Nouveau glissement à droite de l'UGT Le XXXIIIe congrès de l'Union générale des travailleurs (UGT), centrale syndicale liée au Parti socialiste ouvrier espa-. gnol (PSOE) aujourd'hui à la tête du gouvernement, a eu lieu récemment sous le signe de la « gouvernementalisation » de la confédération syndicale. D'objectif direction, qui était d'aligner l'orientation de l'UGT sur la politique d'austérité menée par le PSOE au gouvernement, a done représenté un nouveau glissement à droite du syndicat. Cela ne s'est toutefois pas fait sans résistance, puisque 27 % des participants se sont abstenus sur le rapport d'activité de la direction sortante. Malgré tout, celle-ci a été réélue sans problème, à une quasi-unanimité, le président sortant, Nicolas Redondo, obtenant 99,30 %
La fonction essentielle de ce congrès était de préparer les cadres syndicaux à accepter avec résignation l'austérité du gouvernement PSOE. La défense d'une politique de concertation sociale, sous l'appellation de « pacte de solidarité », se trouvait au centre des thèses présentées par la direction. Pour justifier l'acceptation de la politique de restrictions salariales, le texte présentait une subtile distinction entre « le salaire nominal » qui, compte tenu de la situation économique, devait être réduit, et « le salaire social ou différé » - c'est-à-dire les prestations sociales diverses que le gouvernement du PSOE s'était engagé à accorder —, qui devait permettre de maintenir « globalement le pouvoir d'achat ». Sur la question de l'emploi, alors que les représentants gouvernementaux délaissent de plus en plus ouvertement les promesses électorales du PSOE de créer 800 000 postes de travail, la direction de l'UGT s'est contendéclarer : « Nous verrons ce que nous ferons si le gouvernement abandonne sa promesse. Il faudra étudier ses arguévidemment, cette évolution droitière s'est aussi accompagnée d'un mouvement identique dans le domaine de la démocratie syndicale. C'est d'ailleurs sur ce point que le congrès a été le plus sensible, mettant en échec la direction de l'UGT sur sa tentative de convoquer les congrès tous les 4 ans et non plus tous les 3 ans, comme c'est le cas actuellement. Le rapport d'activité présenté par Nicolas Redondo a constitué une véritable apologie de la politique de concertation sociale menée par l'UGT. Certains pactes sociaux signés avec le gouvernement et le patronat dans le passé ont été présentés comme les « meilleurs accords possibles », le soutien sans faille au gouvernement PSOE a été réaffirmé, et la division syndicale a été au nom de « l'identité de l'UGT ». Redondo devait même déclarer que c'était là « le meilleur rapport d'activité que je n'ai presente », justifiant la « pacte de solidarité », c'est-à-dire la modération des revendications salariales ouvrières, par la nécessité « de sortir de la crise et de s'intégrer à la relance mondiale qui est prévue ».
Néanmoins, ce discours d'autosatisfaction n'a pas convaincu tout le monde, puisque plus du quart des délégués au congrès se sont abstenus sur le vote du rapport d'activité. Ce courant d'« opposition » reste toutefois très hétérogène. Certains voulaient marquer ainsi leur op position à la bureaucratisation du syndicat sans remettre forcément en cause son orientation, ce qui était le cas des delegues de Madrid. D'autres, comme les Fédérations de la banque et de la construction, qui ont une attitude critique face aux pactes sociaux déjà signés par l'UGT, représentent en fait une aile gauche au sein même de l'appareil syndical. Cependant, leurs critiques, qui se limitent à réclamer l'application des contreparties promises lors des négociation salariales, ne s'opposent pas fondamentalement à la politique de concertation.
Enfin, l'opposition la plus cohérente fut animée par les délégués de l'Alava, qui représentent traditionnellement le secteur le plus important de la faible gauche syndicale présente dans l'UGT. Les efforts de la direction pour les faire taire ont été nombreux. Cette fois-ci cependant. l'intervention de ces délégués n'a pas été accuellie par le traditionnel silence de mort, mais par une certaine sympathie, et meme des applaudissements. Pourtant leur intervention remettait en cause l'idée même d'une réduction des revendications ouvrières dans une période de crise économique, une telle politique ne faisant en effet qu'accroître les profits des patrons (qui n'investissent pas et organisent le chômage) et démobiliser les travailleurs. M