifs des interventions deux participants au meeting qui s'est déroulé le 16 mars à Zürich.

Thomas Ebermann, Liste alternative verte à Hambourg, au Parlement régional du land de Hesse, et Jakob Moneta, ancien redacteur en chef de la revue du svndicat de l'IG Metall, actuellement collaborateur du journal socialiste révolutionnaire Was Tun, y défendaient leurs positions, qui recouvrent une partie du débat entre le courant marxiste-révolutionnaire et l'aile socialiste du mouvement des Verts et des Alternatifs

Thomas EBERMANN : Le seul éclairage positif que l'on peut trouver dans les résultats électoraux du 6 mars dernier est notre entrée au Parlement fédéral. Au-delà de la joie d'y être arrivé, il faut constater qu'en RFA, l'Etat-CDU (Union chrétienne-démocrate) s'impose à tous les niveaux : nous avons une Cour suprême dominée par la CDU, une agence nationale pour l'emploi dominée par la CDU, un président fédéral de la CDU, une majorité CDU au Parlement, une majorité CDU au conseil des Länder, et une large majorité CDU dans les gouvernements et Parlements locaux ainsi que dans les mairies, et, enfin, un gouvernement fédéral dominé par la CDU.

Le slogan « Etrangers dehors ! », qui jusque-là n'avait rencontré que d'écho, devient l'expression d'une réalité sociale. Le déploiement des fusées US à essentiel de toute la stratégie de l'OTAN, est imposé avec une répression croissante les frais des IVG (Interruption volontaire de grossesse), le chômage et la diminution des prestations sociales vont aller en augmentant, et il y aura une politique économique qui rappelle d'autres temps de

Tout ceci est l'héritage des treize années d'activité gouvernementale du Parti social-démocrate (SPD). Celle-ci a été caractérisée par un fil conducteur que Willy Brandt (chancelier de 1969 à 1974) a explicité ainsi en 1972 : « Si on veut traire une vache - l'animal désignant ici le système capitaliste il ne faut pas conséquence que nombreux travailleurs ont tiré de ce slogan, lors des élections du 6 mars dernier, est la suivante : « Si c'est ainsi, si subordination des travailleurs du capital est véritablement décisive, alors votons plutôt pour le parti qui a effectivement la confiance capital. » Et ce parti, c'est la CDU. Le plus désolant dans ces résultats électoraux est done le grand nombre de voix ouvriè-

L'année passée, il y avait déjà eu une « première » dans l'histoire de l'Allemagne fédérale : dans le land de la Sarre, le personnel d'une entreprise a, collectivement et apparemment volontairement, rendu une partie de son salaire au patron, dans le but d'assurer une sécurité de leurs emplois, et cela alors même qu'elle avait été négociée puis garantie par la convention collective. Cette action est à la fois le support et la conséquence d'une idéologie

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qui prône que travail et capital sont des « partenaires sociaux ». Cette idéologie, que le SPD a contribué à développer, gagne du terrain. (...)

Les élections en RFA ont été déterminées par le thème de la politique économique. Il y avait sans doute une majoripour reconnaître au SPD des compétences sur la question des missiles, de l'éducation et de la reconnaissance des droits démocratiques. Mais il n'y avait pas de majorité pour lui faire confiance pour résoudre la crise économique. Voilà la raison pour laquelle le slogan démagogique de la CDU « Voter pour la reprise » (une conçue comme une soumission consciente à la loi du profit capitaliste) a pu trouver un terrain aussi favorable. De plus, il faut saisir le fait - souvent ignoré à l'étranger - que le SPD ne voulait pas gagner ces élections : il était prêt, pour des raisons d'Etat, à accepter une défaite pour pouvoir d'autant mieux se consacrer à briser les Verts et les Alternatifs. On comprend ainsi que les batailles décisives à venir entre la social-démocratie et les Verts-Alternatifs se feront sur les questions de politique sociale et économique, et cela sans que les Verts puissent pour autant négliger les exigences écologiques ainsi que celles relatives à une politique tâche historique du SPD, telle qu'elle est définie par les milieux financiers, est de jouer le rôle d'opposition pour briser les nouvelles forces qui apparaissent et dont l'activité remet en cause les fondements structurels du système de la RFA. Il y a trois ans, n'importe qui pouvait facilement distinguer le SPD des Verts-Alternatifs. Il n'était guère possible de nous confondre. (...) Mais, depuis, il est devenu plus difficile de distinguer le SPD des Verts, précisément à cause du d'opposition qui lui a été attribué par le capital. (...) Pour maintenir des rapports conflictuels avec les Verts, le SPD a développé un nouvel argument: « Leurs buts et leurs idéaux sont sans aucun doute merveilleux, mais ils ne comprennent rien au sujet, complexe, qu'est l'économie politique, ils ne comprennent rien à la pénurie des moyens et des finances qui affecte le budget d'Etat et, de ce fait, nous ne pouvons réaliser avec eux les idéaux partagés en commun », point culminant dans une interview accordée par un conseiller municipal de la gauche du SPD à Hambourg, au cours de laquelle il a déclaré : « Sous la pression des résultats électoraux de Hambourg (du 6 juin 1982, où la liste des Verts-Alternatifs a obtenu 7,7 % des voix) le SPD doit retrouver le chemin d'une politique socialiste. » Mais la phrase n'était pas terminée ... et il a ajouté: « ... bien entendu, dans le cadre que nous fixent les moyens financiers actuels. » On pourrait traduire sa pensée de la sorte : le socialisme coûte très cher, et on peut presque dire qu'il n'est possible que lorsque le capitalisme est florissant et non pas en période de crise. (...)

La tâche des Verts est donc de mener un débat de clarification parmi la population. Ainsi, si ce qui régit le fonctionnement de la société n'est pas le taux de profit de chaque entreprise mais la production sociale dans son ensemble, alors la protection de l'environnement devient

Et pour cet objectif aussi, il vaut la peine de chercher à mettre fin au fonc(..) A Hambourg par exemple, il y a une réelle crise de la construction navale. Or, ce qui est nouveau, c'est que les travail-

Ice secteur — une minorité du « plus de subventions publiques » ni « le maintien de la construction navale ». Ils ont établi une gamme de produits alter natifs à produire. Ainsi leurs exigences vont plus loin qu'un simple « droit au travail ». Cette dernière exigence, elle, ne se Des fleurs sur la table de Petra Kelly, dirigeante des Verts au Parlement. (DR) préoccupe pas de la qualité, de l'usage du des besoins sociaux. Ces travailleurs doivent se confronter à tous les partis politiques établis, et notamment au SPD qui, qu'admirant leur esprit d'initiative et de créativité, leur répond : « Il vous reste une chose à faire, prouver qu'il et que leur vente est profitable. A partir de là, on pourrait considérer leur mise en production. » Justement, là où l'Etat pourrait être client, où l'on pourrait mettre en place des lois très sévères de protection de l'environnement - même dans le cadre du système actuel, sans la rupture avec les rapports de production vers laquelle nous tendons - toutes les possibilil'avenir, d'investissements socialement

Aujourd'hui, le SPD a découvert la semaine de 35 heures. Seulement voilà, d'après le SPD, il faut mettre en place la semaine de 35 heures sans dépenses supplémentaires. Ils disent donc : « La semaine de 35 heures ne doit pas mener à une augmentation des charges salariales et des charges de l'Etat. » Ce qui veut tout simplement dire que la semaine de 35 heures doit être financée par une baisse des salai-

Il ne faut pas mal interpréter ce que je dis là. Je n'affirme pas du tout par là que les Verts sont un nouveau docteur Keynes, un Keynes miraculeux à la sauce écologique, qui va faire disparaître le chômage grâce à un système compliqué d'investissements écologiques, ou encore débarrasser le capitalisme de ses crises cycliques. Cela, nous ne le pouvons pas. Nous pouvons démontrer qu'il y a des mesures à prendre, qu'il y a une politique de redis tribution des impôts qui permettrait d'alléger le taux de chômage. Mais en même temps, nous voulons que le problème de la socialisation des moyens de production, but affirmé dans notre programme, soit aussi posé à travers les questions de l'utilité des produits, des besoins sociaux, de la conscience écologique. C'est ce qu'il y a d'historiquement nouveau avec notre courant. C'est de ce point de vue que les Verts peuvent contribuer à dénoncer une certaine crispation du mouvement ouvrier traditionnel et de ses organisations. Je dis bien « peuvent », parce que ce que j'ai avancé ici est aujourd'hui largement discuté et controversé au sein même des Verts. Tout ce que j'ai dit - et j'ai derriè re moi une tradition communiste et je m'investis consciemment comme marxiste potentiellement majoritaire et peut être défendu chez les Verts. Bien entendu, vous pouvez trouver des politiciens chez les Verts qui pensent pouvoir défendre leur orientation dans le cadre de la société actuelle et de ses rapports de production. Vous pouvez aussi trouver des minorités chez les Verts, tel Rudolf Bahro qui prône le retour à une production d'auto-consommation et qui pense qu'aucun moyen de production ne doit dépasser cette échelle artisanale. Ceci

Les Verts posent le problème de l'orientation du développement des forces productives et sur ce point aussi, ils vont bien plus loin que le programme de Bad-

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(adopté en 1959) qui, non seulement évacue le problème des rapports de propriété, mais, en plus, considere le développement des forces productives et la croissance économique de manière complétement acritique. Les Verts font donc une double critique à la social-démocratie. Pour Jakob Moneta, c'est l'appel au vote SPD et non l'appel au vote Vert qui passe pour être la tactique la plus juste. Elle me paraît, quant à moi, complètement inadéquate. J'ai voulu vous présenter l'apparition d'une nouvelle force politique en RFA, qui, bien qu'ayant encore de nombreuses tares, est porteuse d'espoir dans ce sinistre Etat chrétien-démocrate.

Jakob MONETA : Je me réjouis qu'à la fin de son intervention, Thomas ait repris le fil du débat pour faire remarquer que j'ai appelé à voter pour le SPD. Mais il a oublié d'expliquer pourquoi le pays compte quelques millions de personnes qui votent pour le SPD. Or, il s'agit de notre principal problème. (...) Je suis parfaitement d'accord avec Thomas sur la critique qu'il fait du SPD. Et ceci, depuis l'époque où, en 1931, j'ai rejoint la jeunesse du Sozialistische Arbeiterpartei (SAP) et non pas le SPD. Mais là n'est pas le probleme. Le vrai problème est le suivant : comment aurions-nous pu concrétiser une politique qui aurait pu empêcher ce qui s'est passé lors de ces élections ? Même si un regroupement à gauche du SPD a réussi à entrer au Parlement fédéral le 6 mars — ce dont il faut se réjouir, d'autant plus qu'il s'appuie sur un mouvement de masse —, la victoire de la droite au niveau parlementaire a fait subir un important recul à la gauche et au mouvement ouvrier. C'est là que se pose le problème. (...) Cela me fait un peu penser à l'époque de la République de Weimar (1919-1933), et surtout au KPD (Parti communiste), qui se réjouissait alors de gagner un million de voix à des élections où les nazis en gagnaient trois. Moi, je ne peux pas me réjouir de ce genre de victoire.

Si nous analysons le problème en fonction du degré de détachement des masses vis-à-vis de la social-démocratie pour aller vers une politique socialiste et non pas pour voter CDU, alors nous devons être très clairs sur le caractère de cette crise et sur ce qui est à l'origine du tournant à droite, qui a eu lieu non seulement en RFA, mais aussi lors des dernières élections municipales en France. Pour caractériser la crise, quelques chiffres suffisent : en 1970-1971, il y avait 10 millions de chômeurs dans l'ensemble des pays développés du monde. En février de cette année, il y en a trois fois et demi plus, soit 35 millions. En RFA, le nombre des chômeurs a été multiplié par dix depuis 1970-1971, passant de 250 000 à 2,5 millions, sans oublier qu'il y a aujourd'hui 700 000 travailleurs à temps partiel. Là où, dans les autres pays capitalistes, le nombre de chômeurs a mis treize ans pour être multiplié par trois, en RFA cela s'est passé en trois ans. Et cet approfondissement de la crise a fait des thèmes du chômage et de la crise de l'emploi le point central de ces élections, contrairement à

Wichiger C+ l'attente des Verts et d'autres. Je dois dire que cette question n'a pas trouvé la place qu'elle aurait dû occuper dans la propagande électorale des Verts, tout au moins dans la propagande officielle, puisque Thomas Ebermann a défendu ses propres positions, avec lesquelles je suis d'accord.

N'y avait-il vraiment pas cette possibilité d'un gouvernement à gauche de la CDU/CSU et du Parti libéral-démocratique (FDP), dont Willy Brandt avait parlé après les élections au Parlement régional du land de Hesse en septembre 1982? L'échec du SPD semblait pratiquement inévitable avant les élections régionales de Hesse. En août 1982, les sondages ne donnaient que 30% au célèbre Helmut Schmidt, qui passe pour un expert en économie mondiale et ne cessait de parler du modèle allemand. Puis arrive la rupture de Schmidt avec le FDP. Il les met à la porte et l'espoir naît chez les millions de travailleurs et de militants syndicaux qui avaient toujours répété : « Pourquoi est-ce que vous nous racontez sans cesse que vous êtes obligés de mener cette politique de merde - démantelement des acquis sociaux et tout le reste — parce que les libé raux sont au gouvernement. Pourquoi est-ce que vous ne quittez pas le gouvernement? » Et la réponse traditionnelle était : « Oui, mais nous devons empêcher le pire, sinon ce sera la CDU/CSU qui gouvernera. » Maintenant, Schmidt les vire et éveille un espoir qui retourne la situation, à tel point que lors des élections régionales de Hesse, le SPD, qui était au bout du rouleau, gagne les élections. C'était une surprise totale, aucun institut de sondage n'aurait pu le prévoir (1).

En même temps, fin 1982, on assiste à des manifestations de masse qui sont organisées par les syndicats et qui regroupent 600 000 personnes. Il est d'ailleurs amusant de savoir que ces manifestations avaient été décidées alors que le SPD était encore au gouvernement, pour montrer que les syndicats ne pouvaient plus soutenir la politique de la coalition socialiste-libérale.

Mais le gouvernement de coalition SPD/FDP étant entre temps tombé, ces manifestations se dirigent finalement contre le gouvernement Kohl-Genscher, con-

EWE, HOCCRNRTIVE,1

TRHLMERK

SOLIDARITÉ-

MIT DEM

DAHLARREY

Manifestation pacifiste à Bonn en 1979. (DR) tre le gouvernement du patronat. Et le résultat est que les sociaux-démocrates, qui n'avaient aucun espoir de gagner les élections au Parlement municipal de Hambourg, le 19 décembre 1982, remportent ces élections avec une majorité absolue (51 %) et n'ont même pas besoin du soutien de la liste alternative verte. A partir de là, on peut tirer un certain nombre de

Avant tout, on voit où se situe aujourd'hui la force qui permettrait de se débarrasser d'un gouvernement de droite. Pour ce faire, il faut une alliance qui dépasse le cadre du Parlement et unisse les mouvements de masse, aussi bien le mouvement syndical que le mouvement de la paix et le mouvement des femmes. (...) Pourquoi notre but doit-il être celui de toucher la classe ouvrière et de la gagner à nos projets? C'est simple à expliquer. J'étais cofondateur du Cercle d'action de la vie, qui a essayé de défendre, au sein des syndicats, une autre politique de l'énergie et un arrêt total de l'énergie nucléaire. Nous avons connu quelques succès. Certains syndicats ont pris notre parti. A Bonn, j'ai parlé au nom de ce 150 000 personnes venues contre l'énergie nucléaire. que, j'étais que rédacteur en chef du journal de l'IG Metall, des journaux de grévistes. J'ai suivi quotidiennement cinq grèves importantes à Brême et dans le Bade-Wurtemberg. J'ai vécu la différence qu'il y a entre la force manifestations qui voient des milliers de gens se mobiliser puis se séparer, et une grève qui réussit pratiquement à paralyser le pays et le capitalisme. J'ai compris alors que pour arriver à vaincre, il faut gagner ces masses travailleuses. C'est là que réside la différence avec la

1. Lors des élections régionales du land de Hesse, le 16 septembre 1982, la CDU n'a pas atteint la majorité absolue qui lui était attribuée dans les sondages. Le FDP n'a pas réussi à dépasser la barre des 5 % et à perdu sa représentation au Parlement régional. De son côté, le SPD n'a perdu que 1,8 % des suffrages par rapport aux précédentes consultations régionales, alors même que l'on prévoyait une défaite de plus de 10 %. Les Verts ont obtenu leur meilleur score avec 8 % des suffrages exprimés.

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grande majorité des Verts qui ne comprend pas cela.

J'en viens à la question de la consigne de vote. Je vais rapidement expliquer ma position. Si nous voulons convaincre les travailleurs, les permanents syndicaux, les délégués d'entreprises qui, aujourd'hui, ont encore confiance dans le SPD, nous devons leur donner la possibilité de concrètement l'expérience gouvernement social-démocrate lorsqu'il est au pouvoir. Aussi longtemps que les libéraux du FDP participaient au gouvernement, tout était clair pour eux : tout était de la faute du FDP, c'était un parti bourgeois avec qui, pensaient-ils, il fallait « faire des compromis ». C'est pourquoi, en tant que syndicaliste, j'ai soutenu un appel au SPD avec parmi lesquelles figuraient des candidats des Verts, dont l'un, Jurgen Reents, a été élu au Parlement fédéral. Cet appel développait les idées suivantes : si le SPD a la possibilité de former le prochain gouverqu'il ne passe aucune alliance avec un quelconque parti bourgeois et qu'il refuse tout soutien à un gouvernement bourgeois minoritaire ; deuxièmement, qu'il accepte le soutien des Verts, ce qui voulait dire que Hans Vogel (candidat-chancelier du SPD) accepte d'être élu chancelier avec les voix des députés verts contre

Sur cette question, on trouve à nouveau deux positions au sein Certains disent : « Nous ne le ferons que si Hans Vogel est prêt à répondre à nos conditions. » D'autres, et je suis d'accord avec eux, pensent que cette orientation revient à perpétuer l'illusion que le SPD pourrait vraiment répondre à de telles exigences. Or, il y a déjà une condition à laquelle il ne répondra jamais: quitter

Ce qui me semble important, au contraire, c'est de mobiliser ceux qui se reconnaissent dans ce parti. C'est ce que nous avons fait avec l'appel dont j'ai déjà parlé, dans lequel nous disions : un tel gouvernement devrait être contre le stationnement l'OTAN en RFA, il devrait voter une loi pour les 35 heures, il devrait prendre position pour les droits des femmes, pour la socialisation de certaines tâches financées par l'Etat. C'est ce que nous exigeons en tant que syndicalistes. Nous savons pertinemment que ce gouvernement ne pourra répondre à ces exigences et ne le fera pas, mais nous savons aussi que les travailleurs élisent un gouvernement en attendant cela. Nous savons que nous ne convaincrons ni Vogel ni Dohnanyi (le maire de Ham-

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bourg). Ce qui nous importe, c'est que les travailleurs se rendent compte par eux-mêmes d'une chose : qui est pour eux et qui est contre eux. C'est la seule chance qu'il y a de les détourner du SPD.

Un point encore plus important est de se lier, dès à présent, avec les forces qui sont prêtes à partir en grève ou descendre dans la rue. Il y a l'exemple de la sidérurgie. La crise de la sidérurgie a atteint une telle ampleur que des dizaines de milliers de travailleurs sont descendus dans la rue et que les délégués du trust

Sont exigé la nationalisation de leur entreprise (2). Ces travailleurs ne sont pas restés seuls, les nouvelles ont circulé et ils ont été rejoints par des délégués d'autres entreprises qui ont exigé non seulement la nationalisation, mais la nationaavec garantie d'emploi. Si l'on part du principe, comme certains chez les Verts, qu'on peut mettre en place l'autogestion de manière immédiate dans les entreprises, alors il faut se poser une question : que signifie l'autogestion de la sidérurgie, lorsque celle-ci est en pleine crise ?

projet serait voué à l'échec. De plus, si on affirme simultanément, comme les Verts dans leur programme, qu'il faut absolument décentraliser les entreprises, alors le problème devient insoluble. (...)

Thomas affirme qu'il est pour la socialisation des moyens de production, à condition de créer une alternative économique. Moi, je demande quelle doit être cette société alternative. Si cette question n'est pas clarifiée au départ, alors la logique du patronat restera déterminante. C'est en fait le problème des revendications transitoires. Si la classe ouvrière reprend ces revendications, comme celle de la nationalisation de la sidérurgie par exemple, alors ses luttes et ses mobilisations rentreront objectivement en conflit avec la logique du capital et des capitalistes. (...)

Après le changement de gouvernement à Bonn en automne 1982, une discussion a eu lieu au sein de la gauche à propos d'une alliance large des Verts, des Alternatifs et d'autres groupes socialistes, alliance en faveur de laquelle prononcés le GIM (section allemande de la IVe Internationale) et les Socialistes démocratiques (DS). Interpellé à ce sujet, Thomas Ebermann a répondu ceci :

Thomas EBERMANN : Je ne comprends pas, après tout ce que vient de dire Jakob Moneta, comment une autre politique d'alliance des Verts, par exemple avec les Socialistes démocratiques (3), rendrait superflu l'appel au vote pour le SPD.

deux points de vues différents. D'un côté, nous faisons erreur parce que nous n'avons pas appelé à voter SPD, de l'autre, parce que nous avons refusé une alliance avec, par exemple, les Socialistes démocratiques. En prenant en compte ces deux arguments, j'en arrive finalement à la conclusion suivante : si le GIM, peutêtre avec les Socialistes démocratiques avait été partie prenante d'une alliance électorale avec les Verts, alors, là, appeler à voter pour le SPD aurait été une erreur. Il aurait fallu soutenir cette alliance électorale. Comme l'alliance électorale s'est faite sans les Socialistes démocratiques et sans le GIM, alors on nous fournit une analyse très approfondie de pourquoi, à la lumière des rapports de forces entre les classes et du niveau de conscience de classe en général, il faut, cette fois-ci, appeler à voter SPD. C'est là une contradiction qui montre que, chez vous aussi, il y a des intérêts de boutique qui pèsent dans les décisions. (...) Pour faire, moi aussi, référence aux classiques, et à Lénine en l'occurrence, je caractériserai cela de « politique suiviste ».

déterminer une politique socialiste ou écologique progressiste, on ne peut pas seulement s'appuyer sur la conscience des travailleurs. Il faut aussi prendre comme critère le fait de savoir si un groupe est prêt à rompre avec l'Etat bourgeois et avec les partis liés par l'idéologie

Jakob MONETA : Si une n'aurait pas voulu dire que nous serions entrés dans le parti des Verts. Cela aurait voulu dire que nous aurions présenté au vote un programme sur toute une série de points qui auraient recueilli notre commun accord. (...) Il est juste de dire que si un programme contenant les sept ou huit points que nous avons défendus comme étant essentiels avait été élaboré, alors il aurait fallu le défendre ensemble et appeler toute la gauche à se prononcer en sa

Cela ne s'est pas produit et alors il fallait tout simplement se décider. Soit se prononcer pour le vote en faveur d'une organisation tout à fait fluctuante, dont on ne sait pas ce qu'elle fera demain avec tous ses courants différents, soit aller vers la classe ouvrière et lui dire : ce n'est pas une erreur de voter SPD aujourd'hui ; vous croyez que le SPD nationalisera les entreprises, nous pas, mais vous le croyez, alors portez ce parti au gouvernement, et vous ferez vous-mêmes l'expérience. C'était là les deux choix possibles, et nous avons choisi. (...)

Propos recueillis pour Inprecor, Zürich, 16 mars 1983. 2. Voir le dossier sur le mouvement syndical ouest-allemand face à la crise économique dans Inprecor, numéro 147, 11 avril 1983.

3. C'est en mars 1982 que la discussion publique sur la formation d'un nouveau parti à gauche du SPD a été menée lors d'une renconà laquelle participèrent 1 200 personnes (voir Inprecor numéro 125, 3 mai 1982) dont nos camarades du GIM. Les Socialistes démocratiques (DS) se sont constitués à l'initiative de personnalités exclues du SPD, dont Manfred Coppik. exclu de la fraction parlementaire du SPD pour s'être opposé à la politique nucléaire du chancelier Schmidt. Ce projet a drainé un courant de sociaux-démocrates qui ont rompu sur la gauche du parti SPD ces dernières années, un petit courant de miconsciente des limites de la politique des Verts.

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