Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

Campagne pour la libération d'Udi Adiv

· Inprecor n° 154, 4 juillet 1983 · p. 16 · 1 085 mots

Palestine et Israël

La campagne pour la libération de Udi Adiv

CEUX QUI ASSASSINENT DES ARABES SONT GRACIÉS, CELUI QUI VIT EN

ISRAEL

1972 et con dame a dix sept ans de

DI Adiv a été arrete le 5 décembre prison pour « atteinte à la sécurité de l'Etat ». Cette sentence constitue de fait la peine la plus lourde jamais prononcée contre un citoyen juif pour une action considérée, il y a dix ans, comme un consistait cette « trahison » ? Udi Adiv s'était rendu en Syrie pour y rencontrer des révolutionnaires palestiniens et ouvrir un dialogue avec eux. Pour Udi, l'unique perspective que l'Etat d'Israël offrait à sa jeunesse, à savoir vivre à jamais sur le pied de guerre, était insup. portable. Depuis la guerre de 1967, au cours de laquelle il avait participé comme parachutiste à la conquête de Jérusalem, et où il avait vu nombre de ses camarades tomber au combat, Udi Adiv était déà chercher une autre voie que celle de la guerre permanente, la voie du dialogue et de la paix.

L'idée même de discuter avec des Palestiniens et avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) était quasiment inconcevable a cette époque, ou Golda Meir pouvait affirmer : « Il n'y a pas de peuple palestinien. » Enivrés par les victoires militaires et la prospérité économique que les nouvelles conquêtes territoriales avaient permises, toutes les couches de la société israélienne étaient chauvinisme. C'était était terriblement hostile à tout ce qui se situait hors de cette ivresse collective.

Dans une telle atmosphère, l'initiative d'Udi Adiv et de quelques dizaines de jeunes Juifs et Arabes avait provoqué un véritable choc dans la société israélienne, et une chasse aux sorcières sans précédent dans l'Etat d'Israël avait été lancée contre Udi et ses camarades. L'extrême sévérité de la condamnation prononcée contre Udi avait un but clair : mettre en garde tout Juif qui aurait eu l'idée de nouer un dialogue avec des Palestiniens.

Aujourd'hui, l'ambiance est tout à fait différente. La recherche d'une solution à la question palestinienne, qui soit politique et non plus fondée sur la force, la violence et la conquête, n'est plus un phénomène isolé et marginal. Une partie non négligeable de la société israélienne aspire à une solution de compromis. Les nombreuses personnalités israéliennes qui ont rencontré des dirigeants palestiniens n'ont pas été inculpées, car de telles initiatives, si elles ne sont pas encore complètement acceptées, aujourd'hui considérées comme légitimes.

La famille d'Udi Adiv a lancé, il y a un an, une campagne publique pour sa libération anticipée. Ses parents, Tova et Uri, du kibboutz Gan Shmuel, et sa compagne, Lea Lechem, ont fait appel à Ytzhak Navon, qui était, jusqu'il y a un mois, le chef de l'Etat d'Israël, afin qu'il gracie Udi. Depuis, la famille Adiv essaie de gagner à cette cause l'opinion publique locale et internationale par des appels adressés à des personnalités, à la presse, et à quiconque est prêt à œuvrer pour la libération d'Udi.

Le soutien obtenu jusqu'à présent dépasse toutes les espérances : des milliers de personnes ont écrit au chef de l'Etat d'Israël pour qu'il gracie Udi. Parmi ces lettres figurent celles des trois juges de la Cour suprême qui avaient confirmé la

La campagne de plus en plus large pour la libération d'Udi Adiv est contrecarrée par le veto des services de sécurité israéliens, qui ont un pouvoir de décision absolu pour tout ce qui concerne les prisonniers politiques.

Les instances publiques les plus élevées (le cabinet du chef de l'Etat, le ministère de la Justice, le bureau du chef du Barreau), de même que de nombreux avocats célèbres qui ont été contactés pour le recours en grâce, ont tous très clairement fait comprendre que la décision se trouvait entre les mains des services de sécurité. Ces derniers mettent en avant le fait qu'Udi a choisi de son plein gré de vivre avec les détenus arabes (et la section où ils sont regroupés dans la prison de Ramlé est connue pour ses conditions de détention particulièrement dures) et qu'il a été élu au Comité des détenus politiques, qui lutte dans la prison pour l'amélioration des conditions de détention. Ils affirment également que Yasser Arafat a mentionné son nom dans son discours devant l'assemblée générale de l'Organisation Nations-Unies en 1974, et que des commandos palestiniens qui se sont infiltrés en Israël ont exigé sa libération. En conséquence, Udi est défini comme qui « représente un danger pour la sécurité de l'Etat et qui ne peut sans contrôle, ne serait-ce La vérité est que les services de séculourde sentence à laquelle Udi avait été condamne, les juges Haim, Cohen Etsioni, aujourd'hui à la retraite, et le juge Kahane, actuel président de la Cour suprême et qui a dirigé la commission d'enquête sur les massacres des réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Parmi les autres personnalités qui ont fait appel au président, on peut également citer le professeur Efraim Urbach, président de l'Académie des sciences, le professeur De Vries, ancien recteur de l'université de Tel Aviv, l'ancien secrétaire général de la centrale syndicale Histadrout, Y. Ben Aharon, des écrivains comme Amos Oz et A. B. Yehochua, des députés comme Victor Sem Tov, secrétaire général du Mapam (Parti ouvrier unifié), ou de l'ex-ministre du Parti libéral, Ytzhak Berman. PAIX AVEC EUX EST UN « DANGER POUR LA SÉCURITÉ DE L'ETAT » rité ne peuvent pardonner à Udi Adiv le fait que pendant dix années de détention il ait refusé de courber l'échine et de céder aux multiples pressions pour qu'il rompe ses liens avec les détenus palestiniens, et accepte de passer dans une autre aile de la prison. A de multiples reprises on a essayé de le convaincre, par des faveurs diverses, exceptionnelles, rentrer pour quelques jours à la maison, amélioration des conditions de détention, et même promesse de libération anticipée. Mais Udi a refusé tous ces privilèges auxquels les détenus politiques palestiniens n'ont pas droit. C'est là la véritable raison du veto qu'opposent les services de sécurité à sa libération anticipée.

Une nouvelle demande de grâce a été l'Etat, Haim Herzog, et l'on attend toujours une réponse. Seule la pression de l'opinion publique la plus large, en Israël et à l'étranger, peut permettre d'obtenir la libération d'Udi Adiv.

Pour soutenir la demande de recours en grâce et la campagne pour la libération anticipée d'Udi Adiv, écrire à l'adresse

-Président de l'Etat d'Israël, Haim Herzog, Mishkan Nesiei Israël, Jérusalem.

Envoyer une copie à la famille Adiv, Kibboutz Gan Shmuel, Israël.

Tel Aviv, 4 juin 1983.

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